uerbum, -i (n.)

(substantif)



4.1 Description des emplois et de leur évolution : résumé et exemples

A. « Mot »

Σ1 /élément du langage1/ /se caractérisant par un son2/ /porteur de sens3/ /différent du réel4/

  • Pl. Men. 710-711 :
    (…) Etiamne, impudens,
    muttire uerbum unum audes aut mecum loqui ?
    « La matrone : Impudent, tu oses encore souffler mot ou me parler ? »

Au pluriel : S1 : /ensemble d’éléments du langage1/ /se caractérisant par un son2/ /porteurs de sens3/ /différents du réel4/

  • Pl. Trin. 160- 161 :
    Pro di immortales, uerbis paucis quam cito
    alium fecisti me! Alius a<d> te ueneram.
    « Mégaronide : Par les dieux immortels, combien avec si peu de mots, tu m’as changé ! Je suis un autre homme que quand je suis venu te trouver. »
  • Cic. Part. 21 : Suaue autem genus erit dicendi primum elegantia et iucunditate uerborum sonantium et lenium.
    « Un style agréable se caractérisera tout d’abord par l’élégance du discours et l’agrément de mots sonores et doux. »
  • Quint. 11, 3, 176 : Quid quod eadem uerba mutata pronuntiatione indicant adfirmant exprobrant negant mirantur indignantur interrogant inrident eleuant ?
    « Et que penser du fait que les mêmes mots, si l’on change leur prononciation, indiquent, affirment, critiquent, nient, s’étonnent, s’indignent, interrogent, se moquent ou déprécient ? »

Acception de S1 : S’1 (« lettre de la loi ») : /ensemble d’éléments du langage1/ /se caractérisant par un son2/ /porteurs de sens3/ /différents du réel4/ /écrits5/ /trompeurs6/ :

  • Cic. Part. 136 : Deinde erit utendum exemplis in quibus omnis aequitas perturbetur si uerbis legum ac non sententiis pareatur.
    « Ensuite, il faudra utiliser des exemples dans lesquels toute équité serait détruite si on obéissait à la lettre de la loi et non à son esprit. »

Chez Varron : /élément du langage1/ /se caractérisant par un son2/ /porteur de sens3/ /différent du réel4/ /muni de caractéristiques grammaticales5/ :

  • Varr. L. 10, 14 : Prima diuisio in oratione, quod alia uerba nusquam declinantur, ut haec uix mox, alia declinantur, ut ab limo limabo, a fero ferebam, et cum nisi in his uerbis quae declinantur non possit esse analogia, qui dicit simile esse mox et nox errat, quod non est eiusdem generis utrumque uerbum, cum nox succedere debeat sub casuum ratione<m> mox neque debeat neque possit.
    « La première division dans le discours est que certains mots ne sont jamais fléchis, comme uix, mox, tandis que d’autres le sont, comme de limo, limabo, de fero, ferebam, et comme il ne peut pas y avoir d’analogie sinon dans ces mots qui se déclinent, celui qui dit que mox et nox sont semblables se trompe parce que les deux mots ne sont pas du même type, puisque nox doit se soumettre au système des cas, alors que mox ne doit ni ne peut le faire. »

Chez Augustin : acception Σ’1 : /signe linguistique1/ /élémentaire2/ /se caractérisant par un son3/ /porteur de sens4/ /différent du réel5/.

  • Aug. Dial. 5, [7] : Verbum est uniuscuiusque rei signum, quod ab audiente possit intellegi, a loquente prolatum.
    « Un mot est, pour chaque objet, un signe proféré par le locuteur, qui puisse être compris de l’auditeur. »

B. « Phrase », « groupe de mots », « proverbe »

B.1. « Phrase », « groupe de mots »

Σ2 /ensemble clos1/ /d’éléments du langage2/ /se caractérisant par un son3/ /porteurs de sens4/ /différents du réel5/

  • Pl. Trin. 760-761 :
    Gerrae ! ne tu illud uerbum actutum inueneris :
    ‘mihi quidem hercle non est quod dem mutuum’ .
    « Mégaronide : Sottises ! Tu entendras immédiatement cette phrase : ‘Par Hercule, je n’ai pas de quoi te faire un prêt’. »

B.2. « Proverbe »

Σ’2 /ensemble clos1/ /ancien2/ /d’éléments du langage3/ /se caractérisant par un son4/ /porteurs de sens5/ /différents du réel6/ /exprimant une sagesse populaire7/

  • Pl. Mos. 791-793 :
    Heus tu, si uoles uerbum hoc cogitare :
    simul flare sorbereque haud factu facilest.
    Ego hic esse et illic similitu hau potui .
    « Tranion : Ah, si tu voulais méditer ce proverbe: ‘Souffler et avaler à la fois n’est pas facile à faire’. Moi, je ne pouvais pas être en même temps ici et là. »
  • Pl. Mer. 771-772 :
    Nunc ego uerum illud uerbum esse experior uetus,
    aliquid mali esse propter uicinum malum .
    « Lysimaque : Maintenant, je sais que le proverbe est vrai : ‘Mauvais voisin, malheur certain’. »

C. « Verbe » au sens grammatical

Σ3 /élément du langage1/ /se caractérisant par un son2/ /porteur de sens3/ /différent du réel4/ /caractérisé par un temps et une personne5/.

