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vocabulaires_techniques:latin_biblique:outils [Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin]
 

Le latin biblique

Présentation et enjeux en vue d’une étude syntaxique


2. Comment aborder une étude de la langue de la Vulgate

2.1. Une entreprise de traduction particulière

Entreprise tellement particulière, vu le statut du texte, qu’elle a dû donner aux locuteurs contemporains une impression d’exotisme ou d’artificialité, à la fois dans le domaine du vocabulaire et dans celui de la syntaxe. Traduction particulière aussi en ce sens qu’elle est faite à partir de deux textes sources de langues différentes.

2.1.1. Les compétences de Jérôme dans les 2 langues sources : "homo trilinguis"

Jérôme avait-il les compétences linguistiques requises pour se lancer dans cette entreprise risquée ? Oui, sans doute puisqu’il se présente comme trilingue et que ses contemporains le décrivent aussi comme tel :

  • (8 a) me trilinguem bilinguis ipse ridebis? (Hier. Ruf. 2, 22)
  • (8b) (Hieronymus)…graeco et latino, insuper et hebraeo eruditus eloquio …(Aug. Jul. 1)
  • (8c) (Hieronymus)…homo doctissimus et omnium trium linguarum peritus (Aug. Civ.Dei 18, 48)

Sur son bilinguisme grec-latin, inutile de s’étendre. En ce qui concerne l’hébreu, Il affecte d’y être tellement plongé qu’il dit être rouillé en latin :

  • (8d) Nos, ut scis, hebraici sermonis lectione detenti in latina lingua rubiginem obduximus in tantum, ut loquentibus quoque nobis stridor quidam non latinus interstrepat (Hier. ep. 29, 7).

En contrepartie, il reconnait ses lacunes en araméen ; mais c’est pour mieux faire ressortir sa connaissance de l’hébreu : il dit dans la préface à Tobie qu’il s’est fait traduire ce livre par un interprète bilingue, de l’araméen vers l’hébreu, et qu’il a transposé cette traduction hébraïque en latin, le tout en une seule journée :

  • (8e) quia uicina est Chaldeorum lingua sermoni hebraico, utriusque linguae peritissimum loquacem repperiens, unius diei laborem arripui et quicquid ille mihi hebraicis uerbis expressit, haec ego accito notario sermonibus latinis exposui. (praef. Tob.)

Il se reconnaît pourtant une connaissance minimale de l’araméen dans sa préface au livre de Daniel, où il fait état de ses difficultés à parler l’araméen qu’il serait capable en revanche de lire (ex. 8f infra) ; doit-on en déduire a contrario qu’il parlait l’hébreu ? Impossible : à son époque, l’hébreu n’était plus une langue parlée mais une langue de lettrés, une langue d’écriture1).

  • (8 f) usque ad praesentem diem magis possum sermonem chaldeum legere et intellegere quam sonare. (praef. Dan.)

Si on reprend la distinction dans les degrés du bilinguisme définis notamment par Adams (2003), à savoir écouter et lire, qui relèvent de la compétence passive, et parler et écrire, qui relèvent de la compétence active, on conclura des diverses affirmations de Jérôme qu’il avait une très bonne connaissance et passive et active de l’hébreu, ce qui implique, compte tenu du statut de langue écrite de l’hébreu à son époque, qu’il savait lire et écrire l’hébreu. Ce qui ne l’empêchait pas de traduire avec un œil sur les colonnes grecques des réviseurs de la LXX dans les Hexaples :

(9) Sed de Hebraeo transferens, magis me Septuaginta interpretum consuetudini coaptaui ; in his dumtaxat quae non multum ab Hebraicis discrepabant. Interdum, Aquilae quoque et Symmachi et Theodotionis recordatus sum. (Praef. comm. in Eccles., PL 23, p. 1062)

2.1.2. Les prises de position théoriques de Jérôme sur la traduction du texte biblique

Les prises de position théoriques de Jérôme sur la traduction du texte biblique sont connues : la traduction du texte sacré réclame des normes différentes de celle des textes profanes. Pour ces textes profanes, il prône, dans le droit fil de la tradition classique, une traduction ad sensum, et non ad uerbum, se rattachant explicitement en cela aux options exposées par exemple chez Cic. opt. gen. 14 ou Hor. ars 133 : il expose tout cela longuement dans sa lettre programmatique à Pammachius (ep. 57, 5-6).

