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-    * **//A. Argumenta ad iudicium//** d'une part, et d'autre part les arguments+    * **//A. Argumenta ad iudicium//**  d'une part, et d'autre part les arguments
  
-    * **//B.1.: Ad verecundiam  //** («to allege the opinions of men, whose parts, learning, eminency, power, or some other cause has gained a name, and settled their reputation in the common esteem with some kind of authority»),  \\  **//B.2.: Ad hominem //** («to press a man with consequences drawn from his own principles, or concessions») et  \\  **//B.3.: Ad ignorantiam//** («to require the adversary to admit what they [= les opposants] allege as a proof, or to assign a better»)  \\  John Locke: //An Essay Concerning Human Understanding// (Book IV, chapter 17 « Of Reason », §§ 19-22 ; cf. Locke 1824 : 260f.).+    * **//B.1.: Ad verecundiam //** («to allege the opinions of men, whose parts, learning, eminency, power, or some other cause has gained a name, and settled their reputation in the common esteem with some kind of authority»),  \\  **//B.2.: Ad hominem //** («to press a man with consequences drawn from his own principles, or concessions») et  \\  **//B.3.: Ad ignorantiam//** («to require the adversary to admit what they [= les opposants] allege as a proof, or to assign a better»)  \\  John Locke: //An Essay Concerning Human Understanding// (Book IV, chapter 17 « Of Reason », §§ 19-22 ; cf. Locke 1824 : 260f.).
  
 Bien que Locke ne dise pas explicitement que les argument émotionnels sont des sophismes, selon lui, seul l’argument //ad iudicium// « advances us in our way to knowledge » (§ 22). Bien que Locke ne dise pas explicitement que les argument émotionnels sont des sophismes, selon lui, seul l’argument //ad iudicium// « advances us in our way to knowledge » (§ 22).
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 ===== 2. Les arguments émotionnels dans la théorie de l’argumentation contemporaine: ===== ===== 2. Les arguments émotionnels dans la théorie de l’argumentation contemporaine: =====
  
 +==== A. La pragma-dialectique de Frans H. van Eemeren et Rob Grootendorst (2004: 192): ==== 
  
-    * **A. La pragma-dialectique** de Frans H. van Eemeren et Rob Grootendorst (2004: 192):  +Parmi les règles de la discussion rationnelle établies par van Eemeren/Grootendorst, se trouve la règle de la pertinence («relevance rule»):  
- +    * « Commandment 4 is the relevance rule : Standpoints may not be defended by non-argumentation or argumentation that is not relevant to the standpoint. »
-Parmi les règles de la discussion rationnelle établies par van Eemeren/Grootendorst, se trouve la règle de la pertinence («relevance rule»): « Commandment 4 is the relevance rule : Standpoints may not be defended by non-argumentation or argumentation that is not relevant to the standpoint. »+
  
  
 À première vue, cette règle de pertinence (« relevance rule ») semble exclure tous les arguments émotionnels. Mais van Eemeren/Grootendorst (2004: 195, n. 3) insistent sur le fait suivant : À première vue, cette règle de pertinence (« relevance rule ») semble exclure tous les arguments émotionnels. Mais van Eemeren/Grootendorst (2004: 195, n. 3) insistent sur le fait suivant :
  
 +    * « Of course, this does not mean that emotions have no role to play in argumentation. Not only can they be the causa of arguments, but they can also be used as arguments, rightly or wrongly. […] rationality is a necessary condition of reasonableness, but not automatically a sufficient condition.»
  
