Les animaux aquatiques en latin

Michèle Fruyt (Université de Paris-Sorbonne, Paris 4)

et Mauro Lasagna (Accademia Nazionale Virgiliana, Mantoue)



0. Introduction

Ce chapitre traite des animaux vivant dans l’eau dont les noms sont attestés dans les textes latins. Mis à part les poissons, qui vivent dans la mer ou dans les rivières, les animaux dont la dénomination est étudiée ici sont, pour la plupart, des animaux marins.

Ils appartiennent aux catégories naturelles, au même titre que les plantes, les arbres, les animaux terrestres, les oiseaux1). L’ensemble des lexèmes qui les dénomme n’est donc pas une nomenclature au sens scientifique moderne, mais seulement un vocabulaire, qui comporte à la fois des termes vernaculaires d’usage courant dans la communauté linguistique et des termes savants connus des seuls érudits.

Les animaux marins ne sont pas aussi bien connus des hommes que les animaux terrestres, dans lesquels s’intègrent aussi les oiseaux. Ils sont surtout connus des pêcheurs et, même pour ces professionnels, les poissons restent des entités peu visibles et difficiles à observer dans leur milieu naturel. Les pêcheurs connaissent surtout les poissons qu’ils pêchent, ceux qui vivent le long des côtes et ceux qui sont consommés dans l’alimentation.

0.1. Le corpus étudié

Nous avons retenu dans la présente étude trois types de lexèmes :

a) en premier lieu, les noms importants, rencontrés parfois dans les textes littéraires ;

b) ensuite ceux qui se trouvent au moins chez deux auteurs, et ceux qui se trouvent au moins deux fois chez le même auteur (surtout Pline l’Ancien dans son encyclopédie l’Histoire naturelle) ;

c) puis d’autres noms dont l’auteur (Pline l’Ancien) donne une description assez détaillée, même si ces termes ont une seule occurrence.

Afin de clarifier l’identification des designata pour un lecteur moderne, nous avons donné entre parenthèses, à côté du terme latin étudié, le nom scientifique porté par l’animal dans la nomenclature de l’ichtyologie moderne. Nous insistons, cependant, sur le fait que les classements scientifiques modernes sont eux-mêmes variables puisqu’on enregistre des propositions nouvelles pour des changements de classification et de dénomination. De ce fait, nous avons retenu le classement le plus usuel pour les non-spécialistes de zoologie que sont les utilisateurs du DHELL. Nous avons donné seulement le nom du genre, par exemple Syngnathus L., lorsque le nom latin renvoyait à une pluralité d’espèces.

Nous n’avons retenu que certains noms des animaux marins dont E. de Saint-Denis estime qu’ils sont « inconnus » ou non identifiables. Pour l’identification des animaux dénommés, l’ouvrage de E. de Saint-Denis (1947) nous a servi de point de départ.

Les noms latins des animaux vivant dans l’eau nous sont connus principalement par Pline l’Ancien dans sa volumineuse encyclopédie intitulée Historia naturalis « Histoire naturelle » (abréviation HN ; +1er siècle apr. J.-C.2)) en particulier dans les livres 9 et 32 de cette œuvre. Au livre 9 (Plin. HN 9, 43 : Piscium species sunt LXXIIII, praeter crustis intecta, quae sunt XXX.), il donne une longue liste de plus de 70 espèces de poissons (piscium species) et 30 espèces de crustacés (crustis intecta littéralement « animaux recouverts d’une carapace »). Au livre 32, dans un passage qui commence au paragraphe 142 (Plin. HN 32, 142 et suiv.), il cite plus de 140 animaux aquatiques et beluae « grosses bêtes » vivant dans la mer c.-à-d. des cétacés et autres « monstres » des eaux. En Pline HN 32, 144-154, se trouve ainsi le catalogue des aquatilia « animaux aquatiques, animaux qui vivent dans l’eau ». L’adjectif aquatilis, -e est bâti sur le substantif aqua, -ae F. « eau » avec un suffixe -tilis ou -ātilis bien attesté dans ce type d’emploi dans le vocabulaire technique. On trouve par exemple pour des aquatilia particuliers la formation : saxum, -i Nt. « roche, rocher » → sax-atilis, -e « de rocher, qui vit dans les rochers ». Cet adjectif substantivé au pluriel saxatiles « animaux aquatiques vivant dans les rochers » est élevé au rang de classification technique par Pline.

En complément des listes de Pline, Ovide à l’époque d’Auguste dans l’œuvre qui lui est attribuée intitulée Halieutica nous fournit d’autres lexèmes pour dénoter les poissons et autres animaux marins.

Pour la période archaïque et les premiers textes latins, Ennius dans ses Hedyphagetica énumère poissons, coquillages et autres animaux marins servant pour la cuisine et de la gastronomie. Cette liste nous fut transmise indirectement par un passage de l’Apologie d’Apulée (Apol. 39 : innumerabilia genera piscium enumerat. « Il (Ennius) énumère des genres innombrables de poissons. »). Et Apulée, en son propre nom dans la même œuvre (Apol. 34), nous fournit d’autres dénominations d’animaux marins. Dans ce plaidoyer, il crée même pour des raisons polémiques deux noms de coquillage afin de se moquer de ses adversaires.

Pour les poissons de rivière, un texte est essentiel. À l’époque tardive, Ausone, dans son poème intitulé La Moselle, nous livre une quinzaine de noms de poissons d’eau douce, des noms de poissons de mer et de rivière, de poissons de mer et même un nom de mammifère marin (la baleine). Ce texte fondamental n’avait pas été étudié par E. de Saint-Denis (1947).

Pour les textes de la période classique, E. de Saint-Denis dans son ouvrage fondamental Le vocabulaire des animaux marins en latin classique (Paris, Klincksieck, 1947) traite 260 noms d’animaux marins en prenant en considération les textes depuis la période archaïque (les Hedyphagetica d’Ennius; Lucilius) jusqu’à Pline l’Ancien, et, en outre, Isidore de Séville.

Il était donc nécessaire de prolonger l’étude des textes latins afin de tenir compte notamment de l’ouvrage fondamental d’Ausone. Il convient aussi d’ajouter certains termes de l’époque classique omis par E. de Saint-Denis (caluaria par exemple) et d’actualiser ce corpus lexical par rapport aux éditions de textes parues après 1947. Enfin il faut repenser les listes données par E. de Saint-Denis et de clarifier la matière. Nous avons estimé qu’il était nécessaire de classer les différents animaux aquatiques dont les noms figurent dans les textes latins selon les critères scientifiques des naturalistes contemporains.

0.2. Classement des animaux aquatiques

Notre classement des animaux aquatiques est fondé sur la classification des naturalistes modernes. Nous distinguons donc les catégories suivantes :

a) les poissons, qui sont une superclasse du phylum Cordata [fr. Cordés]. Nous séparerons les poissons de mer (§ 1.) et les poissons de rivière ou de fleuve (§ 2.). Certains poissons sont à la fois des poissons de mer et des poissons de rivière : ce sont en fait des poissons de mer qui pénètrent à certaines époques dans l’embouchure des fleuves et remontent les fleuves pour la reproduction pour déposer leurs œufs en eau douce. Le phénomène est bien connu pour le saumon et l’esturgeon, puisque l’on en consomme les œufs.

b) les crustacés, qui sont une classe du phylum Arthropodes (§ 3.).

c) les mollusques constituent un véritable phylum (§ 4.).

d) dans le § 5, nous regroupons ensuite les catégories suivantes (§ 5.).

- Les Cœlentérés ou Cnidaires (ce dernier terme étant plus scientifique) constituent un phylum comprenant les polypes, méduses, coraux, actinies, madrépores.

- Les éponges sont plus primitives que les Cœlentérés et appartiennent au phylum des Porifera (it. Poriferi, fr. Spongiaires).

- Les étoiles de mer, les hérissons de mer, les holothuries, les ophiures appartiennent tous au phylum des Échinodermes, qui sont des animaux beaucoup plus évolués que les Cœlentérés, et donc très différents d’eux parce que beaucoup plus complexes. Ils suivent les Arthropodes et précèdent les Cordata.

nom français classement scientifique actuel comprenant :
ANNÉLIDES phylum ANELLIDAE scolopendre
CNIDAIRES (CŒLENTÉRÉS) phylum CNIDARIA polypes, méduses, coraux, actinies, madrépores, etc.
ÉCHINODERMES phylum ECHINODERMA étoiles de mer, hérissons, holothuries, ophiures
SPONGIAIRES classe du phylum PORIFERA éponges

Nous remercions vivement Andrea Truzzi, naturaliste, d’avoir répondu à nos questions sur le classement scientifique actuel des animaux aquatiques afin de résoudre le problème du remplacement de la dénomination zoophyte, qui n’est plus scientifique. C’est donc selon ses indications que nous employons ici les termes de cnidaires, annélides, échinodermes, spongiaires et que nous présentons les définitions scientifiques. Avant ces classements actuels, ces êtres étaient regroupés sous la dénomination de zoophytes, aujourd’hui évitée.

e) Les mammifères marins (§ 6.).

f) Dans un avant-dernier chapitre (§ 7.), nous regroupons des êtres vivant dans l’eau dont l’existence, parfois hypothétique, est mentionnée par les textes latins sans que nous puissions toujours savoir de quel animal il s’agit. Ce sont les beluae « bêtes marines de grande taille », les monstres marins et les animaux fabuleux.

g) Enfin dans le § 8. « Les reptiles », nous classons les noms de deux animaux aquatiques qui sont, en fait, des reptiles dans la classification contemporaine (le serpent d’eau et la tortue d’eau).

0.3. Des statuts linguistiques variés : termes usuels vs termes savants

Le catalogue de Pline l’Ancien est hétéroclite du point de vue linguistique. Il contient aussi bien des termes usuels employés dans la vie quotidienne par les gens concernés (pêcheurs, mais aussi marchands, acheteurs sur les marchés aux poissons, consommateurs) que des termes savants, techniques, connus des seuls naturalistes érudits de l’époque ou des époques précédentes. Ces derniers termes sont pour la plupart des calques de signifiant (selon les cas graphiques et phonétiques ou bien graphématiques et phonologiques) de termes grecs que Pline a trouvés chez les auteurs grecs et en particulier chez Aristote, puisque, dans certains des passages de son encyclopédie, Pline résume des passages d’Aristote, non sans quelque méprise parfois3).

Ainsi peut-on opposer, par l’intermédiaire du lexique, une connaissance empirique à travers la pêche, la consommation, la cuisine, et une connaissance savante qui produit le vocabulaire de l’ichtyologie, lequel servira de base aux nomenclatures des sciences modernes.

En effet, le naturaliste suédois d’Upsala Linné (Linnaeus) au XVIIIe siècle, qui a posé les bases de la science contemporaine en créant ses binômes constitués d’un assemblage de deux « mots » (nom de genre + nom d’espèce) pour les catégories naturelles, a le plus souvent repris les termes de Pline l’Ancien. C’est dire qu’en étudiant le vocabulaire de Pline, nous sommes aux sources de la science actuelle.

