somnus, -ī (m.)

(substantif)



4.1. Résumé

A. Proprement : état de celui qui dort, par opposition à l’activité de celui qui est éveillé ; cessation de l’activité

  • Définition de Pline H.N. 75, 98 :
    Est somnus nihil aliud quam animi in medium sese recessus.
    « Le sommeil n’est rien d’autre que le retrait de l’esprit sur lui-même ».

A.1. En bonne part

Par extension de ce sens propre, en bonne part somnus dénote la tranquillité, comme quies. Un passage de Lucrèce (IV, 907-908, Aller au § 4.2.) illustre l’association des deux termes, somnus étant présenté comme la cause efficiente de quies.

A.2. En mauvaise part

En mauvaise part, somnus dénote l’inertie, la paresse comme dans le passage du Pro Sestio de Cicéron (Sest. 138, Aller au § 4.2.). Somnus est alors associé au champ sémantique du déshonneur ou, du moins, de ce qui n’est pas glorieux et digne d’estime, aux côtés de desidia, et opposé à celui de la gloire.

B. Métaphoriquement

B.1. Le sommeil est assimilé à la mort conçue comme une cessation définitive de la vie active.

Cette assimilation est bien visible dans les inscriptions funéraires, païennes ou chrétiennes, qui attestent souvent les formules Requiescant in pace « qu’ils reposent en paix » ou encore, plus explicites, du type Hic requiescit in somno pacis « Ici il repose dans le sommeil de la paix », c’est-à-dire « dans un sommeil paisible ». Avec cette connotation, somnus est volontiers qualifié de longus « long », frigidus « froid » ou niger « noir ». C’est ce qu’illustrent respectivement Horace (O. 3, 11, 38), Valerius Flaccus (3, 178) et Silius Italicus (7, 633).

B.2. Chez les auteurs chrétiens dans la langue spécifiquement chrétienne

Chez les auteurs chrétiens dans la langue spécifiquement chrétienne, somnus peut dénoter la vie dans le péché avant la conversion, conçue comme une résurrection, une naissance à la vie - de lumière - avec Dieu : ainsi dans le chapitre 13 de l’Epitre de Paul aux Romains Aller au § 4.2..

C. Par métonymie

C.1. La nuit

Le sommeil ayant généralement lieu la nuit 1), par un passage de la dénotation de l’état à la dénotation du moment où se réalise cet état, somnus équivaut souvent à nox « nuit » et s’oppose à dies « jour, lumière du jour » de par le sème de luminosité et peut-être aussi celui d’activité.

C.2. Les songes

Par métonymie aussi, de l’état à ses résultats à ce qu’il engendre, somnus a pu, comme somnium, désigner les songes et tous les simulacres imaginaires de la réalité. C’est ce qu’illustrent les passages de Lucrèce (De rerum natura, IV, 962-1036) et de Cicéron (Diu. 1, 20, 40) Aller au § 4.2..

D. Dans le vocabulaire mythologique

Dans le vocabulaire mythologique, somnus est souvent personnifié et divinisé pour désigner le fils de l’Erèbe et de la nuit comme Ὓπνος attesté dès Homère avec cette acception. Cette filiation mythologique résume bien les deux liens sémantiques fondamentaux de la notion de ‘sommeil’ dans la culture de l’Antiquité gréco-romaine héritée dans l’Europe médiévale et moderne - et qui se retrouve dans de nombreuses civilisations médiévales et modernes : mort et nuit, plus ou moins associées à la notion d’obscurité.

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1) A l’exception des siestes méridiennes comme celle qui est évoquée par Plaute dans le passage de la Mostellaria Aller au § 3.