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dictionnaire:sus4.2 [2015/03/20 12:09] (Version actuelle)
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 +<html><p class="lestitres"> sūs, suis  « cochon, porc »  (m.) </p></html> <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>
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 +====== 4.2. Exposé détaillé ======
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 +L’évolution des significations de //sus// allant A.1. à A.3. est parallèle à celle de //[[porcus]]// et d’//[[aper]]//, qui sont employés sans distinction pour le sexe de l’animal. La signification A.3. relève d’un procédé métonymique commun à //porcus// et à d’autres noms d’animaux. 
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 +Cependant, à la différence de //porcus,// qui a connu (à côté de son emploi épicène ou accompagné de la spécification //porcus femina//) le féminin //porca, sus// est employé pour désigner aussi bien le mâle que la femelle, comme le montre ce passage de Cicéron : //De diu.// 1, 31 : //una ex iis amissa sue inuenta.//
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 +Comme// porcus, sus// sert aussi à la dénomination d’un poisson, mais, à la différence de //porcus//, il est très peu attesté dans cette fonction (mentionné uniquement par Ovide //Hal//. 132 pour un poisson de la mer Noire). Une telle rareté distingue //sus// de son correspondant grec ὗς « porc », qui, lui, donne lieu à plusieurs ichtyonymes. 
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 +Le mot //sus//, hérité de l’indo-européen, est en relation à la fois diachronique et synchronique avec les autres mots désignant les suidés, également hérités, comme //porcus// et //aper//. 
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 +Il existe une différence profonde entre le monde italique et le monde grec dans la représentation du porc domestique et du sanglier. Chez les Grecs, il y a une distinction très nette entre la figure du sanglier et celle du porc, distinction qui se retrouve aussi sur le plan de la terminologie. En grec, contrairement à ce qui se passe en latin, on ne constate aucun flottement entre le mot qui désigne le sanglier et celui qui désigne le porc domestique en contexte culinaire. Le témoignage des langues sabelliques vient étayer cette idée. Pour désigner les femelles, le grec recourt à des mots distincts κάπραινα « laie » dérivé de κάπρoς « sanglier » et ὕαινα « truie » dérivé de ὗς « porc, cochon », alors qu’en latin, //scrofa// peut désigner les deux. En outre, les sens figurés qui sont pris en grec par κάπραινα ne coïncident pas avec ceux de ὕαινα. À la différence de ce qui s’observe dans les contextes italiques et romains, la frontière entre le rôle du sanglier et celui du porc domestique est claire chez les Grecs.
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 +Dans le lexique latin, //sus// s’insère dans une riche série de mots que l’on peut classer selon les phases de la vie et les fonctions de l’animal. Dans cette série, //sus// apparaît comme le terme générique :
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 +   * terme générique : //sus//
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 +   * animal sauvage : //[[aper]]//
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 +   * animaux domestiques :
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 +   * mâle : //[[porcus]] ~ uerres// « verrat » (mâle reproducteur) ; //maialis// mâle castré 
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 +   * femelle : //porca ~ porcetra// « laie » (indépendamment de la reproduction) ; //scrofa// « truie » (plusieurs portées)
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 +   * petit de l’animal, goret, porcelet : //porcus lactens// (terme générique) ; animal de 10 jours : //sacris// ; animal sevré : //delic(ul)us//
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 +Les attestations de l’osque et de l’ombrien, quoique fragmentaires, suffisent à nous montrer une variété tout à fait comparable avec celle qui est offerte par le latin. En outre, elles témoignent de la coexistence des mots correspondant à //sus//, à //[[porcus]]// et à //[[aper]]//, qui sont attestés séparément les uns des autres dans les autres langues indo-européennes1. Autrement dit, parmi les langues indo-européennes, c’est uniquement la branche de l’indo-européen d’Italie, représentée par le latin et par les langues sabelliques, qui utilise conjointement les trois termes //sus//, //[[porcus]]// et //[[aper]]// pour désigner les suidés, ce qui est résumé dans le schéma suivant :
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 +   * terme générique : ombr. //sus (> sim, sif)//
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 +   * mâle : ombr. //apruf, abrunu < *apro¯ n// (lat.// aper//)
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 +   * femelle : ombr. //purka//
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 +   * goret : osque //sakri// « de dix jours »
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 +En particulier, le texte ombrien des //Tables Eugubines// reconnaît au terme //sus// un sens général du fait qu’il est accompagné, d’une part, de l’adjectif //gomia-// qui désigne la femelle gravide et, de l’autre, de l’adjectif// feliuf //qui indique les petits en allaitement. Le mot latin qui lui correspond, //sus//, est également employé dans ce sens général et fait référence indifféremment aux mâles et aux femelles, comme le montre le passage suivant de Cicéron :  
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 +    * //De diu//. 1,31 : \\ //qui cum propter paupertatem sues pasceret, una ex iis amissa… sue inuenta.//
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 +Le texte ombrien des //Tables Eugubines// présente aussi le terme omb. //apruf, abrunu < *aprōn// pour dénoter le mâle et omb. //purka// avec la signification de « jeune femelle » (Kircher-Durand, 1992). Enfin, c’est grâce au témoignage de l’osque que l’on peut saisir l’existence du terme //sakri-//, identique au latin //sacris//, avec le sens de «goret destiné à l’offrande sacrificielle ».
