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formation_des_mots:19._les_suffixes_formant_des_adjectifs [Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin]
 

La formation des mots

Bibliographie raisonnée

Michèle FRUYT

Université de Paris-Sorbonne (Paris 4)


§ 19. Les suffixes formant des adjectifs

19.1. Le suffixe "adjectival" dé-substantival -ĭus

Le suffixe -ĭus, -a,-um formant des adjectifs est productif et bien représenté dès les premiers textes latins, où il apparaît dans des formations fondamentales du vocabulaire politique et social comme : rēx (rēgis) “roi” –> rēg-ius, -a, -um “du roi, de roi, royal”. On a pu parler d’un suffixe de possession, puisque l’entité dénotée par la base de suffixation est le possesseur de l’entité dénotée par le substantif déterminé par l’adjectif en -ius.

  • CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 107. Cet ouvrage cite les termes : patrius (sur pater), regius (sur rex), uxorius (sur uxor), declamatorius (sur le nom d’agent declamator).

19.2. Le suffixe adjectival dé-substantival -ĕus

Le suffixe -ĕus, -ea, -eum est souvent appelé suffixe de matière parce qu’il apparaît dans le type : aurum “or” –> aureus, -a, -um “en or, qui contient de l’or, qui a la couleur de l’or” sur la base d’un substantif dénotant une matière. Il sert aussi, surtout chez Pline l’Ancien dans le vocabulaire technique, comme suffixe de couleur dans la mesure où les adjectifs de matière du type aureus “en or” deviennent des adjectifs chromatiques : aureus “qui a la couleur de l’or”.

  • CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : argenteus “en argent” et “qui a la couleur (grise) de l’argent” (sur argentum “argent”), ăēneus “d’airain, de bronze” (sur aes, aeris Nt. “airain, bronze”), aureus “en or” et “qui a la couleur de l’or, doré” (sur aurum “or”), ferreus (sur ferrum “fer”).
  • KIRCHER-DURAND Chantal, 2002 : « Les adjectifs en -eus, -a, -um », in Ch. Kircher-Durand (éd.), La création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin, tome IX, Peeters, 2002, p. 85-99.

19.3. Les suffixes d’adjectifs -bundus, -a, -um et -cundus, -a,-um

Le suffixe *-ndo- dans lat. -ndus, -a, -um fut grammaticalisé à l’intérieur du paradigme verbal pour donner les formes nominales du verbe que sont le gérondif rattaché à la voix active (amandum, amandi, amando, pour le verbe amare) et l’adjectif verbal rattaché à la voix passive (amandus,-a, um).

Mais ce suffixe -ndus, -a, -um est également présent dans des lexèmes adjectivaux. Il peut s’agir de formes nominales du verbes adjectivisées (admirandus, -a, -um “admirable, digne d’être admiré”). Mais on renconre aussi dans le lexique deux formes suffixales en -bundus (moribundus, uagabundus) et en -cundus (iucundus) qui apparaissent seulement dans un petit nombre d’adjectifs. L’origine des consonnes initiales b et c de ces suffixes fut diversement interprétée sans qu’il y ait eu unanimité à ce sujet.

  • BENVENISTE Emile, 1933 : “Les adjectifs latins en -cundus”, Bulletin de la Société de Linguistique de Paris 34, p. 186-190.
  • AALTO Pentti, 1949 : “Untersuchungen über das lateinische Gerundium und Gerundivum”, Annales Academiae Scientiarum Fennicae, B, 52, 3, Helsinki.
  • LANGLOIS Pierre 1961 : « Les formations en -bundus : index et commentaire », Revue des tudes Latines 39, p. 117-134.

PIANEZZOLA E., 1965 : Gli aggettivi verbali in -bundus, Firenze.

RISCH Ernst, 1984 : Gerundivum und Gerundium, Berlin / New York, De Gruyter.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite le terme uagabundus.

ARIAS-ABELLÁN Carmen, 2002 : “Analyse de la modalité dans les adjectifs déverbatifs”, in M.Fruyt & C. Moussy (éds.), Les modalités en latin, Paris, PUPS, p. 211-218.

KIRCHER-DURAND Chantal, 2015 : “Le suffixe latin -bundus”, Revue de linguistique latine du centre Alfred Ernout. De Lingua Latina, revue électronique hébergée à Paris-Sorbonne (Paris 4), n°12, décembre 2015.

19.4. Le suffixe d’adjectif -ndus, -a, -um

Le morphème -ndus, -a, -um (*-ndo-) sert à former des formes nominales du verbe. Voir pour la fonction grammaticale de gérondif et d’adjectival verbal à l’intérieur du paradigme verbal :

RISCH E., 1984 : Gerundivum und Gerundium, Berlin / New-York, de Gruyter.

VESTER Elseline, 1991 : “Reflections on the gerund and the gerundive”, in R. Coleman (éd.), New Studies in Latin Linguistics (Selected Papers from theFourth international Colloquium on Latin Linguistics, Cambridge, April 1987), Berlin / New York, p. 296-309.

MILLER D. Gary, 2000 : “Gerund und gerundive in Latin”, Diachronica 17, 2, p. 293-349.

KIRCHER-DURAND Chantal, 2005 : « A propos de l’origine du gérondif latin », Communication au 13e Colloque international de Linguistique latine, 4-9 avril 2005, Bruxelles, Facultés Universitaires Saint-Louis (F.U.S.L.) (en attente de publication).

KIRCHER-DURAND Chantal, 2008 : « Réflexions autour du gérondif latin », in C. Brunet (éd.), 2008 : Des formes et des mots chez les Anciens, Presses universitaires de Franche-Comté, Besançon, p. 119-132.

