u̯ĭŏla, -ae (f.)

(substantif)



4.2.0. Introduction

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Le terme uiola renvoie à plusieurs référents, à des plantes appartenant à des familles botaniques différentes. Pline l’Ancien en distingue trois sortes (lat. genera) d’après la couleur de la fleur :

  • Plin. HN 21, 27 : Violis honos proximus earumque plura genera, purpureae, luteae, albae.
    « La fleur la plus estimée ensuite est la ‘violette ’, dont il existe plusieurs sortes (genera), la pourpre, la jaune et la blanche. »

et d’après les terrains où pousse la fleur et sa nature cultivée ou non :

  • Plin. HN 21, 27 : Ex his uero quae sponte apricis et macris locis proueniunt purpureae… E satiuis maxima auctoritas luteis.
    « Parmi elles, les violettes pourpres, qui poussent spontanément en terrain maigre et ensoleillé… Parmi les violettes cultivées, les plus estimées sont les jaunes. »

Il en est de même lorsqu’il en expose les emplois médicaux :

  • Plin. HN 21, 130 : Violae siluestres et satiuae.
    « Il y a des violettes sauvages et des violettes cultivées. »

Ces classements ne permettent pas de distinguer clairement les familles et les espèces botaniques auxquelles ces fleurs appartiennent. Les qualifications qui accompagnent le mot uiola dans les ouvrages techniques permettent parfois d’identifier l’espèce avec un certain degré de certitude, tandis que, dans les ouvrages proprement littéraires, l’identification est souvent incertaine.

4.2.1. Le terme uiola comme hyperonyme et terme générique

Dans un certain nombre de textes les auteurs emploient le substantif uiola sans adjoindre de qualification, parce que le nom suffit à lui seul pour donner les informations essentielles dans la phrase.

  • Ov. F. 5, 315-318 :
    … nulla tuebar
    rura, nec in pretio fertilis hortus erat ;
    lilia deciderant, uiolas arere uideres,
    filaque punicei languida facta croci.
  • Plin. HN 21, 37 : quorundam flos tantum iucundus, reliquae partes ignauae, ut uiolae ac rosae.
  • Plin. HN 24, 158 : Idem tradit, si qui morbi humano corpori inciderint florente brassica, quamuis sanatos admonitionem eorum sentire, quotiens floreat ; qui florente acciderint aut frumento aut cicuta aut uiola, similem conditionem habere.

En outre, on cite la uiola parmi les plantes et les fleurs cultivées, les hortensia, parfois pour les distinguer des fleurs sauvages :

  • Varr. R. 1, 23, 5 aprica, ut ibi seras uiolam et hortos facias, quod ea sole nutricantur.
  • Plin. HN 21, 14 Paucissima nostri genera coronamentorum inter hortensia nouere, ac paene uiolas rosasque tantum.

On cite aussi la uiola pour indiquer une saison, du fait que la plupart des uiolae fleurissent au printemps, ce que l’auteur latin mentionne parfois explicitement, et parfois implicitement en rangeant les uiolae dans une série de plantes :

  • Mart. 11, 18, 15-16:
    non boletus hiare, non mariscae
    ridere aut uiolae patere possunt.
  • Plin. HN 19, 95: in hoc mirum imas eius radices crescere hieme, verno autem, cum apparuerit uiola, minui ac contrahi.
  • Plin. HN 21, 68 : in Italia uiolis succedit rosa, huic interuenit lilium, rosam cyanus excipit, cyanum amarantus.

Une expression proverbiale, dans une métaphore usuelle, montre l’être humain comme parfaitement heureux, jouissant de tous les plaisirs et délivré de toute souffrance, étendu sur un lit de violettes et de roses :

  • Cic. Tusc. 5, 73 : – Etiamne in cruciatu atque tormentis ? – An tu me in uiola putabas aut in rosa dicere ?
    « – Jusque dans les tortures et les supplices ? – Pensais-tu que j’allais dire : ‘sur les violettes et les roses’ ? »

4.2.2. Quelques emplois littéraires de « uiola »

Autour de la floraison des uiolae, les poètes visent à créer une scène dynamique, telle que la cueillette des fleurs printanières, l’ensemble des fleurs de la belle saison, l’ornement du visage ou des cheveux par des fleurs. Ils présentent souvent une image colorée ou une scène dotée de traits chromatiques vigoureux :

  • Ov. Tr. 3, 12, 5-6:
    Iam uiolam puerique legunt hilaresque puellae,
    rustica quae nullo nata serente uenit.
    « Déjà les garçons et les jeunes filles joyeux cueillent la violette sauvage qui naît sans avoir été semée. »
  • Prop. 3, 13, 29-30:
    nunc uiolas tondere manu, nunc mixta referre
    lilia uimineos lucida per calathos.
    « tantôt ils cueillaient des violettes à la main, tantôt ils rapportaient mêlés les lys qui brillaient à travers les paniers d’osier. »
  • Stat. S. 1, 2, 22-23:
    tu modo fronte rosas, uiolis modo lilia mixta
    excipis et dominae niveis a uultibus obstas.
  • Ov. M. 12, 408-411 :
    … cultus quoque, quantus in illis
    esse potest membris, ut sit coma pectine leuis,
    ut modo rore maris, modo se uiolaue rosaue
    implicet, interdum canentia lilia gestet.
  • Claud. Nupt. Hon. 10, 155-157 :
    … Cadmeia ludit
    Leucothoe, frenatque rosis delphina Palaemon.
    Alternas uiolis Nereus interserit algas.
    « Leucothoé la cadméenne s’ébat ; sur son dauphin, Palémon pose un frein de roses. Nérée entremêle et alterne algues et violettes. »

Le topos du locus amoenus ne peut pas ignorer les uiolae, surtout dans une ambiance érotique.

