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formation_des_mots:16._les_nouveautes_sur_l_etude_de_la_formation_des_mots_en_latin [Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin]
 

La formation des mots

Bibliographie raisonnée

Michèle FRUYT

Université de Paris-Sorbonne (Paris 4)


§ 16. Les nouveautés sur l'étude de la formation des mots en latin

16.1. La perspective synchronique du sujet parlant : la notion de conscience linguistique

Comme nous l’avons rappelé ci-dessus (§11.2.), les études sur le lexique latin ont suivi les courants de la linguistique générale et, sur certains points, de la linguistique française. Un facteur d’innovation en matière d’analyse lexicale reposa sur la prise en compte de la perspective synchronique qui est celle du sujet parlant (par opposition à la perspective diachronique du linguiste historien de la langue lorsqu’il recherche une étymologie au sens moderne du terme) :

  • FRUYT Michèle, 1994 : « Lexique et conscience linguistique : la motivation», in D. Conso, N. Fick & B. Poulle (éds.), Mélanges François Kerlouégan, Annales littéraires de l’Université de Besançon (515), Paris, Les Belles Lettres, p. 255-267.
  • FRUYT Michèle, 1996 : “Lexique et conscience linguistique en latin : sens fonctionnel et sens parallèle”, in M. Fruyt & C. Moussy (éds.), Structures lexicales du latin, Paris, PUPS (coll. Lingua Latina n°3), p. 97-119.
  • FRUYT Michèle, 1999 : “Les deux types de motivation dans certaines langues indo-européennes (français, latin …)”, in M. Fruyt & P. Valentin, Lexique et cognition (colloque de Paris IV, 29 sept.-1er oct. 1994), Paris, PUPS (coll. Linguistica Palatina).

On trouvera un résumé des différentes démarches linguistiques nouvelles à propos du lexique français et latin dans :

  • KIRCHER-DURAND Chantal, 2002 : “Introduction”, in Ch. Kircher-Durand (éd.), La création lexicale : la formation des noms par dérivation suffixale, = Grammaire fondamentale du latin IX, Louvain-Paris, Peeters, p. 1-22.

16.2. La notion de micro-système lexical

La notion de ‘micro-système lexical’, initiée par E. Benveniste, fut illustrée en latin et généralisée par Ch. Kircher-Durand et adoptée par les latinistes :

  • KIRCHER-DURAND Chantal, 1989 : “Le rôle des micro-systèmes lexicaux dans la constitution des adjectifs dérivés de substantifs”, in G. Calboli (éd.), Subordination and Other Topics in Latin, Proceedings of the Third Colloquium on Latin Linguistics, Amsterdam, Benjamins (Studies in Language, Companion Series 17), p. 637-654.

16.3. Les trois types de groupements de mots

Les latinistes savent intuitivement que l’organisation du lexique latin ne relève pas du simple hasard. Mais il est parfois difficile de décrire l’organisation interne du lexique latin en délimitant de manière claire et nette les zones qui le constituent et dans lesquelles vont se ranger les lexèmes. Il y a, assurément, des zones floues, des zones de recouvrement entre les catégories et des faits lexicaux difficiles à justifier et à faire entrer dans les tendances générales du lexique connues par ailleurs.

On peut proposer trois catégories de groupements de termes selon le degré de productivité qu’ils présentent et selon le rôle qu’ils peuvent jouer dans l’évolution linguistique :

  • FRUYT Michèle, 2011 : “Latin Vocabulary”, in J. Clackson (éd.), A Companion to the Latin Language, Wiley-Blackwell, Oxford, p. 144-155, et en particulier p. 148-149.
  • FRUYT Michèle, 2012 : “Evolution du lexique latin et groupements de lexèmes en latin”, in A. Christol & O. Spevak (éds.), Les évolutions du latin, p. 105-127.

I) Le premier type de groupement est organisé selon une liste de lexèmes, qu’on peut appeler une série ou un paradigme lexical.

Les lexèmes ont alors pour point commun leur valeur référentielle. Ils renvoient à des entités extralinguistiques appartenant à la même classe cognitive.

Il s’agit par exemple des noms d’oiseaux en latin ou des noms de poissons. Ce sont des hyponymes regroupés sous un hyperonyme : auis F. pour les oiseaux, piscis M. pour les poissons.

