sūs, suis « cochon, porc » (m.)

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

Le mot est connu essentiellement par les attestations littéraires ; le dérivé sucula, employé comme terme d’injure, est attesté par les inscriptions (CIL IV 2013, 9 à Pompéi, en +79 apr. J.-C.).

3.0.1. Première occurrence dans les textes

Chez les auteurs littéraires, le mot fait son apparition à partir d’Ennius.

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

Le substantif sus est relativement fréquent par rapport aux autres noms d’animaux, mais dans la terminologie des suidés, il est moins fréquent que porcus.

Sa distribution chez les auteurs est déséquilibrée, ce qui ne semble pas subordonné aux genres littéraires. Par exemple, on constate une densité remarquable d’emplois chez Varron, spécialement dans son traité sur l’agriculture ; au contraire, le terme est rare dans le traité de Caton sur le même sujet. De même, en poésie, sa fréquence est relativement élevée chez Ovide, mais faible chez les autres poètes augustéens.

Le mot devient assez rare dans la latinité tardive.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

Presque toutes les formes de la flexion de sus sont attestées. Certains cas sont plus fréquents que d’autres, notamment le génitif et le datif singuliers et pluriels. Cela s’explique probablement par l’homophonie, en premier lieu, avec l’adjectif possessif réfléchi sŭus, -a, -um. On trouve en effet un indice de cette gêne homophonique dans les flottements graphiques <sus> et <suuus> au lieu de <suus> (Adams 2007 : 589 ; 679). En second lieu, sus a des formes homophones avec le verbe sŭere « coudre » (ce qui est signalé par Varron : cf. §5).

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Période Nombre d’occurrences
IIIe - IIe s. av. J.-C. 7
Ier s. av. J.-C. 64
Ier s. ap. J.-C. 45
IIe s. ap. J.-C. 12
IIIe s. ap. J.-C. 6
IVe s. ap. J.-C. 8
Ve s. ap. J.-C. 4
Total 146

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Il est difficile de donner une distribution diastratique ou sociolinguistique de ce terme, dont l’emploi se dessine par opposition aux autres termes du vocabulaire des suidés. Signalons l’emploi du mot dans l’expression figée d’un proverbe mentionné par Cicéron et qui a pour équivalent sémantique en français : « C’est un pourceau qui en remontre à Minerve » (traduction Le Grand Gaffiot) :

  • Cic. Ac. 1,18 :
    nam etsi non sus Mineruam ut aiunt, tamen inepte quisquis Mineruam docet.

La valeur de ce proverbe est précisée par une glose de Festus :

  • F. 408,14 L. :
    “Sus Mineruam” in prouerbio est, ubi quis id docet alterum, cuius ipse inscius est.

La fréquence la plus élevée pour le terme sus se trouve dans les traités d’agriculture (Caton, Varron, Columelle), dans les passages relatifs à l’élevage des animaux domestiques. On rencontre une concentration particulière de ses occurrences dans les Res Rusticae de Varron. Le terme sus devait donc être usuel dans la langue des éleveurs à l’époque de Varron et dans sa région.

On trouve aussi sus, dans une moindre mesure, lorsque sont évoqués les plats et des gourmandises de la cuisine chez Plaute et Pétrone, en concurrence avec les autres désignations des suidés. Les nombreux dérivés chez Plaute montrent que sus a eu une vitalité particulièrement grande à l’époque archaïque, où il était courant pour dénoter la viande et la nourriture fournie par le corps de cet animal.

Au cours de la latinité, l’emploi de sus semble de plus en plus limité et restreint à certains contextes, où il désigne de manière générique l’espèce animale, comme le montre l’expression varronienne suillum genus (Varr. R. 2, 4, 10).

À la différence de porcus, sus a produit peu de termes relevant d’autres vocabulaires techniques. Ainsi, parmi les outils et instruments, on ne connaît que sucula «treuil» et suillus «bolet». De même, sus n’a pas eu la même fortune que porcus dans la dénomination d’autres animaux ou d’entités dans le domaine militaire. Par rapport à porcus, il est peu employé pour former par métaphore des noms de poisson : cf. §4).

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

Les données disponibles ne permettent pas de mettre au jour une distribution diatopique de ce terme.

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

• Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Nombre d’occurrences
Plaute 3
Ennius 1

• Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Nombre d’occurrences
Cassius Hemina 1
Caton 2

• Période III. Cicéron : la fin de la République (80-43)

Nombre d’occurrences
Cicéron 7
César -
Salluste -
Varron 27
Lucrèce 9
Catulle 1

• Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (43 av. JC-14 ap. JC)

Nombre d’occurrences
Virgile 5
Horace 4
Ovide 12
Tite-Live 8
Properce 1
Phaedr 2

• Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Nombre d’occurrences
Sénèque 2
Celse -
Columelle 11
Pline l’Ancien 15
Pétrone 2
Silius Italicus 2
Valère Maxime 2

• Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C)

Nombre d’occurrences
Stace 3
Juvénal 1
Martial 8

• Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Nombre d’occurrences
Apulée 1
Suétone -
Aulu-Gelle 5

• Période VIII. Tertullien et l’Histoire auguste : des Sévères à Constantin (193-337)

Nombre d’occurrences
Palladius 4
Végetius 1
Histoire Auguste 1
Lactance 2

• Période IX : du milieu du IVe s. au début du Ve, l’Empire après Constantin jusqu’à Honorius (337-423)

Nombre d’occurrences
Ammien Marcelin 2
Macrobe 2
Donat 4

• Période X : du milieu du Ve à la fin du VIe

Nombre d’occurrences
Grégoire de Tours 1
Priscien 3


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