La formation des mots

Bibliographie raisonnée

Michèle FRUYT

Université de Paris-Sorbonne (Paris 4)


§ 17. La suffixation : renouvellement des techniques d'analyse

La formation des mots dans une langue donnée à une époque donnée fait partie des domaines qui peuvent être étudiés à la fois en synchronie et en diachronie. Après une longue période où furent essentiellement étudiés les aspects diachroniques, une série de travaux à partir des années 1960 et 1970 s’intéressa à la perspective synchronique, renouvelant ainsi les études dans le domaine lexical.

Voir par exemple pour l’anglais :

  • MARCHAND Hans, 1969 : The Categories and Types of Present-day English Word-formation : A Synchronic-Diachronic Approach, München, Beck.

et pour le français :

  • GUIBERT Louis, 1971 : De la formation des unités lexicales, in Grand Larousse de la langue française, t. 1, Paris, Larousse, p. IX-LXXXI.
  • GUIBERT Louis, 1975 : La créativité lexicale, Paris, Larousse.
  • CORBIN Danielle, 1987 : Morphologie dérivationnelle et structuration du lexique, Tübingen, Max Niemayer Verlag.

Ces méthodes ont pu être appliquées au lexique latin, ce qui aboutit à un classement selon la fonction du suffixe. Pour le latin, M. Fruyt proposa une classification des suffixes en trois catégories :

A) les suffixes de fonction syntaxique ou morpho-syntaxique : ils créent un terme nouveau appartenant à une autre catégorie grammaticale que la base de suffixation, mais n’ajoutent pas de sèmes (par exemple le suffixe -tiō, -tiōnis F. dans ses emplois productifs de nom de procès) ;

B) les suffixes de fonction sémantique : ils sont porteurs de sèmes, mais ne changent pas la catégorie grammaticale de la base de suffixation (par exemple le suffixe de diminutif en -ulus, -a, -um / -culus, -a, -um) ;

C) les suffixes de fonction à la fois morpho-syntaxique et sémantique : ils changent la catégorie grammaticale de la base de suffixation et ils sont en même temps porteurs de sèmes (par exemple le suffixe adjectival et dé-substantival -ōsus, qui porte un sème de grande quantité pour l’entité dénotée par la base de suffixation).

Cette classification, développée par M. Fruyt dans sa thèse (soutenue le 16 juin 1982 à Paris 4), figure aussi dans d’autres publications :

  • FRUYT Michèle, 1984 : “Approche méthodologique de la suffixation en latin et en français”, KZ 97, 2, 1984, p. 246-264.
  • FRUYT Michèle, 1985 : “Syntaxe et sémantique dans la description de la fonction suffixale”, in C. Touratier (éd.), Actes du 2e colloque international de linguistique latine, Aix-en-Provence, 1983, p. 485-499.
  • FRUYT Michèle, 1986 : Problèmes méthodologiques de dérivation à propos de suffixes latins en … -cus, Paris, Klincksieck, 1986 (Publication de la thèse d’Etat soutenue le 16-6-1982 à Paris 4 sous le titre : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

Cette classification fut reprise par :

  • TOURATIER Christian, 1994 : Syntaxe latine, Louvain-la-Neuve, p. 312-315.

sous la forme : suffixes à valeur sémantique, suffixe à valeur grammaticale, suffixe à valeur et grammaticale et sémantique. Voir ci-dessus § 16.5.


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