sŭperbia, -ae (f.)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

La formation du substantif superbia est de date latine : il s’agit d’un suffixé en -ia avec, pour base de dérivation, le thème superb- de l’adjectif thématique superbus. Ce dernier est, en effet, analysable en un thème (partie immobile au cours de la flexion) superb- et un élément flexionnel (partie variable au cours de la flexion) -us, -a, -um.

Le suffixe substantival -ia < *- (de i.-e. *-yeh2 ) féminin est très productif en latin pour former des substantifs féminins (noms abstraits de qualité) à partir d’adjectifs, ce qu’on peut illustrer par les relations de suffixation suivantes : audāx (gén. audāc-is) « audacieux » à audāc-ia « audace », grāt-us « reconnaissant » à grāt-ia « reconnaissance », potēns (gén. potēnt-is; participe présent de *potēre « pouvoir ») « puissant » à potent-ia « puissance ». A partir du cas précédent, où le suffixe -ia substantival se trouvait derrière un participe présent adjectivisé, se développa un allomorphe suffixal en -ntia (-nt-ia), qui fut également productif et étendit ses emplois en se plaçant directement derrière des thèmes verbaux d’infectum. Cette situation correspond probablement à la formation de licentia « licence, liberté excessive », qu’on peut expliquer directement à partir du thème verbal d’infectum licē- de licet (inf. licēre) « il est permis » (il n’est plus nécessaire, dans ce cas, de postuler un participe présent *licēns, *licēnt-is intermédiaire).

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

  • Char. gramm. p. 398, 4 B. superbia est ab superhabendo.
  • Isidore, Diff. 1, 504 : dicta…superbia, quia super uult quam quod est.

5.3. « Famille » synchronique du terme

L’adjectif superbus et le substantif superbia ont une évolution sémantique parfaitement parallèle. L’idée unificatrice de leurs valeurs, celle d’une supériorité sûre d’elle-même qui ne peut que chercher à se montrer (sème /qui manifeste sa prééminence/), se retrouve également dans les composés superbiloquentia (substantif avec un 1er terme de composé : superbi-° et un 2ème terme suffixé en -ia: °-loquent-ia) et superbificus (adjectif avec un 1er terme de composé : superbi-° et un 2ème terme de sens causatif : °-fic-us « qui rend, qui fait »), qui sont tous deux des hapax :

  • Cic. Tusc. 4, 35 (vers cité à propos de Tantale) :
    ob scelera animique inpotentiam et superbiloquentiam.
    « En châtiment de ses crimes, de ses débordements et de son langage arrogant. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Sén. Herc. f., où Junon parle ainsi d’Hercule (v. 57-59) :
    At ille, rupto carcere umbrarum ferox,
    de me triumphat et superbifica manu
    atrum per urbes ducit Argolicas canem.
    « Et lui, tout fier d’avoir brisé la prison des ombres, triomphe de moi et de ce bras qui le rend si hautain, il conduit parmi les villes argiennes le chien couleur de nuit. » (traduction F.-R. Chaumartin, 1996, CUF)

On la retrouve aussi dans le verbe dénominatif superbio, superbire, qui est d’abord employé en poésie avec le sens d’« éprouver une noble fierté », par exemple chez Properce :

  • Prop. 4, 1, 63 :
    ut nostris tumefacta superbiat Vmbria libris.
    « pour que l’Ombrie gonflée de satisfaction soit fière de mes livres. » (traduction J.-F. Thomas)

Mais le verbe peut ensuite être employé en prose pour caractériser une fierté déplacée :

  • Tac. An. 2, 36, 3 (à propos du consulat) : Superbire homines etiam annua designatione.
    « On s’enorgueillissait même d’être désigné pour un an. » (traduction P. Wuilleumier, 1974, CUF)

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Superbus et superbia entretiennent une relation synonymique étroite avec arrogans et arrogantia avec la signification d’« orgueil, comportement hautain », mais une relation plus distante avec la signification « vanité » de gloria , uanitas et arrogantia.


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