KIRCHER-DURAND Chantal, 2013 : « Quelques réflexions sur les ‘para-participes’ du latin », in A. Garcia, M.-K. Lhommé & D. Vallat (éds.), Hommages à Frédérique Biville, Polyphonia Romana, Hildesheim, Olms, p. 71-80.

MAGNI Elisabetta, 2011 : “Between typology and etymology : the -nd- forms in Latin”, in T. Krisch & T. Lindner (éds.), Indogermanistik und Linguistik im Dialog. (Akten der XIII. Fachtagung der indogermanischen Gesellschaft, Salzburg, 21-27 September 2008), Wiesbaden, p. 342-351.

MAGNI Elisabetta, 2014 : “From action nominals to gerund and gerundive : some reflections on the -nd- forms”, in C. Cabrillana & C. Lehmann (éds.), Acta XIV Colloquii Internationalis Linguisticae Latinae, Madrid, Ediciones Clásicas, p. 145-161.

BRACHET Jean-Paul, 2015 : “Origine du suffixe -ndus, *-ndo-”, Revue de linguistique latine du centre Alfred Ernout. De Lingua Latina, revue électronique hébergée à Paris-Sorbonne (Paris 4), n°12, décembre 2015.

Mais -ndus ne fonctionne pas seulement à l’intérieur du paradigme verbal pour former une forme nominale du verbe : on le rencontre aussi dans la fonction d’un suffixe formant un adjectif, donc une nouvelle unité lexicale dans le lexique latin. Certains adjectifs peuvent être considérés comme résultant d’adjectivations de ces formes nominales du verbes (admirandus, -a,-um : cf. ci-dessus § 19.4), tandis que d’autres manifestent des formations plus indépendantes reflétant probablement des fonctions anciennes de ce morphème (oriundus, -a, -um « originaire (de) »).

CAPDEVILLE Gérard, 1998 : “Oriundus”, in B. Bureau & Ch. Nicolas (éds.), Moussylanea, Mélanges offerts à Claude Moussy, Louvain / Paris, Peeters, p. 133-146.

ARIAS-ABELLÁN Carmen, 2002 : “Analyse de la modalité dans les adjectifs déverbatifs”, in M.Fruyt & C. Moussy (éds.), Les modalités en latin, Paris, PUPS, p. 211-218.

19.5. Le suffixe d’adjectif -āx (-ācis)

Le suffixe -āx (-ācis) est représenté dans des adjectifs portant un sème augmentatif et bâtis sur des radicaux latins synchroniques formant également des verbes en latin, par exemple dans les adjectifs : audax “audacieux”, litt. “qui ose beaucoup” (cf. audēre “oser”), bibax “qui boit beaucoup, ivrogne” (sur bibere “boire”), capax “qui a une grande capacité” (capere “prendre”), mordax “qui mord (beaucoup), mordant” (sur mordēre “mordre”), peruicax, rapax, sagax, etc.

ERNOUT Alfred, 1940 : “Senex et les formations en -k- du latin”, Bulletin de la société de linguistique de Paris 41, 1940, p. 2-122; = Philologica, Paris, 1946, p. 133-163.

DE NIGRIS-MORES S., 1972 : « Sugli aggettivi latini in –ax» , in Acme n° 25, Université de Milan, 1972, p. 263-313.

NICHOLS Edward W., 1919 : « Verbals in -tor, -ax, -dus, and -ns », The American Journal of Philology 40 (4), 1919, p. 373-395.

FRUYT Michèle, 1984 : « Approche méthodologique de la suffixation en latin et en français », Zeitschrift für vergleichende Sprachforschung n° 97, p. 246-264.

FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos des suffixes latins en . . .cus, Paris, Klincksieck / Publications de la Sorbonne (Publication de la thèse d’Etat soutenue le 16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108-109. Cet ouvre cite les termes : bibax “qui boit beaucoup, qui a tendance à boire” (bibere “boire”), edax “qui dévore, qui ronge” (edere “manger”), rapax “qui emporte, ravisseur” (rapere “arracher”), audax (audēre), capax (capere), mordax (mordēre), peruicax, sagax.

FRUYT Michèle, 2002 : “Les dérivés en -cus, -ca, -cum”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), 2002, Création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 67-84.

PECMAN Mojca, 2002 : “Les adjectifs en -ax”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), Création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 25-53.

ARIAS-ABELLÁN Carmen, 2012 : “Los derivados en -ax en los Carmina Latina Epigraphica”, in F. Biville, M.-K. Lhommé & D. Vallat, Latin vulgaire - latin tardif X (Actes du Xe coll. internat. sur le latin vulgaire et tardif, Lyon, 2-6 septembre 2009), Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée (n°49, Série linguistique et philologique n° 8), p. 647-657.

19.6. Le suffixe d’adjectif -ĭcus, -tĭcus, -ātĭcus

ISENRING H., 1955 : Die lateinischen Adjektiven auf -icus und -ticus, dissertation de Zurich.

CHANTRAINE Pierre, 1956 : Etudes sur le vocabulaire grec (chapitre sur Le suffixe grec -ικός), Paris, Klincksieck.

FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos des suffixes latins en . . . cus, Paris, Klincksieck / Publications de la Sorbonne (Publication de la thèse d’Etat soutenue le 16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : ciuicus (ciuis), hosticus (hostis); rusticus (rus), aquaticus (aqua).

FRUYT Michèle, 2002 : “Les dérivés en -cus, -ca, -cum”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), 2002, Création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 67-84.