Faire aujourd’hui la distinction entre les termes usuels jouant un rôle certain dans la langue latine de tous les jours et les termes savants n’est pas toujours chose facile. Un terme qui n’est attesté que chez Pline l’Ancien et qui n’a qu’une ou deux occurrences chez cet auteur peut être considéré comme savant. Mais les termes attestés dans des textes non techniques, comme les comédies de Plaute à l’époque archaïque, les traités de Cicéron à l’époque classique, les œuvres d’Horace à l’époque d’Auguste ou les œuvres de Martial décrivant les travers de leur temps doivent avoir eu une certaine place dans la langue quotidienne spontanée. Ils figurent parfois même dans des proverbes. Les animaux marins dont les dénominations se trouvent chez ces auteurs non techniques font partie du savoir partagé de la communauté linguistique. Ils sont bien connus de tous les sujets parlants, qui leur prêtent collectivement des traits saillants fonctionnant comme des topoï. Ils font souvent partie de l’alimentation des Romains. Ces derniers, en effet, de tout temps, ont consommé des poissons, des crustacés et d’autres animaux aquatiques, surtout issus de la mer.

0.4. Utilisation des designata

Les textes nous montrent que certains poissons relevaient de la consommation4) usuelle et ordinaire, d’autres au contraire étaient des mets très onéreux réservés à des gens très fortunés. Certains auteurs opposent les deux types de poissons (Horace, Martial), ironisent sur la mauvaise qualité de certains petits poissons consommés par les gens pauvres ou inversement critiquent les prix élevés atteints par certains poissons, rares sur les marchés, et les raffinements gastronomiques qu’ils supposent (Varron apud Gell. 6,16).

A l’époque archaïque dans les premiers textes littéraires, Plaute dans le Rudens met en scène un pêcheur et un groupe de piscatores « pêcheurs », mentionnant l’existence d’un marché aux poissons dans les villes où se déroulent les comédies (Pl. Curc. 474 ; Cap. 813 et suiv.). Dès Caton (Agr. 158), une recette mentionne divers poissons et des mollusques :

  • Caton De agricultura 158 : … addito … mitulorum l. II, piscem capitonem et scorpionem I, cochleae sex.
    « … ajoutez … deux livres de moules, un poisson chabot, un (poisson) scorpion, six escargots de mer. » (traduction R. Goujard, Paris, Belles Lettres, CUF).

Horace conseille de donner des squilles grillés et des escargots d’Afrique pour réveiller une personne engourdie par la boisson :

  • Horace, Satires 2,4,38 et suivantes :
    tostis marcentem squillis recreabis et Afra
    potorem coclea.

    « Avec des squilles grillés tu ranimeras un buveur engourdi, ou avec des escargots d’Afrique. »

De nombreuses recettes d’Apicius (corpus de recettes de cuisine de date indéterminée5)) incorporent des poissons, des mollusques, de nombreux animaux marins6). Dans la recette suivante, on trouve les poissons appelés dentex (poisson indéterminé), aurata « daurade », mugil « mulet » ainsi que des huîtres :

  • Apic. IV,2,31 (n° 158) : Patina de piscibus, denticem, auratam et mugilem : accipies pisces, curatos subassabis, postea eos in pulpas carpes deinde ostrea curabis…
    « Plat de poissons, denté, dorade et mulet : prenez les poissons, grillez-les un peu une fois lavés ; ensuite découpez les filets, puis occupez-vous des huîtres … »

Le poisson était consommé de trois manières7) :

- bouilli (elixus : cf. (ius) in pisce elixo : Apic. X,1,2 (n° 435)),

- frit (frixus ou frictus : Apic. Exc. 11 : friges pisces « faites frire les poissons »),

- ou grillé (assus : Apic. X,3,9 (n° 463) : in pisce aurata assa « pour la daurade grillée »).

Les poissons, les crustacés, les coquillages, etc. servent également pour la composition des remèdes en médecine, comme on le voit chez Pline l’Ancien au livre 32 de son HN et chez Celse.

Le besoin de poissons et d’huîtres pour la consommation a entraîné très tôt un élevage de certains poissons et des parcs à huîtres. La place des poissons dans la société romaine, confirmée par Varron (R. 3,3), fut si importante que les poissons eurent même une influence sur l’anthroponymie. Certains cognomina d’hommes sont tirés de noms de poisson :

- Orāta M. (surnom dans la gens des Sergii, notamment de C. Sergius Orata cité par Varron R. 3,3,10 et Columelle 8,16,5 ; sur aurāta, -ae F. « la daurade »),

- Mūrēna M. (surnom de la gens Licinia, notamment de L. Licinius Murena, personnage défendu par Cicéron dans le Pro Murena ; sur mūraena, -ae F. « la murène »).

0.5. Un vocabulaire et non une nomenclature

L’organisation et la structure du vocabulaire dénotant les aquatilia « animaux aquatiques » en latin présentent les mêmes inconvénients que le vocabulaire des autres entités naturelles : plantes, oiseaux8), etc. Et cela ne concerne pas seulement le latin, comme on le constate dans les langues contemporaines pour les dénominations vernaculaires dites « populaires » des entités naturelles.

On observe en premier lieu l’absence de relation biunivoque entre lexème et designatum (entité dénotée). Ainsi rencontre-t-on plusieurs dénominations pour une seule et même entité (les entités étant définies selon nos critères contemporains). En français, un poisson a un nom latin savant donné par les naturalistes et en même temps un ou plusieurs noms français usuels dans la langue courante : ce sont parfois des noms locaux, le même poisson ayant des noms différents selon les régions, même à l’intérieur de la même langue. Par exemple, le poisson dont le nom le plus répandu est fr. la vieille est, pour les savants naturalistes, le labre, qui appartient à la famille des Labridés. La carpe a une pluralité de noms vernaculaires : fr. carpe, tanche, perroquet de mer, tourd, merle, vras, vrac, corlazeau, crahotte, rochier, roucaou, etc. selon les régions. Le bar s’appelle aussi fr. loup, loubine, loubas, loupassou, loubineau, drenec, lubin, barreau, pique, brigne. La vive est aussi dénommée par les termes fr. avive, taquet, turpin9).

Inversement, un seul et même lexème peut renvoyer à plusieurs poissons différents. Le poisson généralement appelé fr. le rouget s’appelle le surmulet (Mullus barbatus L.) près de la Méditerranée. Mais, selon E. de Saint-Denis (1947), à Paris et dans la Manche, le terme fr. rouget dénote le grondin (un trigle).

Ces difficultés sémantico-référentielles pour l’identification des designata sont constantes chez Pline l’Ancien. Aussi convient-il d’être prudent et de ne pas toujours suivre cet auteur à la lettre. Les animaux aquatiques sont un domaine mal connu à son époque. Il présente des classifications en genre (genus) et espèce (species), mais elles sont fondées sur des critères empiriques, visuels, auditifs ou autres. Pline résume parfois des passages d’Aristote en calquant des dénominations grecques (orphus, erythinus, mormyr, etc.) pour des entités qu’il connaît parfois bien mal.

On observe une confusion de genres et d’espèces lorsque la même dénomination est employée pour un poisson de mer et un poisson de fleuve. Plusieurs termes dénotent deux poissons différents (perca, umbra).

0.6. Points de vue synchroniques

La distinction entre mots latins indigènes (uernacula) et mots empruntés au grec (peregrina « venus de l’étranger ») est clairement ressentie par certains auteurs latins et notamment par Varron à l’époque classique dans son De lingua Latina, où il donne ses interprétations sur le lexique latin et nous fournit des remarques sur l’origine grecque de certains termes latins de poissons, de morceaux de poisson, de coquillages et de divers animaux marins :

  • Varr. L. 5,77,1-2 : (1) Aquatilium uocabula animalium partim sunt uernacula, partim peregrina. (2) Foris muraena, quod μύραινα Graece, cybium et thynnus, cuius item partes Graecis uocabulis omnes, ut melander atque uraeon.
    « (1) Les noms des animaux aquatiques sont les uns indigènes, les autres, étrangers. (2) Du dehors nous viennent muraena (murène), μύραινα en grec, cybium (jeune thon) et thynnus (thon) ; et de même tous les morceaux de ce poisson sont désignés par des mots grecs, comme melander (tranche de thon mariné) et uraeon (morceau de la queue) ». (traduction J. Collart, Varron, De lingua Latina livre V, Paris, Les Belles Lettres, 1954, p. 51)

Certains des termes empruntés au grec selon Varron (L. 5,77) étaient donc sentis comme grecs par Varron, mais sont parfaitement intégrés en latin, tels muraena « murène », ostreum « huître », peut-être peloris, echinus « oursin ». D’autres sont moins intégrés ou ne sont pas intégrés en latin, tels pour les poissons : cybium, thynnus, et pour les morceaux de poisson : melander, uraeon. Il existe donc un décalage entre l’usage du mot dans la langue courante de la communauté linguistique et la perception individuelle qu’une personne très lettrée comme Varron peut avoir de l’origine de ce mot.

Certaines explications synchroniques données par Varron sont encore acceptées aujourd’hui, mais dans le domaine des poissons comme dans les autres domaines d’expérience, les explications de Varron demeurent souvent purement synchroniques10) et fondées sur la combinaison entre le signifiant et ce que le sujet parlant sait de l’entité dénommée. Elles ne peuvent coïncider avec la démarche diachronique des linguistes modernes. C’est le cas pour l’interprétation varronienne de lollīgō / lōlīgō, -ĭnis F. « calamar », que Varron prend au sens de lolligo uolitans « exocet, poisson volant » (cf. Cic. De diu. 2,145 ; Pline 32,15 ; 149) et qu’il rapproche du verbe subuolare « voler » en proposant une substitution de la consonne initiale, avec un ancien u- (comme dans uolare) qui serait devenu l-: Varron L. 5, 79: lolligo, quod subuolat, littera commutata, primo uolligo.

0.7. Les procédés de dénomination

0.7.1. Même valeur référentielle pour un terme latin et un terme grec

Pour un grand nombre d’entités, Pline nous donne à la fois le nom ou les noms latins et le terme grec ayant la même dénotation. Le poisson qui s’appelle en latin acus « aiguille de mer » (sur acus, -us « aiguille » comme objet) a pour dénomination grecque transcrite en alphabet latin belone (Pline HN 9,166 : acus siue belone) ; le poisson qui porte le nom latin de uulpes / uulpes marina « renard de mer » (sur uulpes « renard ») s’appelle alopex en grec (« renard ») ; les appellations latines du phoque sont bos marinus (« boeuf / bovin de mer »), ou uitulus (« veau de mer »), mais Pline cite aussi le terme issu du grec : phōca (E. de Saint-Denis 1947, p. XXI), terme attesté aussi chez Virgile (G. 3,543 ; 4,395 ; 432).

Dans ces circonstances, et contrairement à ce qu’écrit E. de Saint-Denis, les appellations latines ne sont pas nécessairement des « traductions » du grec (1947, p. XX : « 46 mots traduits du grec en latin »). Il s’agit plutôt de dénominations parallèles en latin et en grec : les mêmes traits saillants dans les entités à dénommer (entités comparées) furent sélectionnés à la fois par la communauté linguistique latine et la communauté grecque et les entités à dénommer, en raison de ces traits, furent rapprochées des mêmes entités comparantes dans les deux systèmes linguistiques et dans les deux sociétés. Cette situation se retrouve pour les noms d’oiseaux d’origine onomatopéique11).

