sūs, suis « cochon, porc » (m.)

(substantif)



2. Morphologie

2.1. Indications grammaticales

Sūs est un substantif de la 3ème déclinaison, mais sa flexion est atypique. Une analyse en morphème séparant le thème et la désinence par une frontière de morphème (notée ↔) donne :

Au singulier : nominatif : sū-s ; accusatif : sŭ-ĕm ; génitif : sŭ-ĭs ; datif sŭ-ī ; ablatif sŭ-ĕ.

Au pluriel : nominatif : sŭ-ēs ; accusatif : sŭ-ēs ; génitif sŭ-um ; datif-ablatif : sŭ-bus / sū-bus (Cic. Nat. 2,111 ; Lucr. 5,966 ; Varr. R. 1,38,2 ; 2,1,5 ; 2,7,15) / su-ibus (Varr. L. 5,110).

Étant donné le sémantisme du terme, certaines formes casuelles sont peu attestées ou ne sont pas attestées1).

La forme de nominatif sg. sūs montre (ce qui est confirmé par la grammaire comparée : voir §6.2.) qu’il s’agit d’un ancien thème (hérité) en u long, auquel le latin a ajouté au nominatif sg. le morphème -s caractéristique des nominatifs animés.

Mais comme le latin ne possède pas de flexion en u long, le terme fut intégré dans la 3e déclinaison, où convergent des thèmes consonantiques (terminés par une consonne : rēg- pour rēx, rēg-is M. « roi », etc.) et des thèmes sonantiques terminés par ..i- (i bref).

Pour le reste de la flexion de sus, les désinences sont celles des thèmes consonantiques avec un accusatif sg. en –em, un ablatif sg. en –e et un génitif pl. en …u-um. La forme de datif-ablatif pl. comporte une désinence -bus, où le latin n’a pas eu besoin d’ajouter un -i- de liaison entre le thème et la désinence (entre deux consonnes), comme il l’a fait dans les vrais thèmes consonantiques (reg-i-bus par analogie des thèmes en …i- : ciui-bus avec mécoupure en -ibus) puisque le thème su- se terminait par une voyelle. Néanmoins, Varron (L. 5,110) atteste une forme analogique en -ibus : su-ibus faite sur le modèle de reg-ibus, consul-ibus.

Si sūs fut intégré dans la 3e déclinaison, il offre néanmoins des particularités flexionnelles dues au maintien des phonèmes u long et u bref à la fin du thème dans toute la flexion, ce qui singularise ce lexème, puisque son thème ne se termine ni en consonne, ni en i. On trouve deux remarques chez les grammairiens latins : l’une concerne la flexion du terme et le nombre de syllabes, qui diffère entre le nominatif sg. et les autres cas :

  • Sacerd. II 522,3 GLK :
    excipitur unum monosyllabon is faciens genetiuo, sus suis, ratione monosyllaborum, de qua frequenter tractaui.

l’autre souligne que ce substantif épicène s’emploie au masculin et au féminin, correspondant à l’animal mâle et à la femelle :

  • Pseud.-Prob. IV 522,4 GLK :
    sunt nomina, quae Graeci epicoena appellant, id est promiscua, siquidem ex suo genere et aliam speciem designant, ut puta canis simia sus passer bos aquila belua et cetera talia.

2.2. Variantes morphologiques

voir §2.1..

Les formes sueris (et suere), attestées seulement chez Plaute et Varron, ne doivent pas être interprétées comme des variantes flexionnelles de sus, mais comme des dérivés (cf. notre note 1). La valeur sémantique « nourriture issue du porc » semble assurée par le fait que ces termes sont employés dans des contextes où apparaissent d’autres termes faisant référence à la gastronomie porcine :

  • Pl. Curc. 323 :
    Pernam, abdomen, sumen su<e>ris, glandium.
  • Pl. Inc. 149 :
    pernam, sumen sueris, spetile, callum, glandia.
  • Varr. L. 5, 109 :
    ut ab sue suilla, sic ab aliis generibus cognominata.

de même que suilla (viande de porc) vient de sus (porc), de même les autres viandes tirent leur nom des autres catégories d’animaux“ (traduction J. Collart, 1954, Paris)