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 +Dans une perspective indo-européenne, seuls le latin et les langues sabelliques (notamment l’ombrien) ont gardé les deux termes //sus// et //[[porcus]]//, qui apparaissent séparément dans d’autres langues. Les correspondants de //porcus// se retrouvent dans les langues occidentales, les correspondants de //sus// dans les langues orientales, à commencer par le grec. 
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 +À ce sujet, il convient de rappeler un article d’É. Benveniste (1949), reproduit dans son //Vocabulaire des institutions indo-européennes//, où le savant cherchait à remettre en cause l’opinion selon laquelle //sus// désignerait le « porc sauvage » et //porcus// le « porc domestique ». Cette opinion a contribué à enraciner l’idée que, à la suite de la domestication du cochon, les peuples les plus anciens de l’Europe occidentale auraient pratiqué l’agriculture, et qu’en revanche, les peuples de l’Orient, qui ne connaissaient que le porc sauvage, auraient été des nomades. É. Benveniste, constatant que la distinction terminologique entre l’animal adulte et l’animal encore jeune était couramment répandue (voir, par exemple, en français, la distinction entre fr. //cochon et goret//), parvint à la conclusion que //sus// représenterait l’animal adulte alors que //porcus// serait le nom de l’animal nouveau-né. Cette perspective lui permettait de faire remonter à l’époque indo-européenne une distinction terminologique que seul le latin a conservée à l’époque historique. C’est à la lumière de cette idée qu’il a ensuite interprété certains textes et classé les faits lexicaux.
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 +Toutefois, on peut douter de ce que lat. //porculator// et //subulcus//, deux noms du porcher attestés en latin, signifient l’un (//porculator//) « celui qui s’occupe des jeunes porcs », l’autre (//subulcus//) « celui qui s’occupe des porcs adultes ». Une telle spécialisation ne semble pas nécessaire, dans la mesure où les gorets ne demandent pas de soins plus particuliers que les petits des autres animaux d’élevage (agneaux, veaux, etc.), dont le gardien ne porte pas de dénomination connue. En outre, É. Benveniste ne tient pas compte de la rareté de la formation de //porculator//, dont la création semble plus récente que //subulcus//.
 +En fait, É. Benveniste avait raison lorsqu’il refusait de considérer que //sus// avait pour sens originel celui d’« animal sauvage », mais il avait tort de ne voir dans le //porcus// que l’animal jeune. L’analyse des textes montre que la distribution de //sus// et de //porcus// s’explique par d’autres raisons et obéit, le plus souvent, à des exigences stylistiques liées au contexte. Un exemple nous est fourni par le passage du //De agricultura// de Caton (Cat. //Agr//. ;141), où – comme É. Benveniste l’avait déjà souligné – à l’expression //suouetaurilia// (dans la prière à //Mars Pater//, qui reproduit une formule ancienne et figée), fait pendant le terme //porcus// utilisé dans la langue quotidienne. C’est ainsi que l’on trouve //porcus// dans les préceptes adressés au fermier (//ubi porcum immolabis//) et lorsque Caton se réfère à l’animal en tant qu’objet concret (//quod tibi illoc porco neque satisfactum est, te hoc porco piaculo//).
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 +En général, //sus//, à la différence de //porcus//, qui désigne de façon concrète l’animal, exprime l’appartenance zoologique, c’est-à-dire le genre porcin ou suidé. C’est ainsi que l’on trouve //sus// aussi dans le sens métaphorique d’« ignorant », « idiot » dans les proverbes qui se chargent d’un sens plus général (par exemple, //sus Mineruam docet// « c’est un pourceau qui en remontre à Minerve » ; cf. [[:dictionnaire:sus3| §3.2.]]). 