0.7.2. Transfert métaphorique et formation des mots

Le domaine des animaux marins est moins connu des Romains que celui des entités terrestres (plantes, animaux, oiseaux). De ce fait, la création lexicale a procédé, de manière attendue, du connu à l’inconnu, en ré-utilisant des dénominations d’entités terrestres et notamment celles des entités les mieux connues qui se trouvaient dans l’entourage le plus immédiat de la communauté linguistique. On les a transposées pour en faire des dénominations d’entités aquatiques vivant dans la mer, dans les rivières et les lacs.

Il s’agit, de ce fait, de dénominations métaphoriques12) fondées sur la sélection de traits saillants perçus comme semblables dans les deux entités : l’entité terrestre, qui joue le rôle d’entité comparante de référence, va fournir sa dénomination pré-existante, tandis que l’entité aquatique, qui joue le rôle d’entité comparée, va recevoir par transfert la dénomination pré-existante de l’entité terrestre.

Ce mécanisme à la fois cognitif dans un premier temps pour la sélection des traits saillants et linguistique dans un second temps pour le recours à des lexèmes préexistants est clairement analysé par Varron, De lingua Latina. Après avoir mentionné l’origine grecque de certains termes latins pour les poissons et les coquillages (en L. 5,77,1 et 2 ; cf. ci-dessus), il explique en L. 5,77,3-5 les termes d’origine latine ou « vernaculaires » à l’aide du procédé dénominatif des poissons et des coquillages par transfert métaphorique à partir des dénominations de certaines entités terrestres :

  • Varr. L. 5,77,1-5 : (1) Aquatilium uocabula animalium partim sunt uernacula, partim peregrina. (2) Foris muraena, quod μύραινα Graece, cybium et thynnus, cuius item partes Graecis uocabulis omnes, ut melander atque uraeon. (3) Vocabula piscium pleraque translata a terrestribus ex aliqua parte similibus rebus, ut anguilla, lingulaca, sudis ; alia a coloribus, ut haec : asellus, umbra, turdus ; alia a ui quadam, ut haec : lupus, canicula, torpedo. (4) Item in conchyliis aliqua ex Graecis, ut peloris, ostrea, echinus13). (5) Vernacula ad similitudinem, ut pernae, pectunculi, ungues.
    « (1) Les noms des animaux aquatiques sont les uns indigènes, les autres, étrangers. (2) Du dehors nous viennent muraena (murène), μύραινα en grec, cybium (jeune thon) et thynnus (thon) ; et de même tous les morceaux de ce poisson sont désignés par des mots grecs, comme melander (tranche de thon mariné) et uraeon (morceau de la queue). (3) Les noms des poissons sont presque tous tirés de termes désignant des choses terrestres avec lesquelles ils ont un point commun, comme anguilla (anguille), lingulaca (sole), sudis (brochet de mer) ; d’autres sont désignés d’après leurs coloris, tels asellus (le merlu), umbra (l’ombrine), turdus (le labre clair) ; d’autres noms sont tirés d’un trait particulier, tels lupus (loup marin), canicula (requin), torpedo (torpille). (4) De même pour les coquillages, certains noms nous viennent des Grecs, comme peloris (palourde), ostrea (huîtres), echinus (oursin), (5) d’autres sont indigènes et s’appuient sur une ressemblance, tels pernae (pinnes marines), pectunculi (pétoncles), ungues (dails). » (traduction J. Collart, Varron, De lingua Latina livre V, Paris, Les Belles Lettres, 1954, p. 51)

On peut expliciter ainsi les transferts dénominatifs métaphoriques évoqués par Varron pour les poissons :

a) Le trait saillant sélectionné relève de la forme : anguilla « anguille » est fait sur anguis « serpent »; lingulaca « sole » (poisson particulièrement plat avec les deux yeux sur la face supérieure) sur lingula « sorte de langue, petite langue » ou lingua « langue (partie du corps)14).

b) de la couleur : asellus « qui ressemble à l’asinus ‘âne’ » (couleur grise de l’âne); umbra « ombre » et « ombrine«  sur umbra « ombre » (« qui a la couleur sombre de l’ombre); turdus sur turdus « grive » (« qui a la couleur sombre de la grive (oiseau) »).

c) du comportement : lupus « loup de mer » sur lupus « loup » (« qui se comporte comme un loup », vorace, méchant); canicula sur canis F. « chienne » au sens de « sorte de chienne » (« qui se comporte comme une chienne » ou « qui ressemble à une chienne » pour une autre raison que la forme ou la couleur); torpedo (poisson paralysant) sur torpedo « torpeur, état de torpeur ».

On trouve dans les termes cités par Varron le même procédé de transfert métaphorique de dénomination pour les coquillages. Ils sont dénommés d’après leur ressemblance dans : perna sur perna « jambon », pectunculi sur pecten « peigne » avec un suffixe « diminutif » de valeur métaphorique en -culus « qui ressemble à un peigne » (pour des coquillages dont l’ouverture est dentelée); unguis sur unguis « ongle » des hommes et de certains animaux (sabots, serres des rapaces, griffes).

Le processus de transfert métaphorique des dénominations est également bien décrit par Isidore de Séville (Isid. Or. 12,6,4), qui souligne la ressemblance avec les animaux terrestres pour ce qui est de l’aspect, des mœurs, de la couleur, de la forme, du sexe.

0.7.3. Orientation des transferts métaphoriques

Ces transferts de dénomination ne se font pas au hasard15). Ils sont conditionnés par des raisons cognitives. Le schéma usuel est que la dénomination d’une entité terrestre devient la dénomination d’une entité aquatique: entité terrestre → entité aquatique. On passe de la terre à l’eau, de l’environnement immédiat de l’homme, qui lui est familier, à un domaine qui lui est moins connu. À l’intérieur de ce schéma, les entités terrestres de départ peuvent être variées16).

Ce sont généralement des animaux terrestres, le plus souvent domestiques (aries « bouc », bos « bovin », canis « le chien » et « la chienne »). Mais on trouve aussi des animaux sauvages bien connus de l’homme (lupus « le loup », uulpes « le renard », elephantus « l’éléphant » pour dénoter le homard) et des oiseaux (turdus « la grive », acipenser « le rapace, l’aigle », aquila « l’aigle », coracinus et coruus « le corbeau », hirundo « l’hirondelle », passer « le passereau, le moineau »). La raison en est peut-être, d’un point de vue cognitif, que les deux catégories d’animaux circulent dans un espace liquide, l’air et l’eau, et que, de ce fait, ils donnent l’impression de se déplacer rapidement et de glisser. Dans ce cas, on reste à l’intérieur de la même classe cognitive des animaux.

L’entité terrestre de départ peut être une partie du corps de l’animal ou de l’homme (unguis « l’ongle » pour un coquillage, caput « tête » pour le poisson capito ; dactylus « doigt » pour un coquillage), ce qui est une sous-classe de la situation précédente, puisqu’on part de la partie au lieu de partir du tout (synecdoque).

L’entité terrestre peut également être un objet inanimé, un outil utilisé par l’homme (gladius « le glaive », pecten « le peigne ») ou bien une entité appartenant au milieu naturel (umbra « l’ombre » pour le poisson umbra, lūc- « la lumière » pour le poisson lūcius).

Plus rarement, l’entité terrestre est une plante ou une partie de plante (hordeia « coquillage indéterminé, orgelet » sur hordeum « orge » ; cucumis : échinoderme en forme de concombre sur cucumis « concombre »).

Le point de départ peut être encore un état naturel, par exemple la torpeur ou paralysie pour dénoter le comportement d’un poisson qui provoque la paralysie (torpedo « sorte de raie » sur torpor « torpeur »). Le point de départ peut être une couleur : caeruleus, -i M., fait sur l’adjectif chromatique caeruleus signifiant « bleu couleur du ciel » (sur caelum « le ciel »), dénote une sorte de chien de mer ou squale (poisson), alburnus (poisson) sur albus « blanc, de couleur claire ». Les noms de l’ombre et de la lumière (cf. ci-dessus) peuvent aussi entrer dans la catégorie des couleurs, puisqu’ils font partie intégrante en latin du vocabulaire chromatique.

Plus rarement un toponyme peut servir de point de départ: sardina « la sardine » (poisson) pour la Sardaigne. Ce type dénominatif, fréquent pour les plantes, est rare pour les poissons.

Sur le plan morphologique, la nouvelle dénomination de l’animal aquatique peut être homonyme de celle de l’entité terrestre, sans ajout de suffixe. C’est le cas le plus fréquent: gladius « espadon » poisson sur gladius « glaive » ; anguis « serpent d’eau, couleuvre d’eau » sur anguis « serpent », caper « bouc » et poisson, aries « bélier » et « bélier de mer », lingualaca « scolopendre » (plante) et « poisson plat et long, limande », araneus « araignée » et « vive » (poisson venimeux). Dans ce cas, les dictionnaires usuels considèrent qu’il s’agit d’un seul lexème polysémique, puisque le passage d’une signification à l’autre est explicable : nous sommes dans la situation que R. Martin appelle la polysémie étroite17).

Mais la nouvelle dénomination de l’animal aquatique peut également être formée par l’addition d’un suffixe derrière le terme dénotant l’entité de départ. Le suffixe le plus souvent employé est le suffixe dit « de diminutif »18) sous ses différentes variantes morphologiquement et phonétiquement conditionnées : -culus / -ulus / -illus / -ellus, etc. (toutes ces formes suffixales se présentant dans les trois genres grammaticaux, M., F., Nt.). Ce suffixe prend alors sa fonction métaphorique de ressemblance pour « une entité qui ressemble à X », X étant l’entité terrestre dénotée par la base de suffixation (anguilla « anguille » poisson sur anguis « serpent », canicula « chienne de mer, sorte de roussette » sur canis F. « chienne », apriculus « poisson » sur aper « sanglier »)19). On trouve aussi, plus rarement, les suffixes -o (-onis) M. (avec sa variante en -io)20), -go (-ginis) F. précédé d’une voyelle longue21), ainsi que -ex (-icis). Ces suffixes ne sont pas propres à la formation des noms d’animaux aquatiques. Ils sont usuels pour tous les lexiques des catégories naturelles (plantes, oiseaux, etc.), qui sont souvent faits par approximation à partir d’une autre entité mieux connue de l’homme et précédemment dénommée dans la langue.

