somnus, -ī (m.)

(substantif)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Bien que le substantif somnus soit attesté tout au long de la latinité et qu’il ait été probablement un terme usuel de la langue courante quotidienne, on constate, par sa fréquence relative (Aller au § 3.), un fléchissement de ses emplois dans les textes latins à partir du +IIIe siècle ap. J.-C. Cela est probablement dû à la nature de ces textes et non à la place du terme dans la langue latine en général.

6.2. Etymologie et origine

Comme les autres substantifs en –nus M., -na F. ou –num Nt. latins hérités de l’indo-européen et qui sont analysables dans cette langue reconstruite1), somnus < *swepno- peut s’expliquer comme issu de la thématisation d’un ancien neutre en * r/n dérivé d’une racine verbale et désignant ce en quoi se réalise le procès exprimé par le verbe, le siège de ce procès, avec la valeur d’un complément à l’instrumental si l’on adopte le modèle de phrase reconstruit par J. Haudry2) pour un stade archaïque de l’indo-européen.

En effet, ces substantifs ne sont ni des noms d’agents, ni des noms d’action. La distinction établie par E. Benveniste3) entre ces deux types de dérivés déverbatifs appartient à une couche relativement récente de l’indo-européen, comme l’a souligné F. Bader4).

Or J. Haudry a mis en évidence, à partir de données convergentes des divers dialectes indo-européens, l’existence d’un type de phrase ancien en indo-européen avec une structure syntaxique à trois actants, un nominatif désignant l’origine du procès, un instrumental appliqué au siège de ce procès et un accusatif en indiquant le terme. Dans ce modèle, c’est l’instrumental qui marquait le constituant le plus immédiat. On a un vestige de cette construction dans des expressions comme pluit lapidibus en latin et dans de nombreux passages védiques.

La racine *swep- est illustrée par des formations verbales et par des formations nominales.

Parmi les formations verbales, on relèvera en sanskrit le présent radical athématique svapiti « il dort » et le causatif svāpáyati. En latin sōpīre, attesté seulement à partir de Lucrèce, a la valeur d’un causatif « faire dormir », mais il a un morphème inhabituel à la fin du thème d’infectum (-ī-re et non -ē-re) et un vocalisme radical long également étonnant, mais que présente aussi le causatif sanskrit. On trouvera dans le LIV(612) une liste d’autres formations verbales attestées en hittite, en indo-iranien, en celtique et en balto-slave.
Parmi les formations nominales dérivées, on retiendra le neutre en *r/n dont le grec ὓπαρ reflète la forme en *r et le germanique svefn (v.-norr.) <*swepn-, la forme en *n. L’allemand Schlaf et l’anglais sleep n’appartiennent pas à la même racine. Il est possible que le latin sopor <*swep-r poursuive aussi la forme en *r ou réunisse l’héritage de ce dérivé et celui d’un ancien nom-racine doté du vocalisme radical long que l’on retrouve dans lat. sōpīre ou encore celui d’un dérivé en *-os.

E . Benveniste 5) a proposé de ramener cette racine et celle de gr. ἓυδω « je dors » à une seule racine *sew- pourvue d’un suffixe radical *-p- ou *-d-.


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1) Cf. Ch. KIRCHER-DURAND (2002, 125-127).
2) J. HAUDRY (1970).
3) E. BENVENISTE (1948).
4) F. BADER (1977).
5) BENVENISTE (1962, 156-157).