Les animaux aquatiques en latin

Michèle Fruyt (Université de Paris-Sorbonne, Paris 4)

et Mauro Lasagna (Accademia Nazionale Virgiliana, Mantoue)



8. Les reptiles

1. mūs marinus, M., « tortue » reptile ; voir le terme au sens de « souris de mer », 1. Poissons de mer ; et, dans un autre sens, en 7. Autres animaux marins.

2. nătrĭx, -ĭcis, F. (M) « serpent d’eau, couleuvre d’eau », animal vivant dans l’eau douce ; Cic. Ac. 2,120 ; Sen. Dial. 4,31,8 ; en Suet. Cal. 11, le terme est employé dans le cadre d’une métaphore.
La longueur du a de nătrĭx est brève. Dans Lucain Pharsale 9,720, la syllabe est longue au début d’un hexamètre :

  • et nat/rix uio/lator a/quae iacu/lique uo/lucres
    = - - / - u u / - u u / - u u / - u u / - -

parce que le r du groupe -tr- compte pour une consonne à part entière, la syllabe nat- est fermée et elle est longue, même si la voyelle est brève (ainsi que dans uolucres).
Ce nom n’est donc pas fait sur le radical latin - à voyelle longue qui sert de thème d’infectum au verbe nāre « nager », mais sur un radical latin à voyelle brève -, comme le verbe nătāre « nager » (fréquentatif en -tāre correspondant à nāre), auquel l’étymologie populaire l’a rattaché pour le sens (cf. E.M. s. v.).
Un passage de Lucilius cité par Nonius montre également que le a de nătrĭx est bref ainsi que le i de nătrĭcem dans le passage suivant, où le r du groupe -tr- ne fait pas position (de manière attendue à cette date), et où peut-être l’auteur vise aussi à l’allitération complexe nătĭ / nătrĭ :
Nonius 65,27 : natrices dicuntur angues natantes… « on appelle natrices des serpents d’eau… » : Lucilius 2,11 C = 72 M. : si nati/bus natri/c(em) inpres/sit cras/s(am) et capi/tatam. « s’il lui plante dans les fesses un serpent d’eau charnu à grosse tête » (métaphore obscène).
Il ne s’agit donc pas du suffixe latin -trīx, -trīcis de noms d’agent féminin (genetrīx, nūtrīx avec -ī- de féminin derrière le suffixe d’agent masculin en -tor), mais plutôt du suffixe -ĭx, -ĭcis (sur ce suffixe ainsi que -ĕx, -ĭcis, voir M. Fruyt 1986). On a proposé de voir dans lat. natrix un terme hérité de l’i.-e. (Mallory & Adams 2006, p. 146-147; X. Delamarre) au sens de « serpent » avec des correspondants en celtique et germanique. Pour cette origine i.-e. voir Introduction § 0.10.

3. testūdo, -inis, F., « la tortue de mer » (reptile), est dénommée d’après le nom de la tortue de terre, cf. Isid. Or. 12,6,56. Pour la translation, cf. coclea, « l’escargot de terre et de mer » dans les mollusques.

- Plin. 9,35 : testudines tantae magnitudinis Indicum mare emittit, uti singularum superficie habitabiles casas integant atque inter insulas Rubri praecipue maris his nauigent cumbis (la description continue jusqu’au paragraphe 37) ;

- Plin. 11,180 testudini marinae lingua nulla nec dentes, rostri acie comminuit omnia ;

- comme mets exquis : Plin. 32,144 : luxuriae uero testudines ;

- en Plin. 9,38, est mentionné le chelium, autre nom d’une tortue de mer : Trogloditae cornigeras (testudines) habent, ut in lyra adnexis cornibus latis, sed mobilibus, quorum in natando remigio se adiuuant ; chelium id uocatur, eximiae testudinis, sed rarae.

Dans son interprétation synchronique, Varron (L. 5,79) rapproche testudo « tortue » de testa qui signifie à l’origine « morceau de terre cuite, poterie », d’où, par métaphore et entre autres, « coquille » des mollusques (Cic.), et notamment « huître » (Hor.), c.-à-d. « contenant fait d’une matière dure ». On comprend donc que Varron ait pu étendre le mot à la carapace de la tortue :

  • Varron L. 5,79,1 : … Latina ut testudo, quod testa tectum hoc animal.
    « … des noms latins comme testudo (tortue), dû au fait que l’animal est protégé par une carapace (testa). » (traduction J. Collart, Paris, CUF)


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