signum, -i (n.)

(substantif)




5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Signum semble immotivé et non construit synchroniquement en latin même ; son thème sign- semble fonctionner comme un seul morphème, qui, en synchronie, n’est pas analysable en unités plus petites. Peut-être y a-t-il eu un allomorphe en sĭg- issu de la ré-analyse du diminutif de signum: sĭgillum « statuette, petite figure » en sĭg-illum avec un suffixe diminutif en –illum. Mais l’analyse en sĭgil-lum (conforme à la formation de ce diminutif en *-lo-) était également possible, de même qu’elle était possible dans tignum « poutre » à tigillum (tigil-lum / tig-illum), asinus à asellus (asel-lus / as-ellus).

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques faites par les auteurs latins

Cela est confirmé par le fait que les réflexions métalinguistiques rencontrées chez les auteurs latins (selon R. Maltby 1991, p. 567) ne portent pas sur une analyse interne au mot et se contentent de le rapprocher de significāre « indiquer, montrer, signifier », verbe composé offrant en premier terme le thème nu de signum.

Les commentaires des auteurs latins portent sur le sémantisme de signum: on évoque sa signification générale de « signe, indice perceptible renvoyant à une entité absente non perceptible », son sens technique de « signes du zodiaque » (dans une relation de synonymie occasionnelle avec sidera « constellations, astres ») et sa valeur sémantique de « signe précurseur annonçant quelque chose » :

  • Varr. L. 7, 14 : Signa dicuntur eadem et sidera, signa quod aliquid significent, ut libra aequinoctium.
    « Signa ‘signes du zodiaque’ signifie la même chose que sidera ‘constellations’. Les signa sont aussi appelés ainsi parce qu’ils significant ‘indiquent’ quelque chose, comme la Balance indique l’équinoxe ».
  • Cassiod. In Psalm. 85, 17 l.317 A.: Signum dicitur ab eo quod uentura significet ; 134,9 l. 168 A.
    « Le terme signum vient de ce que le signum indique les événements à venir ».

Selon Ch. Kircher-Durand (1982), signum peut toutefois être rapproché d’un groupe de substantifs (neutres) à suffixe –num (lignum, tignum à côté de regnum1)) entretenant chacun avec un verbe (respectivement lego, tego, rego et seco2) pour signum) des relations plus ou moins nettes que l’on peut généralement définir comme la relation qu’entretient avec ces verbes le complément dénotant le siège du procès qu’ils expriment. Par son suffixe (et son signifié global) au moins, signum serait alors motivé et seule la base de dérivation serait devenue opaque.

5.3. « Famille » synchronique du terme

Signum entretient des relations d’association (synchronique, diachronique ou les deux à la fois) avec : ante-sign-ānus, dē-sign-āre, in-sign-is, re-sign-āre, sigil-lum,signi-fer, signi-fic-āre, sign-iāre, sign-āre.

5.3.1. Sur le radical sigill- (ou sig- ?)

Sigillum, i, n : (Cic.) « petite représentation », « statuette », « petite figure », « empreinte d’un cachet », « cachet, sceau », tard. « signe, marque ». Apparaît soit comme le diminutif de signum, soit comme son synonyme partiel.

Et ses dérivés : sigillāria, orum, n. pl. (Sén.) « statuettes », « cadeaux envoyés pendant les Sigillaires » ; Sigillāria, ium (orium), n. pl. (Suét.) « Sigillaires » [fête qui suivait les Saturnales] ; sigillāriārius, ii, m. (CILCorpus Inscriptionum Latinarum, 1863 sqq. VI, 9895) « fabricant de statuettes » ; sigillaricius, a, um (Vop.) « servant à cacheter » ; sigillārius, ii, m. (CILCorpus Inscriptionum Latinarum, 1863 sqq. VI, 9894) « fabriquant de cachets » ; sigillārius, a, um (Tert.) « de figurine, de marionnette » ; sigillātus, a, um (Cic.) « orné de figurines, de reliefs, ciselé » ; sigilliolum, i, n. (Arn.) « figurine, statuette » ; sigillō, āre (tard.) « empreindre » (Fulg.), « marquer du signe de la croix, chasser par le signe » (Fort.).

