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dictionnaire:trilinguis4detaille [2012/11/21 17:22]
garrido
dictionnaire:trilinguis4detaille [2012/11/22 11:35] (Version actuelle)
garrido
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-Hor. //O//. 3, 11, 17-20 :+  *Hor. //O//. 3, 11, 17-20 :\\ […] //Cerberus, quamuis furiale centum //\\ //muniant angues caput eius atque  //\\ //spiritus taeter saniesque manet  //\\ **//ore trilingui // ** //. //\\ « […] Cerbère, bien que sa tête, comme celle des Furies, s’arme de cent serpents et qu’une haleine infecte et une bave empoisonnée s’épanchent **de sa gueule à trois langues**. » (traduction F. Villeneuve, revue par J. Hellegouarc’h, 1991 (1929<sup>1</sup>), CUF)
  
  
-[…] //Cerberusquamuis furiale centum // +L’emploi horatien de //trilinguis// est métonymique : les trois langues auxquelles l’adjectif fait référence servent à évoquer les trois têtes de Cerbèreavec trois gueules distinctes – et non une gueule unique qui serait pourvue de trois langues, comme le suggèrerait une lecture littérale du syntagme //trilingui ore//. Ainsi, dans ces contextes, //trilinguis// équivaut à d’autres adjectifs formés par le même procédé de composition et servant à décrire le gardien des Enfers, à savoir //tri-ceps// « qui possède trois têtes », chez Cicéron, et //tri-faucis// chez Virgile (cf. [[:dictionnaire:trilinguis5#5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes|§ 5.4]] ).
  
  
-//muniant angues caput eius atque  // +Malgré la similarité des deux occurrences horatiennes de //trilinguis//, il convient de souligner une différence entre elles : la position syntaxique de l’adjectif, qui est tantôt antéposé, tantôt postposé au nom (//trilingui ore ~ ore trilingui//). Cet ordre différent implique deux fonctions pragmatiques différentes et peut être relié à deux aspects différents du chien monstrueux mis en relief par Horace dans chacun des passages.
  
  
-//spiritus taeter saniesque manet  //  +L’adjectif antéposé (//trilingui ore //:Hor. //O//. 2, 19, 29), qui correspond à l’ordre ‘non marqué’, prend place à l’intérieur de la description du comportement d’un chien presque ‘normal’, qui remue la queue et lèche les pieds et les jambes de son patron, alors que l’adjectif postposé (//ore trilingui //: Hor. //O//. 3, 11, 13), plus inhabituel, s’inscrit au sein d’une description de l’aspect monstrueux et furieux des trois têtes couronnées de serpents, d’où émane une haleine épouvantable.
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-**//ore trilingui // ** //. //  +
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-« […] Cerbère, bien que sa tête, comme celle des Furies, s’arme de cent serpents et qu’une haleine infecte et une bave empoisonnée s’épanchent **de sa gueule à trois langues**. » (traduction F. Villeneuve, revue par J. Hellegouarc’h, 1991 (1929<sup>1</sup>), CUF) +
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-L’emploi horatien de //trilinguis// est métonymique : les trois langues auxquelles l’adjectif fait référence servent à évoquer les trois têtes de Cerbère, avec trois gueules distinctes – et non une gueule unique qui serait pourvue de trois langues, comme le suggèrerait une lecture littérale du syntagme //trilingui ore//. Ainsi, dans ces contextes, //trilinguis// équivaut à d’autres adjectifs formés par le même procédé de composition et servant à décrire le gardien des Enfers, à savoir //tri-ceps// « qui possède trois têtes », chez Cicéron, et //tri-faucis// chez Virgile (cf. [[:dictionnaire:5.4|§ 5.4]] ). +
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-Malgré la similarité des deux occurrences horatiennes de //trilinguis//, il convient de souligner une différence entre elles : la position syntaxique de l’adjectif, qui est tantôt antéposé, tantôt postposé au nom (//trilingui ore ~ ore trilingui//). Cet ordre différent implique deux fonctions pragmatiques différentes et peut être relié à +
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-deux aspects différents du chien monstrueux mis en relief par Horace dans chacun des passages. +
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-Hor. //O//. 2, 19, 29 +
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-lèche les pieds et les jambes de son patron, alors que l’adjectif postposé (//ore trilingui //: +
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-Hor. //O//. 3, 11, 13), plus inhabituel, +
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-Val.-Flac. 7, 183-185 :+  *Val.-Flac. 7, 183-185 :\\ […] //Quin audeat opto ://\\ //continuo transibit amor **cantu**que  **trilingui** //\\ //ipsam flammiferos cogam compescere tauros  // […]\\ « Au contraire, je [Vénus] souhaite qu’elle [Hécate] ose : à l’instant même l’amour lui sera transmis et je la forcerai à mettre au calme elle-même, **avec son triple chant**, les taureaux qui jettent des flammes […]. » (traduction G. Liberman, 2002, CUF)
  