On peut se heurter à une ambiguïté de la référence dans certains contextes et certaines situations d’énonciation, par exemple, lorsqu’un poisson porte le même nom qu’un oiseau dans une recette de cuisine d’Apicius, où l’on emploie aussi bien les poissons que les oiseaux. On précise qu’il s’agit d’un poisson en ajoutant le terme générique piscis « poisson » au terme spécifique en question, piscis acquérant alors un rôle de classificateur. Asellus dénote un poisson avec la valeur métaphorique du suffixe diminutif sur asinus « âne » au sens de « qui ressemble à un âne » (pour sa couleur grise), mais il peut aussi dénoter un « petit âne » avec la valeur minorative du même suffixe. Apicius précise donc piscis asellus :

  • Apic. IV,2,13 (n° 140) : mittes … pulpas piscis aselli fricti, urticas marinas, pulpas ostreorum.
    « mettez … des filets d’asellus frit, des orties de mer, la chair des huîtres. »

On trouve la même précision pour d’autres lexèmes ambigus dans une recette de cuisine. Au lieu de lupus « loup », on peut avoir pour « le loup de mer », piscis lupus (Apic. IV,2,32 (n° 159) : Patina de pisce lupo). Au lieu d’aurata, litt. « celle qui contient de l’or », on a pour « la daurade », piscis aurata (Apic. X,2,14 (n° 462) : Ius in pisce aurata). De même le nom du poisson rubellio (sur ruber « rouge » avec le suffixe de diminutif en liquide suivi du suffixe –io, -ionis M.) peut-il être renforcé par piscis : piscis rubellio (Apicius X,1,15 (n° 448) : Ius in pisce rubellione). Voir aussi scorpio (piscis) chez Apicius.

0.8. Les termes génériques

0.8.1. Terme générique des poissons : piscis

Le terme générique pour les poissons est piscis, -is M.22) Son genre grammatical masculin entraîne le fait qu’un bon nombre des noms de poissons seront aussi au masculin. Le terme est usuel dans toute la latinité et dans tous les niveaux de langue diastratiques. Il est passé dans les langues romanes : it. pesce ; le français a formé fr. poisson en étoffant le mot hérité du latin avec le suffixe français -on, qui remonte à lat. -ō, -ōnis M. (pour ce suffixe, voir F. Gaide 1988)23)

La valeur sémantique du diminutif fait sur piscis : pisciculus est minorative « petit poisson », mais le terme est générique pour plusieurs espèces de petits poissons. Il est parfois l’équivalent d’apua pour de petits poissons :

  • Apic. IV,2,30 (n° 157) : Patina de pisciculis :… adicies in ipsam pisciculos coctos.
    « Plats de petits poissons : … ajoutez dans le plat des petits poissons cuits. »
  • Apic. IV,3,3 (n° 167) : uinum, porrum capitatum, mentam, pisciculos.
    « (prenez) du vin, des poireaux à bulbe, de la menthe, des petits poissons. »

On remarque cependant que, dans un texte de Plaute, piscis est employé par extension pour un animal aquatique qui n’est pas un poisson, mais qui est comestible : le poulpe ou la pieuvre, pōly̮̆pŭs, -i, M. (voir § 4. Les mollusques):

  • Pl. Rud. 1010 : adfligam ad terram te itidem ut piscem soleo polypum.
    « je te jetterai par terre comme je fais pour les pieuvres. » (traduction A. Ernout, Paris, CUF)

On peut donc en conclure que piscis n’était pas seulement le terme générique pour les poissons, mais qu’il englobait aussi d’autres animaux marins comestibles et bien connus de la communauté linguistique. Il semblerait que la frontière entre les poissons et les autres animaux marins soit floue lorsqu’il s’agit de mets dans l’alimentation humaine. Ces animaux ne sont plus alors considérés en tant que tels comme des unités individuelles comptables, mais comme des unités massives, de la chair, de la matière culinaire24).

0.8.2. Terme générique des coquillages : conca

Le terme générique pour les coquillages est surtout concha / conca, -ae F. « coquillage », qui a une bonne fréquence à toutes les époques de la latinité. Ce n’est pas un terme savant, puisqu’il n’est pas seulement attesté chez les auteurs techniques, mais chez une pluralité d’auteurs de genres littéraires variés : dès l’époque archaïque chez Plaute, Afranius, puis chez Varron (L.), Cic. (De or., etc.), Horace, Tibulle, Properce, Columelle, Pline. C’est un terme important dans la communauté linguistique, l’entité dénotée étant très présente dans la vie et la conscience linguistique. En synchronie, il devait être considéré par les bilingues comme un emprunt au grec κόγχη; mais il était parfaitement intégré au latin.

Conca a deux rôles sémantiques25) : il fonctionne à la fois comme terme générique et comme terme spécifique. Comme terme générique pour tous les coquillages, il est attesté en Lucr. 2,374 ; Pline 9,102 ; 32,147 ; Isid. Or. 12,6,49. Comme terme spécifique, il renvoie à un coquillage particulier en forme de spirale, qui est soit « le bernard l’hermite », soit « le murex » ou encore un autre coquillage. Plaute (Rud. 704) fait allusion à la concha Veneris, d’où vient le jeu de mots obscène qui rapproche l’organe féminin et l’ouverture en forme de fente de ce coquillage.

La tradition philologique veut que le terme latin conca soit un emprunt ancien au grec κόγχη F. ou κόγχος M. avec adaptation du phonème grec /k’/ au phonème latin /k/ noté <c>. Et les sujets parlants bilingues en latin et grec le pensaient certainement aussi dans l’Antiquité, en raison de la proximité des deux termes aussi bien pour leur signifiant que pour leur valeur dénotative. Mais il pourrait s’agir d’un terme hérité en latin comme en grec de l’i.-e. *konkhos (forme dont l’origine i.-e. est postulée par X. Delamarre 1984 p. 145 ; voir ci-dessous § 0.10), qui serait passé au féminin en latin.

Le terme conchylium peut aussi, dans une certaine mesure, servir de terme générique. Dans un passage de Varron, on observe qu’il dénote collectivement des mollusques à coquilles comme la palourde et l’huître, mais aussi l’oursin, echinus, alors que ce dernier n’a pas de coquille (il appartient aux échinodermes selon la classification moderne des naturalistes) :

  • Varr. L. 5,77,4 : Item in conchyliis aliqua ex Graecis, ut peloris, ostrea, echinus.
    « De même pour les coquillages, certains noms nous viennent des Grecs, comme peloris (palourde), ostrea (huîtres), echinus (oursin). » (traduction J. Collart, Varron, De lingua Latina livre V, Paris, Les Belles Lettres, 1954, p. 51)

0.9. Emprunts du latin au gaulois

Comme pour les autres catégories naturelles (plantes, oiseaux), pour les poissons le latin a emprunté au gaulois un petit nombre de termes. On en trouve quelques-uns dans La Moselle d’Ausone. P.-Y. Lambert (2003, p. 205) estime ainsi que dans cette œuvre sont gaulois ou latins d’origine gauloise : gaul. clopias, darsus et esox26) « saumon ».

Plus généralement, pour les noms de poissons empruntés au gaulois, on (cf. entre autres: P.-Y. Lambert 2003, p. 188) cite chez Ausone alausa « alose », poisson de rivière (voir ce mot, 2. Poissons de rivière). Ce terme fut bien intégré au latin puisqu’il est passé dans les langues romanes : prov. alauso, esp. alosa, fr. alose ; le « gallo-latin » alausa fut emprunté en allemand : all. Alse. On considère également que le nom de la tanche (poisson de rivière) comme emprunté au gaulois, mais bien intégré au latin puisqu’il est passé dans les langues romanes (P.-Y. Lambert 2003, p. 202): fr. tanche < tenche < lat. tinca (attesté chez Ausone) < gaul. tinca (voir tinca, § 2. Les poissons de rivière). Le terme latin a aussi donné it. tinca, prov., esp., cat. tenca.

En outre selon Mallory & Adams (2006, p. 146-147), lat. sario est emprunté au gaulois (voir ce mot, § 2. Les poissons de rivière). Selon ces auteurs, le terme gaulois vient de i.-e. *str(hx)yon- qui dénote en germanique l’esturgeon (angl. sturgeon) et en celtique le saumon27).

Une origine gauloise est parfois prêtée (cf. P. Flobert 2000, s. v.) à lat. tructa, -ae F., tructus, -i M. « la truite » poisson de rivière. Le terme devait appartenir à la langue quotidienne usuelle puisqu’il est passé dans fr. truite et it. trota. Voir tructa, tructus, § 2. Les poissons de rivière.

P.-Y. Lambert (2003, p. 197) estime qu’il pourrait aussi y avoir des éléments empruntés au gaulois dans lat. gobio « le goujon de rivière » > fr. goujon. Il renvoie également aux termes français loche, lotte, vandoise, et peut-être omble, qui pourraient être d’origine gauloise, ce qui laisse l’éventualité d’un possible emprunt du latin au gaulois même si le terme n’est pas attesté en latin, avec ensuite passage au français. Il existe en effet des mots français d’origine gauloise dont l’ancêtre n’est pas attesté en latin28).

0.10. Noms d'animaux aquatiques latins hérités de l’i.-e.

Selon Mallory & Adams 2006 (2008), p. 146-148, il n’existe qu’un très petit nombre de termes reconstructibles en i.-e. pour les poissons et les animaux marins dans les langues i.-e. En outre, la signification concrète des termes que l’on peut reconstruire est difficile à établir. Les entités dénotées ont varié selon les régions, les climats, l’environnement naturel et les époques. Les langues i.-e. de la partie orientale de l’aire i.-e. nous donnent très peu d’informations à ce sujet.

La forme qui pourrait être le terme générique des poissons dans les langues i.-e. serait selon ces auteurs i.-e. *pik̂sk̂os « poisson » avec le même statut de terme générique en latin (piscis), celtique et germanique (angl. fish). Cette forme serait analysable, selon Mallory & Adams (2006), comme i.-e. *pik̂-sk̂o- angl. « spotted » (« tacheté »), et serait à rattacher à la « racine » i.-e. *peik- « peindre, imprimer une marque ». De ce fait, on postule que le poisson qui aurait été originellement dénoté ainsi serait un poisson tacheté, la truite pour certains, pour d’autres le saumon. Le terme serait ensuite passé au statut de terme générique dénotant par généralisation sémantique tous les éléments de la classe des poissons. Mallory & Adams posent donc i.-e. *pik̂sk̂os « truite, saumon » à l’origine29).

Le latin semble conservateur pour les termes génériques des catégories naturelles : il aurait non seulement conservé le terme générique i.-e. des poissons dans lat. piscis M., mais aussi le terme générique des oiseaux dans lat. auis F. « oiseau en général » pour tous les éléments de la classe des oiseaux30).

Il paraît, néanmoins, étonnant que le terme générique des poissons en i.-e. puisse reposer sur la sélection du trait saillant « tacheté », qui est si peu spécifique des poissons, puisque ce trait peut être sélectionné pour de nombreuses autres catégories comme les plantes, les oiseaux, les objets inanimés. Au sein de la classe cognitive des animaux, la catégorie des poissons présente des particularités beaucoup plus caractéristiques et, semble-t-il, pertinentes que le fait d’être tacheté. C’est du moins l’enseignement que nous pouvons tirer de la présente étude du lexique latin des poissons. On pourrait penser que ce serait plutôt le nom de l’écaille qui pourrait servir à dénommer la classe des poissons, puisque c’est un trait saillant visible et évident opposant ces animaux aux autres animaux, caractérisés par des poils et des plumes. Nous pensons que le radical latin de l’écaille (squāma « écaille ») se retrouve dans les noms de poissons lat. squalus, squatus (dont la longueur du a est inconnue)31) pour des squales, poissons remarquables par leurs écailles superposées particulièrement dures. Or squalus est considéré comme d’origine i.-e. (cf. ci-dessous).