  • Petr., Sat. 127, 9, 3-5 :
    Iuppiter et toto concepit pectore flammas :
    emicuere rosae uiolaeque et molle cyperon
    albaque de uiridi riserunt lilia prato.
    « et Jupiter sentit pour elle [Junon] tout son cœur s’embraser, telles resplendirent les roses, les violettes, et le tendre souchet ; les blancs lys se détachèrent en souriant sur l’herbe verte. »
  • Petr., Sat. 131, 8, 6-8 :
    Dignus amore locus : testis siluestris aedon
    atque urbana Procne, quae circum gramina fusae
    et molles uiolas cantu sua rura colebant.
    « Endroit bien fait pour l’amour ; j’en atteste le rossignol des bois, et l’amie des villes, Procné, qui voltigeant parmi le gazon et les tendres violettes, faisaient de leur chant retentir ce domaine. »

4.2.3. Les référents du terme « uiola »

Le terme uiola dénote des plantes différentes ; dans la plupart des cas, il s’agit de plantes que les botanistes classent dans les familles des Violacées, des Crucifères, des Amaryllidacées. Parfois les qualifications accompagnant le mot ou le contexte où le mot est employé par les auteurs latins permettent de placer le référent dans l’une ou l’autre famille et/ou genre avec un certain degré de certitude, mais parfois l’identification reste incertaine.

4.2.3.1. La Violette odorante, la Violette de Mars

Dans un grand nombre de textes latins, uiola se réfère à la Violette odorante, Violette de Mars (espèce Viola odorata L., genre Viola, famille Violaceae). L’identification en est suffisamment assurée quand le mot est rapporté au grec ἴον, le nom de la violette, et quand le mot est qualifié par le lexème désignant la pourpre. Il semble, en effet, que les auteurs latins eux-mêmes préfèrent cette qualification pour la distinguer des autres espèces, surtout de la uiola alba :

  • Plin. HN 21, 27 : Ex his uero quae sponte apricis et magris locis proueniunt purpureae latiore folio, statim ab radice carnosa exeunti solaque Graeco nomine a ceteris discernuntur, appellatae ia et ab his ianthina uestis.
    « Parmi elles, les violettes pourpres, qui poussent spontanément en terrain maigre et ensoleillé, ont une feuille plus large, qui sort directement de la racine charnue. Ce sont les seules auxquelles les Grecs donnent un nom distinctif ; ils les appellent ia, et c’est de là que les étoffes ianthines tirent leur nom. »
  • Cels. 5, 11: Ad discutienda uero ea, quae in corporis parte aliqua coierunt, maxime possunt… alba uiola… uiola purpurea…
  • Plin. HN 21, 64 : Florum prima uer nuntiantium uiola alba… ; post ea quae ion appellatur et purpurea.
    « La ‘violette blanche’ est la première des fleurs qui annoncent le printemps…Vient ensuite la violette appelée ion et violette pourprée. »
  • Claud. Seren. (c.m. 30) 91-93 :
    … si placido cessissent lumina somno
    purpura surgebat uiolae, factura cubile
    gramineum, uernatque tori regalis imago.

Les poètes aiment parfois exprimer les nuances et les reflets des pétales de la fleur par des lexèmes chromatiques différents. La couleur foncée de la violette devient « noire » chez Virgile (semblable à la couleur de la myrtille, par imitation de Théocrite 10, 28) :

  • Virg. B. 10, 38-39 :
    … (quid tum, si fuscus Amyntas ?
    et nigrae uiolae sunt et uaccinia nigra)
    « (Amyntas est basané : et après ? noires sont les violettes, et les vaciets sont noires.) »

Claudien attribue à la violette les reflets bleu du fer (ou de l’acier) pour dénoter la fleur pourpre bleuâtre (cf. Virg. G. 4, 183 ferrugineos hyacinthos) : [comm. Charlet pag. 141] :

  • Claud. Pros. 2, 92-93 :
    sanguineo splendore rosas, uaccinia nigro
    imbuit et dulci uiolas ferrugine pingit.
    « Il [Zéphyre] imprègne la rose d’une splendeur de sang, le vaciet de noir, et d’un bleu délicat, il peint la violette. »

Le même poète qualifie la violette par l’adjectif fuscus pour opposer ses tons sombres à l’éclat blanc des lys, et en même temps pour faire l’allusion à la relation établie entre les adjectifs fuscus et niger par Virgile, B. 10, 38-39, cf. plus haut :

