Les présents déverbatifs en -ā- du latin

M. de Vaan


V. Résumé

Je récapitule ce que j’ai postulé jusqu’à présent. Tous les verbes discutés dans les paragraphes de 1 à 3 ont une valeur atélique (c’est-à-dire renvoie à une action sans terme naturel). Les fréquentatifs en *-(e)s-ā- du paragraphe 1 indiquent des mouvements répétés. Au paragraphe 2, on a vu des verbes de mouvement factitifs, qui se trouvent à côté de présents statifs en -ēre. Quant aux présents énumérés au paragraphe 3 (de 3.1 à 3.4), leur sens peut être résumé comme suit :

ATÉLIQUE :

POSITION : (-)cubāre.

ACTIVITÉ :
PROLONGÉE : ambulāre, amāre, arāre, cēlāre, -clīnāre, anticipāre, occupāre, (-)dicāre, domāre, ēducāre, iuvāre, labāre, lavāre, meāre, mitat, imperāre, properāre, -pellāre, assentārī, (cōn)sōlārī, (re)sonāre, aspernārī, -spicārī, cōnsternāre, -stināre, (con)tonāre, vēnārī, vetāre, volāre, vorāre.

RÉPÉTITIVE (pluralité dans l’événement) : crepāre, dolāre, prōflīgāre, forāre, (in)friāre, fricāre, lībāre, (-)micāre, mulcāre, -plicāre, runcāre, secāre.

FRÉQUENTATIVE, DISTRIBUTIVE (pluralité d’événements) : calāre, ēlegāns, dissipāre.

ATÉLIQUE / TÉLIQUE : -ligāre, parāre.

Je propose donc de considérer le MOUVEMENT ATÉLIQUE comme le sens fondamental du suffixe déverbatif *-āye-. On peut ensuite s’interroger sur la chronologie relative probable des différentes fonctions sémantiques et morphologiques du suffixe. L’ordre qui me paraît assez naturel et conforme aux faits observés est le suivant (il s’agit d’une énumération cumulative, les types postérieurs n’excluant pas les premiers) :

1. Mouvement atélique (*-s-āye-, sēdāre).

2. Mouvement répétitif (forāre, secāre).

3. Activités atéliques (lavāre, arāre, crepāre, parāre).

4. Dérivés atéliques de composés téliques (cōnspicere → cōnspicārī).

5. Thèmes préfixés atéliques, dérivés d’un verbe simple (legere → ēlegāns).

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