  
-[…] //Quin audeat opto :// +L’adjectif qualifie //cantus// (//cantu trilingui//), qui désigne un chant ou un hymne d’envoûtement par lequel la déesse Hécate devra susciter l’amour de Medée envers Jason. Le syntagme //cantus trilinguis// permet d’évoquer les trois aspects sous lesquels la déesse Hécate apparaît elle est en effet appelée aussi du nom de la Lune et de celui de Diane ou d’Artémis (cf. //tria Virginis ora Dianae// chez Virgile, //En//. 4, 511 et Ovide, //F//. 1, 141). L’adjectif //trilinguis// concurrence alors //triformis//, qualificatif le plus souvent appliqué à Hécate chez Horace (par ex. //diua triformis//: //O//. 3, 22, 4), Ovide (//M//. 7, 94), Sénèque (//Méd//. 7) ou encore Silius Italicus (1, 119). Inversement, c’est //triformis// que l’on trouve chez Sénèque et chez Stace pour qualifier Cerbère, là où l’on trouvait //trilinguis // chez Horace (//triformis canis//: Sén. //Her. O//. 1202 ; Stat. //Theb//. 2, 53).
  
  
-//continuo transibit amor **cantu**que  **trilingui** // +Dans la langue poétique de l’époque augustéenne à l’époque flavienne, les adjectifs //trilinguis// et //triformis// sont donc en concurrence entre eux : ils caractérisent, d’une part, la figure du chien Cerbère, seule figure connue à être pourvue de trois langues, auquel l’adjectif //trilinguis// s’applique au sens littéral, et, d’autre part, la figure de la déesse Hécate ; dans ce cas, l’adjectif s’éloigne de son sens littéral et se réfère aux trois aspects ou formes différent(e)s que prend la déesse.
  
  
-//ipsam flammiferos cogam compescere tauros  // […] 
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-« Au contraire, je [Vénus] souhaite qu’elle [Hécate] ose : à l’instant même l’amour lui sera transmis et je la forcerai à mettre au calme elle-même, **avec son triple chant**, les taureaux qui jettent des flammes […]. » (traduction G. Liberman, 2002, CUF) 
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-L’adjectif qualifie //cantus// (//cantu trilingui//), qui désigne un chant ou un hymne d’envoûtement par lequel la déesse Hécate devra susciter l’amour de Medée envers Jason. Le syntagme //cantus trilinguis// permet d’évoquer les trois aspects sous lesquels la déesse Hécate apparaît : elle est en effet appelée aussi du nom de la Lune et de celui de Diane ou d’Artémis (cf. //tria Virginis ora Dianae// chez Virgile, //En//. 4, 511 et Ovide, //F//. 1, 141). L’adjectif //trilinguis//  
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-concurrence alors //triformis//, qualificatif le plus souvent appliqué à Hécate chez Horace (par ex. //diua triformis//: //O//. 3, 22, 4), Ovide (//M//. 7, 94), Sénèque (//Méd//. 7) ou encore Silius Italicus (1, 119). Inversement, c’est //triformis// que l’on trouve chez Sénèque et chez Stace pour qualifier Cerbère, là où l’on trouvait //trilinguis // chez Horace (//triformis canis//: Sén. //Her. O//. 1202 ; Stat. //Theb//. 2, 53). 
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-Dans la langue poétique de l’époque augustéenne à l’époque flavienne, les adjectifs //trilinguis// et //triformis// sont donc en concurrence entre eux : ils caractérisent, d’une part, la figure du chien Cerbère, seule figure connue à être pourvue de trois langues, auquel l’adjectif //trilinguis// s’applique au sens littéral, et, d’autre part, la figure de la déesse Hécate ; dans ce cas, l’adjectif s’éloigne de son sens littéral et se réfère aux trois aspects ou formes différent(e)s que prend la déesse. 
 ===== B. Qui parle trois langues ===== ===== B. Qui parle trois langues =====
  