-« Of course, this does not mean that emotions have no role to play in argumentation. Not only can they be the causa of arguments, but they can also be used as arguments, rightly or wrongly. […] rationality is a necessary condition of reasonableness, but not automatically a sufficient condition.» +Dans la version actuelle de la pragma-dialectique, « the Extended Theory of Pragma-Dialectics », les manœuvres stratégiques qui essaient de concilier les deux principes de la rationalité et de l’efficacité du discours argumentatif sont devenues un élément central de la théorie de l’argumentation (cf. van Eemeren 2010).
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-Dans la version actuelle de la pragma-dialectique, **« the Extended Theory of Pragma-Dialectics »**, les manœuvres stratégiques qui essaient de concilier les deux principes de la rationalité et de l’efficacité du discours argumentatif sont devenues un élément central de la théorie de l’argumentation (cf. van Eemeren 2010). +
  
 Parmi ces manœuvres, il y a aussi Parmi ces manœuvres, il y a aussi
  
 +    * « […] the choice of how to adapt the argumentative moves made in the strategic maneuvering to meet “audience demand”, the requirements pertinent to the audience that is to be reached. Among the starting points, for instance, that can be chosen as the point of departure in the part of the discourse that is to be reconstructed as the opening stage, arguers who maneuver strategically may be expected to try to make a selection that pleases the audience or places the case in a perspective that suits the audience. » (van Eemeren 2010 : 94).
  
-« […] the choice of how to adapt the argumentative moves made in the strategic maneuvering to meet “audience demand”the requirements pertinent to the audience that is to be reached.+====  B. La rhétorique classique : Aristote  ====  
 +Il souligne déjà qu’il est légitime pour l’orateur d’utiliser non seulement des moyens persuasifs fondés sur le « logos » (l’argumentation rationnelle)mais aussi sur les émotions de l’auditoire (« pathos ») et la réputation de l’orateur même (« ethos »), cf. Arist. //Rhet//. 1.2, 1356a 1-4; Rapp 2002 (I), 351).
  
  
-Among the starting points, for instance, that can be chosen as the point of departure in the part of the discourse that is to be reconstructed as the opening stagearguers who maneuver strategically may be expected to try to make a selection that pleases the audience or places the case in a perspective that suits the audience. »+Ce fait est aussi mis en évidence par Sara Rubinelli (2010 : 53):  
 +    * « […] Aristotle was enough of a realist to admit that an audience can be prompted to do something or accept certain beliefs by its emotions. Since he considers rhetoric to be the ability to find all the available means of persuasion, he includes – as the second main class of //pisteis// [= « moyens argumentatifs »M.K.] those relating to the audience and that appeal to their emotions. »
  
  
-(van Eemeren 2010 : 94). +==== C. Le linguiste français Christian Plantin ==== 
- +Il produit des contributions très importantes sur les arguments émotionnels, et maintient la position tout à fait plausible que l’omniprésence des arguments émotionnels exige leur traitement systématique dans une théorie de l’argumentation : 
- +    * « Pour la théorie rhétorique, il est impossible d’étudier l’argumentation en négligeant les émotions qui sont attachées aux situations argumentatives de base, le débat politique et la confrontation judiciaire. […] Cependant, la théorie de l’argumentation s’est largement construite sur la négation des affects, au profit d’une raison discursive sans émotions ».
-**B. La rhétorique classique : Aristote  ** souligne déjà qu’il est légitime pour l’orateur d’utiliser non seulement des moyens persuasifs fondés sur le **« logos » ** (l’argumentation rationnelle), mais aussi sur les émotions de l’auditoire **(« pathos »**) et la réputation de l’orateur même **(« ethos »)**. +
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-cf. Arist. //Rhet//. 1.2, 1356a 1-4; Rapp 2002 (I), 351). +
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-Ce fait est aussi mis en évidence par **Sara Rubinelli ** (2010 : 53) +
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-« […] Aristotle was enough of a realist to admit that an audience can be prompted to do something or accept certain beliefs by its emotions. Since he considers rhetoric to be the ability to find all the available means of persuasion, he includes – as the second main class of //pisteis// [« moyens argumentatifs », M.K.] those relating to the audience and that appeal to their emotions. » +
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-**C. Le linguiste français Christian Plantin ** , qui écrit des contributions très importantes sur les arguments émotionnels, maintient la position tout à fait plausible que l’omniprésence des arguments émotionnels exige leur traitement systématique dans une théorie de l’argumentation : +
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-« Pour la théorie rhétorique, il est impossible d’étudier l’argumentation en négligeant les émotions qui sont attachées aux situations argumentatives de base, le débat politique et la confrontation judiciaire. […] +
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-Cependant, la théorie de l’argumentation s’est largement construite sur la négation des affects, au profit d’une raison discursive sans émotions ». +
  
