Le latin biblique

Présentation et enjeux en vue d’une étude syntaxique


3. Etudes de cas syntaxiques

L’objectif de cette présentation n’est pas de refaire un embryon de grammaire de la Vulgate, ni un extrait de catalogue de traits caractéristiques, mais de montrer, à travers quelques exemples pris parmi bien d’autres, quels paramètres peuvent être pris en compte dans une description des particularités du latin biblique, en étudiant notamment

(a) les conditions de calques des langues sources : on verra qu’un calque de l’hébreu ou du grec n’est possible que dans la mesure où potentiellement un modèle proche était disponible en latin.

(b) corrélativement les domaines résistant aux calques et les raisons de ces résistances.

Les exemples analysés concerneront principalement l’AT.

Conditions de calques des langues sources : Suivant Harris et Campbell (1995), on peut considérer que trois mécanismes sont susceptibles de rendre compte des changements syntaxiques : les réanalyses (dont relèvent les faits de grammaticalisation, le verbe impersonnel licet devenant subordonnant par exemple), les extensions d’emplois (qui supposent la disparition de certaines restrictions dans l’application d’une règle ; suus perdant son statut de réfléchi par exemple) et les emprunts nés des contacts entre langues.

Les particularités observées en latin biblique ont des chances de rentrer dans la catégorie des calques nés du contact entre la langue source et la langue d’accueil.

Or le calque syntaxique externe n’affecte la langue d’accueil qu’à la condition de se superposer à un paramètre interne, à une tendance à l’œuvre en latin même. O. Garcia de la Fuente (1994, 171) avait créé une expression pour décrire ce phénomène à propos de l’influence de l’hébreu sur le latin biblique : il parlait de «sémitisme quantitatif». Les contacts entre langues nées de traduction ne donnent pas lieu à des emprunts syntaxiques totalement innovants, mais ont des effets en termes statistiques

- soit sur l’augmentation significative de certaines constructions

- soit sur l’extension de leur champ d’application1).

Il y a en outre des effets directs et des effets indirects nés de la traduction :

- effet direct lorsqu’il y a correspondance et reproduction exacte dans la langue cible d’une construction de la langue source ;

- effet indirect lorsque la construction de la langue source est reproduite dans la langue cible au sein de passages qui ne la présentaient pas dans la langue source2) (cf. en grec et en latin le génitif d’amplification du type εἴς (τὸν) αἰῶνα (τοῦ) αἰῶνος / in saeculum saeculi / in saecula saeculorum3): il est bien connu que l’hébreu biblique, entre autres expressions superlatives, recourait à des figures étymologiques intensives à génitif partitif pluriel : qodεš-haqqͻdāšīm (ex. 26, 33) = « le saint des saints » ; šīr-haššīrīm (cant. 1,1) = « le chant des chants, le cantique des cantiques ». Il se trouve que, pour exprimer la très longue durée dans le temps, l’hébreu n’utilisait précisément pas cette figure étymologique, mais diverses constructions reposant sur des associations synonymiques (coordonnantes ou génitives)4). C’est par analogie avec d’autres génitifs étymologiques, par extension du calque donc, que les LXX ont souvent traduit par εἴς (τὸν) αἰῶνα (τοῦ) αἰῶνος repris ensuite en latin).

3.1. Quelques exemples de calques des langues sources

Les domaines résistant aux calques :

Une enquête corollaire consiste à examiner les modèles syntaxiques latins résistant aux calques :

- On peut prévoir des données précédentes qu’il n’y aura pas de calque si la construction source entre en conflit avec la syntaxe latine.

- D’autres poches de résistance peuvent relever de divergences dans les niveaux de langues : tel peut être le cas quand des situations-calques observées dans les VL sont éliminées dans la traduction de Jérôme.

3.2. Domaines de résistance aux calques


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1) Taylor (2008) arrive à des conclusions identiques à propos de l’impact du latin biblique sur le vieil anglais.
2) Même remarque ici encore chez Taylor (2008).
3) Voir L. Sznajder (2011, 121-122).
4) lec ōlām wāc εd; lec ōləmēy-c ad etc.