Les présents déverbatifs en -ā- du latin

M. de Vaan



IV. Aspects formels

IV.1. Degré zéro

Dans dicāre, ēducāre, labāre, et peut-être dans dēliquāre et mitat, le dérivé a le vocalisme zéro de la racine tandis que d’autres thèmes verbaux ont le degré plein. Si les divers thèmes avaient pour origine un même thème verbal préhistorique, celui-ci a dû être un présent ou un aoriste radical avec alternance vocalique comme en indo-européen.

IV.2. Degré long

Des trois verbes cēlāre, sēdāre et vēnārī avec ē long de la racine, les deux premiers peuvent être dérivés d’un parfait ancien avec redoublement, dans lequel la simplification du groupe consonantique a donné une voyelle longue. Pour vēnārī, cela me paraît moins sûr, sans être pour autant impossible. Les présents mētārī « mesurer » et lēgāre « envoyer », quant à eux, sont plutôt des dénominatifs.

Un ō long se trouve dans cōnārī, qui pourrait avoir *-eh3- dans la racine. Pour sōlārī et praestōlāre/ī, il est séduisant de comparer les itératifs grecs en -άω, tels νωμάω, πωτάομαι, στρωφάω, τρωπάω et τρωχάω, qui sont des déverbatifs et indiquent des mouvements (Tucker 1990 : 226–232). Cependant, leur origine est vivement discutée.

IV.3. Degré o

Un certain nombre de nos présents en -āre ont un o bref : dolāre, domāre, fodāre, forāre, rogāre, sonāre, tonāre, volāre, vorāre, et peut-être votāre > vetāre. Si l’on exclut les cas où le o pourrait être issu d’un développement secondaire du latin, il reste dolāre, domāre, fodāre, forāre, rogāre et tonāre. Comme on reconstruit pour l’indo-européen des présents à alternance vocalique o / zéro, d’où proviennent des thèmes itératifs, intensifs ou résultatifs (voir Kümmel 2004, Kortlandt 2010 : 373-382, 383-386), ces verbes latins doivent être inclus dans la discussion sur ce type de présents.

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