 En outre, Plantin souligne qu’il y a des arguments émotionnels de qualité variable. Le caractère émotionnel n’est donc pas le critère décisif pour la qualité d’un argument (Plantin 2005 : 102) En outre, Plantin souligne qu’il y a des arguments émotionnels de qualité variable. Le caractère émotionnel n’est donc pas le critère décisif pour la qualité d’un argument (Plantin 2005 : 102)
  
 +Finalement, Plantin a raison d’attirer notre attention sur le fait qu’existent deux dangers en ce qui concerne les arguments émotionnels (Plantin 2005 : 104 ; cf. aussi Plantin 1998 : 9f.):
  
-Finalement, **Plantin** a raison d’attirer notre attention sur le fait qu’existent deux dangers en ce qui concerne les arguments émotionnels (Plantin 2005 : 104 ; cf. aussi Plantin 1998 : 9f.): +    * « Toute approche des émotions court deux risques symétriques, l’empathie et l’alexithymie (« qui n’a pas de mots pour l’émotion »).
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-« Toute approche des émotions court deux risques symétriques, **l’empathie et l’alexithymie ** (« qui n’a pas de mots pour l’émotion »). +
  
 Dans la posture alexithymique, les émotions sont réifiées, l’analyste les observe (ou prétend les observer) comme un astronome les galaxies. Il revendique une position non participante, coupée de l’émotion qui structure et circule autour de son objet, et se proclame libéré de tout lien, de toute empathie vis-à-vis de son objet. Dans la posture alexithymique, les émotions sont réifiées, l’analyste les observe (ou prétend les observer) comme un astronome les galaxies. Il revendique une position non participante, coupée de l’émotion qui structure et circule autour de son objet, et se proclame libéré de tout lien, de toute empathie vis-à-vis de son objet.
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 Le risque symétrique est précisément la « position empathique », c’est-à-dire la fusion et la confusion avec l’objet. La prétendue analyse devient une simple pseudo-participation à l’événement […]. » Le risque symétrique est précisément la « position empathique », c’est-à-dire la fusion et la confusion avec l’objet. La prétendue analyse devient une simple pseudo-participation à l’événement […]. »
  
 +==== D. Le philosophe canadien Douglas Walton ====
 + Il considère aussi les arguments émotionnels comme des arguments plutôt faibles (« presumptive arguments », cf. Walton 1996 : 38ff. ; et Walton 1992, 1997, 1998, 1999, 2000), mais néanmoins valables pour inverser la charge de preuve dans des cas d’urgence et en l’absence d’arguments plus forts.
  
-**D. Le philosophe canadien Douglas Walton ** considère aussi les arguments émotionnels comme des arguments plutôt faibles (« presumptive arguments », cf. Walton 1996 : 38ff. ; et Walton 1992, 1997, 1998, 1999, 2000), mais néanmoins valables pour inverser la charge de preuve dans des cas d’urgence et en l’absence d’arguments plus forts. +Walton critique la position empathique de la manière suivante: 
- +    * « Using the example of Nazi mass meetings, it is easy to condemn the mob-appeal type of //ad populum // argument as inherently fallacious. But until the type of argument is identified, the device of declaring it fallacious because it was used by evil people, with dangerous and destructive consequences, is too easy a method of dismissal. What if the example of the use of mob appeal was a case a union leader appealing to the emotions of an assembled crowd of coal miners to get them to fight for workplace safety rules that are badly needed in the mine ? » (Walton 1999: 197)
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-Walton critique **la position empathique ** de la manière suivante : +
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-« Using the example of Nazi mass meetings, it is easy to condemn the mob-appeal type of //ad populum // argument as inherently fallacious. But until the type of argument is identified, the device of declaring it fallacious because it was used by evil people, with dangerous and destructive consequences, is too easy a method of dismissal. What if the example of the use of mob appeal was a case a union leader appealing to the emotions of an assembled crowd of coal miners to get them to fight for workplace safety rules that are badly needed in the mine ? » +
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-(Walton 1999: 197)+
  
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