19.7. Le suffixe d’adjectif -lis, -ālis, -īlis

Le suffixe -lis et ses variantes -ālis, -īlis est dé-substantival et fonctionne le plus souvent pour former des adjectifs relationnels, de sorte qu’il ne porte pas de sèmes particuliers, mais permet une transcatégorisation du substantif vers l’adjectif. Ce suffixe prospère dans certains domaines du vocabulaire correspondant à certains domaines d’expérience, notamment le monde social et politique : erus “maître (de maison)” dans la comédie ancienne (Plaute, Térence) –> erilis “du maître”. Il est substantivé pour la dénotation de fêtes religieuses en -ālia, Nt. pl., sur la base du nom de la divinité honorée.

LEUMANN Manu, 1917 : Die lateinischen Adjektiva auf -lis, Strasbourg.

ONNIS L., 1966-1967 : “Sulle formazione latine in -ali-”, AFLC 30, p. 459-483.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : ann-alis (annus), nau-alis (nauis), mur-alis (murus).

KIRCHER-DURAND Chantal, 2002 : « Les dérivés en -lis », in Ch. Kircher-Durand (éd.), La création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin, tome IX, Peeters, 2002, p. 195-222.

19.8. Le suffixe d’adjectif -ĭlis

Le suffixe -ĭlis, -e (avec un i bref à l’initiale) se trouve souvent sur la base d’un participe parfait passif et il offre un lien, de toute façon, avec le verbe. Il faut donc le distinguer du suffixe -lis, -ālis, -īlis dé-substantival étudié au § 19.7. Le suffixe -ĭlis, -e ne porte pas de sèmes particuliers, mais il permet de créer un nouvel adjectif dont le sens est spécifique, par différenciation sémantique avec le participe parfait passif servant de base de suffixation : textus, -a,-um “tissé” pour dénoter l’état résultant de l’accomplissement d’une action (participe de texere “tisser”) –> text-ĭlis, -e “tissé, tressé” comme adjectif qualificatif dénotant une propriété (textile stragulum “tapis tissé” Cic.).

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 107. Cetouvrage cite les termes : fictilis (fictus, fingere), textilis (textus, texere).

19.9. Le suffixe d’adjectif -tĭlis, -ātĭlis

Le suffixe -tĭlis (avec sa variante -ātĭlis) est dé-substantival : aqua, -ae F. “eau” –> aquatilis, -e “qui concerne l’eau, relatif à l’eau”.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite le terme aquatilis (aqua).

19.10. Le suffixe d’adjectif -nus, -ānus (%%*%%-no-)

ANDRÉ Jacques, 1949 : Etude sur les termes de couleur dans la langue latine, Paris, Klincksieck.

MEID W., 1957 : “Das Suffix -no- in Götternamen”, BN 9, p. 72-108.

KAJANTO I., 1965 : The Latin Cognomina, Helsinki, Societas scientiarum fennica.

LOWELL-BUTLER J., 1971 : Latin -īnus,-īna, -ĭnus and -ĭneus from Proto-Indo-European to the Romance Languages, Berkeley / Los Angeles / London, University of California Publications.

KIRCHER-DURAND Chantal, 1982 : Les noms en -nus, -na, -num du latin classique, Université de Nice, Centre de Recherches sur les langues de la Méditerranée ancienne, document n°7. Thèse de l’Université de Nice.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite surtout la variante -ānus s’attachant à des substantifs dénotant des lieux : oppid-anus (oppidum), pag-anus (pagus), urb-anus (urbs).

ARIAS-ABELLAN Carmen, 1994 : Estructura semantica de los adjetivos de color en los tratadistas latinos de agricultura y parte de la enciclopedia de Plinio, Sevilla, Publicaciones de la Universidad de Sevilla.

KIRCHER-DURAND Chantal 2002 : “Les dérivés en -nus, -na, -num”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), Création lexicale: la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 125-151.

ALVAREZ-HUERTA Olga, 2006 : “El termino subdiuanus en el Itinerarium Egeriae”, in C. Arias-Abellan (éd.), Latin vulgaire - latin tardif VII (Actes du VIIe colloque international sur le latin vulgaire et tardif, Séville, 2-6 septembre 2003), Sevilla, p. 41-52.

BRACHET Jean-Paul, 2012 : « Le tribūnus et le commandement d’un tiers de l’armée », Lucida intervalla, Belgrade, 41, 2012, p. 5-34.

19.11. Le suffixe d’adjectif -bĭlis

Le suffixe -bĭlis, -e est généralement considéré comme un suffixe de modalité avec le sens de “digne de …” (la base dénotant un procès) et avec une modalité de possibilité ainsi qu’une valeur passive, l’adjectif s’appliquant à l’entité qui est jugée digne de quelque chose (et non à la personne expérient qui porte le jugement) : - amā-bilis, -e “aimable, digne d’être aimé” sur le thème d’infectum du verbe amāre “aimer”, - laudā-bilis, -e “louable, digne d’être loué” sur le thème d’infectum du verbe laudāre “louer, faire des louanges”. Ce suffixe latin est à l’origine du suffixe -ble, -able en français, qui est encore productif aujourd’hui (fr. congeler → congel-able) :

HAMMAR E. T., 1942 : Le développement de sens du suffixe latin -bilis en français, thèse pour le doctorat présenté à la faculté de Lettres de Lund.

DE MEO Cesidio, 1972 : Note semantiche sulle formazioni latine in -bilis, Bologna, Pàtron.

ARIAS ABELLAN Carmen, 1991 : « Die deverbalen Adjektive auf -bilis in der Werken des Plautus » , Glotta, 69, 1-2, p.124-136.