  • Varr. L. 5,110 :
    Succidia a suibus caedendis : nam id pecus primum occidere coeperunt domini et ut seruarent sallere. Tegus suis ab eo quod tegitur. Perna a pede. Sueris a nomine eius. Offula ab offa, minima suere. Insicia quod insecta caro, ut in carmine Saliorum <prosicium > est, quod in extis dicitur nunc prosectum. Murtatum a murta, quod ea additur large fartis.
    L. 5,111: Quod fartum intestinum e crassundis, Lucanicam dicunt, quod milites a Lucanis didicerint, ut quod Faleriιs Faliscum uentrem. Fundolum a fundo, quod < non > ut reliquae partes, sed ex una parte sola apertum ; ab hoc Graecos puto τυφλὸν ἒντερον appellasse. Ab eadem fartura farcimina in extis appellata, a quo farticulum. In eo quod tenuissimum intestinum fartum, hila ab hilo dicta illo quod ait Ennius…

    « Succidia (petit salé) vient de sues caedendi (abattre les porcs), car c’est cet animal que les propriétaires tuèrent en premier lieu et mirent au saloir pour le conserver. Tegus (l’échine de porc) vient de ce que c’est la partie qui recouvre (tegitur) l’animal. Perna (jambon) vient de pes (patte). Sueris (cochonaille), du nom même de la bête. Offula (lardon) de offa, petit morceau de cochonaille. Insicia (hachis) vient de ce que la viande y est hachée (insecta), phénomène comparable à celui du mot prosicium (tranche) dans le Chant des Saliens, que nous remplaçons maintenant, lorsqu’il s’agit d’entrailles des victimes, par prosectum (même sens). Murtatum (farce aux baies de myrte) vient de murta (baie de myrte) parce qu’on incorpore cette baie à foison dans la farce.

    L. 5,111 : Une saucisse faite avec de gros boyaux s’appelle Lucanica (saucisse de Lucanie) parce que les soldats en ont appris la recette des Lucaniens (Lucani), de même qu’ils appellent ‘tripes à la mode falisque’ (Faliscus) la charcuterie qu’ils ont connue à Faléries (Falerii). C’est d’après fundus (fond) que les soldats ont désigné le fundolus (gros cervelas), car, contrairement aux autres pièces de charcuterie, il n’est ouvert qu’à un bout ; voilà pourquoi, j’imagine, les Grecs l’ont appelé τυφλὸν ἒντερον (intestin aveugle). C’est de la même farce (fartura) que les farcimina (petites saucisses) tirent leur désignation lorsqu’il s’agit des entrailles des victimes ; de là aussi le mot farticulum (même sens). Comme dans ce cas il s’agit d’une saucisse très menue, on lui a donné le nom de hila, tiré du mot hilum (parcelle) qu’emploie Ennius: …» (texte et traduction J. Collart, 1954, Paris, Belles Lettres) (cf. §5).

Ainsi, pour J. Collart, sueris est-il un substantif féminin au nominatif sg. au sens de « cochonaille » (collectif sur le nom du porc), tandis que la forme suere est l’ablatif de sueris. Au contraire, Le Grand Gaffiot parle pour sus d’un génitif sueris et d’un ablatif suere en renvoyant à ce même passage : Varron L. 5,110 (cf. §2.1. et note 1).

2.3. Formation du lexème

Le substantif sūs (suis M.) est hérité de l’i.-e. et sa flexion fut adaptée en latin à celle de la 3e déclinaison. Le terme est commun aux langues indo-européennes situées de manière plus massive dans la la partie orientale du domaine i.-e. : voir §6.2..


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1) Cf. Aller au §2.2 Le Grand Gaffiot cite comme des variantes morphologiques dans la déclinaison de sus des formes qui semblent avoir été mal interprétées : suis dans Varron L. 10,7 n’est pas le nominatif sg. de sus, mais son génitif sg. ; sueris et suere dans Varr. L. 5,110 ne sont pas respectivement une forme de génitif sg. et d’ablatif sg. de sus : il s’agit plutôt (selon l’édition et la traduction de J. Collart, Paris, 1954) d’un substantif féminin « cochonaille » qui a la forme sueris au nominatif sg. et suere à l’ablatif sg. (cf. §5).