  • Varr. L. 9, 89 : Item faciemus, si eadem uox nomen et uerbum significabit, ut et in casus et in tempora dispariliter declinetur, ut faciamus a Meto quod nomen est Metonis Metonem, quod uerbum est metam metebam.
    « De la même façon si la même séquence vocale renvoie à un nom et à un verbe, nous ferons en sorte qu’il se décline de façon différente pour les cas et pour les temps, de sorte qu’à partir de Meto, qui est un nom, nous faisons Metonis, Metonem, et de meto, qui est un verbe, metam, metebam. »
  • Varr. L. 8, 44 : [Pars] quae habet casus et quae habet <tempora et quae habet> neutrum et in qua est utrumque. Has uocant quidam appellandi, dicendi, adminiculandi, iungendi. Appellandi dicitur ut homo et Nestor, dicendi ut scribo et lego, iungendi ut <scribens et legens>, adminiculandi ut docte et commode.
    « La catégorie qui comporte des cas, celle qui comporte des temps, celle qui ne comporte ni l’un ni l’autre, celle dans laquelle on rencontre les deux à la fois. Certains les appellent catégorie de la dénomination, de l’énonciation, de l’adjonction et de l’association. À titre d’exemple de la catégorie de la dénomination, on cite homo (‘homme’), Nestor ; de l’énonciation scribo (‘j’écris’), lego (‘je lis’) ; de l’association scribens (‘écrivant’) et legens (‘lisant’) ; de l’adjonction, docte (‘savamment’), commode (‘convenablement’). »

D. « Verbe divin », « verbe mental », « parole divine », « chose »

Sens proprement chrétiens, indépendants des sens précédents.

D.1. « Verbe »

  • Aug. Dial. 6, 9 : Ergo ad te iam pertinet iudicare, utrum uerbum a uerberando an a uero solo an a uerum boando dictum putemus, an potius unde sit dictum non curemus, cum quid significet intellegamus.
    « Donc, il te revient de juger si nous devons considérer que uerbum (‘mot’) vient de uerberare (‘frapper’) ou de uerum (‘vrai’) uniquement, ou de uerum boare (‘clamer le vrai’), ou si plutôt nous ne nous soucions pas de savoir d’où le terme provient pourvu que nous comprenions ce qu’il signifie. »
  • Aug. Trin. 13, 19, 24 : Et cum lego ‘Verbum caro factum est et habitauit in nobis’, in Verbo intellego uerum Dei Filium.
    « Et quand je lis : ‘le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous’, dans ‘Verbe’, je comprends ‘le vrai Fils de Dieu’. »

D.2. « Verbe mental »

  • Aug. Trin. 9, 10, 15 : Verbum est igitur quod nunc discernere et insinuare uolumus, cum amore notitia. Cum itaque se mens nouit et amat, iungitur ei amore uerbum eius. Et quoniam amat notitiam et nouit amorem, et uerbum in amore est et amor in uerbo et utrumque in amante atque dicente.
    « Donc le verbe que nous voulons maintenant discerner et suggérer, c’est la connaissance avec l’amour. C’est pourquoi, quand l’âme se connaît et s’aime, son verbe lui est uni par l’amour. Et puisqu’elle aime sa connaissance et connaît son amour, le verbe est dans l’amour et l’amour dans le verbe et l’un et l’autre dans l’âme qui aime et qui dit [le verbe]. »

D.3. « Parole »

  • Aug. Trin. 15, 28, 51 : Sed utinam praedicando uerbum tuum et laudando te tantummodo loquerer.
    « Mais puissé-je seulement parler en prêchant ta parole et en te louant ! »
  • Aug. Trin. 1, 10, 21, à propos du Christ : ‘Nuntiabo’, quippe ait, quia Verbum eius est.
    « ‘Je parlerai’, dit-il, parce qu’il est la Parole de celui-ci [c’est-à-dire du Père]. »

D.4. « Chose »

  • Aug. Trin. 3, 11, 25 (l’auteur cite Gen. 22, 15-16) : ‘Et uocauit’, inquit, ‘angelus Domini Abraham iterum de caelo dicens: per me iuraui, dicit dominus, propter quod fecisti hoc uerbum et non pepercisti filio tuo dilecto propter me’, et cetera.
    « L’Ange du Seigneur du haut du ciel appela de nouveau Abraham et lui dit : ‘je l’ai juré par moi-même, dit le Seigneur, parce que tu as fait cette chose et que tu ne m’as pas refusé ton fils unique, etc.’ »

E. Expressions lexicalisées

- uerba dare alicui (« tromper »)
- conceptis uerbis (« en termes solennels »)
- uerbi causa/gratia (« par exemple »)
- uerbis meis (tuis, suis…) (« de ma/ ta/ sa part »).

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