ARIAS-ABELLÁN Carmen, 2002 : “Analyse de la modalité dans les adjectifs déverbatifs”, in M. Fruyt & C. Moussy (éds.), Les modalités en latin, Paris, PUPS, p. 211-218.

NADJO Léon, 2002 : “Les dérivés en -bilis et le verbe pouvoir ”, in M. Fruyt & C. Moussy (éds.), Les modalités en latin, Paris, PUPS, p. 219-228.

BRACHET Jean-Paul, 2012-2013 : « Sur la formation du suffixe -bilis : étude morphologique et sémantique », Latomus, 71, 2012/3, p. 649-667.

On rencontre, notamment dans le vocabulaire spécifiquement chrétien, des adjectifs en -bilis offrant à l’initiale le morphème négatif in-, de sorte qu’ils sont en in-…-bilis avec un couplage des deux morphèmes initial et final (in-numera-bilis “innombrable”), sans que pour autant l’adjectif non négatif en -bilis soit attesté. L’association in- …-bilis permet alors de dénoter un degré très élevé de réalisation de la base.

MOUSSY Claude, 2010 (1996), Synonymie et antonymie en latin, Paris, L’Harmattan, 2010, chapitre « Les problèmes de l’antonymie en latin », p. 143-154 = « Les problèmes de l’antonymie en latin », in A. Bammesberger & F. Heberlin (éds.), Akten des VIII internationalen Kolloquiums zur lateinischen Linguistik, 1996, Heidelberg, C. Winter, p. 473-486.

MOUSSY Claude, 2010 (1998), Synonymie et antonymie en latin, Paris, L’Harmattan, 2010, chapitre « L’antonymie lexicale en latin », p. 154-165 = « L’antonymie lexicale en latin », in P. Valentin & M. Fruyt (éds.), Lexique et cognition, Paris, PUPS, collection Linguistica Palatina 4, p. 109-120.

MOUSSY Claude, 2010 (2000), Synonymie et antonymie en latin, 2010, Paris, L’Harmattan, chapitre « La création lexicale par antonymie », p. 177-184 = « La création lexicale par antonymie », in M. Fruyt & C. Nicolas (éds.), La création lexicale en latin (Actes de la table ronde du 9e Colloque international de Linguistique latine, Madrid, 16 avril 1997), Paris, PUPS (Collection Lingua latina n° 6), p. 51-60.

FRUYT Michèle, 2017 : « Le morphème négatif in- à l’initiale de mot en latin », Revue de linguistique latine du centre Alfred Ernout. De Lingua latina n°14 juin 2017 (Actes du colloque du centre Alfred Ernout « La négation en latin », juin 2016). Revue électronique hébergée à Paris-Sorbonne (Paris 4) : http://www.paris-sorbonne.fr/fr/spip.php?rubrique2315.

19.12. Le suffixe d’adjectif -ōsus, -a, -um

Le suffixe –ōsus est dé-substantival et il a en outre une valeur sémantique puisqu’il porte un sème de grande quantité. L’adjectif ainsi formé signifie “qui a une grande quantité de X”, X étant le substantif servant de base de suffixation. Ce suffixe productif à toutes les époques du latin correspond au type français encore productif aujourd’hui : fr. goût –> goût-eux, pierre → pierr-eux. - pilus, -i M. “poil” –> pil-ōsus, -a, -um “qui a beaucoup de poils, poilu”, - herba, -ae F. –> herb-ōsus “où il y a beaucoup d’herba, herbeux”, - aqua, -ae F. “eau” –> aqu-ōsus “où il y a de l’eau, où il y a beaucoup d’eau”. - morbus, -i M. “maladie” –> morb-osus “malade”. Le sème de grande quantité s’affaiblit parfois dans certains adjectifs pour marquer seulement l’existence de l’entité dénotée par la base de suffixation.

ERNOUT Alfred, 1949 : Les adjectifs latins en -osus et -ulentus, Paris, Klincksieck.

KNOX Peter E., 1986 : « Adjectives in -osus and Latin Poetic Diction», Glotta 64, 1986, p. 90-101.

FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos des suffixes latins en …cus, Paris, Klincksieck / Publications de la Sorbonne. (Publication de la thèse d’Etat soutenue le16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : aquosus (aqua), herbosus (herba), morbosus (morbus).

GOUREVITCH Danièle, 2000 : “Une création lexicale continue, les dérivés en -osus dans le vocabulaire pathologique des médecins et des vétérinaires”, in A. & J. Pigeaud (éds.), Les textes médicaux latins comme littérature (Actes du 6e coll. internat. sur les textes médicaux latins, Nantes, 1-3 sept. 1998), Nantes, p. 113-126.

KIRCHER-DURAND Chantal, 2010 : “Le suffixe -osus est-il un quantificateur? Examen du problème à partir du corpus plautinien”, in M. Fruyt & O. Spevak (éds.), La quantification en latin, Paris, L’Harmattan, p. 259-270.

KIRCHER-DURAND Chantal, 2010 : « Le suffixe latin -osus et le suffixe français -eux », Studia UniversitatisBabeş-Bolyai, Philologia 4 / 2010, p. 99-110. Desktop Editing Office, 51st B.P. Hasdeu, Cluj-Napoca, Romania ; consultable en ligne : http://www.studia.ubbcluj.ro/download/pdf/564/pdf.

KIRCHER Chantal, 2012 : “Evolution des formations suffixées du latin aux langues romanes et en particulier au français : l’exemple des dérivés en -osus”, in A. Christol & O. Spevak (éds.) 2012 : Les évolutions du latin, Paris, L’Harmattan, p. 201-215.