5.3.2. Sur le radical sign-

Signō, āre (Pl.) (dénominatif de signum à côté de signum « cachet » et « signe de reconnaissance », « signe ») :
1. « marquer d’un signe » (Pl.) puis « indiquer », « désigner »
2. « cacheter » (Pl.) ; « apposer son cachet pour authentifier » (imp.)
3. « reconnaître, distinguer », « délimiter (un champ) » (poés.)

Et ses préverbés :

adsignō, āre (Cic.) (à côté de signum « signe distinctif, signe de reconnaissance ») :
1. « assigner » (Sémème : /attribuer/ quelque chose/ /à quelqu’un/ /et le reconnaître/ /comme le propriétaire de cette chose/)
2. « imputer » (Sémème : /attribuer/ /un fait/ /à quelqu’un ou à un fait/ /et le reconnaître/ /comme le responsable/ /de ce fait/)
3. « confier à » (Sémème : /attribuer/ /quelqu’un/ /à une entité/ /que l’on reconnaît/ /momentanément/ /comme le propriétaire/)

consigno, are (Pl.) (à côté de signum « cachet, sceau ») :
1. « sceller » (Pl.)
2. « certifier en apposant un sceau » (imp.)
3. « consigner, mentionner avec les caractères de l’authenticité » (Pl.)
4. « inscrire » (sans caractère officiel) (Cic.)
5. « marquer d’un sceau pour initier » (Tert).

dēsigno, are (à côté de signum « signe ») :
1. « tracer, représenter »
2. « indiquer » (Sémème : /faire voir/ / quelque chose/ / par des signes/)
3. « désigner (procès appliqué aux mots) », (Sémème : /être signe/ /de quelque chose/)
4. « choisir, désigner » (Sémème : /faire voir/ /par des signes/ /un choix/)
5. « disposer, arranger » (Sémème : /indiquer/ /par signes/ /une place/)
6. « montrer, indiquer » (Tert.), « désigner, appeler », « symboliser »

dissigno, are (Pl.) (à côté de signum « cachet, sceau ») : « perpétrer » ; « briser, corrompre », à partir d’un sens non attesté de « briser, détruire le cachet »

obsignō, āre (Pl.) (à côté de signum « cachet, sceau ») :
1. « cacheter », « sceller » (Pl.)
2. « apposer un cachet pour authentifier, pour certifier » (Cic.)
3. « marquer d’un signe, imprimer » (Lucr., IV, 565-567)
4. « attester » (Tert.).

resigno, are (Pl.) (à côté de signum « cachet, sceau ») :
1. « décacheter, briser, retirer le sceau »
2. « annuler, retirer, briser » (Cic.)
3. « ouvrir ce qui a été fermé », « dévoiler, expliquer » (poés.)
4. (→ resignaculum « cachet », « empreinte laissée par le cachet » (Tert.) « apposer un cachet » (rar., tard.)

subsigno, are (Cic.) (à côté de signum « cachet, sceau », mais ses acceptions, relevant du vocabulaire juridique, semblent avoir perdu tout lien direct avec le substantif) :
1. « consigner (en dessous ou à la suite) » (jur.)
2. « consigner en tant que garantie », « offrir en garantie » (jur.)
3. « consigner » (imp., hors du domaine juridique)
4. « garantir » (Tert.).

Et également :

signaculum, -i, n. (tard.) : synonyme partiel de signum au sens de « marque, signe », « cachet » ; de même resignaculum, -i, n.

insigne, -is, n. (subst.) (Pl.) (à côté de signum « signe de reconnaissance ») : « insigne, emblème », « signe de reconnaissance » (Pl.), « décoration ».

insignis, e (adj.) (Pl.) (à côté de signum « signe de reconnaissance ») : « qui porte une marque distinctive », « qui porte un signum » (Sémème : /qui permet/ /de reconnaître/).

5.3.3. Le composé significo, -are et ses dérivés

significo, are (Pl.) (à côté de signum « signe »)
1. « faire des signes » (Pl.) (Sémème : /Faire/ /des signes/)
2. « indiquer, faire voir » (Cic.) (Sémème : /Faire voir/ /quelque chose/ /par des signes/)
3. « laisser voir, montrer » (Sémème : /Etre signe/ /de quelque chose/)
4. « être présage de » (Sémème : /Etre signe/ /d’événements futurs/)
5. « signifier » (Varr.)

significatio, onis, f. (Cic.) :
1. « Signe, indication » (Sémème : /ce qui indique/ /quelque chose/ /d’autre que lui-même/) : le lexème désigne toutes sortes de signes (signes conventionnels, présages, preuves), ses acceptions et emplois sont proches de ceux de signum.
2. « Signe d’approbation », « expression du visage »
3. « Sens, signification » (Sémème : /ce qui est indiqué/ /par le mot ou par un ensemble de mots/)
4. « Allusion » (Sémème : /fait d’indiquer/ /plus que/ /le sens/ /des mots/)

significatus, us, m. : « signe », « signification ». En relation de synonymie partielle avec significatio.

