Ceci est une ancienne révision du document !


Le latin biblique

Présentation et enjeux en vue d’une étude syntaxique



L’ordre Verbe-Sujet-Objet (VSO) vs Sujet-Verbe-Objet (SVO) dans l’AT

1)Le texte biblique de la traduction latine de Jérôme présente dans l’AT une majorité de séquences de type VSO (68 % dans un corpus de textes narratifs (Genèse, livres des Juges et des Rois, Chroniques), textes a priori sans effet littéraire ou poétique particulier).

  • (14) Tradidit Deus in manu eius Madian et omnia castra eius (Iud. 7,14)
    Fugeruntque filii Israhel Iudam (2 chron. 13,16)

Cette organisation majoritaire est propre à l’AT : elle ne se retrouve pas dans les Evangiles dans lesquels l’ordre dominant est au contraire SVO (plus de 50 % des séquences).

  • (15) et uolucres caeli comederunt illud (Luc. 8,5)

Elle ne se retrouve pas non plus dans les textes non traduits contemporains, quel que soit leur niveau de langue.

Chez Egérie par exemple, O. Spevak (2005) a montré que les séquences les mieux représentées étaient, dans la 1ère partie (les Voyages), à égalité SOV classique et SVO, et, dans la 2ème partie (la liturgie à Jérusalem), un ordre VOS.

Dans les œuvres non traduites de Jérôme, dans ses Lettres par exemple, la séquence la mieux représentée est la séquence classique SOV (38 %) suivie par SVO (26%). La combinaison VSO y est la moins bien représentée de toutes les combinaisons possibles2).

- L’ordre VSO, à V initial, est bien identifié en latin classique, où il est généralement présenté comme un ordre pragmatiquement marqué, par exemple si le sujet grammatical, pour une raison ou une autre, ne remplit plus la fonction de topique, dans les phrases présentationnelles, existencielles, dans les énoncés jussifs…

  • (16) Quare secedant inprobi, secernant se a bonis […] (Cic. Cat. 1,13)
    Venerat ad eum illo biduo Laetilius quidam (Cic. Verr. 2,2,64) Vicit Aeneas patrem (Sen. benef.3,37,1)

En hébreu biblique, en revanche, l’ordre VSO était l’ordre non marqué : du point de vue typologique, on place généralement l’hébreu biblique parmi les langues VSO, en se fondant sur des données statistiques3).

Pour ce qui est de la répartition des occurrences, l’ordre VSO du texte latin épouse quasi systématiquement l’ordre correspondant du texte source hébreu : l’ordre VSO du latin biblique de l’AT est une traduction calque de l’hébreu, contribuant au « style biblique », mais cette traduction-calque est née de l’extension d’une potentialité latine proche. La rencontre s’est faite dans la Vulgate entre le format hébreu non marqué et un format latin minoritaire, marqué, préexistant.



Revenir à l'introduction du § 3 ou Revenir au sommaire du § 3.1.

1) Cf. BORTOLUSSI-SZNAJDER 2011.
2) On trouvera un tableau de fréquence des phrases à V initial à diverses époques chez Salvi (2004 : 102) : l’organisation VSO n’est jamais majoritaire, quels que soient l’époque et le registre de latin.
3) Muraoka (1985, 30) ; Shlonsky (1997, 203) ; Doron (2005, 242) ; Joüon-Muraoka (2006, 545) etc. On peut noter que l’opinion inverse est aussi, quoique plus rarement, soutenue : l’hébreu biblique serait une langue de type SVO avec une proportion particulièrement élevée de séquences VSO marquées par inversion de l’ordre de base (Point de vue défendu par exemple par Holmstedt 2009).