KIRCHER-DURAND Chantal, 2015 : “Le suffixe latin -osus”, Revue de linguistique latine du centre Alfred Ernout. De Lingua Latina, revue électronique hébergée à Paris-Sorbonne (Paris 4), n°12, décembre 2015. http://www.paris-sorbonne.fr/fr/spip.php?rubrique2315.

19.13. Le suffixe d’adjectif -ŭlentus, -a, -um

Le suffixe -ŭlentus forme des adjectifs à partir de substantifs et il a en outre une valeur sémantique : il porte un sème de grande quantité de l’entité dénotée par la base de suffixation : - corpus, -oris Nt. “corps” –> corpulentus, -a, -um “corpulent, gros, grand”. - lutum, -i “boue” –> lutulentus “qui contient de la boue, qui contient beaucoup de boue”. Il est donc sémantiquement proche du suffixe -osus.

ERNOUT Alfred, 1949 : Les adjectifs latins en -osus et -ulentus, Paris, Klincksieck.

CUPAIUOLO Fabio, 1991: Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : lutulentus (lutum), uinulentus (uinum).

19.14. Le suffixe d’adjectif -ācus, -a, -um

Le suffixe -ācus a une valeur sémantique, probablement augmentative et péjorative, et il ne change pas la catégorie grammaticale de la base de suffixation, c.-à-d. qu’il forme un adjectif sur la base d’un adjectif : adjectif –> adjectif. - merus, -a, um “pur, sans mélange” –> mer-acus, -a, -um “pur, sans mélange” pour le vin et l’ellébore, - ebrius, -a, -um “ivre” –> ebri-acus, -a, -um “ivre” (d’emploi plutôt tardif).

ANDRÉ Jacques, 1972 : “Les dérivés latins en -ācus”, Revue de philologie 46, 1972, p. 29-32.

FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos des suffixes latins en …cus, Paris, Klincksieck (Publication de la thèse d’Etat soutenue le16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

19.15. Le suffixe -ernus, -ternus, -turnus

Le suffixe -ernus, -urnus, -ternus, -turnus forme des adjectifs dé-substantivaux dénotant le plus souvent des relations temporelles : nox (noct-em, noct-is, etc.) “nuit” –> nocturnus, -a, -um “de nuit, nocturne”.

ERNOUT Alfred, 1968 : “Les adjectifs latins en -ernus, -urnus, -inus (et -ternus, -turnus, -tinus)”, Revue de philologie 42, 1968, p. 207-215.

KIRCHER-DURAND Chantal, 1982 : Les noms en -nus, -na, -num du latin classique, Université de Nice, Centre de Recherches sur les langues de la Méditerranée ancienne, document n°7 (Publication de la thèse de Doctorat d’Etat soutenue à Nice en juin 1981).

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cetouvrage cite les termes : hodiernus (hodie), nocturnus (nox).

KIRCHER-DURAND Chantal, 2002 : “Les dérivés en -nus, -na, -num”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), Création lexicale: la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 125-151.

19.16. Le suffixe d’adjectif -ĭdus, -a,-um

Le suffixe -ĭdus forme des adjectifs entrant dans des groupements de trois lexèmes en distribution complémentaire sur le plan morpho-syntaxique de par leur catégorie grammaticale différente, tandis que leur valeur sémantique est semblable.

Sur le radical latin synchronique cal- “chaleur” sont formés parallèlement trois lexèmes : le verbe d’état calēre “être chaud”, l’adjectif calĭdus “chaud” et le substantif calŏr (-ōris) M. “chaleur”. L’existence de ces triplets fut mis en lumière par Alfred Ernout (1957 et 1971).

Les adjectifs parallèles à des substantifs en -or M. relèvent donc des mêmes caractéristiques sémantiques et extralinguistiques que les substantifs en -or qui leur sont associés. Il s’agit généralement d’état de la matière du monde physique de la nature et le plus souvent ces états s’imposent à l’être humain, qui ne les contrôle pas, comme l’a montré Henri Quellet dans sa thèse (1969).

NIEDERMANN Max, 1899 : “Studien zur Geschichte der lateinischen Wortbildung: das Suffix -do-”, Indogermanische Forschungen 10, p. 221-242.

NICHOLS Edward W., 1919 : « Verbals in -tor, -ax, -dus, and -ns », The American Journal of Philology 40 (4), 1919, p. 373-395.

ERNOUT Alfred, 1957 : “Metus-timor : les formes en -us et -os / -or du latin”, in Philologica II, Paris, Klincksieck, p. 7-56. (Pour la notion de peur exprimée par timidus, timere, timor)

QUELLET Henri, 1969 : Les dérivés latins en -or, Paris, Klincksieck.

ERNOUT Alfred, 1971 : Notes de philologie latine : “Les mots en -eo, -or, -idus”, Paris / Genève, Minard / Droz, p. 1-18.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : herbidus (herba), fumidus (fumus); p. 109: aridus (arēre), timidus (timēre).

SZNAJDER Lyliane, 2002 : “Les adjectifs en -idus, -a, -um”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), Création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 55-65.

FRUYT Michèle, 2013 : “Temperature and cognition in Latin”, Revue de linguistique latine du centre Alfred Ernout. De Lingua Latina n°9, décembre 2013. Revue électronique hébergée à Paris-Sorbonne (Paris 4) : http://www.paris-sorbonne.fr/fr/spip.php?rubrique2315 (Communication au colloque « Temperature and Cognition », organisé par Maria Koptjevskaja-Tamm, Université de Stockholm, 19-20 mars 2010). (Pour les triplets du type calere, calidus, calor)

19.17. Le suffixe adjectival -ēnsis

Le suffixe d’adjectif –ensis, -e se trouve derrière des bases de suffixation dénotant des lieux. Ces bases sont soit des noms communs, soit des noms propres. Dans ce dernier cas, la base est souvent le nom d’une ville et l’adjectif en -ensis désigne un habitant de cette ville, auquel cas il peut être substantivé.