Ainsi que significabilis, significans, significanter, significantia.

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Signum entretient des relations de synonymie en contexte avec plusieurs substantifs, le plus souvent au sein d’un domaine de spécialité particulier, pour un sens ou un emploi précis.

- Lorsque signum a le sens de « statue », il entre en relation de synonymie partielle avec statua, dès l’époque archaïque, et simulacrum à partir de l’époque classique. Statua (-ae, f.) fait presque toujours référence à la statue d’un être humain représenté en pied, qu’il soit debout (statua pedestris) ou à cheval (statua equestris), alors que signum dénote en premier lieu des statues de divinités avant d’être étendu à toute représentation artistique sculptée.

Sémème de statua: /Représentation/ /artistique/ /sculptée/ /d’un homme/ /en pied/.

Mais, comme signum, statua a pu également servir de terme générique pour désigner une œuvre sculptée en face de tabula ou pictura, qui dénotaient des œuvres peintes.

Quant à simulācrum (i, n.), ce n’est qu’à partir de l’époque cicéronienne qu’il est attesté avec le sens de « statue ». Il s’applique à tous les types de statue, divinité, homme, ou encore animal.

Sémème de simulacrum (au sens de « statue ») : /Représentation/ /artistique/ /ressemblante/ /sculptée/. Ce sens est obtenu par restriction (et addition de sèmes spécifiques) à partir du sens de « représentation ressemblante » que simulacrum possède à l’époque archaïque.

Par rapport à signum, qui dénote la statue par laquelle la divinité manifeste sa présence effective, simulacrum permet, au contraire, d’insister sur le fait que la statue ne fait que ressembler à la divinité, manifestant alors l’absence de cette dernière plutôt que sa présence effective.

- Dans le domaine de la rhétorique, où il dénote l’indice, signum entretient des relations de proximité sémantique avec indicium, argumentum, ainsi que la lexie complexe uestigium facti.

Il commute avec indicium (-i, n.) dans certains contextes, notamment lorsque l’un ou l’autre lexème est coordonné à argumentum (voir par exemple Cic., Verr. Prim 17 et Her. II, 11). La différence entre les deux lexèmes tient surtout au statut de cet emploi au sein de leur sémantisme global : dans la mesure où indicium fait partie d’une famille de mots relevant du vocabulaire juridique (en latin, iudex « juge » ou dicere au sens de « plaider »), cet emploi constitue en réalité l’un de ces principaux sens. En revanche, dans le cas de signum, il ne s’agit que d’une application particulière, dans un domaine technique, du sens plus général de « signe », défini comme /ce qui renvoie/ /à quelque chose d’autre/ /et qui en est caractéristique/. Par conséquent, indicium est plus technique que signum.

Au sein du vocabulaire latin de la preuve, signum est souvent considéré comme l’équivalent latin de σημεῖον, qui dénote soit l’indice en général, soit l’indice seulement probable (Arist., Pr. Anal., II, 70a), l’indice nécessaire recevant alors le nom de τεκμήριον (Arist., Rhét. I, 1357b). En latin, c’est argumentum (-i, n.) qui semble être l’équivalent de τεκμήριον. Ainsi, la plupart du temps, les deux lexèmes sont bien distincts : s’ils dénotent tous deux les indices qui permettent d’augmenter le soupçon et de confirmer l’accusation, ils diffèrent quant au degré de certitude de ces indices. L’argumentum étant « ce par quoi l’on confirme l’accusation à l’aide de preuves plus certaines et par des soupçons plus solides (Her. II, 8) », son sémème se distingue de celui de signum par l’ajout d’un sème spécifique /de façon plus assurée/. C’est pourquoi il convient de le traduire par « preuve » en français, là où signum est traduit par « indice ».