Les hyponymes peuvent s’influencer entre eux et ils peuvent subir l’influence de leur hyperonyme, notamment pour le genre grammatical : les noms d’oiseaux ont tendance à être du genre grammatical féminin comme auis, alors que les noms de poissons sont plutôt du genre grammatical masculin comme piscis.

Ces groupements peuvent accroître facilement le nombre des lexèmes qu’ils contiennent.

II) Le second type de groupement relève pour chaque lexème d’une configuration en “constante + variable”. Les lexèmes ont en commun un radical latin synchronique à l’initiale de mot et ils se différencient par un élément final, par exemple des suffixes différents.

Ils constituent un groupement “génétique” ou une “famille de mots” puisqu’ils ont en commun le même radical latin.

Au sein de ce groupement, ils sont en distribution complémentaire : le radical can- “chanter” est présent dans des verbes canere “chanter”, cantāre “chanter”, des noms de procès cantus, -tūs M. et cantiō, -tiōnis F., un nom d’agent cantŏr, -tōris M., dont le féminin est cantrīx, -trīcis, etc.

L’organisation interne de ce type de groupement est celle d’une constellation autour du radical synchronique commun.

Ces groupements ont moins de chances de voir augmenter le nombre de leurs lexèmes que dans le type 1, parce que les lexèmes formés sur un radical donné ne sont pas en nombre infini, mais plutôt en nombre limité.

III) Le troisième type de groupement correspond à des structures au sens strict du mot, où chaque élément se définit par rapport aux autres (et non dans l’absolu).

Cette organisation en structure se retrouve aussi bien au plan des lexèmes qu’au plan des entités extralinguistiques.

Il s’agit par exemple du groupement des noms de parenté en latin : pater “père”, māter “mère”, frāter “frère”, fīlius “fils”, fīlia “fille”, auunculus “oncle maternel”, matertera “tante maternelle”, patruus “oncle paternel”, amita “tante paternelle”.

Pour la dénomination des bovins ou des ovins, il existe dans le groupement un terme générique et des termes spécifiques. Ainsi à côté de bōs M. F. “bovin en général”, on a une classification selon l’âge, le sexe, la fonction : uitulus “veau”, uitula, uacca “génisse, jeune vache”, iuuencus “jeune mâle”, taurus “mâle reproducteur”, etc.

Ces groupements ont peu de chances de voir s’accroître le nombre de leurs lexèmes, puisque le nombre des entités extralinguistiques dénotées est limité.

Ces dénominations sont souvent héritées, notamment pour les animaux domestiques (qui, par définition, sont importants pour la communauté linguistique puisqu’ils font partie de la vie quotidienne des sujets parlants) et pour les animaux sauvages jouant un rôle important pour l’homme (le loup, par exemple).

Parce qu’il s’agit de structures au sens strict (c.-à-d. de groupements où les éléments se définissent les uns par rapport aux autres de manière interdépendante), des changements à l’intérieur du groupement de lexèmes peuvent survenir lorsqu’un lexème sort de l’usage : les lexèmes voisins connaissent alors une ré-organisation au terme de laquelle la valeur référentielle du terme disparu est portée par un autre terme : cf. lat. iumentum “bête de somme en général”, qui est à l’origine de fr. jument (femelle adulte reproductrice dans l’espèce du cheval).

Précédemment, la question de la fonction des suffixes latins et des groupes de mots qu’elle engendre avait été abordée, d’une autre manière, par exemple par Manu Leumann :

  • LEUMANN Manu, 1944 : “Gruppierung und Funktionen der Wortbildungs Suffixe des Lateins”, MH I, p. 131-132.

16.4. Critique de la notion d'hapax

Plusieurs autres aspects de la lexicologie furent également remis en question. Par exemple, on appelle hapax un terme qui n’est attesté qu’une seule fois : cette dénomination d’hapax est un calque de l’adverbe grec ἃπαξ “une (seule) fois”. Mais on ne précise pas toujours le corpus de référence au sein duquel un lexème précis n’offre qu’une seule occurrence : cela peut être un texte donné (un macro-texte ou un micro-texte), une oeuvre d’un auteur, l’ensemble des oeuvres d’un auteur, un grand ensemble de textes et même l’ensemble des textes de la latinité.