WACKERNAGEL Jakob, 1897 : “Zur den lateinischen Ethnika”, ALL 14, p. 1-24.

GAEHWILER H., 1962 : Das lateinische Suffix -ensis, Zug, E. Kalt-Zehnder (thèse de Zurich, 1962).

KIRCHER-DURAND Chantal, 1983 : “Les noms latins en -ensis”, Documents du LAMA n°8, Nice, p. 229-255.

EHRLICH H., 1983 : “Zwei italischen Probleme II. Die lateinischen Adjektiva auf -ensis”, KZ 42, p. 14-316.

KIRCHER-DURAND Chantal, 1985 : “Les adjectifs dérivés de noms de lieu en latin”, in Hommage à Jean Granarolo, Nice, p. 173-194.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : forensis (forum), castrensis (castra, -orum), atriensis (atrium), circensis (circus).

KIRCHER-DURAND Chantal, 2002 : “Les dérivés en -ensis”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), Création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 185-194.

19.18. Suffixe « diminutif » d’adjectif

Le suffixe dit « de diminutif » sous ses diverses formes -lus, -ulus, -ellus, -culus, etc. au M., F. et Nt. porte des sèmes particuliers, mais ne change pas la catégorie grammaticale de la base de suffixation à laquelle il s’ajoute. Si la base est un adjectif, le suffixé diminutif est aussi un adjectif. Mais ce suffixe s’attache aussi à des substantifs (cf. ci-dessus § 18.20.) pour former des substantifs en conservant le genre grammatical de la base : il fait partie des suffixes pouvant former à la fois des adjectifs et des substantifs (voir ci-dessous § 20).

Lorsque le suffixe « diminutif » forme un substantif, il peut être un vrai diminutif, c.-à-d. avoir une valeur minorative (type fr. maison → maisonnette ; lat. oppidum, -i Nt. « place-forte » → oppidulum, -i Nt. « petite place-forte, fortin ») ou bien, au contraire, avoir une valeur connotative exprimant toutes sortes d’émotions, la pitié, la compassion, l’affection.

Lorsque le suffixe de « diminutif » forme un adjectif, ses effets sémantiques dépendent de la nature sémantique de l’adjectif de base. Il a une valeur augmentative si la base est elle-même déjà minorative : on observe alors un renforcement des sèmes portés par la base (cf. M. Fruyt 1989) : tener “tendre, jeune” –> tenellus “très tendre, très jeune” dans le vocabulaire technique de l’agriculture ou de la viticulture. Mais l’adjectif formé avec le suffixe « diminutif » a souvent une valeur connotative manifestant les sentiments (émotion favorable, pitié, etc.) du locuteur à l’égard de l’entité dénotée ou désignée par le substantif avec lequel s’accorde l’adjectif. On rencontre, par exemple, un sentiment de pitié chez Plaute dans la dérivation : uetus (gén. ueteris) “vieux” –> uetulus, et miser –> misellus, et un sentiment d’admiration esthétique chez Cicéron dans la dérivation bellus, -a, -um → bellulus, -a, -um pour des statues qualifiées de bellulae, alors que l’adjectif bellus, -a,-um lui-même est déjà un « diminutif » (en *-lo-) de bonus.

FRUYT Michèle, 1989 : “Etude sémantique des diminutifs latins : les suffixes -ulus, -culus, -ellus, -illus… dé-substantivaux et dé-adjectivaux”, in M. Lavency & D. Longrée (éds.), Actes 5e colloque de Linguistique latine, Louvain-la-Neuve et Borzée, Cahiers de l’Institut de Linguistique de Louvain 15,1-4, p.127-138.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 107. Cet ouvrage cite les termes : aureolus (aureus), misellus (miser), bellus, pulchellus (pulcher), tenellus (tener).

LOPEZ-GREGORIS M. del Rosario, 2005 : “El uso del diminutivo en el lenguaje técnico latino”, Revista de Estudios Latinos 5 (Sociedad de Estudios Latinos), p. 75-96.

FRUYT Michèle, 2005 : “La (dés)-intensification dans les adjectifs latins : les morphèmes de degré”, in G. Calboli (éd.), Papers on Grammar 9, 1, Roma, Herder Editrice, p. 231-243.

19.19. Les adjectifs de défauts en -cus, -a, -um

Les adjectifs de défauts en -cus en latin constitue un groupement du premier type, une sorte de série ou de paradigme lexical toujours susceptible d’accroître le nombre de ses lexèmes (voir ci-dessus § 16.3.). Ferdinand de Saussure (1912) a dégagé l’existence de ce groupement en mettant en valeur le fait qu’il fut constitué en latin même à partir d’éléments divers et qu’il y a dans sa constitution un facteur dû au hasard. M. Fruyt (1986), reprenant l’article de F. de Saussure, a analysé les adjectifs latins attestés à l’époque archaïque et classique en dégageant les traits sémantiques et formels représentés.

de SAUSSURE Ferdinand, 1912 : “Adjectifs i.-e. du type caecus ‘aveugle’ ”, in Festschrift fûr Whilhem Thomsen, Leipzig, p. 202 et suivantes = Recueil des publications de F. de Saussure, Genève, 1970, p. 595-599.

KAJANTO I., 1965 : The Latin Cognomina, Helsinki, Societas scientiarum fennica.

FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos des suffixes latins en . . . cus, Paris, Klincksieck / Publications de la Sorbonne (Publication de la thèse d’Etat soutenue le16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

FRUYT Michèle 2002 : “Les dérivés en -cus, -ca, -cum”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), 2002, Création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 67-84.

19.20. Adjectifs en -āster

Le suffixe -aster a une valeur d’approximation, qui prend diverses formes selon qu’il forme un adjectif dénotant une qualité graduable ou un substantif dénotant une entité concrète.

Lorsqu’il forme des adjectifs, -aster (-astra, -astrum) est un suffixe atténuatif qui peut devenir dépréciatif. Il s’ajoute à un adjectif pour former un autre adjectif et il ne change pas la catégorie grammaticale de sa base de suffixation, mais ajoute un sème : surdus “sourd” –> surdaster “un peu sourd”.

Nous avons vu (§18.18) que le suffixe -āster, -āstrī M. lorsqu’il forme des substantifs a une valeur sémantique approximative “sorte de X, qui ressemble à X”, qui devient dépréciative : oleaster “sorte d’olivier, olivier sauvage” sur olea “olivier”.

Voir les suffixes formant des substantifs et des adjectifs § 20.

RYBOLT J. E., 1971 : ”-aster, a Latin suffix”, Classical Folia 25, p. 303-319.

FRUYT Michèle, 1989 : “Métaphore, métonymie et synecdoque dans le lexique latin”, Glotta 67, p.106-122.

FRUYT Michèle, 1989 : “Le rôle de la métaphore et de la métonymie en latin: style, lexique, grammaire”, Revue des Etudes Latines 67, p. 236-257.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 107. Cet ouvrage cite le terme surdaster (surdus).

FRUYT Michèle, 1993 : “Les procédés de désignation dans les noms de plantes en latin”, in Les phytonymes grecs et latins, Centre de Recherches comparatives sur les langues de la Méditerranée ancienne, LAMA 12, Nice, p.135-190.

FRUYT Michèle, 2001 : “Morphologie et argumentation en latin », in Papers on Grammar VII, A. Bertocchi, M. Maraldi, A. Orlandini (éds.), 2001, Bologne, Editrice CLUEB, p.61-85.

19.21. Le suffixe d’adjectif -īuus, -a, -um

Le suffixe d’adjectif -īuus s’ajoute généralement à un participe parfait passif pour former un adjectif de sens spécifique plus spécialisé : captus, -a, -um “pris, qui a été pris” (participe de capere « prendre ») –> capt-īuus “fait prisonnier”, souvent substantivé au sens de « un prisonnier, un captif » (cf. le titre de la pièce de Plaute : Captiui « Les captifs »).

BREITMEYER J., 1933 : Le suffixe latin -īuus, thèse n°67, Genève, Fax.

CUPAIUOLO Fabio, 1991: Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 107. Cet ouvrage cite le terme captiuus (captus).

19.22. Suffixe -ĭcĭus, -a, -um

Le suffixe -ĭcĭus est issu de l’addition du suffixe -ius productif dans le domaine social, politique et militaire (rex –> regius), au suffixe -ĭcus d’adjectif, ancien dans certains termes du même domaine, mais ayant perdu sa productivité dès les premiers textes latins. Le suffixe -ius a donc renforcé le suffixe -icus, par exemple dans patr-ĭcĭus “de patricien” sur pater, pl. patrēs “sénateurs”. Si patr-icius relève ainsi du vocabulaire social et politique, au contraire patr-ius « paternel, du père » est bâti sur pater « père » dans le vocabulaire de la famille.

FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos des suffixes latins en . . . cus, Paris, Klincksieck / Publications de la Sorbonne (Publication de la thèse d’Etat soutenue le16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

CUPAIUOLO Fabio, 1991: Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 107. Cet ouvrage cite dediticius.

19.23. Suffixe -tris (-ter), -estris, -estis

Les différentes formes du suffixe -tris (-ter), -estris, -estis s’expliquent par plusieurs phénomènes :

A) une dissimilation du second /r/ dans -est®is > -estis lorsque la base de suffixation contenait déjà un /r/ ou un /l/, par exemple dans caelum –> caelestis et ager –> agrestis.

B) l’ajout en synchronie d’un élément initial -es- par exemple dans : silua « forêt » –> silu-estris « relatif à la forêt », campus –> camp-estris. Cet élément -es- peut provenir à l’origine d’une mécoupure dans un lexème dont le thème était terminé par cette séquence : …es-tris fut re-segmenté en …-estris par délacement de la frontière de morphème.

C) Dans certains cas également, l’élément morphologique -es- pourrait provenir d’un ancien substantif formé avec ce suffixe issu de i.-e. *-es- / -os- de neutre sigmatique. Mais ce substantif en *-es- qui aurait servi de base ne serait plus représenté en synchronie dans le lexique latin (cf. l’interprétation de mod-es-tus).

CUPAIUOLO Fabio, 1991,: Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : campestris (campus), agrestis (ager).

19.24. Une pluralité de suffixes

Certaines études suffixales traitent en même temps une pluralité de suffixes dans la mesure où elles partent de certaines propriétés de la base de suffixation, par exemple des propriétés sémantiques et référentielles :

KIRCHER-DURAND Chantal, 1985 : « Les adjectifs dérivés de noms de lieux en latin » in Hommage à Jean Granarolo. Philologie, Littératures et Histoire Anciennes, Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, 1985, no 50, p. 173-194.

ou dans la mesure où une définition formelle d’une séquence suffixale oblige à la distinction d’une pluralité de suffixes comportant cette séquence :

FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos des suffixes latins en …cus, Paris, Klincksieck, 1986 (Publication de la thèse d’Etat soutenue le16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

FRUYT Michèle, 2002 : “Les dérivés en -cus, -ca, -cum”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), 2002, Création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin tome IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 67-84.