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-//Supp. adn. super Lucanum // III, 339 : //Hos // [les habitants de Massalia] //Varro **trilingues** esse ait, eo quod et Graece loquuntur et Latine et Gallice.// +  *//Supp. adn. super Lucanum // III, 339 : //Hos // [les habitants de Massalia] //Varro **trilingues** esse ait, eo quod et Graece loquuntur et Latine et Gallice.//\\ « Varron dit que ceux-ci [les habitants de Massalia] sont **trilingues**, parce qu’ils parlent à la fois grec, latin et gaulois. »
  
  
-« Varron dit que ceux-ci [les habitants de Massalia] sont **trilingues**, parce qu’ils parlent à la fois grec, latin et gaulois. »+  *Hier. //Ad Gal//. 2, col. 379, l. 29 : //Massiliam Phocaei condiderunt : quos ait Varro  **trilingues** esse, quod et graece loquantur, et latine, et gallice//.\\ « Les Phocéens ont fondé Massilia, eux dont Varron dit qu’ils sont **trilingues** au motif qu’ils parlent à la fois grec, latin et gaulois. »
  
  
-Hier. //Ad Gal//. 2col. 379l. 29 : //Massiliam Phocaei condiderunt : quos ait Varro  **trilingues** esse, quod et graece loquanturet latine, et gallice//.+  *Isid. //Orig//. 15163  //Hos  Varro **trilingues** esse ait, quod et Graece loquantur et Latine et Gallice. //\\ « Ceux-ci, Varron dit qu’ils sont **trilingues**, au motif qu’ils parlent à la fois grec, latin et gaulois»
  
  
-« Les Phocéens ont fondé Massilia, eux dont Varron dit qu’ils sont **trilingues** au motif qu’ils parlent à la fois greclatin et gaulois. »+Apulée attribue la même capacité de parler trois langues aux Siculesmais sans préciser de quelles langues il s’agit:
  
- +  *Apul. //M.// 11, 5, 2 : //Inde primigenii Phryrges Pessinuntiam deum matrem//, […] //Cretes sagittiferi Dictynnam Dianam, Siculi **trilingues ** Stygiam Proserpinam, Eleusinii uetusti Actaeam Cererem, Iunonem alii, Bellonam alii, Hecatam isti, Rhamnusiam illi // […]me […] //appellant // […].\\ «  Les Phrygiens, premiers-nés des hommes, m’appellent mère des dieux, déesse de Pessinonte ; […] les Crétois porteurs de flèches, Diane Dictynne ; les Siciliens **trilingues**, Proserpine Stygienne ; les habitants de l’antique Eleusis, Cérès Actéenne ; les uns Junon, les autres Bellone, ceux-ci Hécate, ceux-là Rhamnusie. » (traduction P. Vallette, 1945, CUF)
-Isid. //Orig//. 15, 1, 63 :  //Hos  Varro **trilingues** esse ait, quod et Graece loquantur et Latine et Gallice. //  +
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-« Ceux-ci, Varron dit qu’ils sont **trilingues**, au motif qu’ils parlent à la fois grec, latin et gaulois. » +
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-Apulée attribue la même capacité de parler trois langues aux Sicules, mais sans préciser de quelles langues il s’agit +
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-Apul. //M.// 11, 5, 2 : //Inde primigenii Phryrges Pessinuntiam deum matrem//, […] //Cretes sagittiferi Dictynnam Dianam, Siculi **trilingues ** Stygiam Proserpinam, Eleusinii uetusti Actaeam Cererem, Iunonem alii, Bellonam alii, Hecatam isti, Rhamnusiam illi // […]me […] //appellant // […]. +
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-«  Les Phrygiens, premiers-nés des hommes, m’appellent mère des dieux, déesse de Pessinonte ; […] les Crétois porteurs de flèches, Diane Dictynne ; les Siciliens **trilingues**, Proserpine Stygienne ; les habitants de l’antique Eleusis, Cérès Actéenne ; les uns Junon, les autres Bellone, ceux-ci Hécate, ceux-là Rhamnusie. » (traduction P. Vallette, 1945, CUF)+
  