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 +En revanche, //porcus// est employé par Horace lorsque celui-ci se présente lui-même comme un adepte de la doctrine épicurienne (//Epicuri de grege porcum//) : //porcus// y apparaît comme un terme de la langue commune qui fait référence à l’animal d’élevage. En outre, c’est //porcus// (et non pas //sus//) qui, dans la langue des nourrices, sert à désigner métaphoriquement l’organe sexuel féminin et en particulier celui des jeunes filles. Varron met cet usage en relation avec les rites du mariage, du fait que le porc est consacré à la déesse Cérès : 
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 +    * Varr. R. 2, 4, 10 : \\ //nostrae mulieres, maxime nutrices naturam qua feminae sunt in uirginibus appellant porcum et Graecae porcum.// 
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 +Ce même procédé métaphorique se retrouve dans le monde hellénique, où le cochon est une victime attitrée de la déesse Déméter. Mais, dans ce sens, le grec recourt au terme ὕσσαξ dérivé de ὗς et même à χοῖρος. Ce dernier terme, d’après le témoignage de Varron, pourrait être issu du grec de l’Italie et résulterait de l’interférence avec le sens correspondant du latin //porcus//.
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 +La même relation sémantique apparaît dans les autres langues de l’Italie ancienne. Dans les textes ombriens concernant le rituel religieux d’Iguvium, le mot correspondant à //sus// se trouve en concurrence avec les autres, notamment omb. //apruf < *aprōn//, qui désigne le mâle, qui doit être rapproché, avec une variation morphologique, du latin //aper//, et omb. //purka//, qui désigne la femelle et qui doit être rapproché du latin //porcus// ; et cela, toujours dans les formules officielles. En effet, dans les rites sacrificiels exposés dans les tables Ib et VIIa, on rencontre une distinction entre l’offrande de trois mâles (omb. //apruf//) « rouges ou noirs » au dieu //Cerfus Martius// et l’offrande de trois femelles (omb. //purka//) « rouges ou noires » à la déesse //Prestata Cerfia (T.I//. Ib 28-29). Mais les tables Ia et VIa mentionnent aussi le sacrifice de trois femelles gravides (omb. //tref sif kumiaf//) à //Trebus Iouius (T.I.// Ia 7), distinct du sacrifice de trois cochons de lait (omb. //tref sif feliuf//) à //Fisius Sancius//. Dans ce dernier cas, on ne trouve aucune prescription concernant la couleur.
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 +La solution proposée par Benveniste se heurte à plusieurs difficultés. En premier lieu, il y a les prescriptions rituelles romaines relatives au sacrifice d’animaux de lait (//lactens//). À ce propos, il faut remarquer que l’adjectif //lactens// accompagne //sus// chez Caton dans l’expression //suouetaurilia lactentia// et il accompagne //porcus// chez Varron (//porcus lactens//) pour désigner l’offrande sacrificielle. Cela s’explique aisément par la raison évoquée par E. Benveniste lorsqu’il souligne que, dans le texte de Caton, le composé //suouetaurilia// (à partir de //sus, ouis, taurus//) n’est qu’une formule indiquant l’« offrande nominale » à laquelle correspond l’« offrande réelle » concrètement désignée par //porcus, agnus, uitulus// (Benveniste 1949, 77 ; 1969, I, 30).
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 +En second lieu, dans l’hypothèse où omb. //sif feliuf// se référerait à la truie, à l’opposition entre deux figures et deux fonctions bien différenciées de l’animal (la truie et le nouveau-né) succéderait une opposition entre deux états de la même figure et de la même fonction de l’animal (la truie gravide ~ la truie allaitant). En réalité, le sacrifice de la truie qui allaite va contre la logique de l’élevage, dans la mesure où l’élimination de la femelle allaitant serait contre nature, occasionnant la mort des nouveau-nés. En revanche, le lexique du rituel ombrien est cohérent si l’on admet que //sus// est à prendre dans un sens général, sans indication sur la fonction précise de l’animal. Ce serait donc tout à fait semblable à ce qui se passe en latin pour //sus//. C’est la raison pour laquelle ce terme a besoin d’être explicité lorsqu’on veut indiquer les fonctions ou bien les phases particulières de la vie de l’animal. Ainsi parvient-on à la conclusion que l’ombrien concorde avec le latin (et avec le grec) quant au sens général de //sus// se référant au genre zoologique. Mais il s’en éloigne en ce qui concerne la dénomination de l’animal mâle dans la langue commune, qui est //porcus// en latin et //apruf < *aprōn// en ombrien. Le texte ombrien nous révèle que ombr. //apruf < *aprōn// ne désigne pas le sanglier (comme son correspondant latin //aper//), mais le cochon ou porc en tant que mâle, de peau rouge ou noire, domestiqué ou bien à l’état semi-sauvage.