Cette situation d’occurrence unique d’un lexème dans un corpus donné a longtemps été considérée comme remarquable en elle-même et les hapax furent étudiés en eux-mêmes. Cependant, on a pu remettre en cause cette interprétation du phénomène comme étant une singularité, non seulement parce que le corpus de référence n’est pas toujours clairement établi dans les études, mais aussi parce que les textes latins constituent un ensemble flou.

En effet, cet ensemble dépend des éditions successives établies par les éditeurs modernes ainsi que de la “découverte” de nouveaux textes. Les textes qui nous ont été transmis ne représentent qu’une partie des oeuvres latines dont nous pourrions avoir connaissance, bien des oeuvres ayant été perdues. Même si nous possédions l’ensemble des oeuvres écrites dans l’Antiquité, ce corpus de textes ne représenterait qu’une très petite partie des énoncés de la langue latine, de sorte que, de toute façon, un nombre particulièrement important de faits linguistiques concernant le latin nous échappe. Pour ce qui est du vocabulaire, nous savons que la documentation nous manque, puisque certains termes apparaissent dans les langues romanes alors que nous n’en avons pas trace dans les documents latins et alors même que nous sommes en droit de supposer qu’ils sont hérités.

Pour la critique de la notion d’hapax, voir entre autres :

  • HERDAN Gustav, 1959 : « The hapax legomenon, a real or apparent phenomenon? », Language & Speech, II, p.26-36.
  • KIRCHER-DURAND Chantal, 1994 : « Hapax et lexicologie : l’exemple des adjectifs latins en -eus.», Travaux du Cercle linguistique de Nice n° 16, Nice, p. 141-155.

16.5. Analyse des lexèmes en morphèmes et constituants de morphèmes

Comme nous l’avons rappelé ci-dessus (§ 11.4.), la notion de ‘morphème’ comme “unité minimale de signification” est fondamentale et elle s’oppose à celle d’‘élément morphologique’, selon l’analyse de Christian Touratier, développée dans la seconde partie intitulée “Synthématique” (p. 309-319) de sa syntaxe :

  • TOURATIER Christian, 1994 : Syntaxe latine, Louvain-la-Neuve, Peeters.

C. Touratier étudie en effet les mots complexes, qu’il appelle synthèmes comme des ensembles de morphèmes et applique cette analyse en latin à toutes les catégories de structure morphologique :

a) à la suffixation, en distinguant les suffixes à valeur sémantique, les suffixes à valeur grammaticale, les suffixes à valeur à la fois grammaticale et sémantique , p. 312-315 ; C. Touratier fait cette distinction selon la classification proposée par M. Fruyt dans sa thèse et reprise dans différentes publications ultérieures :

  • FRUYT Michèle, 1984 : “Approche méthodologique de la suffixation en latin et en français”, KZ 97, 2, p. 246-264.
  • FRUYT Michèle, 1985 : “Syntaxe et sémantique dans la description de la fonction suffixale”, in C. Touratier (éd.), Actes du 2e colloque international de linguistique latine, Aix-en-Provence, 1983, p. 485-499.
  • FRUYT Michèle, 1986: Problèmes méthodologiques de dérivation à propos de suffixes latins en … -cus, Paris, Klincksieck (Publication de la thèse d’Etat soutenue le 16-6-1982 à Paris 4 : Les dérivés latins en *-ko- à l’époque républicaine).

b) à la préfixation (p. 316) ;

c) à la composition (p. 318-319) ;

d) et à l’agglutination, cette dernière catégorie étant traitée sous le chapitre “Synthèmes qui sont d’anciens syntagmes soudés” (p. 319).

16.6. Lexèmes grammaticaux vs lexèmes lexicaux

La distinction entre :

a) les lexèmes de fonction grammaticale (comme le pronom relatif qui ; les pronoms personnels ; les pronoms-adjectifs is, hic, iste, ille, ipse, etc.)

b) et les lexèmes de valeur sémantique lexicale (rex “roi”, filius “fils”, res publica “état, République”)

est importante dans le lexique latin, puisque ces deux catégories de lexèmes jouent des rôles très différents dans l’organisation des énoncés et les informations véhiculées par ces énoncés. Ces différences fonctionnelles apparaissent dans les fréquences d’emploi. En premier lieu, les lexèmes grammaticaux les plus usuels sont les termes de la langue latine offrant la fréquence la plus élevée. En second lieu, ces différences apparaissent aussi au niveau du signifiant des lexèmes : les termes grammaticaux sont globalement plus courts que les termes lexicaux. Les lexèmes grammaticaux ont 1 ou 2 syllabes généralement, tandis que les lexèmes lexicaux de plus haute fréquence ont le plus souvent 2 ou 3 syllabes, certains en ayant 4 (ou 5 au maximum).

