uerbum, -i (n.)

(substantif)



1. Graphie, phonétique, phonologie

La réalisation phonétique du lexème à l’époque archaïque et classique était probablement [ˈwer.bum], dissyllabe accentué sur la première syllabe, qui est longue (comme une syllabe fermée contenant une voyelle brève).

En latin classique, [w] est considéré comme la forme consonantique du phonème /u/, dont la forme vocalique est le [u] bref (il s’agit de deux réalisations du même phonème dans la mesure où leurs apparitions sont en distribution complémentaire) ; /b/ est l’occlusive bilabiale sonore, prononcée [b] en latin classique.

Mais [w] et [b] ont connu, dès le latin postclassique, des évolutions phonétiques qui les ont rapprochés et même souvent confondus dans la prononciation. En effet, ils aboutirent (avec une chronologie variable selon la position dans le mot et selon les mots) à la même prononciation [β], spirante sonore bilabiale (processus de spirantisation). Un indice nous en est donné par les flottements graphiques entre <b> et <u> aussi bien en position initiale de mot qu’en position intérieure1).

Les deux passèrent ensuite (dans la plupart de leurs occurrences) à une prononciation en [v], spirante sonore labio-dentale comme dans fr. vivre (processus de fricatisation). Le phénomène s’observe dans le fr. verveine [vɛr.vɛn], issu de lat. uerbḗna [wer.ˈbe:.na], qui donna ensuite en latin tardif probablement [βɛr.βé.na] (avec [e] fermé noté e dans la 2èmesyllabe et peut-être déjà [ɛ] ouvert noté e dans la 1ère syllabe).

Pour revenir au terme lat. uerbum, puisqu’on considère le substantif féminin fr. verve [vɛr.və] ainsi que d’autres termes romans (cf. § 7.1 ) comme ses descendants, on peut supposer l’existence en latin tardif d’une prononciation [ˈβɛr.βa] (ce qui aurait pu entraîner des variantes graphiques telles que <berba > (attestée dans une inscription2)) <*uerua > <*berua > à côté de <uerba>) ; ce uerba latin est une forme de neutre pluriel réinterprétée comme un féminin singulier de la première déclinaison (voir TLFi ainsi que l’article verve du DHLF).

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1) À ce sujet, voir par exemple l’Appendix Probi 198 : tolerabilis non tolerauilis « [il faut écrire] tolerabilis et non tolerauilis ».
2) Momms. n. 89 : Cum cibes (sic) frequentes coloniae Paestanorum coëgissent berba fecerunt.