  • Claud. Pros. 128-129 :
    Pratorum spoliatur honos ; haec lilia fuscis
    intexit uiolis ; hanc mollis amaracus ornat.
    « Les prés sont dépouillés de leur parure : aux sombres violettes l’une mêle des lys ; l’autre est parée de tendres marjolaines. »

Une autre espèce de violette est la Viola siluestris L., la Violette des bois, que Palladius appelle uiola agrestis et place parmi les herbae, c’est-à-dire les plantes herbacées que l’apiculteur doit entretenir autour des ruches :

  • Pall. 1, 37, 2 Herbas nutriat origanum, thymum, sepillum, satureiam, melisfyllum, uiolas agrestes…
    « Pour ce qui est des plantes herbacées, l’apiculteur doit cultiver de l’origan, du thym, du serpolet, de la sarriette, de la mélisse, des violettes sauvages… »
  • Marc. Med. 22, 25 Violas agrestes siue siluestres conteres…

4.2.3.2. La Giroflée et le Violier

Parmi les plantes cultivées par les Romains pour les emplois surtout ornementaux et médicinaux, les Violiers et les Giroflées jouaient un rôle important. Le Violier, le Cocardeau (espèce Matthiola incana L., genre Matthiola, famille Cruciferae), plante vivace méditerranéenne, tomenteuse, spontanée dans l’Italie centrale et méridionale, aux fleurs parfumées, était qualifié par l’adjectif albus, qui se réfère tantôt à la couleur des fleurs dans la variété à fleurs blanches, tantôt à la couleur vert-gris de la plante :

  • Plin. HN 21, 69 : Vita longissima uiolae albae trimatu.
  • Cels. 5, 4 : Aperiunt tamquam ora [scil. venarum] in corporibus, cinnamomum…, flos albae uiolae…

La longue durée de la floraison, de mars à juin, en fait une fleur apte à la fabrication de couronnes et de guirlandes :

  • Plin. HN 21, 65 : e ceteris hyacinthus maxime durat et uiola alba et oenanthe.
    « Parmi les autres, l’hyacinthe est celle qui dure le plus, avec la violette blanche et l’oenanthé. »

Par des raisons d’analogie chromatique, le Violier à fleurs blanches est la composante spécifique du collyre soignant les tais ou taches blanches qui se forment sur le tissu de la cornée :

  • Cass. Fel. 29, 19 : Collyrium dia leucoiu appellatum, id est de uiola, confectione facillima facit ad albores et cicatrices extenuandas. Recipit uiolae hortinae floris uiridis, cummi albi dr. octonas, ammoniaci dr. IV.
    « Collyre appelé dia leucoiu c’est-à-dire à base de violier, très facile à composer, efficace pour atténuer les tais et les cicatrices. Il contient : fleur fraîche de violier cultivé, gomme blanche, neuf drachmes de chaque ; gomme ammoniaque, quatre drachmes. »

Les variétés du Violier aux fleurs rosées, rouges et violettes inspirent à Columelle, lorsqu’il décrit les parterres multicolores réservés aux abeilles, le précieux adjectif Sarranus évoquant le faste des rois étendus sur la pourpre dans Virg. G. 2, 506 (et Sarrano dormiat ostro) :

  • Col. 9, 4, 4 At in hortensi lira consita nitent candida lilia nec his sordidiora leucoia, tum Punicae rosae luteolaeque et Sarranae uiolae, nec minus caelestis luminis hyacinthus.
    « Mais, plantés sur la plate-bande des jardins, brillent les lis d’une blancheur éclatante, les violiers qui ne leur sont pas inférieurs, puis les roses puniques, les giroflées jaunes et pourpres et la dauphinelle, d’une luminosité non moins céleste. »

La Giroflée à fleurs jaunes (Cheiranthus cheiri L., Erysimum cheiri Crantz, genre Cheiranthus/Erysimum, famille Cruciferae), à la couleur plus ou moins foncée, pourvue d’un parfum plus fort que le Violier, qui a elle aussi sa floraison de mars à juin et qui est allochtone (originaire d’Asie occidentale), est devenue sauvage en Italie : elle s’est répandue dans les fissures des rochers et des murailles. Dans les textes latins, elle est souvent qualifiée par les adjectifs de couleur :

- lūteus / lūteolus « jaune, jaunâtre », litt. « qui a la couleur du lūtum, -i Nt. ‘la gaude’, plante employée en teinturerie pour donner la couleur jaune (avec le suffixe chromatique -eus ainsi que –ulus /-olus diminutif-approximatif),

- croceus litt. « qui a la couleur du crocus, du safran » (sur crocum, -i Nt. ou crocus, -i M. « safran » avec le suffixe chromatique –eus ),

- flauus « blond » (souvent employé pour les blés mûrs ou les cheveux),

- melinus « qui a la couleur du miel » sur mel, mellis Nt. « miel ».