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 +Dans la langue religieuse, le terme générique //sus// entre de très bonne heure en concurrence avec d’autres mots. Ainsi, lat. //sacris// (thème en //-i-//, attesté aussi par les langues sabelliques) désigne-t-il le goret destiné au sacrifice. D’abord employé en contexte religieux, le terme //maialis// s’est diffusé dans la langue commune, comme en témoigne son emploi dans les comédies atellanes : il est demeuré comme terme courant en italien moderne. Il qualifie à l’origine ce qui se rapporte à la déesse qui préside aux moissons, au mois de mai (//Maia//). De là, lat. //maialis// s’est étendu à la désignation d’une catégorie d’animal. Au sens propre, lat. //maialis// désigne l’animal castré, par opposition à //uerres// (mâle reproducteur) : l’animal change donc de nom au moment où il subit ce traitement. L’emploi de //maialis// dans la langue du théâtre et comme titre d’une comédie atellane est révélateur de sa vitalité et diffusion dans la langue courante, ce qui fut favorisé par le rapprochement synchronique avec le nom du mois de mai et des fêtes de //Maia// (voir aussi Bader, 1997). Cela est confirmé par le fait que ce terme a subsisté dans plusieurs dialectes italiens ainsi que dans l’italien standard comme dénomination courante du cochon ou porc.
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 +Dans le monde italique et romain, d’autres caractéristiques de l’animal suscitent l’intérêt, notamment l’âge et la couleur de la peau. 
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 +Pour l’âge, dans un passage bien connu du //Satiricon//, Trimalcion demande à ses invités de bien vouloir choisir le cochon qu’ils souhaitent manger parmi les trois qu’il introduit dans la salle à manger, ornés de muselières et de grelots. C’est le //nomenclator// qui annonce solennellement l’âge de chacun d’eux : l’un a deux ans (//bimum//), l’autre trois ans (//trimum//) et le dernier est plus vieux (//senem// ou bien //sexennem//). Ensuite, sans attendre la réponse de ses convives, il ordonne au cuisinier de tuer le plus âgé : 
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 +    * Pétr. //Sat.// 47, 8-11: \\ // Nam cum mundatis ad symphoniam mensis tres albi sues in triclinium adducti sunt capistris et tintinnabulis culti, quorum unum bimum nomenclator esse dicebat, alterum trimum, tertium uero iam senem// (corr. : //sexennem). … « Quem, inquit, ex eis uultis in cenam statim fieri ?…» … Continuoque cocum uocari iussit, et non expectata electione nostra maximum natu iussit occidi.// \\ « Une fois les tables desservies au son de l’orchestre, on amena dans le triclinium trois cochons blancs, ornés de muselières et de grelots, et, comme l’annonça le crieur, âgés, l’un de deux ans, l’autre de trois, et le troisième, déjà de six (//sexennem///). … « Lequel de ces porcs, nous dit-il, voulez-vous qu’on prépare tout de suite pour le dîner ? » … Aussitôt il fit appeler le maître-queux, et sans attendre notre choix, il lui commanda d’abattre le plus vieux porc. » (traduction A. Ernout, 1974, Paris, Belles Lettres, CUF)
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 +Ce passage a donné lieu à une querelle de philologues sur l’adjectif qui désigne le cochon le plus vieux. Dès la première édition du texte de Pétrone, on a proposé de corriger //senem// transmis par les manuscrits en //sexennem// pour respecter la symétrie avec les autres indications d’âge (deux ans, trois ans, six ans), en considérant qu’il n’y a aucune raison de trop faire vieillir un cochon. D’autres ont fait remarquer que l’expression « vieux cochon » se retrouve chez Juvénal (//senibus… porcis//) (Juv. 6,160), même si cet emploi semble faire allusion à l’interdiction juive de ne pas manger les porcs, ce qui leur permet de devenir vieux. Mais il existe un autre texte (parodique) dont le protagoniste est un très vieux cochon : c’est le //Testamentum porcelli//, où, à l’âge de presque mille ans (//M. Grunnius Corocotta porcellus uixit annis DCCCCXCVIIII S ; quod si semis uixisset mille annos implesset//), un cochon rédige son testament avant d’être mangé. Ici, la durée millénaire de la vie n’est qu’une métaphore de l’immortalité de cet animal, mais son âge très avancé s’accorde avec le sort qui est réservé à sa viande : elle sera consommée lors de la fête la plus importante de la fin de l’année, les //Saturnalia.// 
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 +De même, dans le passage de Pétrone, c’est le porc le plus vieux qui est choisi par le maître de maison pour faire honneur à sa cuisine. C’est sans doute la leçon //senem// qui doit être retenue : cet adjectif désigne un animal assez vieux pour qu’on ne se souvienne plus de son âge, par opposition aux autres dont on connaît l’âge exact. On pourrait en conclure que jusqu’à trois ans, on gardait la mémoire de l’âge des cochons tandis qu’après trois ans on ne comptait plus les années de leur vie : ils étaient simplement dits « vieux ».