  
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-Il semble que, à l’époque d’Apulée, les langues indigènes et la langue punique n’étaient plus parlées en Sicile. Il faut donc supposer qu’Apulée a trouvé cette information sur la présence de trois langues dans l’île méditerranéenne chez des auteurs plus anciens. D’autre part, Apulée, dans le texte concerné, ne montre aucun intérêt pour la situation linguistique de l’île ; dans son texte, l’adjectif //trilinguis// apparaît comme une sorte d’épithète formulaire, parallèlement à //Cretes sagittiferi// qui précède. On peut donc légitimement se demander quel statut a l’emploi de //trilinguis// ici, +Il semble que, à l’époque d’Apulée, les langues indigènes et la langue punique n’étaient plus parlées en Sicile. Il faut donc supposer qu’Apulée a trouvé cette information sur la présence de trois langues dans l’île méditerranéenne chez des auteurs plus anciens. D’autre part, Apulée, dans le texte concerné, ne montre aucun intérêt pour la situation linguistique de l’île ; dans son texte, l’adjectif //trilinguis// apparaît comme une sorte d’épithète formulaire, parallèlement à //Cretes sagittiferi// qui précède. On peut donc légitimement se demander quel statut a l’emploi de //trilinguis// ici, par rapport aux sources d’information d’Apulée. Deux solutions sont possibles : a) le syntagme //Siculi trilingues// était courant ou formulaire, et Apulée ne fait que le reprendre ; b) Apulée a transféré une information plus générique selon laquelle les Sicules étaient capables de parler trois langues en la traduisant par l’adjectif //trilinguis//.
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-par rapport aux sources d’information d’Apulée. Deux solutions sont possibles : a) le syntagme //Siculi trilingues// était courant ou formulaire, et Apulée ne fait que le reprendre ; b) Apulée a transféré une information plus générique selon laquelle les Sicules étaient capables de parler trois langues en la traduisant par l’adjectif //trilinguis//.+
  
  
-Par ailleurs, on sait que //trilinguis// était déjà employé chez Varron avec le sens de « capable de parler trois langues », à propos d’une autre communauté et d’autres langues. Il est donc possible que //Siculi trilingues// ait été employé par Varron ou par d’autres, desquels Apulée pourrait avoir tiré le syntagme. De cette manière, le syntagme//Siculi trilingues// serait parallèle au syntagme nominal //Bruttaces bilingues// attribué à Ennius et Lucilius (cf. [[:dictionnaire:bilinguis|//bilinguis//]] ). Mais, alors que //bilinguis//, plus commun, fit l’objet de gloses, ce ne fut jamais le cas pour //trilinguis//, bien qu’il soit attesté chez des poètes anciens. \\  \\  [[:dictionnaire:trilinguis3|Page précédente]] ou [[:dictionnaire:trilinguis|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:trilinguis5|Page suivante]]+Par ailleurs, on sait que //trilinguis// était déjà employé chez Varron avec le sens de « capable de parler trois langues », à propos d’une autre communauté et d’autres langues. Il est donc possible que //Siculi trilingues// ait été employé par Varron ou par d’autres, desquels Apulée pourrait avoir tiré le syntagme. De cette manière, le syntagme//Siculi trilingues// serait parallèle au syntagme nominal //Bruttaces bilingues// attribué à Ennius et Lucilius (cf. //[[:dictionnaire:bilinguis|bilinguis]]// ). Mais, alors que //bilinguis//, plus commun, fit l’objet de gloses, ce ne fut jamais le cas pour //trilinguis//, bien qu’il soit attesté chez des poètes anciens. \\  \\  [[:dictionnaire:trilinguis3|Page précédente]] ou [[:dictionnaire:trilinguis|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:trilinguis5|Page suivante]]