  • Plin. HN 21, 27: E satiuis maxima auctoritas luteis.
    « Parmi les violettes cultivées, les plus estimées sont les jaunes. »
  • Copa1) 11 :
    sunt etiam croceo uiolae de flore corollae
  • Pall. 1, 37, 2 : in fruticibus uero sint rosae, lilia, uiolae flauae, rosmarinus, hederae
    « Parmi les arbustes, on peut citer : les roses, les lys, les giroflées, le romarin, le lierre. »

Isidore de Séville, dans la section De herbis aromaticis siue communibus de ses Etymologiae, en proposant sa propre interprétation étymologique, reprend, de façon synthétique, le classement plinien :

  • Isid. Et. 17, 9, 19 : Viola propter uim odoris nomen accepit. Huius genera sunt tria :purpureum, album, melinum.

A Priape, puisqu’il est le dieu de la fécondité, convient la Giroflée jaune parmi les fleurs de l’été (cf. Plin. HN 21, 46 : Lutei uideo honorem antiquissimum, in nuptialibus flammeis totum feminis concessum. « Je vois chez les auteurs que le jaune, très anciennement en honneur, était un privilège exclusif des femmes pour les voiles nuptiaux) :

  • Priapea 86, 12 : luteae uiolae mihi lacteumque papauer.

Parfois les auteurs latins emploient à propos de la Giroflée jaune un lexème dénotant la pâleur, pallens (gén. pallentis: ancien participe présent adjectivisé), mais aussi la couleur vert-gris de la tige et des feuilles :

  • Virg. B. 2, 46-48 :
    … tibi candida Nais
    pallentis uiolas et summa papauera carpens,
    narcissum et florem iungit bene olentis anethi.
    « pour toi la blanche Naïade, cueillant les pâles giroflées et les pavots en tige, assemble le narcisse et la fleur du fenouil odorant. »
  • Manilius 5, 256-257 :
    Ille colet nitidis gemmantem floribus hortum,
    pallentis uiolas et purpureos hyacinthos.

Columelle a voulu concentrer en un seul vers les caractéristiques, de forme et de couleur, des uiolae qu’il conseille de cultiver dans le jardin :

  • Col. 10, 101-102 :
    Tum quae pallet humi, quae frondens purpurat auro,
    ponatur uiola, et nimium rosa plena pudoris.
    « Plantez encore des violes, celles qui rampant à terre ont des fleurs pâles et celles dont les tiges feuillues ont des fleurs d’un or rutilant, ainsi que la rose trop pudique. » (traduction Mauro Lasagna)

Le poète met en parallèle et en opposition deux espèces par les deux propositions relatives en focalisation contrastive : quaequae … La seconde espèce est identifiable aisément avec la Giroflée ou le Violier, grâce au terme frondens, et aux couleurs de la corolle. Le poète en effet, par l’emloi des lexèmes dénotant l’or et la pourpre, vise à concentrer en une seule fleur le caractère chromatique le plus évident des Giroflées et des Violiers. On peut donc voir dans la uiola quae pallet humi la Violette de Mars, parce qu’elle rampe à terre et que sa couleur, plutôt foncée ou sombre, s’oppose à l’éclat de l’or et de la pourpre au sommet de la tige. Aussi dans le vers 101 de Columelle, le signifié du verbe pallere ne correspond-il pas à celui des exemples précédents (Virg. B. 2, 47 et Manil. 5, 257) ; au plus pourrait-on penser à la variété de la Violette à fleurs blanches (qui ne correspond pas à la uiola alba et qu’on ne trouve pas dans les textes techniques, qui ne s’intéressent généralement pas aux emplois ornementaux des fleurs).

Parfois la uiola est identifiable avec la Giroflée et le Violier moins par les couleurs des fleurs que par la forme de la plante, lorsqu’elle est qualifiée par le mot frutex « arbrisseau, arbuste » :

  • Col. Arb. 1, 2 nam ex surculo uel arbor procedit, ut olea, ficus, pirus, uel frutex, ut uiolae, rosae, harundines, uel tertium quiddam quod neque arborem neque fruticem proprie dixerimus, sicuti est uitis.
    « d’un plant vient soit un arbre, comme l’olivier, le figuier, le poirier, soit un arbrisseau, comme la giroflée, la rose, le roseau, soit un troisième genre, à proprement parler ni arbre ni arbrisseau, comme la vigne. »
  • Col. 9, 5, 5 Nam sunt etiam remedio languentibus cytisi… quin etiam cunelae et tymi frutices, item uiolarum uel quae utiliter deponi patitur qualitas terrae.

Dans les textes agronomiques et médicaux on trouve les deux espèces, Giroflée et Violier, appelées indifféremment leucoion (ainsi que leucoius et leucia) par calque du grec :

  • Col. 10, 97 : candida leucoia, et flauentia lumina calthae.
    « des cocardeaux resplendissants et des soucis aux yeux jaunes. » (traduction Mauro Lasagna)

Columelle emploie ce terme pour distinguer le Violier à fleur blanche des autres espèces : cf. Col. 9, 4, 4.

