somnus, -ī (m.)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Un radical synchronique latin somn- peut être dégagé du substantif somn-us, du verbe somn-ī-re « avoir un songe, voir en rêve », ainsi que des autres termes de cette « famille » : somniculus, somniculosus, somniculose, somnium, somni-fer / °-ficus / °-ger, somnolentus (somnolentia), somnurnus, somniculari « somnoler » (diminutif tardif : Querolus).
Mais ce radical somn-, qui dénote le sommeil et le rêve, n’est pas analysable en synchronie.
Le verbe usuel signifiant « dormir » est en latin dormīre, fait sur une autre racine indo-européenne.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques faites par les auteurs latins pour la formation du mot et son origine.

On trouve dans les textes latins (selon R. Maltby 1991, p. 574) des rapprochements de somnus avec l’adjectif somniculosus, -a, -um (bâti avec le suffixe de grande quantité -osus sur le substantif somniculus diminutif de somnus):

  • Non. p. 172,25 : somniculosus, quod ad somnos uocet.

et l’adjectif somnurus, -a, -um :

  • Non. p. 172,1 : somnuras dixit quae in somnis uideantur.

5.3. « Famille » synchronique du terme

Sur le substantif somnus ont été construits de nombreux adjectifs dérivés et composés. On citera à titre d’exemples :

a) les adjectifs composés poétiques et techniques de sens causatif « qui apporte le sommeil » :
somnifer (-fera, -ferum) « qui apporte le sommeil ou un engourdissement mortel » :
somnĭ-fer,
somnificus,-a,-um
« qui endort, narcotique » : somni-ficus,
somniger (tardif) « qui envoie le sommeil »
et le bahuvrīhi insomnis, -e « sans sommeil », « qui ne dort pas » analysable en in-somn-is avec le préfixe négatif in- en 1er terme de composé (< i.-e. *-).

b) les adjectifs suffixés avec des suffixes de grande quantité -osus et -ulentus :
somniculosus « dormeur » ou « endormi » (Cic., Col.),
somnulentus « assoupi » (et le substantif abstrait de qualité somnulentia « somnolence »),
somnurnus « paru en songe » fait d’après nocturnus, qui appartient au micro-système des adjectifs temporels en -nus, -na, -num en raison de la proximité sémantique de somnus et de nox.

Le substantif somnus a également servi de base de dérivation à d’autres substantifs:

a) le substantif diminutif somnĭculus « sommeil léger » ou « court sommeil » mentionné dans les Notes Tironiennes et supposé par les langues romanes pour expliquer par exemple le signifiant de fr. sommeil.

b) le substantif somnium « songe » (attesté dès Plaute), sur lequel sont bâtis:
b.1.) l’adjectif tardif somnialis « rêvé » ou « qui envoie des songes »,
b.2.) le verbe dénominatif classique et usuel somniare « avoir des songes, rêver ». Sur le thème de ce verbe est bâti le nom d’agent somniator.

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Dénotant éventuellement un engourdissement profond, somnus a pu désigner, métaphoriquement, la mort et se rattacher ainsi au champ sémantique de la vie et de la mort. Il se rattache aussi au vocabulaire de la lumière en dénotant un état qui se vit généralement dans l’ombre et en particulier la nuit. Il fait également partie du vocabulaire de l’activité par son association avec le concept d’inaction. Parmi ses parasynonymes, on peut citer : dans son sens propre, quies et sopor ; dans ses acceptions métonymiques, nox et desidia (avec des connotations particulières en relation avec la notion morale de ‘gloire’) ; dans ses acceptions métaphoriques, mors et letum.

Le substantif somnus est donc un terme polysémique, qui appartient au vocabulaire général, mais aussi à plusieurs vocabulaires techniques. Le caractère fondamental, physiquement et métaphysiquement, des sèmes véhiculés par ce lexème justifie sa présence dans la liste des divinités qui évoquent une force personnifiée.


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