C’est là qu’il met très explicitement la traduction du texte biblique à part: la traduction des scripturae sanctae suppose, du fait de leur caractère divin, une forme de fidélité très particulière à la langue source, née de la crainte de modifier ou perdre quoi que ce soit de ce qui en fait le mystère sacré:

  • (10a) Profiteor me in interpretatione Graecorum absque scripturis sanctis ubi et uerborum ordo mysterium est non uerbum e uerbo sed sensum exprimere de sensu (ep. 57, 5, 2)
  • (10b) Melius est autem in diuinis libris transferre quod dictum est, licet non intellegas quare dictum sit, quam auferre quod nescias (comm. in Ezech. 1,1,13 CC 75, 17)

Mais il est conscient que la traduction ad uerbum a des limites ; il condamne les excès d’un certain littéralisme. Et il perçoit l’importance qu’il y a à préserver les structures de la langue d’accueil:

  • (11) Aquila…contentiosus interpres qui non solum uerba sed etymologias uerborum transferre conatus est iure proicitur a nobis . (ep. 57, 11)

2.1.3. Entre langue source et langue cible : traduction calque et influence du latin ambiant

Coller à la langue source tout en préservant la lisibilité des structures de la langue d’accueil : exercice d’équilibrisme permanent pour le traducteur. Décrire les conditions de cette association suppose qu’on envisage aussi le problème suivant: quel est le registre de la langue cible ainsi reflété ou préservé ? un latin écrit figé de norme classique ? ou plutôt un latin conforme au registre courant ambiant, quel que soit l’étiquette qu’on lui accolle ? Le clivage à l’époque de Jérôme s’accentue entre le latin classique standard et un registre de langue qu’Adams (2003) appelle celui des « sub-elites ».

On ne s’étendra pas ici par ailleurs sur les débats des auteurs chrétiens et de Jérôme en particulier sur le niveau de langue (sermo humilis) convenable à la traduction des Ecritures destinées à être comprises par tous les publics, y compris les plus frustes (cf. l’ex. 12 infra à propos des VL).

  • (12) Nolo offendaris, in scripturis sanctis , simplicitate et quasi uilitate uerborum, quae uel uitio interpretum uel de industria sic prolatae sunt ut rusticam contionem facilius instruerent (Hier. ep. 53, 10, 1)

Le niveau de langue adopté dans la deuxième traduction biblique latine, celle de Jérôme, celle que nous appelons par simplification Vulgate, est fonction de la finalité de l’œuvre, destinée à être lue dans les assemblées de fidèles à la place des VL: texte compréhensible par tous donc, quel que soit le niveau de culture. Mais, à la différence des VL, la traduction de Jérôme est une œuvre écrite suivie, mûrie, réfléchie, de longue haleine; inutile de mentionner en outre le niveau de culture de son auteur.

2.2. Approches possibles de la langue de la Vulgate

2.2.1. Quels outils utiliser pour évaluer les particularités de la langue de la Vulgate ?

On peut partir des situations de discordance avec le latin classique, et se demander si ces divergences et particularités sont l’effet de la traduction calque du texte sacré, le fruit d’un type spécifique de contact entre deux langues dû à la traduction, ou bien résultent d’une évolution interne au latin ?2)

Différents tests peuvent être menés conjointement ou successivement, aussi bien au plan de la syntaxe qu’au plan du lexique :

- pointer les différences entre la langue de la traduction biblique de Jérôme et celle d’œuvres contemporaines non traduites, de Jérôme lui-même en particulier, relevant soit du registre familier ou courant de l’époque, soit d’un registre écrit plus soutenu, permet de tester la place des calques hébreu ou grec dans le texte biblique et dans une certaine mesure d’évaluer son niveau de langue ;

- dans une étude interne au « latin biblique 2 », comparer AT et Evangiles, deux corpus relevant a priori du même registre de langue, traduits tous deux par Jérôme, mais traduits de deux langues sources différentes, donne une idée des calques linguistiques sur l’une et l’autre de ces langues sources ;

- confronter VL et traduction de Jérôme, là où c’est possible, c’est-à-dire pour les passages subsistant des VL, ne permet pas forcément de faire ressortir les calques de l’hébreu dans la traduction de l’AT chez Jérôme, car les VL elles-mêmes sont en amont, par-delà la traduction du grec, imprégnées des hébraïsmes de la LXX. En revanche, les « marches arrière » de Jérôme par rapport aux VL, ses retours vers des usages plus classiques, permettent d’évaluer les registres du latin ;

- de façon générale, les blocages de Jérôme, ses îlots de résistance au sein de constructions calques qu’il accepte par ailleurs, dessinent une carte des zones résistantes du latin ;

- de façon isolée, certains commentaires dans les oeuvres exégétiques de Jérôme et Augustin apportent des éclairages métalinguistiques (mais alors il s’agit évidemment du « latin biblique 1 », celui des VL) notamment sur les calques. Tel est le cas entre bien d’autres dans l’ex. 13 infra où Augustin voit un hébraïsme dans la réitération du dire introducteur de discours direct (DD) par le participe dicens en fin de segment introducteur (dixit…dicens) :

  • (13)‘Et accedentes filii Ruben et filii Gad dixerunt ad Moysen et Eleazar sacerdotem et ad principes synagogae dicentes3)’ : Non est ista uel graeca uel latina locutio: ‘dixerunt dicentes’, sed hebraea uidetur ** (Aug. loc. Num. 110, CC 33 (1958), p. 443).

2.2.2. Quelques études syntaxiques sur la langue de la Vulgate

Comparées aux travaux récents sur la LXX, les études actuelles sur la langue de la Vulgate sont finalement peu nombreuses. Les quelques remarques qui suivent ne sont en rien exhaustives mais donnent simplement quelques pistes.