4.2.3.3. Le Perce-neige et la Nivéole

Dans deux passages de Pline (HN 21, 64 ; 19, 95, cf. plus haut), l’expression uiola alba semble indiquer de petites bulbeuses à fleur blanche, le Perce-neige (Galanthus nivalis L.) et la Nivéole (Leucoium vernum L.), toutes deux appartenant à la famille des Amaryllidaceae :

  • Plin. HN 21, 64 : Florum prima uer nuntiat uiola alba, tepidioribus uero locis etiam hieme emicat.
    « La ‘violette blanche’ est la première des fleurs qui annoncent le printemps ; dans les régions assez tièdes, elle sort même en hiver. »

En Pline HN 21, 64, l’identification est suffisamment sûre grâce au parallèle avec le passage correspondant de Théophraste (H.P. 6, 8, 4), ou bien à l’indication de la floraison exceptionnelle en hiver.

En Pline HN 19, 95, en parlant du sisyrinchion, le dernier dans une série de bulbes au nom grec, l’auteur montre le caractère étonnant et bizarre (mirum) de ses racines, qui arrêtent leur croissance au printemps dès la floraison de la uiola : la uiola pourrait donc être ici le Perce-neige ou la Nivéole, à la floraison précoce.

4.2.3.4. Identifications vagues ou indéterminées

Parmi les Giroflées à fleur jaune, Pline place la uiola Tusculana, qui en est donc une variété dont on ne saurait préciser les caractères :

  • Plin. HN 21, 27 : E satiuis maxima auctoritas luteis ;genera autem iis Tusculana et quae marina appellatur, folio aliquanto latiore, sed minus odorata ; in totum uero sine odore minutoque folio Calatina, munus autumni, ceterae ueris.
    « Parmi les violettes cultivées, les plus estimées sont les jaunes ; les espèces en sont la Tusculane et celle qu’on nomme marine, dont la feuille est plus large, mais qui est moins odorante ; la Calatine est absolument sans odeur, et sa feuille est menue ; elle est un présent de l’automne, les autres sont un présent du printemps. »

La Calatine, qui prend le nom de Calatia (ou Caiatia d’après Plin. HN 3, 63, cf. aujourd’hui le toponyme Caiazzo près de Capoue, dans la province de Caserte, en Campanie), à la floraison automnale et dépourvue de parfum, ne semble pas être une Giroflée. Il s’agit plutôt de la Fausse-Giroflée, Erysimum cheiranthoides L., elle aussi de la famille des Cruciferae, à petites fleurs jaunes, répandue autour de la Méditerranée.

La uiola appellée marina, dont Pline signale quelques caractéristiques, reste indéterminée, même si le Ps.-Dioscoride 3, 123 enregistre un ἴον θαλάσσιον et un λευκόιον θαλάσσιον auquel on donnait le nom latin de uiola alba marina.

4.2.4. Les traits saillants de la « uiola »

4.2.4.1. Couleurs. Dénomination de la couleur violette

Le caractère le plus fréquent attribué à la uiola est sans doute la couleur. Le plus souvent les auteurs emploient les lexèmes de couleur pour donner des renseignements dénotatifs. C’est le cas de :

  • Plin. HN 21, 27 : Violis…, earumque plura genera, purpureae, luteae, albae ;
  • Plin. HN 21, 65 : e ceteris hyacinthus maxime durat et uiola alba et oenanthe ;
  • Cels. 5, 4 : Aperiunt…, flos albae uiolae ;
  • Pall. 1, 37, 2 : in fruticibus uero sint…, uiolae flauae ;
  • Plin. 21, 69 : Vita longissima uiolae albae trimatu.

Il en est de même lorsque les auteurs instaurent des oppositions, par exemple :

  • Cels. 5, 11 : Ad discutienda uero ea… maxime possunt… alba uiola… uiola purpurea.

Parfois les auteurs latins, notamment les poètes, aiment mettre en évidence une seule couleur pour intensifier l’effet chromatique, par exemple :

  • Virg. B. 10, 39:
    et nigrae uiolae sunt et uaccinia nigra
  • Copa2) 11 :
    sunt etiam croceo uiolae de flore corollae
  • Priap. 86, 12 : luteae uiolae mihi lacteumque papauer.

Assez souvent les auteurs placent les uiolae parmi d’autres fleurs ou dans un contexte multicolore pour obtenir un mélange chromatique fortement expressif. C’est surtout le cas de Claudien :

  • Claudien Seren. (c.m. 30) 89-93 :
    quacumque per herbam
    reptares, fulgere rosae, candentia nasci
    lilia ; si placido cessissent lumina somno
    purpura surgebat uiolae, factura cubile
    gramineum, uernatque tori regalis imago.

Ce passage contient une série d’évocations visuelles : on commence par l’éclat avec fulgere et on continue avec les trois couleurs en contraste ; la dernière, le vert, a pour fonction de mettre en valeur, par le fort contraste chromatique, la pourpre de la uiola, qui préfigure la destinée de regina « reine » de la petite Séréna.

Parfois les poètes visent à ajouter un effet impressionniste à une indication référentielle. C’est le cas de Columelle en :

  • Col. 10, 101 :
    Tum quae pallet humi, quae frondens purpurat auro.

où l’allitération en p relie et en même temps oppose les deux espèces.