Cependant, les rapports entre les deux lexèmes latins et les deux lexèmes grecs sont plus complexes qu’il n’y paraît. En effet, argumentum est défini de la même manière dans la Rhétorique à Hérennius (II, 8) que σημεῖον dans le traité de rhétorique pré-aristotélicien intitulé Rhétorique à Alexandre (12, 1430b), c’est-à-dire comme « ce qui se produit d’habitude avant la chose, ou en même temps que la chose, ou après la chose3)». En outre, dans les Partitiones oratoriae, Cicéron n’emploie presque jamais signum pour désigner les indices et « réunit toutes les preuves techniques sous le nom d’argumenta » (Moussy, 1988, 176). La lexie uestigia facti commute avec signa dans son emploi rhétorique. Comme le lexème simple, elle est définie comme « ce qui est perceptible par les sens » (quicquid sensu percipi possit, Cic., Part. 39) et s’applique à des référents similaires à ceux de signum, la pâleur ou le sang (voir Cic. Inu. I, 48 et Part. 39 et 114).

- Dans son emploi métalinguistique, signum subsume les noms dictio (-onis, f.) et uerbum (-i, n.), chez Augustin. En effet, dénotant le signe linguistique composé d’une face signifiante (sonus) et d’une face signifiée (significatio), le signum peut être une dictio, c’est-à-dire « un signe linguistique proféré qui désigne autre chose que lui-même » (Dorothée : 2006, 311) ou un uerbum, i. e. un mot autonyme, qui renvoie à lui-même.

- Dans le vocabulaire technique de la géométrie, de son emploi au sens de « marque » visible à partir de laquelle les arcs de cercle sont tracés, chez Vitruve, signum acquiert le sens de « point géométrique » chez Balbus. Il est alors le synonyme partiel de punctum (-i, n.), qui a pu dénoter à la fois la marque servant de repère pour tracer les cercles (Vitr., De arch. I, 6, 6) et le point géométrique.

- Lorsqu’il sert à désigner les miracles chez les auteurs chrétiens, signum entre dans le paradigme sémantique des noms chrétiens du miracle à côté de uirtus (-tutis f.), mirabilia, miraculum (-i, n.), prodigium (-i, n.), portentum (-i, n.), magnalia , monstrum (-i, n.), ostentum (-i, n.).

- Dans le sens de « constellation » et « étoile », signum se trouve en relation de synonymie partielle avec sidus (-eris, n.) et stella (-ae, f.), deux lexèmes qui dénotent spécifiquement ces réalités.

5.5. Influence possible de mots grecs

- Signum a servi d’équivalent de traduction au grec σημεῖον pour plusieurs emplois de ce dernier. Ainsi, le lexème latin traduit un emploi technique de σημεῖον en médecine chez Celse, tout en conservant le même sémème que lorsqu’il a le sens courant de « signe » ou « signe précurseur » ; il peut aussi être utilisé pour rendre le lexème grec dans le domaine de la rhétorique ; enfin, il apparaît comme son équivalent de traduction privilégié dans la Bible. Malgré l’influence de σημεῖον, il n’y a pas lieu de considérer le substantif latin comme un calque sémantique du lexème grec : l’histoire sémantique du substantif latin suffit, en elle-même, à expliquer toutes les significations et emplois de signum.

- Lorsqu’il a le sens de « cachet », signum a pour équivalent grec σύμβολον, dont le calque phonématique latin est symbolus, « signe de reconnaissance ». Par conséquent, il arrive que signum et symbolus soient en relation contextuelle de synonymie, comme dans l’exemple suivant où, plus précisément, symbolus fonctionne comme l’hyperonyme de signum:

  • Pl. Ps., arg. II, 5-6 :
    Scortum reliquit ad lenonem ac symbolum,
    ut, qui attulisset signum simile cetero
    cum pretio, se cum aueheret emptam mulierem.
    « Il a laissé la fille et le signe de reconnaissance chez le proxénète pour que celui qui aura rapporté la même empreinte de cachet avec le reste de la somme puisse emmener avec lui la femme achetée. »



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1) Regnum se distingue phonétiquement des trois autres termes, mais devait, plus nettement qu’eux, être mis par le sujet parlant latin en rapport avec un verbe.
2) Ch. Kircher-Durand ne défend plus la formation de signum à partir de la racine indo-européenne *sekw- comme elle le faisait dans sa thèse (1982), mais souscrit à la position consistant à rapprocher le lexème de la racine *sek- (cf. §6).
3) Trad. du grec P. Chiron, C.U.F., 2002.