trilinguis, e

(adjectif)


3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

Le mot n’est pas attesté dans les inscriptions : il ne connait que des attestations littéraires.

3.0.1. Première occurrence dans les textes

Selon la tradition indirecte, l’adjectif apparaît pour la première fois chez Varron, dans un fragment issu d’un ouvrage inconnu transmis par les Scholia ad Lucanum, Jérôme et Isidore de Séville (cf. § 4.2 ), avec le sens de « trilingue, qui parle trois langues » :

Supp. adn. super Lucanum III, 339 : Hos [les habitants de Massalia] Varro trilingues esse ait, eo quod et Graece loquuntur et Latine et Gallice.

« Varron dit que ceux-ci [les habitants de Massalia] sont trilingues, parce qu’ils parlent à la fois grec, latin et gaulois. »

Mais les premières attestations de trilinguis selon la tradition directe se situent chez Horace, qui l’emploie deux fois dans le même syntagme nominal se référant à Cerbère, au sens de « qui possède trois langues » :

  • Hor. O. 2, 19, 29-32 :
    Te uidit insons Cerberus aureo
    cornu decorum leniter atterens
    caudam et recedentis trilingui
    ore pedes tetigitque crura.
    « Il t’a vu sans te nuire, Cerbère, avec ta belle corne d’or, il a frotté doucement sa queue contre toi et, à ton départ, léché, des langues de sa triple gueule, tes pieds et tes jambes. » (traduction F. Villeneuve, revue par J. Hellegouarc’h, 1991 (19291), CUF)

Hor. O. 3, 11, 17-20 :

[…] Cerberus, quamuis furiale centum

muniant angues caput eius atque

spiritus taeter saniesque manet

ore trilingui .

« […] Cerbère, bien que sa tête, comme celle des Furies, s’arme de cent serpents et qu’une haleine infecte et une bave empoisonnée s’épanchent de sa gueule à trois langues. » (traduction F. Villeneuve, revue par J. Hellegouarc’h, 1991 (19291), CUF)

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

Le mot est rare. Au total, on relève moins d’une vingtaine d’attestations dans toute la latinité (source CLCLT 6) et seulement cinq chez les auteurs « littéraires » de la période classique (cf. § 3.4 ).

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

Parmi les quatre occurrences de trilinguis chez les auteurs latins de la période classique (hormis celle qui se trouve dans le fragment de Varron), trois se trouvent à l’ablatif singulier et une au nominatif pluriel.

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Période Nombre d’occurrences
IIIe-IIes. av. J.-C. 0
Iers. av. J.-C. 2
Iers. ap. J.-C. 1
IIes. ap. J.-C. 1
IIIes. ap. J.-C. 1
IVes. ap. J.-C. 1
Ves. ap. J.-C. 9

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Le faible nombre d’attestations de l’adjectif ne permet pas d’apprécier les éventuelles variations de sa position dans le diasystème latin. Il s’agit d’une formation relevant d’un haut niveau de langue, parallèle à l’adjectif //bilinguis// et vraisemblablement née au sein de la langue poétique, comme le montre sa présence chez les poètes Horace et Valerius Flaccus. Il faut attendre Apulée pour le voir apparaître en prose.

Cependant, il connaît deux valeurs fondamentales nettement différentes selon qu’il est employé en prose ou en poésie : l’adjectif se présente, en poésie, avec la valeur « qui est pourvu de trois langues » ou « qui présente trois formes ou aspects » et, en prose, avec la valeur « qui parle trois langues ».

L’adjectif

ne semble appartenir à aucun vocabulaire spécialisé ou technique.

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

On relève quatre occurrences de trilinguis (selon la tradition directe) aux périodes classique et post-classique chez les auteurs suivants :

Horace (2 fois), Valerius Flaccus et Apulée (1 fois chacun) ; à ces quatre occurrences il faut ajouter celle qui est contenue dans le fragment de Varron.

L’adjectif est ensuite attesté chez les commentateurs d’Horace (4 occurrences réparties entre le IIIeet le Ve, voire plus tard).

On le trouve enfin chez les auteurs chrétiens du IVeet du Ve siècle : Augustin (2 fois), Jérôme (3 fois dont une fois dans le fragment de Varron) et Prudence (2 fois).



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