La distinction entre lexèmes grammaticaux et lexèmes lexicaux se reflète aussi dans le sort réservé aux unités lexicales par le phénomène de la grammaticalisation, qui résulte des effets de l’évolution linguistique dans le domaine morpho-syntaxique. La grammaticalisation peut se manifester dans l’évolution d’un lexème de valeur lexicale qui devient un lexème grammatical, ou bien dans celle d’un lexème grammatical qui devient encore plus grammatical.

Pour le rappel de ce critère définitoire et une application au latin, voir :

  • FRUYT Michèle, 2011 : « Grammaticalization in Latin », in Ph. Baldi & P. Cuzzolin (éds.), New Perspectives on Historical Latin Syntax. Complex Sentences, Grammaticalization, Typology, Berlin / Boston, Mouton de Gruyter, vol. IV, p. 661-864.

16.7. L'innovation lexicale : une typologie en latin

16.7.1. Le degré d'innovation

On trouvera dans l’article suivant une synthèse sur les différentes formes d’innovation lexicale et de créativité lexicale dans leurs degrés variables de réalisation, allant du “mot possible” ou “mot attestable” respectant les règles de formation à la création la plus excentrique hors normes :

  • FRUYT Michèle, 2000 : « La création lexicale : généralités appliquées au latin », in M. Fruyt & Ch. Nicolas (éds.), La création lexicale en latin, Paris, PUPS, Collection Lingua Latina n°6, 2000, p.11-47.

Cet article fut traduit en espagnol :

  • FRUYT Michèle, 2009: « La creación léxica: consideraciones generales y su aplicación a la lengua latina », Estudios clásicos (136), 2009, p. 7-54.

16.7.2. La création lexicale chez les auteurs latins

Certains auteurs latins sont très inventifs et utilisent la création lexicale comme un moyen comique avec des termes si innovants qu’ils sont surprenants et ne respectent pas les règles habituelles de la formation des mots en latin. Plaute est un grand créateur de termes à une finalité comique :

  • CRAMPON Monique, 2000 : “Création de mots chez Plaute”, in M. Fruyt & Ch. Nicolas (éds.), La création lexicale en latin, Paris, PUPS, p. 149-153.
  • FONTAINE Michael, 2010 : Funny Words in Plautine Comedy, Oxford, Oxford University Press.
  • SÁNCHEZ-MANZANO Maria Asunción, 2015 : “El neologismo en el vocabulario literario latino”, in G. Haverling (éd.), Latin Linguistics in the Early 21st Century (Acts of the 16th nternational Colloquium on Latin Linguistics, Uppsala, June 6th-11th 2011), Uppsala, Acta Universitatis Upsaliensis, Studia Latina Upsaliensia 35, p. 133-143.

Mais la plupart des auteurs latins, en fait, créent des mots qui respectent les règles de formation des mots et offrent donc un faible degré d’innovation. Ce sont, pour ainsi dire, des créations “attendues”, ce qu’on appelle des mots possibles. Certains perdurent dans la langue, mais en général les créations d’auteur, même si elles sont conformes aux tendances de la langue, sont éphémères et on ne les retrouve plus ensuite dans les textes latins.

  • KIRCHER-DURAND Chantal, 2005 : “Les procédés de création lexicale mis en oeuvre par Lucrèce”, in G. Calboli (éd.), Papers on Grammar 9, 1, p. 15-323.

C’est aussi le cas de Pétrone, malgré la réputation d’originalité de cet auteur :

  • ONIGA Renato, 2000 : “La création lexicale chez Pétrone”, in M. Fruyt & Ch. Nicolas (éds.), La création lexicale en latin, Paris, PUPS, p. 11-48.

On trouvera des publications intéressantes sur la création lexicale dans :

  • CUPAIUOLO Fabio, 1993 : Bibliografia della lingua latina (1949-1991), Napoli, Loffredo editore.


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