Le vocabulaire du silence en latin

Jean-François THOMAS



2. Silere et tacere : deux formes de silence

Les distinctions sémantiques rappelées précédemment s’observent, bien sûr. Tacere est ainsi le silence voulu, par exemple lors de la confrontation judiciaire quand l’accusé choisit par stratégie de parler à certains moments et non à d’autres :

  • Cic. Verr. II, 5, 74 :
    Ciuem Romanum securi esse percussum M. Antonius eques Romanus dicit ; taces ; archipiratam negat ; fateris.
    « M. Antonius, chevalier romain, dit qu’un citoyen romain a été frappé de la hache ; tu ne dis mot ; il déclare que le chef des pirates ne l’a pas été ; tu l’avoues. »

ou durant des entretiens philosophiques, où la liberté de parole repose sur la confiance :

  • Sén., Epist. 105, 6 :
    Nemo quod audierit, tacebit ; nemo quantum audierit, loquetur. Qui rem non tacuerit, non tacebit auctorem.
    « Nul ne taira ce qu’il aura entendu ; nul ne redira simplement ce qu’on lui aura dit. Qui n’aura pas tu le propos n’en taira pas l’auteur. »

Face à la volonté de tacere, silere est souvent le verbe du silence obligé, quand pèse un rapport de force dans l’exercice du pouvoir :

  • Cic., Verr. II. 5, 57 :
    Tot in Sicilia ciuitates sunt quibus tu per triennium praefuisti ; arguunt ceterae, paucae et paruae et metu repressae silent, una laudat.
    « Il y a tant de cités en Sicile que tu as gouvernées pendant trois ans : la plupart t’accuse, un petit nombre, peu importantes et tenues par la crainte, se taisent, une seule te loue. »

ou que les lois se taisent au milieu des armes :

  • Cic., Mil. 11 : Silent enim leges inter arma …


Aller au §1 ou Retour au plan ou Aller au §3