Les poètes aiment profiter des possibilités de la langue pour exprimer les nuances, à tel point que parfois leur recherche impressionniste ne nous permet pas de placer la valeur sémantique de la couleur de la uiola sur un point précis de l’échelle chromatique, par exemple :

  • Claud. Pros. 2, 93 :
    et dulci uiolas ferrugine pingit.

Les termes de couleur employés à propos de la uiola sont : albus « blanc », les lexies constituées à partir de purpura « pourpre »,pallēre « être pâle »,niger « noir, sombre » (et sa variante précieuse fuscus), croceus « jaune safran », luteus « jaune (comme la gaude) », ferrugo « rouille ».

Même si les fleurs auxquelles on se réfère avec le terme uiola ont de couleurs différentes (blanc, violet, pourpre, bleu, jaune, avec toutes leurs nuances), comme le dit Juvenal :

  • Juv. 12, 89-90 :
    hic nostrum placabo Iouem Laribusque paternis
    tura dabo atque omnis uiolae iactabo colores .

Les auteurs latins (et non seulement les auteurs techniques) emploient le mot uiola le plus souvent comme un terme de la couleur violet-bleu, pourpre-bleu :

  • Plin. HN 21, 46 : Tertius est qui proprie conchylii intellegitur, multis modis :unus in heliotropio et in aliquo exilis, plerumque saturatior ;alius in malua ad purpuram inclinans ; alius in uiola serotina conchyliorum uegetissimus.
    « La troisième, qui est la couleur conchylienne proprement dite, présente de nombreuses variétés : l’une est celle de l’héliotrope, parfois claire, mais généralement foncée ; une autre, celle de la mauve, et tire sur la pourpre ; une autre, celle de la violette tardive, et c’est la plus vive des couleurs conchyliennes. »
  • Virg. G. 4, 274-275 :
    aureus ipse, sed in foliis quae plurima circum
    funduntur uiolae sublucet purpura nigrae.
    « La fleur [amellus] elle-même est d’or, mais sur les pétales très nombreux de sa collerette brille la nuance foncée de la violette noire. »
  • Plin. HN 34, 124 : sed ex eo, candidum colorem sentiente uiola, lonchoton appellant.
  • Plin. HN 37, 121 : causam nominis adferunt quod usque ad uini colorem accedens, priusquam eum degustet, in uiolam desinat fulgor.
  • Hor. Ep. 2, 1, 207 :
    lana Tarentino uiolas imitata ueneno.

Parfois on tente de préciser la nuance particulière de violet :

  • Plin. HN 21, 45 : amethystinum, qui a uiola et ipse in purpureum, quemque ianthinum appellauimus.
    « l’améthyste, qui du violet va également jusqu’au pourpre et jusqu’à la couleur que nous avons nommée ianthine. »
  • Plin. HN 37, 93 : optimos uero amethystizontas, hoc est quorum extremus igniculus in amethysti uiolam exeat.

Horace, dans une espèce de paraklaus…quron imaginé dans une venteuse nuit glaciale d’hiver à Rome, qualifie par le mot uiola (au lieu du lexème liuēre « être livide, être pâle ») le cercle bleuâtre autour des yeux des aimants repoussés, au visage pâle :

  • Hor. O. 3, 10, 14 :
    nec tinctus uiola pallor amantium.

Pline, après avoir suggéré la méthode pour vérifier l’authenticité du caeruleum Indicum, explique que, pour l’imiter, on emploie des violettes séchées, c’est-à-dire les pétales à l’exclusion des étamines (cf. Plin. HN 21, 130 : Id, quod purpureum est ex his, comitialibus medetur, cf. plus bas) :

  • Plin. HN 33, 163 : Caerulei sinceri experimentum in carbone ut flagret ;fraus uiola arida decocta in aqua sucoque per linteum expresso in cretam Eretriam.

Toutefois Vitruve, en décrivant l’opération de fabrication de la matière colorante imitant le sil Atticum, l’ocre jaune, se réfère clairement à la giroflée aux fleurs jaunes, même s’il ne qualifie la uiolapar aucune épithète :

  • Vitr. 7, 14, 1 : Itaque tectores, cum uolunt sil Atticum imitari, uiolam aridam coicientes in uas cum aqua, conferuefaciunt ad ignem, deinde, cum est temperatum, coiciunt in linteum, et inde manibus exprimentes recipiunt in mortarium aquam ex uiolis coloratam, et eo cretam infundentes et eam terentes efficiunt silis Attici colorem.

4.2.4.2. Parfum et autres traits

4.2.4.2.1. Parfum

Le parfum est l’une des propriétés les plus importantes et les plus recherchées des uiolae, et c’est là une des raisons pour lesquelles on les plantait autour des ruches, parmi d’autres plantes odoriférantes :

  • Plin. HN 21, 35 : Quorundam odor suauior e longinquo, proprius admotus hebetatur, ut uiolae.

Le parfum en outre sert à classer certains groupes de plantes :

  • Plin. HN 21, 37 : Aquatis odor non omnino sine suco est, ut uiolae, rosae, croco.

Pline remarque aussi l’absence étonnante de parfum du violier et de la rose dans certaines conditions particulières dues à la qualité du terrain ou du climat :

  • Plin. HN 21, 69 : Vita longissima uiolae albae… Rosa…. Diximus et terram referre plurimum. Nam in Aegypto sine odore haec omnia.