Certaines études également étudient les suffixes d’adjectifs chez un auteur particulier :

KIRCHER-DURAND Chantal, 1989 : “La dérivation adjectivale chez Juvénal : approche syntaxique et pragmatique”, in M. Lavency & D. Longrée (éds.), Actes du Ve colloque international de linguistique latine, Louvain-la-neuve / Borzée, 31 mars- 4 avril 1989 ; Cahiers de l’Institut de linguistique de Louvain 15, 1-4, p. 207-217.

19.25. Suffixe d’adjectif -tĭmus, -a, -um

Le suffixe -tĭmus apparaît généralement dans des adjectifs dénotant des relations spatiales ou spatio-temporelles et il forme des adjectifs relationnels sur le substantif de base. Sa base peut être démotivée (ultimus,-a,-um “le dernier, ultime”, sur un élément ul- / ol- retrouvé dans le pronom-adjectif ille au sens déictique de “lointain”), ou bien il peut s’ajouter à un substantif encore en usage : - fīnis, -is “limite” –> fīni-timus, -a, -um “qui est à la limite, limitrophe, voisin, contigu” - mare, -is “mer” –> mari-timus, -a, -um “relatif à la mer, marin, maritime”.

CUPAIUOLO Fabio 1991: Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : finitimus (finis), maritimus (mare).

19.26. Suffixe d’adjectif -ās (-ātis)

Le suffixe -ās (-ātis) se place généralement derrière des substantifs portant le sème de lieu, soit des noms communs, soit des noms propres de lieu, désignant des localités. L’adjectif suffixé qui en résulte qualifie une personne originaire de ce lieu : Arpinum, -i Nt. ville d’Arpinum –> Arpinas, -atis “personne originaire d’Arpinum, habitant d’Arpinum” par exemple pour Cicéron. Par extension, on forme ainsi un adjectif (éventuellement substantivé) qui signifie “de chez nous, compatriote” sur l’adjectif possesssif noster de la 1ère personne du pluriel : nostras “qui est de notre pays”. L’adjectif suffixé optimas pl. optimates “les optimates” est fait avec le même suffixe sur le superlatif optimus,-a, -um “le meilleur”. La base est alors une classe sociale, conçue comme un “lieu” dans la société. L’adjectif interrogatif cuias “de qui? de quel pays? de quel maître?” est fait par hypostase sur cuius, gén. sg. du pronom qui interrogatif. Le suffixe entre dans la question des ethniques, étudiée depuis longtemps par les philologues :

DITTENBERGER W. 1906 : “Ethnika und Verwandtes”, Hermes 41, p. 78-102 et 161-219 ; et 1907, Hermes 42, p. 1-34 et 161-234.

SEYFRIED E., 1951 : Die Ethnik des alten Italiens (thèse de Fribourg), Zürich, Juris.

GAEHWILER H., 1962 : Das lateinische Suffix -ensis, Zug, E. Kalt-Zehnder (thèse de Zurich, 1962).

19.27. Suffixe *-to- de possession: -tus, -ta, -tum

Le suffixe des adjectifs en -tus, -a, -um est dé-substantival et offre une variante en -ātus, -a, -um, résultat d’un élargissement à l’aide d’un a long à l’avant du suffixe par mécoupure sur des bases terminées en a. Il a la même origine que le suffixe -tus, -a,-um des participes parfaits passifs (issu de i.-e. *-to-), mais il n’a pas la même fonction puisqu’il n’a pas suivi la même évolution en direction d’une grammaticalisation au sein du paradigme verbal. Dans les adjectifs possessifs en *-to-, l’entité possédée est dénotée par la base de suffixation et le possesseur est dénoté par le substantif déterminé par l’adjectif en -tus, -a, -um. Il s’agit d’une formation productive. De ce fait, le sémantisme de la base est très varié. On peut citer, par exemple, des adjectifs faits sur des noms de parties du corps, mais le suffixe peut s’ajouter à des substantifs dénotant tous les types d’entités : - auris, -is “oreille” –> aurī-tus, -a, -um “pourvu d’oreilles”, - barba, -ae F. “barbe” –> barbā-tus, -a, -um “qui possède une barbe, pourvu d’une barbe, barbu”. Ces adjectifs sont souvent substantivés : - arena, -ae F. “sable” –> arenā-tum, -i Nt. “mélange qui contient du sable, sorte de ciment” (dans la construction d’une maison chez Caton, De agricultura). - hasta, -ae F. “lance, javelot” –> hastatus, -i M. dans le vocabulaire militaire pour caractériser un soldat par l’arme qu’il porte au sens littéral de “pourvu d’une hasta”.

CUPAIUOLO Fabio, 1991 : Problemi de lingua latina, Napoli, Loffredo editore, p. 108. Cet ouvrage cite les termes : barbatus (barba), hastatus (hasta).

Remarque : Pour -tus, -a, -um formant une forme nominale du verbe (participe parfait passif), voir, par exemple :

JOFFRE Marie-Dominique, 1986 : « La signification temporelle et aspectuelle de l’adjectif en *-to- », Revue des études latines 64, p. 211-222.

JOFFRE Marie-Dominique, 1988 : « A propos de l’adjectif en *-to- : le prétendu passage à l’actif », in M. Lavency & D. Longrée (éds.) (Actes du 5e colloque de linguistique latine, Louvain-la-Neuve/Borzée, 31 mars-4 avril 1989), Louvain-la-Neuve, Cahiers de l’institut de linguistique de Louvain n° 15, p. 197-205.

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