Le vocabulaire du silence en latin

Jean-François THOMAS



1. Comparaison des fréquences des verbes silere et de tacere

La comparaison des fréquences est significative seulement pour les deux verbes au sens de « ne pas parler », mais non pour les substantifs ; en effet, silentium et taciturnitas ont des sens distincts.

A considérer l’ensemble de la période, silere avec environ 190 occurrences est bien moins usité que tacere (environ 650 occ.), mais des variations existent. Tacere prédomine par rapport à silere dans la comédie (Plaute 218 et 2 ; Térence 42 et 1 ; fragments 8 et 1), dans la prose (Cicéron 105 et 43 ; Tite-Live 22 et 9 ; Quintilien 27 et 4) avec pour certains auteurs des écarts plus marqués encore (Sénèque le rhéteur : 45 et 1 ; Valère Maxime 18 et 1 ; Sénèque [prose] 32 et 0). Il en est de même pour l’élégie : Catulle 7 et 0 ; Properce 5 et 1 ; Ovide [Amores …] 27 et 5, Tibulle 2 et 0. Les proportions s’équilibrent chez Virgile avec 2 occurrences de tacere, 6 de conticescere et 9 de silere.

A l’inverse, tacere est plus rare que silere dans la poésie épique flavienne chez Valerius Flaccus (2 et 13) ou encore Stace (13 et 33). Toutefois, les écarts se réduisent à partir de la seconde moitié du +1er siècle ap. J.-C., en particulier dans le style élevé : Lucain présente 5 occurrences de tacere et 6 de silere, les tragédies de Sénèque et du Pseudo-Sénèque 19 et 16. Le rapport se retourne même chez Pline l’Ancien (silere : 10 ; tacere : 9) et surtout Tacite (silere : 12 ; tacere : 4).

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