Le même trait saillant « tacheté » a également été proposé pour la forme i.-e. *perkā d’où provient, entre autres, lat. perca, -ae F. « la perche ». Mais, comme nous le montrons ci-dessous (voir § 1. Les poissons de mer et § 2. Les poissons de rivière), ce terme latin dénote en fait deux poissons différents, l’un de mer et l’autre de rivière. X. Delamarre (1984, p. 142), rapprochant des correspondants d’autres langues i.-e. signifiant « la truite » ou « la perche », estime que, si l’on prend en compte sk. pr̥śni- « tacheté, bigarré », le sens étymologique de perca pourrait être « la tachetée ».

Selon Mallory & Adams (2006, p. 146-147), le latin serait également concerné par les formes i.-e. suivantes, qui sont à l’origine de dénominations spécifiques de poissons :

a) Mallory & Adams (2006, p. 146-147) posent i.-e. *(s)kwálos angl. « sheatfish, wels » pour lat. squalus angl. « shark » (« squale » en général ou « requin »?) avec pour correspondant angl. whale. Le terme serait reconstruit sur la base de l’italique (latin), du germanique, du baltique, du grec (grec-dialectal ἄσπαλος « fish ») et peut-être de l’iranien. De son côté, Delamarre (1984) pose i.-e. *skwālos (avec a long) pour lat. squalus, -is M. « squale » (voir § 1. Les poissons de mer).

En réalité, dans lat. squalus la quantité du a est inconnue (de même que dans l’autre nom de poisson squatus) puisque le terme apparaît seulement en prose (EM p. 645 ; de Vaan p. 584). Pour le latin on pourrait rapprocher ce radical squal- du radical squā- présent dans squāma « écaille » et squālus « couvert de croûtes ou de plaques formant des écailles » (EM 645 ; de Vaan 583-584). Le lien étymologique entre un nom de poisson et le nom de l’écaille peut s’expliquer facilement puisque les poissons prototypiques ont des écailles. Les squales et notamment les requins ont la peau rugueuse faite d’écailles superposées et particulièrement résistante. Cela a pu être sélectionné comme trait saillant dénominatif.

b) Mallory & Adams (2006, p. 146-147) posent i.-e. *haek̂e(tro)- « esturgeon » comme forme régionale du nord-ouest d’une « racine » *haek̂- signifiant en anglais « sharp ». Le nom i.-e. de l’esturgeon se retrouverait dans lat. acipenser « esturgeon » (angl. sturgeon) avec des correspondants en baltique (lit. eškėtras) et slave (russe).

Le trait saillant « pointu, aigu, piquant » peut effectivement s’expliquer par la forme de la tête de l’esturgeon (longue et pointue) et par la forme allongée de son corps.

EM p. 7 propose de voir dans lat. acipenser « esturgeon » un terme sans étymologie sûre, qui serait peut-être un ancien composé dont le premier terme serait à rapprocher du radical latin ac- présent dans acies, acus qui porte le sens « aigu, pointu, piquant ». Le terme est mentionné par de Vaan p. 23 sous l’entrée acu- angl. « sharp ».

La seconde partie du mot est, à notre avis, obscure. Mais de Vaan p. 23 (s. v. acu-) mentionne des propositions selon lesquelles il s’agirait d’un ancien thème en i du type nominatif sg. -is, génitif sg. -eris, avec régularisation morphologique ensuite en -er, -eris par alignement du nominatif sg. sur le reste de la flexion ; ces propositions rattacheraient alors le second élément au substantif pensum, -i Nt. « poids », dont la forme °-pensis représenterait une variante en i. Cependant, à notre avis, un tel composé latin est peu probable pour le sens et la morphologie.

c) Mallory & Adams (2006, p. 146-147) posent i.-e. *néh1tr- / nh1tr- « serpent » (angl. « snake ») représenté dans lat. natrix, -ĭcis32) F. angl. « watersnake » (« serpent d’eau ») avec des correspondants en celtique et germanique.

X. Delamarre (2006, p. 145) pose de même un nom du serpent i.-e. *nǝtrī- / *nētr- « serpent » comme terme occidental d’où proviendrait lat. nătrĭx, -ĭcis F. ou M. « serpent », avec des correspondants en celtique (v.-irl., gallois de *natrīk- « serpent »), germanique (v.-h.-a. nātra de *nēdrō « couleuvre », v.-isl. nadhr « couleuvre »).

De Vaan p. 402 pose i.-e. *(s)nh1-tr-ih2-33) angl. « who spins round (f.), snake » et rapproche des formes celtiques (v.-irl. nathir « serpent, couleuvre » de *natri-i/ek-, gall. neidr « serpent » de *natrī) et germaniques (vha nātara, nātra (f.) « serpent » de *neh1-tr) et considère qu’il s’agit d’une « racine » signifiant angl. « to spin »34).

P. Flobert (2000 p. 1027 s. v. natrix), en ajoutant des rapprochements avec des langues modernes : all. Natter, Otter et angl. adder, estime implicitement que le terme est d’origine i.-e., et signale que le terme latin est masculin dans une occurrence chez Lucain.

L’origine i.-e. de natrix F. était déjà reconnue par le dictionnaire d’Ernout-Meillet. Selon EM (p. 431), natrix est un « mot occidental », dont on peut rapprocher gall. neidr et irl. nathir « serpent » et la voyelle ă de ces mots « représente un ancien ə alternant avec ē ; cf. v.-sax. nādra, v.-h.-a. nātara, nātra ‘serpent’ ». Pour ce dictionnaire il n’y a donc pas de lien étymologique entre nătrix « serpent d’eau » et le verbe nāre « nager » en raison de cette différence de vocalisme et de l’origine du a de natrix, mais un rapprochement synchronique fut possible en latin par « étymologie populaire » avec le verbe nătāre « nager » (fréquentatif en -tare de nare « nager »), qui offre un ă attendu pour un verbe suffixé en -tare.

Dans notre corpus lexical des animaux aquatiques, lat. natrix dénote non le serpent, mais le serpent d’eau ou la couleuvre d’eau. De ce fait, étant donné la nature de l’animal dénoté, il nous paraît inévitable que sa dénomination natrix ait été rapprochée du radical latin synchronique nā- / nă- « nager, circuler dans l’eau », qui autorisait aussi des associations synchroniques avec nāuis, nāuigium « navire », etc.. En latin en effet nā- / nă- étaient des allomorphes d’un même radical. Quant à l’élément -trix, -tricis, il a pu en synchronie être rapproché du suffixe d’agent féminin en -trīx, -trīcis F. qui représente le suffixe d’agent masculin -tor suivi du morphème de féminin hérité -ī- issu de i.-e. *-yh2- (cf. rēg-ī-na « reine » sur rēx « roi »). Mais le i de nătrix, gén. nătrĭcis est bref35) comme le montre un passage de Lucilius mentionné par EM p. 431. Le suffixe est donc plutôt à rapprocher du suffixe -ix, -icis et -ex, -icis M. (suffixe probablement péjoratif pour de petits animaux gênants : cīmex « la punaise » insecte, uertex « tourbillon des cheveux au sommet du crâne », le nominatif sg. sen-ex « vieillard »), malgré la différence de genre grammatical36).

d) Mallory & Adams (2006, p. 146-147) posent i.-e. *hxVnghel- pour lat. anguilla angl. « eel » (« anguille ») avec des correspondants en baltique (lit. ungurys), slave, grec (ἔγχελυς). Ainsi Mallory & Adams (2006) font-ils remonter anguilla « anguille » et anguis « serpent » à deux formes i.-e. différentes.

À notre avis, pour les liens diachroniques entre anguilla et anguis, une formation d’anguilla sur anguis à l’intérieur du latin est préférable, comme nous le voyons dans le paragraphe suivant.

e) Mallory & Adams (2006, p. 146-147) posent i.-e. *haéngwhis comme terme régional sur l’aire i.-e. pour angl. « snake » (« le serpent ») et rattachent lat. anguis « serpent » avec des correspondants en celtique (v.-irl.), germanique (vha), baltique (lit. angìs « snake »).

Mais X. Delamarre (1984, p. 144) pose une seule forme i.-e. *angwhis « serpent » et « anguille » pour lat. anguis « serpent » et anguilla « anguille ». Il y a donc une discordance entre Mallory & Adams (2006, p. 146-147), qui séparent pour l’origine i.-e. les deux termes latins anguis « serpent » et anguilla « anguille », et X. Delamarre, qui considère anguilla comme un suffixé latin d’anguis.

Anguis est considéré comme d’origine i.-e. par le dictionnaire d’Ernout-Meillet (EM p. 33) avec des correspondants en lituanien, slave, celtique, mais ce dictionnaire estime qu’on ne peut pas restituer un original indo-européen en raison d’un « flottement » portant sur la voyelle initiale et sur les consonnes attestées à l’initiale de la seconde syllabe.

M. de Vaan (p. 42) pose pour lat. anguis la forme i.-e. *h2(e)ngwh-i- « serpent » et rapproche des termes m.-irl. (signifiant « anguille », « serpent d’eau »), v.-pr., lit. (« serpent »), slaves et germaniques. Il mentionne plusieurs propositions étymologiques récentes, qu’il critique avec raison à notre avis :

  • Une proposition étymologique pour anguilla postulerait un i long provenant de *anguīn-lā sur anguīnus, ce qui nous paraît improbable. Anguīnus, -a, -um est un adjectif relationnel en -nus (*-no-)37) avec allongement attendu de la voyelle finale du thème de la base de suffixation angui- « serpent » au sens de « de serpent, qui concerne le serpente ». Ce suffixe -nus ne sert pas normalement de base en latin au suffixe de diminutif dans sa fonction de ressemblance.
  • M. de Vaan rejette avec raison une autre proposition étymologique où anguilla avec i long proviendrait de anguis « serpent » et de latin illa « ver » (terme attesté seulement dans un glossaire) en reconstruisant illa comme *ēlu̯ā- « anguille » avec une comparaison avec grec ἔγχελυς « anguille » et hit. Illuyankas « dragon mythique ».
    À notre avis, le terme lat. illa, attesté, semble-t-il, seulement dans un glossaire, est d’attestation fragile et il n’est pas d’usage en lexicologie latine de se fonder ainsi de manière ferme sur des termes de glossaire. En outre on voit mal phonétiquement comment l’on pourrait passer de *ēlu̯ā- à illa. Enfin une telle hypothèse supposerait, semble-t-il, un composé de date latine. Or on voit mal de quel type de composé il s’agirait en latin. En tout cas, ce type de composé, s’il est attesté en sanskrit, n’est pas productif en latin et on peut même se demander si le lexique latin en contient un exemple assuré.
  • M. de Vaan émet également des doutes pour une hypothèse selon laquelle la variante anguīla chez Plaute serait plus ancienne que anguilla et contiendrait *-īlla « ver » de *īlelā > *īllā angl. « (little) snaky creature ». Selon M. de Vaan l’origine de cet hypothétique *īlā « snake » est obscure.
    À notre avis, s’il existe une variante anguīla dans le texte de Plaute et donc une graphie <anguila>, elle peut être facilement ramenée au type usuel par lequel une variante orthographique en « voyelle longue + consonne simple » équivaut à la séquence « voyelle brève + consonne géminée ». On ne peut fonder une étymologie sur une simple variante orthographique bien connue. En outre, à notre avis, un tel composé serait étonnant en latin (cf. ci-dessus notre critique en b).