On ne s’étonnera pas qu’il y ait des ouvrages anciens incontournables de la fin du 19° siècle- début 20° siècle, Itala und Vulgata de Hermann Rönsch (1869) ou The grammar of the Vulgate de Plater & White (1926), seule grammaire globale de la Vulgate à ce jour, encore rééditée récemment (1997)4). L’ouvrage de Rönsch se présente comme un catalogue descriptif ordonné ; il est consacré très majoritairement à la morphologie : les 60 pages de syntaxe ne représentent que 1/5 de l’ouvrage ; dans cette partie syntaxique, 20 pages, soit le tiers, sont consacrées aux grécismes tandis que 2 pages seulement décrivent ce qui apparaît comme hébraïsmes.

L’école de Nimègue illustrée autour des années 1960 par Ch. Mohrmann n’a pas fait de place vraiment spécifique au latin biblique dans ses études sur ce qui a été appelé le latin des Chrétiens. Quant à l’ouvrage très important de G.Q.A. Meershoek sur Le latin biblique d’après St Jérôme (1966), ce n’est pas une étude interne du latin biblique, mais une analyse du jugement porté par Jérôme sur le lexique des versions latines de la Bible.

Récemment, un certain nombre d’études ponctuelles portant spécifiquement sur la langue de la Vulgate ont pris en compte d’un côté l’impact de l’une et l’autre des deux langues sources et, de l’autre, l’impact du latin contemporain, sur la langue de la Vulgate.

Se dégage aussi une tendance à évaluer, en aval, les traces éventuelles d’une influence de la langue de la Vulgate sur la formation du paysage latin tardif et protoroman, et à travers elle, une possible ombre portée des langues sources5).

Pour ce qui est des études sur le latin de la Vulgate lui-même, une partie d’entre elles concerne l’AT avec, en arrière-plan, des recherches sur l’influence de l’hébreu langue source. Une école espagnole s’est ainsi constituée dans les années 1975-1995, à Malaga, autour du professeur Olegario Garcia de la Fuente (voir extraits bibliographiques à la fin de l’article).

A travers plus d’une vingtaine d’articles et deux livres, O. Garcia de la Fuente a catalogué et décrit toute une série de situations de calques de l’hébreu sur le latin biblique, calques indirects dans le cas du « latin biblique 1 », calques directs dans le cas du « latin biblique 2 ».

La plupart de ses articles, ainsi que ceux de ses élèves, ont paru dans trois revues, Analecta Malacitana, Emerita, Helmantica. R. Jimenez Zanudio, à Madrid, a dans une certaine mesure repris le flambeau à partir des années 20006), mais en s’occupant plutôt de problèmes de transposition phonétique de l’hébreu vers le latin biblique.

Sur ces problèmes de rapports hébreu-grec-latin biblique, on peut se reporter également, dans la bibliographie, à Hoffmann (2008), ou à Sznajder ou Bortolussi-Sznajder pour quelques études sur les conditions de rencontre entre le latin contemporain et des situations-calques, et, pour un survol plus général, à Rubio (2009), « Semitic influence in the history of Latin Syntax ».

L’autre grand pan concerne le latin du NT de la Vulgate et les conditions éventuelles d’une influence –ou non- de l’autre langue source, i.e. le grec. On ne saurait citer ici toutes les recherches en cours ; on peut se reporter dans la bibliographie par exemple aux travaux de J. de la Villa sur les constructions instrumentales ou participiales, de Ch. Gianollo sur le GN et le génitif. Une équipe de chercheurs se met en place à Oslo (voir l’article de M. J. Hertzenberg 2011 sur les emplois de ipse dans le NT).



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1) Cf. par exemple Hadas-Lebel (1995, 168-169) : il est possible qu’aient subsisté quelques petits îlots d’hébréophones en Palestine jusque vers 300 mais guère au-delà. En revanche, le public populaire devait sans doute comprendre encore l’hébreu des sermons à défaut de le parler comme en témoigne la littérature midrashique.
2) Voir par exemple Crisma - Longoboardi 2009 à propos des sources des changements morpho-syntaxiques.
3) num. 32, 2.
4) C’est de cette époque aussi (1884) que date l’Etude lexicographique et grammaticale de la latinité de saint Jérôme de Henri Goelzer.
5) Voir entre autres l’article de Anna Giacalone Ramat et Andrea Sansò : « L’emploi indéfini de homo en latin tardif : Aux origines d’un ‘européanisme’ dans : Michèle FRUYT et Olga SPEVAK (éds.), La quantification en latin, Coll. Kubaba « Grammaire et Linguistique », Paris L’Harmattan, p. 93-116, ou bien celui de G. Calboli « Syntaxe nominale et subordination en latin tardif » paru dans les Actes du IXe colloque international Latin vulgaire, latin tardif (Lyon, Sept. 2009), Fr. Biville (éd.).
6) Cf. 2009, «Técnicas de traducción en las antiguas versiones latinas de la Biblia» (voir bibliographie).