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 +Les trois porcs présentés sont tous de la même couleur blanche (//albi//). Cette spécification s’explique par le fait que le choix ne devait pas être orienté par la couleur. Au demeurant, la couleur de la peau de l’animal jouait un rôle assez important en diverses circonstances.
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 +Dans le célèbre passage de l’//Éneide// où Virgile évoque la fondation de Rome, c’est une truie de couleur blanche (//alba sus//) étendue au sol avec ses trente petits, blancs eux aussi (Virg. //En.// 3, 390-392 : //sus / triginta capitum fetus enixa iacebit, / alba solo recubans, albi circum ubera nati//), qui constitue le signe distinctif (//En.// 3, 388 : //Signa tibi dicam, tu condita mente teneto//) pour l’identification du lieu de l’emplacement de la ville (//En.// 3, 393 : //is locus urbis erit, requies ea certa laborum//). Une fois qu’Énée l’eut aperçue (Virg. //En.// 8, 81 : //Ecce autem subitum atque oculis mirabile mostrum,/ candida per siluam cum fetu concolor albo/ procubuit uiridi que in litore conspicitur sus//), il l’offre en sacrifice à la déesse Junon (Virg. //En.// 8, 84-85: //quam pius Aeneas tibi enim, tibi, maxuma Iuno,/ mactat sacra ferens et cum grege sistit ad aram//.). Le texte semble fonder le caractère extraordinaire de l’animal sur la couleur de sa peau en opposant la blancheur brillante de la truie (//candidus//) à celle, mate (//albus//), de ses petits (//cum fetu concolor albo//). Virgile reprend ici une tradition beaucoup plus ancienne, dont on trouve des traces chez Cassius Hemina (HRF frg. 2 Peter), selon laquelle la truie blanche, avec ses trente gorets de même couleur, interviendrait dans le mythe de la fondation de Rome comme protectrice du site. Il faut souligner également les rapports qu’entretient la truie avec le culte des //Lares Grundiles//, dont le nom fut rapproché du verbe //grundire// (ou //grunnire//) « grogner ».
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 +Mais si la truie blanche se retrouve aussi dans des mythes du monde celtique, la couleur de l’animal est souvent précisée dans d’autres textes. C’est, par exemple, le cas d’un autre passage du //Satiricon//, où le nom //porcus// est qualifié par l’adjectif //uarius//, qui indique le caractère bariolé de la peau de l’animal (Pétr. XLV, 2, 13). Cette indication, apparemment superflue pour le récit, devait se charger de quelque signification dans le contexte concerné.
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 +Mais l’importance de la couleur de l’animal se manifeste aussi dans la documentation des langues sabelliques. Dans le rituel religieux ombrien des //Tables Eugubines// se trouve la prescription du sacrifice de trois femelles rouges ou noires (omb. //tre purka rufra ute peia fetu : T.I./// Ib 7). L’impératif s’accompagne d’un choix entre la couleur rouge et la couleur noire à l’exclusion de toute autre couleur ou d’un aspect bariolé (l’adjectif //uarius// du texte du //Satiricon//). Dans la réglementation du sacrifice, la couleur apparaît donc comme une qualité indispensable, qui est requise uniquement pour le porc ou cochon par rapport aux autres animaux mentionnés dans les textes rituels ombriens.
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