En conclusion, à notre avis, conformément au lexique latin que nous avons rencontré pour les noms de poissons, anguilla « anguille » (poisson) comporte le suffixe « diminutif » à valeur métaphorique sur la base de anguis « serpent, couleuvre » (reptile) comme « (poisson) qui ressemble à un serpent » avec un transfert métaphorique usuel entre animal terrestre et animal aquatique. Notre corpus nous oblige en effet à poser une relation de suffixation en latin même (voir anguilla, § 1. Poissons de mer), ce qui est également l’interprétation de P. Flobert (2000 s. v. anguilla), EM (p. 33, s. v. anguis), X. Delamarre (1984, p. 144). La valeur métaphorique « qui ressemble à, sorte de » du suffixe de « diminutif » est bien attestée pour les noms des catégories naturelles : arbres, plantes, oiseaux, poissons et animaux aquatiques. Pour les animaux aquatiques, c’est même le suffixe que le latin a le plus souvent employé pour dériver un nom d’animal aquatique à partir d’une entité terrestre38).

f) i.-e. *str̥(hx)yon-, selon Mallory & Adams (2006, p. 147), serait représenté en gaulois et le terme gaulois ensuite aurait été emprunté en latin dans lat. sărĭō, -ōnis M.. Les correspondants en germanique signifient « esturgeon » (angl. sturgeon), mais en celtique « saumon ». Ce nom de poisson n’est pas étudié par M. de Vaan dans son dictionnaire. Mais pour lat. sario (seule occurrence : Aus. Mos. 130), on pose une base latine sar « sorte de poisson » (Isid. Or. 12, 6, 38) avec le suffixe latin productif -io, -ionis M. et on traduit sario par « truite saumonée »39) : P. Flobert, Grand Gaffiot 2000. EM (p. 595 s. v. sario) songe aussi avec hésitation à ce poisson et considère que lat. fario est une graphie fautive.

En plus des termes i.-e. déjà cités à propos de Mallory & Adams (2006), on trouve chez Delamarre (1984, p. 145) : lat. conc(h)a, cancer :

g) Selon Delamarre (1984, p. 145), le nom i.-e. du coquillage serait *konkhos et correspondrait à lat. concha (conca), -ae F.« coquillage » (terme générique), gr. κόγχος, sk. śankhás. Mais lat. conc(h)a est généralement considéré comme emprunté au grec40).

h) Selon Delamarre (1984, p. 145), le nom i.-e. de l’écrevisse serait *karkr̥- représenté dans lat. cancer, -cri M. « crabe » comme animal de mer et « écrevisse » comme animal d’eau douce41). Le terme latin viendrait de *carcro- « cancer, écrevisse » avec une dissimilation …r…r > ..n…r…., avec des correspondants dans gr. καρκίνος, sk. karkaṭas.

i) On trouve en outre chez X. Delamarre (1984, p. 145) une proposition pour le nom i.-e. du crabe ou du homard *kṃmaros, représenté dans gr. κάμμαρος « crabe de mer, homard », qui correspond dans notre corpus à lat. cammarus, emprunt au terme grec42).

Un certain nombre de formes considérées comme i.-e. pour dénoter des poissons et des animaux aquatiques par Mallory & Adams (2006, p. 146) ne semblent pas représentées en latin. Il s’agit du nom i.-e. que ces auteurs prêtent à la carpe, au gros poisson (ou « silure »), au saumon.

0.11. Liste complète des noms d'animaux aquatiques étudiés

Afin de faciliter pour le lecteur la consultation de notre corpus lexical, nous terminerons cette introduction par une liste alphabétique complète des dénominations d’animaux aquatiques étudiés ici.

Chaque terme est suivi : a) d’une traduction ou, si autre traduction précise n’est possible, de quelques indications sur la nature de l’animal ; b) puis du numéro du paragraphe dans lequel le terme est traité ci-dessous. Ce numéro de paragraphe est en même temps une indication sur la nature de l’animal et sa classification scientifique :

§ 1. Les poissons de mer

§ 2. Les poissons de rivière

§ 3. Les crustacés

§ 4. Les mollusques

§ 5. Les cnidaires, annélides, échinodermes, spongiaires

§ 6. Les mammifères marins

§ 7. Les autres animaux marins : beluae, monstres marins, animaux fabuleux

§ 8. Les reptiles

Animaux aquatiques : liste complète des termes

acharne, -ae, F., peut-être « bar, lubin, loup de mer », 1. Poissons de mer

achillium, -ii, Nt., éponge, 5. Spongiaires

acipenser, -eris, M., « esturgeon », 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

actinophoros, -i, F., coquillage spiralé, 4. Mollusques

acus, -i, M., « aiguille de mer », 1. Poissons de mer

alausa, -ae, F., « alose », 2. Poissons de rivière

alburnus, -ī, M., « ablette », 2. Poissons de rivière

alopex, -ecis, F., « sorte de chien de mer », 1. Poissons de mer

amias, -ae, F., sorte de thon, 1. Poissons de mer

anguilla, -ae, F., « anguille », 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

anthĭās, -ae, M., poisson inconnu, 1. Poissons de mer

aper, apri, M., poisson inconnu (litt. « sanglier »), 1. Poissons de mer

aplysiae, -arum, F. pl., éponges compactes et noires, 5. Spongiaires

apolectum, -i, Nt., peut-être « jeune thon de grande taille », 1. Poissons de mer

apriculus, -i, M., poisson inconnu, 1. Poissons de mer

apua, -ae, F., « menuise » très petits poissons, 1. Poissons de mer

aquila, -ae, F., « aigle de mer » sorte de raie, « mourine », 1. Poissons de mer

arāneus, -i, M., « la vive », 1. Poissons de mer

arbor, -oris, F., monstre ressemblant à un arbre, 7. Monstres marins

aries, -etis, M., « bélier de mer, épaulard » grand dauphin, 6. Mammifères marins

asellus, -i, M., « l’âne de mer », « merlu », « merlan », 1. Poissons de mer

astacus, -i, M., / astagō, -iginis « le homard », 3. Crustacés

attilus, -i, M., « gros poisson du Pô », 2. Poissons de rivière

aulos, -i, M., « manche de couteau », 4. Mollusques

aurāta, -ae, F., « la daurade », 1. Poissons de mer

bacchus, -i, M. « poisson de haute mer », 1. Poissons de mer

balanus, -i, F., « le gland de mer », 4. Mollusques

ballaena, -ae, F., « la baleine », 6. Mammifères marins, 7. Monstres marins

bancus, -i, M., poisson inconnu, 1. Poissons de mer

barbus, -ī, M., « barbeau », 2. Poissons de rivière

batia, -ae, F., espèce de raie, 1. Poissons de mer

batrachus, -i, M., « grenouille de mer, baudroie, lotte », 1. Poissons de mer

belonē, -es, F., « aiguille de mer », 1. Poissons de mer

blendius, -ii, M., « baveuse, blennie », 1. Poissons de mer

bōca, -ae, F., « bogue », 1. Poissons de mer

bōs (marinus), M., « le bœuf marin » : sorte de raie, 1. Poissons de mer ; et probablement « phoque », 6. Mammifères marins

būcĭnum, -i, Nt., « le buccin », 4. Mollusques

caeruleus, -i, M., « chien de mer, bleu, peau bleue » sorte de requin, 1. Poissons de mer

callarias, -ae, M., 1. Poissons de mer

callĭōnymus, -i, M., 1. Poissons de mer

calu̯ārĭa (marina), Nt. pl., poisson indéterminé, 1. Poissons de mer ; coquillage indéterminé « crânes marins », 4. Mollusques

cammarus, -i, M., « l’écrevisse », 3. Crustacés

cancer, -cri, M., « le crabe » (mer), « l’écrevisse » (rivière), 3. Crustacés

cănīcula, -ae, F., « chienne de mer, roussette », 1. Poissons de mer

canis marīnus, M., « le chien marin », 1. Poissons de mer

cantharus, -i, M., « canthère, brème de mer », 1. Poissons de mer

caper, M., « le bouc de mer », 1. Poissons de mer

capito, -ōnis, M., « chevesne, meunier », 2. Poissons de rivière, « muge, mulet », 1. Poissons de mer

carabus, -i, M., « la langouste », 3. Crustacés

carcarus, -i, M., : poisson inconnu, 1. Poissons de mer

caris, -idis, F., « la crevette », 3. Crustacés

cercurus, -i, M., « poisson de roche », 1. Poissons de mer

cētus, -i, M., / cēte, Nt. pl., animal marin de très grande taille, 6. Mammifères marins

chalcis, -idis, F., peut-être « l’alose », 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

channe, -es, F., « le serran », 1. Poissons de mer

cheme, -es, F., « came », 4. Mollusques

chromis, -is, F., poisson mal connu, 1. Poissons de mer

chrysophrys, -yos, F., « la daurade », 1. Poissons de mer

cinaedus, -i, M., peut-être « le labre jaune », 1. Poissons de mer

citharus, -i, M., « sorte de turbot », 1. Poissons de mer

clŭpĕa, -ae, F., « le lamprillon » petit poisson, 1. Poissons de mer

cnīdē, -es, F., « l’ortie de mer », 5. Cnidaires

cochlos, -i, M., « l’escargot de mer » voir coclea, 4. Mollusques

coclea, -ae, / cochlea, F., « l’escargot de mer », 4. Mollusques

colia (-ias), -ae, M., « sorte de thon », 1. Poissons de mer

coluthia, -orum, Nt. pl., « espèce de pourpre », 4. Mollusques

conc(h)a, -ae, F., « coquillage », « bernard l’hermite », « murex », 4. Mollusques

conchŭla / concla, -ae, F., : « petit coquillage », 4. Mollusques

conchȳlĭum, -i, N., « coquillage », 4. Mollusques

conger, M., « le congre, l’anguille de mer », 1. Poissons de mer

coracīnus, M., « coracin du Nil » (rivière), « coracin vulgaire, petit castagneau » (mer), 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

cordyla, -ae, F., « jeune thon », 1. Poissons de mer

cornūta, -ae, F., peut-être « le morse », 7. Monstres marins

coruus, -i, M., voir coracīnus, 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