Lorsque Pline le Jeune évoque sa uilla Laurentina, il décrit le xistus qui côtoie la galerie vitrée en sélectionant un seul détail : le parfum des uiolae qui embaume l’air. Il met le fait en relief en employant une phrase nominale :

  • Plin. Ep. 2, 17, 17 : Ante cryptoporticum xystus uiolis odoratus.

4.2.4.2.2. L’adjectif « mollis »

Virgile attribue à la violette l’épithète mollis, qui devient topique, au lieu d’une qualification chromatique de la fleur :

  • Virg. B. 5, 38-39 :
    pro molli uiola, pro purpureo narcisso
    carduos et spinis surgit paliurus acutis.
    « au lieu de la tendre violette, au lieu du narcisse pourpré, surgissent le chardon et l’épine aux piquants aigus. »
  • Virg. n. 11, 68-69 :
    qualem uirgineo demessum pollice florem
    seu mollis uiolae seu languentis hyacinthi
    « telle, cueillie par une main virginale, la fleur de la tendre violette ou de la languissante hyacinthe. »
  • Petr. Sat. 131, 8, 7-8 :
    (…) quae circum gramina fusae
    et molles uiolas cantu sua rura colebant.
    « … qui voltigeant parmi le gazon et les tendres violettes, faisaient de leur chant retentir ce domaine. »

4.2.5 Combinaisons avec de la « uiola » d’autres fleurs

Assez souvent les auteurs latins citent la uiola parmi d’autres fleurs ou plantes. Pour des raisons pratiques, les auteurs techniques placent la uiola dans des séries ou des ensembles de fleurs ou de plantes renvoyant à la réalité extralinguistique.

C’est le cas des textes agronomiques, lorsqu’ils présentent des listes de plantes à situer ou à entretenir pour des buts particuliers, par exemple autour des ruches (cf. Col. 9, 5, 5 ; Pall. 1, 37, 2), ou lorsqu’ils dressent une liste de plantes fleurissant dans la même saison (cf. Plin. HN 21, 64-65), ou liées par les ressemblances de la culture (cf. Col. Arb. 1, 2), ou d’autres caractères végétaux (cf. Plin. HN 21, 37).

Il en est de même pour les textes médicaux, où la uiola est mentionnée parmi de longues séries de plantes, ou de parties de plantes d’où l’on tire des produits médicaux (cf. Cels. 5, 4 et 5, 11).

Très souvent également, les auteurs latins placent la uiola dans des ensembles de fleurs pour des raisons purement littéraires. Ainsi Columelle, en suggérant les fleurs à cultiver dans le hortus semi-rustique (Col. 10, 94-105), parle-t-il de différents types de uiolae à semer au printemps dans un tableau étincelant de couleurs précédé par une synthèse métaphorique des uarios… flores, terrestria sidera (v. 95), qui démontre que l’auteur vise moins à donner une liste technique exhaustive qu’à créer un ravissant spectacle de polychromie naturelle.

On trouve parfois aussi la uiola placée à coté d’une autre fleur pour renvoyer au commencement du printemps : le narcissus (Virg. B. 5, 38), le hyacinthus (quel que soit le référent dénoté ; Virg. n. 11, 69).

Les combinaisons littéraires de uiola avec d’autres fleurs tendent souvent à marquer la belle saison en général (Priapea 86, 12). Aussi les combinaisons des fleurs deviennent-elles des topoi et constituent-elles le centre chromatique du locus amoenus. Ce sont alors les rosae, les lilia qui éclosent à côté des uiolae (Petr., Sat. 127, 9 ; Claud. Seren. (c.m. 30) 89-93), ainsi que d’autres fleurs quand on décrit de beaux jardins :

  • Manilius 5, 257-260 :
    pallentis uiola et purpureos hyacinthos
    liliaque et Tyria imitata papauera luces
    uernantisque rosas rubicundo sanguine florem
    conseret et ueris depinget prata figuris.

Il en est de même lorsque le poète décrit un jardin négligé (Ov. F. 5, 315-318) ou, au contraire, quand celui-ci atteint la symbolique de la jeunesse et de la beauté :

  • Ov. A.A. 2, 113-116 : Forma bonum fragile est, quantumque accedit ad annos,
    fit minor et spatio carpitur suo :
    nec uiolae semper nec ianthina lilia florent,
    et riget amissa spina relicta rosa.

