somnus, -ī (m.)

(substantif)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie : les langues romanes

Selon le M.-L., s.u., lat. sŏmnus a donné plusieurs descendants dans les langues romanes :

  • le roumain somn,
  • le végliote samno,
  • l’italien sonno,
  • le sarde (du Logudoro) sonnu,
  • le romanche de l’Engadine sömn,
  • le frioulan sium,
  • l’ancien-français som, somme (remplacé par sommeil < latin sŏmnicŭlum),
  • le provençal son,
  • l’espagnol sueño,
  • le portugais somno,
  • le piémontais söñ,
  • le lombard soñ,
  • le sicilien sonnu,
  • le campane de Naples suònnǝ.

7.1.2. Français

Le français somme, M., a connu au XVIIe siècle une restriction de sens en dénotant un temps plus ou moins long donné au sommeil. Dans cet état de langue, le sens plus général de « sommeil », dans ses acceptions abstraite et concrète, et avec les diverses connotations illustrées par le latin somnus, a pris pour signifiant la forme issue phonétiquement du dérivé somniculus, qui n’est sans doute pas un diminutif, mais une réfection d’un terme usuel donc usé comme soliculus « soleil » a remplacé sol.

Somnium a conservé son contenu sémantique dans le substantif fr. songe, qui en est issu en français.

7.1.3. Italien

Par rapport à lat. sŏmnus, la forme italienne sonno [‘son:o] est régulière du point de vue phonétique. Le groupe consonantique latin -mn- donne par assimilation régressive la gémination de la consonne nasale dentale -nn-, comme le montrent aussi les mots latins damnus, autumnus, dom(ĭ)na, qui donnent en italien danno ‘damne’, autunno ‘automne’, donna ‘femme’ (Rohlfs 1966, § 268). La voyelle accentuée -ŏ- du latin devient en toscan [o] et non pas [ɔ] – comme l’on s’y attendrait – parce qu’elle est suivie par un groupe de deux consonnes dont la première est [n], c’est-à-dire une séquence -nC-. Dans ce cas, le toscan neutralise l’opposition entre [o] et [ɔ], qui est liée à l’opposition latine entre [ō] et [ŏ]. Le résultat de la neutralisation est la prononciation [o]. Cf. aussi it. monte « mont » (< lat. mŏntem), ponte (< lat. pŏntem), sogno (< lat. sŏmnium), mais aussi it. donna ‘femme’ [‘dɔn:a] (< lat. dŏmĭna), qui semble être une exception.

Sur le plan sémantique, it. sonno « sommeil » est resté fidèle au latin somnus : il dénote l’état de celui qui dort, c’est-à-dire la suspension de toute activité psychique et motrice.

Le mot se trouve dans plusieurs locutions figées : it. cascare dal sonno / morire di sonno « avoir grand sommeil », dormire sonni tranquilli « vivre en pleine tranquillité », far venire sonno « être ennuyeux », perdere il sonno « dormir moins que nécessaire ». Le syntagme it. sonno eterno désigne la mort. Le diminutif it. sonnellino « petit somme » se trouve déjà dans les textes médiévaux pour un sommeil qui n’est ni profond, ni long. It. schiacciare un sonnellino « faire un petit somme » est aussi une expression figée.

Par extension métaphorique, le substantif it. sonno dénote l’interruption d’une capacité : par exemple, à partir de l’œuvre de Goya El sueño de la razón produce monstruos s’est répandue en italien l’expression sonno della ragione « le sommeil de la raison », qui désigne la suspension de la capacité de raisonner.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

Les lexèmes it. sonnifero, sonnolento et sonnolenza sont empruntés par la voie savante respectivement à lat. somnifer, somnolentus, somnolentia, selon le DELI, s.u. //sonno//.


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