coryphia, « espèces de pourpre », 4. Mollusques

cucumis, -eris, M., « le concombre de mer », « l’holothurie », 5. Echinodermes

cybium, -i, Nt., thon coupé en morceaux, 1. Poissons de mer

cyprinus, -i, M., « carpe de mer », 1. Poissons de mer

dactylus, -i, M., « le dail » ou « dail commun », 4. Mollusques

delphīnus, -i, / -īn, -īnis, M., « le dauphin », 6. Mammifères marins

dentex, -icis, M., 1. Poissons de mer

donax, -acis, M., « manche de couteau », 4. Mollusques

draco marinus, M., probablement « la petite vive », 1. Poissons de mer

echeneis, -dis, F., « rémora » petit poisson, 1. Poissons de mer

echīnus, -i, M., « l’oursin », « hérisson de mer », 5. Echinodermes

elacata, -ae, F., poisson pour la salaison, 1. Poissons de mer

elephantus, M., « éléphant marin », langouste 3. Crustacés, morse 7. Monstres marins

equus marinus, voir hippocampus 1. Poissons de mer, 7. Monstres marins

erythinus, -i M., peut-être « pagre commun » ou « serran », 1. Poissons de mer

esox, esocis M., gros poisson du Rhin, saumon, brochet, esturgeon, 2. Poissons de rivière

exocoetus, -i M., poisson de roche, sorte de muge ou de gobie, 2. Poissons de rivière

faber, -bri, M., « la dorée », « le poisson Saint-Pierre », 1. Poissons de mer

galeos, -i, M., « chien de mer tacheté » sorte de roussette, 1. Poissons de mer

garos, -i M., poisson inconnu, 1. Poissons de mer

gerres, -is, M., « espèce de ménide ou d’anchois », 1. Poissons de mer

gladius, -i, M., « espadon », 1. Poissons de mer

glanis, -is, M., poisson du genre silure, 2. Poissons de rivière

glauciscus, -i, M., peut-être le même que glaucus, 1. Poissons de mer

glaucus, -i, M., « le maigre », « squale bleu, requin bleu », 1. Poissons de mer

glycymaris, -idis, F., « espèce de came », 4. Mollusques

gobio / -ius, M., « boulereau » 1. Poissons de mer ; « goujon » 2. Poissons de rivière

gonger, -gri, M., variante de conger, 1. Poissons de mer

halipleumon, -onis, « la méduse », 5. Cnidaires

hallec, -ecis, F. petit poisson pour marinade hallec, 1. Poissons de mer

hallecula, -ae F., nom de la marinade appliqué au poisson, 1. Poissons de mer

hamiō, -iōnis, M., poisson saxatile, 1. Poissons de mer

helix, -icis, F., coquillage en forme de spirale, 4. Mollusques

helops, -opis, M., « petit esturgeon, sterlet » 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

hepar, hepatis, Nt., poisson saxatile ressemblant au pagre, 1. Poissons de mer

Heracleoticus (cancer), M., : espèce de crabe, 3. Crustacés

hippocampus, M., « cheval marin, hippocampe », 1. Poissons de mer, 7. Animaux fabuleux

hippos, -i, M., petit poisson inconnu, 1. Poissons de mer ; crabe, 3. Crustacés

hippurus, -i, M., probablement « la coriphène », 1. Poissons de mer

hirundō, -inis, F., « l’hirondelle de mer » poisson volant, 1. Poissons de mer

holothurium, -ii, Nt., « sorte de madrépore », 5. Cnidaires

homo marinus, M., « le lamentin » cétacé, 7. Monstres marins

hordēi̯a, -ae, F., coquillage inconnu, 4. Mollusques

hy̆aena, -ae, F., poisson plat, 1. Poissons de mer

ictinus, -i, M., poisson inconnu, 1. Poissons de mer

ĭūlis, -ĭdis, F., / ĭūlus, -i, M., « la girelle », 1. Poissons de mer

lacerta, -ae, F., / -tus, M., groupe de poissons, 1. Poissons de mer

lamia, -ae, F., peut-être « la touille » requin à large gueule, 1. Poissons de mer

leo, -onis, M., espèce de homard, 3. Crustacés

lepus, -oris, M., « le lièvre de mer », 4. Mollusques

lingulāca, -ae, F., poisson plat peut-être « la sole », 1. Poissons de mer

lŏcusta, -ae, F., « la langouste », 3. Crustacés

lollīgō / lōlīgō, -ĭnis, F., « le calamar », 4. Mollusques

lŏpăda, -ae, F., « la patelle, le bernicle », 4. Mollusques

lucerna, -ae, F., animal phosphorescent, 7. Monstres marins

lūcius, -ī, M., « brochet », 2. Poissons de rivière

lupus, -i, M., « le loup (de mer) », « le bar ». 1. Poissons de mer

maea, -ae, F., « le crabe maia », 3. Crustacés

maena, -ae, F., « la mendole » poisson hermaphodite, 1. Poissons de mer

manos, -i, F., « sorte d’éponge », 5. Spongiaires

melanūros, -i, M., « l’oblade », 1. Poissons de mer

merula, -ae, F., « le labre de couleur foncée », 1. Poissons de mer

miluus, -i, M., « le milan de mer » poisson volant, 1. Poissons de mer

mormyr, -is, F., « morme, mormyre » sorte de pagel, 1. Poissons de mer

mūgil, -ĭlis, M., « le mulet », 1. Poissons de mer,

mullus, -i, M., « surmulet, rouget-barbet, mulet-barbet », 1. Poissons de mer

muraena, -ae, (murēna), F., « la murène », 1. Poissons de mer

mūrĕx, -ĭcis, M., « le murex », 4. Mollusques

muriculus, -i, M., diminutif de murex, coquillage, 4. Mollusques

mūs marinus, M., « souris de mer » 1. Poissons de mer ; « tortue » reptile, 7. Autres animaux marins

musculus, -i, M., « la moule », voir mys, 4. Mollusques; poisson légendaire, 7. Animaux fabuleux

mustela, -ae, F., « la lotte », 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

mutulus / mitulus, -i, « la moule », voir mys, 4. Mollusques

myax, « la moule », voir mys, 4. Mollusques

myiscus, « la moule », voir mys, 4. Mollusques

mys, M., « la moule », 4. Mollusques

nătrĭx, -ĭcis, F. (M.), « serpent d’eau, couleuvre d’eau », 8. Reptiles

nautilus, -i, M., « le nautile, l’argonaute » coquillage, 4. Mollusques

Nereis, -idis, F., 7. Monstres marins

nŏuācula, -ae, « rasoir » ou « rason », 1. Poissons de mer

ophidion, Nt., serpentiforme, « équille de Méditerranée, cicerelle », 1. Poissons de mer

orbis, -is, M., « le poisson-lune », « meule », « mole », 1. Poissons de mer

orca, -ae, « l’orque, l’épaulard », 6. Mammifères marins

orcynus, i, M., grosse espèce de thon, 1. Poissons de mer

orphus, -i, M., « le mérou », « le cernier brun », 1. Poissons de mer

ostrea (-ia), -ae, F., / ostreum, Nt., « l’huître », 4. Mollusques

otion, -ii, Nt., « sorte de patelle », 4. Mollusques

ozaena, -ae, F., « poulpe musqué », 4. Mollusques

pager / phager, M., « pagre de couleur vermeille », 1. Poissons de mer

pagūrus, -i, M., espèce de crabe « le tourteau » ou « poupart », 3. Crustacés

passer, -eris, M., « la plie », 1. Poissons de mer

pastinaca, -ae, F., « la pastenague » sorte de raie, 1. Poissons de mer

pecten, -inis, M., « le peigne de mer », 4. Mollusques

pectunculus, -i, M., coquillage, 4. Mollusques

pelagia, « sorte de pourpre », 4. Mollusques

pelamys, -ydis, voir thunnus, 1. Poissons de mer

peloris, -idis, F., « la palourde », 4. Mollusques

perca, -ae, F., « perche de mer » 1. Poissons de mer ; « perche de fleuve », 2. Poissons de rivière

perna, -ae, F., « le jambonneau, la pinne marine », 4. Mollusques

phōca, -ae, (-ē, -es), F., « le phoque », 6. Mammifères marins

phycis, -idis, F., « épinoche » 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

physeter, -eris, M., « le cachalot », 7. Beluae, monstres marins

pin(n)a, -ae, F., « la pinne marine, le jambonneau », 4. Mollusques

pinophylax, M., « le pinnotère » 3. Crustacés ; « le bernard l’ermite » 4. Mollusques

pinotērēs / -as, -ae, M., « pinnotère » 3. Crustacés ; « bernard l’ermite » 4. Mollusques

platanista, -ae, M., « dauphin du Gange » cétacée d’eau douce, 6. Mammifères marins

pōly̆pŭs, -i, M., « le poulpe », « la pieuvre », 4. Mollusques

pompīlus, -i, M., « le pilote » et une espèce de thon, 1. Poissons de mer

porcus, -i, M., « le marsouin », 6. Mammifères marins

pristis, -is, / pistrix, -icis, F., « la scie », 1. Poissons de mer, 7. Monstres marins

psetta, -ae, F., « barbue » poisson plat, 1. Poissons de mer

pulmo, -ōnis, M., peut-être « la méduse », 5. Cnidaires

purpŭra, -ae, F., « le pourpre » coquillage, 4. Mollusques

raia, -ae, F., « la raie », 1. Poissons de mer

rana, -ae, F., « la baudroie, le baudreuil, le crapaud de mer », 1. Poissons de mer

remora, -ae, F., « rémora », 1. Poissons de mer

rhēdo, -ōnis, M. « loche », 2. Poissons de rivière

rhombus, -i, M., « le turbot », 1. Poissons de mer

rota, -ae, F., 7. Monstres marins

rubellio, -onis, M., poisson inconnu, 1. Poissons de mer

salar, -ris, M., « truite », 2. Poissons de rivière

salmō, -ōnis, M., « le saumon », 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

salpa, -ae, M./F., « la saupe », 1. Poissons de mer

saperda, -ae, F., « le petit castagneau » pour salaisons, 1. Poissons de mer

sarda, -ae, F., « sorte de thon », 1. Poissons de mer

sardīna, -ae, F., « la sardine », 1. Poissons de mer

sargus, -i, M., « sargue », 1. Poissons de mer

sario, -ōnis, M., « truite saumonée », 2. Poissons de rivière

saurus, -i, M., « saurel », 1. Poissons de mer

saxatilis, -e adjectif substantivé au pluriel saxatiles pour dénoter une collectivité de poissons vivant des les rochers. 1. Poissons de mer

scarus, -i, M., « scare », 1. Poissons de mer

scĭădeūs, -ĕī, M.,  « l’ombre » le mâle, 1. Poissons de mer

scĭaena, -ae, F., « femelle de l’ombre », 1. Poissons de mer

scŏlŏpendra marina, F., « scolopendre de mer, néréide », 5. Annélides

scomber, -bri, M., « le maquereau », 1. Poissons de mer

scorpaena, -ae, F., « la scorpène » « la rascasse », 1. Poissons de mer

scorpio marinus / scorpios, M., composante dans des médicaments, 1. Poissons de mer

sēpia (sae-), -ae, F., « la seiche », 4. Mollusques

serra, -ae, F., « la scie », 1. Poissons de mer

silurus, -i, M., « le silure » ou « glanis » 1. Poissons de mer, 2. Poissons de rivière