Parfois l’on trouve les uiolae cueillies et disposées avec les autres fleurs dans les calathi ou canistra, les corbeilles, portées comme don par des jeunes gens ou des personnages mythologiques (Prop. 3, 13, 25-32) :

  • Virg. B. 2, 45-50:
    Huc ades, o formose puer : tibi lilia plenis
    ecce ferunt Nymphae calathis; tibi candida Nais,
    pallentis uiolas et summa papauera carpens,
    narcissum et florem iungit bene olenti anethi ;
    tum, casia atque aliis intexens suauibus herbis,
    mollia luteola pingit uaccinia calta.
    « Viens ici, ô bel enfant : pour toi, à pleins corbeilles, voici les Nymphes qui t’apportent des lys ; pour toi, la blanche Naïade, cueillant les pâles giroflées et les pavots en tige, assemble le narcisse et la fleur du fenouil odorant ; puis, les entrelaçant au garou et à d’autres plantes suaves, elle marie les tendres vaciets au jaune souci. »
  • Copa3) 13-16 :
    sunt etiam croceo uiolae de flore corollae
    sertaque purpurea lutea mixta rosa
    et quae uirgineo libata Achelois ad amne
    lilia uimineis attulit in calathis.
  • Col. 10, 298-301 :
    Et tu, ne Corydonis opes despernat Alexis,
    formoso Nais puero formosior ipsa
    fer calathis uiolam et nigro permixta ligustro
    balsama cum casia nectens croceosque corymbos.
    « Et toi, pour qu’Alexis ne méprise pas les richesses de Corydon, Naïade plus belle toi-même que ce bel enfant, porte dans tes corbeilles la violette, lie avec le daphné les baumes mélangés au ligustre noir et les grappes du safran. »

Finalement les uiolae, ainsi que d’autres fleurs, deviennent les ornements de la personne, comme les composantes des couronnes qui parent la tête ou comme les corolles mises parmi les cheveux. Le mélange des fleurs vise à créer un décor polychrome pour mettre en évidence la beauté du visage et dans la plupart des cas les poètes choisissent les couleurs contrastantes : ce sont donc la rosa « rose » et le lilium « lys » qui apparaissent les plus souvent à côté de la uiola (Ov. M. 12, 410-411 ; Stat. S. 1, 7, 22-23 ; Claud. Pros. 2, 128-130). Les dieux de la mer mêlent aux uiolae même les algues et les herbes marines :

  • Claud. Nupt. Hon. 10, 155-157 :
    … Cadmeia ludit
    Leucothoe, frenatque rosis delphina Palaemon.
    Alternas uiolis Nereus interserit algas.
    Canitiem Glaucus ligat inmortalibus herbis.
    « Leucothoé la cadméenne s’ébat ; sur son dauphin, Palémon pose un frein de roses. Nérée entremêle et alterne algues et violettes. Et Glaucus noue ses cheveux blancs avec des herbes immortelles. »

Il arrive ainsi que les combinaisons topiques de uiola avec d’autres fleurs apparaissent moins comme un mélange de fleurs que comme un mélange de couleurs pures (Claud. Pros. 2, 92-93, Nupt. Hon. 10, 264-266 ; cf. plus bas).

4.2.6. La « uiola » comme terme de comparaison (avec d’autres fleurs et d’autres réalités)

Quand la uiola est prise comme terme de comparaison, le plus souvent c’est pour mettre en évidence la couleur, qui n’est pas toujours le violet. Elle évoque la pâleur topique des visages des aimants : il s’agit alors de la uiola alba ou de la giroflée à fleurs jaunes :

  • Nemes. Ecl. 2, 41 : pallidior buxo uiolaeque simillimus erro.

Quant aux cheveux, l’admiration des Anciens pour la couleur blonde fait penser que la couleur des cheveux de Marie, l’épouse de Honorius, est bien le blond. C’est pourquoi le poète de cour emploie le mot sans rien y adjoindre, pour évoquer l’éclat de la giroflée à la couleur jaune brillante :

  • Claud. Nupt. Hon. 10, 264-266 :
    Quae proprior sceptris facies ? Quis dignior aula
    uultus erit ? Non labrae rosae, non colla pruinae,
    non crines aequant uiolae, non lumina flammae .
    « Quelle figure approche plus du sceptre ? Quelle face sera plus digne de la cour ? La rose ne vaut pas tes lèvres, ni le givre ton cou, ni la viole tes cheveux, ni la flamme tes yeux. »

Dans le conte de la métamorphose de Clytie en héliotrope, le poète signale la persistance de la couleur violette au centre de la fleur :

  • Ov. M. 4, 268-269 :
    est in parte rubor, uiolaeque simillimus ora
    flos tegit.
    « une autre partie est teinte de rouge : c’est sa tête, qui se cache sous une fleur toute pareille à la violette. »

Parfois la ressemblance à la uiola s’étend à une partie ou à l’ensemble d’une plante ou d’une fleur :

  • Plin. HN 12, 39 : In Tylis autem et alia arbor floret albae uiolae specie, sed magnitudine quadruplici, sine odore, quod miremur in eo tractu.
  • Plin. HN 13, 141 : Folia iis laurea, flos uiolae et odore et colore, bacae ut oleis.
  • Plin. HN 21, 18 : Est et ea quae Graeca appellatur a nostris, a Graecis lychnis, non nisi in umidis locis proueniens nec umquam excedens quina folia uiolaeque magnitudine, odore nullo.
  • Plin. HN 24, 84 Chamaecissus spicata est tritici modo, ramulis quinis fere, foliosa – cum floret, existimari potest alba uiola –, radice tenui.


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1) , 2) , 3) Copa, litt. « La cabaretière », poème de l’Appendix Vergiliana, sous Auguste.