Lieux, territoires et paysages en latin

Jean-François THOMAS



0. Introduction

Le cadastrage du terrain, les techniques des arpenteurs, les descriptions de Pomponius Méla et de Pline l’Ancien, la délimitation des espaces sacrés sont des exemples parmi bien d’autres de la nécessaire inscription de la société romaine dans l’espace. Il en résulte des vocabulaires techniques dont certains sont bien étudiés comme celui des arpenteurs (Conso 2005 et 2006), mais il existe tout un champ lexical moins spécialisé centré autour de locus et comprenant plusieurs termes usuels : fines, regio, pagus. Les traductions courantes par fr. lieu - lieux, territoire, région, pays sont à première vue interchangeables et les mots latins paraissent souvent équivalents, mais ces ressemblances invitent à rechercher si les emplois présentent des nuances qui orientent vers plusieurs perceptions de l’espace. C’est encore une certaine perception de l’espace que révèlent l’art des jardins en tant que jeu avec la nature et les fresques connues par des vestiges archéologiques et des descriptions (Croisille 1978 ; Rouveret 2004) : elles relèvent de ce que les langues modernes appellent paysage, mais qui n’a pas en latin de lexicalisation par un terme spécifique.

Les démarches habituelles de la sémantique sont ici croisées : l’approche est sémasiologique quand elle va des mots autour de locus pour analyser les représentations de l’espace ; elle est onomasiologique lorsqu’elle recherche l’expression de l’idée de paysage. L’étude se concentre sur les périodes préclassique et classique, de Plaute à Tacite essentiellement.


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