smaris / zmaris, -idis, F., « picarel », 1. Poissons de mer

smyrus / zmyrus, -i, M., « murène mâle » différent de la murène, 1. Poissons de mer

solea, -ae, F., « la sole », 1. Poissons de mer

sōlēn, -ēnis, M., « le solen », « le manche de couteau », 4. Mollusques

sparulus diminutif de sparus, voir sparus, 1. Poissons de mer

sparus, -i, M., diminutif sparulus, « spare », « brème de mer », 1. Poissons de mer

spondylus (sph-), -i, M., « le spondyle », 4. Mollusques

spongea (-ia), -ae, F., « éponge », 5. Spongiaires

squalus, -i, M., « le squale », 1. Poissons de mer

squatina, diminutif de squatus, voir squatus, 1. Poissons de mer

squatus, -i, M., « l’ange » et diminutif squatina, 1. Poissons de mer

squilla, -ae, F., « le squille mante » et différents crustacés. 3. Crustacés

stella, -ae, F., « l’étoile de mer », 5. Echinodermes

strombus, -i, M., « le strombe », 4. Mollusques

sūrēna, -ae, F., « la pinne marine, le jambonneau », 4. Mollusques

sūs, suis, M., poisson inconnu, 1. Poissons de mer

synodus, -ontis, M., « spare denté » peut-être le dentex, 1. Poissons de mer

testūdo, -inis, F., « la tortue de mer », reptile, 8. Reptiles

thunnus / thyn-, -i, M., « le thon, thon rouge, thon commun », variante graphique de tunnus, 1. Poissons de mer

thursio, -ōnis, M., poisson ou animal aquatique inconnu, variante graphique de tursio, -ōnis, 1. Poissons de mer

thy̆mallus, -i, M., « ombre commun » 2. Poissons de rivière

tinca, -ae, F., « tanche », 2. Poissons de rivière

torpēdo, -ĭnis, F., « torpille » sorte de raie, 1. Poissons de mer

tragos, -i, M. éponge « chimousse » ou « fine dure », 5. Spongiaires

tragus, -i, M., « mendole », 1. Poissons de mer

trichias, -ae, M., « sorte de sardine », 1. Poissons de mer

tritomum, -i, peut-être « grand thon », 1. Poissons de mer

Tritōn, -ōnis (-ōnos), M., 7. Monstres marins

tructa, -ae, F., / -us, -i, M., « la truite », 2. Poissons de rivière

trȳgōn, -ŏnis, M., « pastenague » raie à queue épineuse, 1. Poissons de mer

tunnus, -i, M., « le thon, thon rouge, thon commun » variante graphique de thunnus 1. Poissons de mer

tursio, -ōnis, M., poisson ou animal aquatique inconnu, variante graphique de thursio, -ōnis, 1. Poissons de mer,

turdus, -i, M., « tourd » sorte de labre, 1. Poissons de mer

ueneria, -ae, F., « le coquillage de Vénus », 4. Mollusques

uĕrētilla, -ae, F., création d’Apulée, coquillage imaginaire, 4. Mollusques

uirgĭnăl (-ālis), Nt., création d’Apulée, coquillage imaginaire, 4. Mollusques

uĭtulus marīnus, M., « le phoque », 6. Mammifères marins, 7. Monstres marins

umbra, -ae, F., « l’ombrine commune » 1. Poissons de mer ; « l’ombre fluviatile, l’ombre » 2. Poissons de rivière

unguis, -is, M., « le dail » ou « le dail commun », 4. Mollusques

uranoscopos, -i, M., « uranoscope », 1. Poissons de mer

urtīca marina, F., « l’ortie de mer », 5. Cnidaires

uulpes, -is, (marina), F., « le renard marin, l’alopex », 1. Poissons de mer

xiphias, -ae, M., « l’espadon », 1. Poissons de mer

zaeus / zeus, -i, M., « la dorée », 1. Poissons de mer

zmaris, -idis, F. variante graphique de smaris « picarel », 1. Poissons de mer

zmyrus, -i, M., variante graphique de smyrus « murène mâle », 1. Poissons de mer


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1) Pour ces autres catégories naturelles, voir DHELL, 2e partie, « Langues techniques », « Fleurs » / « Plantes cultivées dans les jardins et les vergers » / « Arbres dans les jardins d’agrément » / « Oiseaux ».
2) Pline l’Ancien est mort lors de l’éruption du Vésuve en +79 apr. J.-C.
3) Ce double système de dénomination en latin comportant côte à côte pour les mêmes entités des noms vernaculaires (usuels dans la communauté linguistique) et des noms savants (propres aux érudits) n’est pas propre au domaine des poissons : on le trouve dans toutes les catégories naturelles : plantes, arbres, oiseaux, etc. Voir DHELL, 2e partie, Langues techniques, Arbres / Fleurs / Plantes / Oiseaux.
4) Pour l’utilisation des animaux aquatiques dans l’alimentation et la cuisine à Rome: J. ANDRE 1961, p. 97 et suivantes ; E. de SAINT-DENIS 1947, Introduction ; ANDREWS 1948 ; BLANC & NERCESSIAN 1992 ; DALBY 2003 ; MAIER 2007 ; DHELL, 2e partie, Langues techniques, Cuisine et alimentation (A. CHRISTOL).
5) J. ANDRE 1961. Cf. A. CHRISTOL : « Cuisine et alimentation », DHELL, 2e partie, « Langues techniques ».
6) DHELL, 2e partie, « Langues techniques », « Cuisine et alimentation » (A. CHRISTOL).
7) La chair de poisson pouvait servir aussi à faire des quenelles de poisson : on trouve chez Apicius l’expression isiciola de pisce « petites quenelles de poisson » sur isicium « quenelle » : voir DHELL, 2e partie, Cuisine et alimentation.
8) Voir DHELL, 2e partie, Botanique (Arbres, Plantes cultivées dans les potagers et les vergers, Fleurs, etc.), Oiseaux.
9) Termes cités par E. de SAINT-DENIS 1947.
10) Pour l’analyse des énoncés étymologiques de Varron : voir Aude MOREL-ALIZON, thèse 2012 (inédit).
11) Voir DHELL, 2e partie, « Langues techniques », « Oiseaux ».
12) , 15) Pour ce procédé de dénomination, voir M. FRUYT 1989-a, 1989-b, 1993, 1999.
13) On remarque que dans ce passage l’oursin (echinus) est rangé dans les coquillages ou mollusques (conchylium) au même titre que l’huître (ostreum).
14) Pour lingulaca, voir M. FRUYT 1986.
16) En plus des exemples suivants, on peut citer : locusta « sauterelle » d’où « langouste », orbis « disque, surface ronde » d’où « poisson lune », pastinaca pour la plante puis le poisson « pastenague » (queue allongée comme la racine du panais), perna « jambon » puis « pinne marine », solea « sandale » puis « sole » (forme allongée et plate), balanus, -i F. « gland du chêne » puis « gland de mer » (mollusque), bucinum, -i Nt. « buccin » (coquillage).
17) Pour cette notion, voir DHELL, 4e partie, « Sémantique » (J.-F. THOMAS).
18) La présence de nombreux « diminutifs » est signalée par E. de SAINT-DENIS (p. XXII), mais cet auteur n’analyse pas la fonction de ce suffixe.
19) Pour les emplois métaphoriques du suffixe dit « de diminutif », voir M. FRUYT 1989-c. En français également, une dénomination résultant d’un tel transfert peut être pourvue d’un suffixe « diminutif » de fonction métaphorique: fr. orge (céréale) → orgelet terme médical pour une grosseur dans l’oeil.
20) Pour ce suffixe: F. GAIDE 1988 ; DHELL, 2e partie, Langues techniques, Plantes / Oiseaux.
21) Pour ce suffixe : A. ERNOUT 1946.
22) Il peut renforcer un terme spécifique et fonctionner comme classificateur : cf. ci-dessus.
23) Ce suffixe est employé ailleurs pour d’autres catégories naturelles dans ce rôle : fr. hérisson à côté de lat. (h)ērĭcĭus, qui était en latin classique un adjectif dérivé de (h)ēr « hérisson », terme hérité de l’i.-e. *ghēr- « hérissé, fait d’être hérissé » au sens de « animal qui porte des piquants ».
24) On sait en effet que les langues peuvent distinguer l’animal vivant et la chair de cet animal : angl. sheep « mouton » animal vivant et mutton « viande de mouton ».
27) P.-Y. LAMBERT 2003, p.199 cite fr. limande sur la base de lat. līma « lime » (allusion à la surface rugueuse de la peau du poisson) avec un suffixe -anta, qui pourrait être celtique.
28) Selon P.-Y. LAMBERT 2003, p.199 : fr. loche « poisson » et « limace » de *laukkā est peut-être celtique ; p.200 : fr. lotte « poisson » est peut-être de celtique *lottā ; p.203 : fr. vandoise « petit poisson blanc, ablette » vient de gaul. *uindesiā, dérivé de gaul. *uindo- « blanc » (irl. find, gall. gwynn, bret. gwenn), le même poisson étant aussi dénoté par la couleur blanche dans all. Weissfisch, lat. alburnus « ablette » sur albus « blanc » (voir ce mot, § 2. Les poissons de rivière).
29) Pour lat. piscis, DELAMARRE (1984) pose i.-e. *p(e)iskos dans le domaine occidental de l’aire i.-e. avec des correspondants en germanique au sens générique de « poisson » (got. fisks, vha fisk, all. Fisch, angl. fish) et en celtique (v.-irl.). Il ne semble donc pas y voir un représentant de la « racine » i.-e. *peik- « peindre ».
30) Pour auis, voir DHELL, 2e partie, Langues techniques, Oiseaux.
31) Voir ces deux mots, § 1. Les poissons de mer
32) Pour la longueur des voyelles de lat. natrix, voir ci-dessous, s. v. natrix, § 8. Les reptiles .
33) Ce dernier morphème donnerait en latin un ī alors que le i de natrix est bref : voir ci-dessous. Le rapprochement avec le suffixe d’agent féminin en -trīx, -trīcis F. dans ce mot ne peut être que synchronique et non diachronique.
34) DE VAAN p. 402 s. v. natrix écrit « derived from the root of sneo ‘to spin’. » On voit mal cependant quel pourrait être ce verbe sneo, qui n’existe pas en latin.
35) Pour la longueur des voyelles voir natrix dans § 8. Les reptiles
36) Pour ce suffixe voir M. FRUYT 1986.
37) Pour ce suffixe en latin, voir Ch. KIRCHER-DURAND 1982.
38) Pour la valeur métaphorique du suffixe « diminutif », voir M. FRUYT 1989-c. ; DHELL, 2e partie « Langues techniques », « Botanique » et « Oiseaux ». Voir aussi dans ce chapitre § 0.7.2. et 0.7.3.
39) Voir ci-dessous s. v. sario, § 2. Les poissons de rivière
40) Voir ce mot ci-dessus § 0.8.2. dans les termes génériques et ci-dessous, dans § 4. Les mollusques.
42) Voir cammarus, § 3. Les crustacés.