rursus

(adverbe)


1. Graphie, phonétique, phonologie

1.1. Graphie et variantes graphiques

Cet adverbe offre une pluralité de formes : deux allomorphes d’origine morphologique rursus (figement d’un ancien nominatif masculin sg.) et rursum (figement d’un ancien accusatif masculin sg., cf. § 2.2.) et d’autres formes où les diverses graphies reflètent probablement des variantes de prononciation : rusum, rusus, russum.

A) La forme rusum

De la forme rūsum, la BTL donne 21 occurrences, dont 10 chez Plaute, 4 en poésie (Catulle, Lucrèce, Virgile : avec une première syllabe longue), alors que les autres occurrences sont toutes chez des auteurs tardifs.

Cette graphie pourrait correspondre à une prononciation où la consonne r à la coda de la syllabe initiale a pu être assimilée (assimilation régressive à la frontière de syllabe) par la sifflante à l’attaque de la seconde syllabe. Ensuite, la graphie montre une simplification de la sifflante géminée. Cette simplification de la géminée a peut-être également eu lieu dans la prononciation puisqu’on était derrière une voyelle longue (-ss- est maintenu derrière voyelle brève, mais se simplifie en -s- derrière voyelle longue).

B) La forme rusus

La BTL donne également 14 occurrences de rusus, principalement chez Virgile (où la première syllabe est longue). Il s’agit de l’allomorphe du rusum précédent selon la variation -m / -s. La forme rusus supporte donc une explication phonétique identique à celle de rusum.

C) La forme russum

On ne relève qu’un seul exemple de la graphie russum, chez Plaute :

  • Pl. Trin. 181 :
    Neque adeo hasce emi mihi nec ussu rae meae :
    Illi redemi russum, a me argentum dedi.
    « Et ce n’est pas pour cette raison que j’ai acheté cette maison, ni pour mon propre usage : c’est pour lui (= Charmidès) que je l’ai rachetée de nouveau ; j’ai payé à partir de ma propre fortune ».

Dans ce passage, l’adverbe est employé conjointement avec le préverbe re- (ici sous sa forme red-), présent dans rĕd-ēmī, les deux morphèmes pouvant être traduits par le préverbe français r- dans le verbe r-acheter.

Phonétiquement cette forme à géminée (-ss-) correspond à la phase chronologiquement antérieure aux deux formes précédentes (rūsum, rūsus), où la géminée n’a pas encore été simplifiée. La même absence de simplification de -ss- (qui est un trait de la langue archaïque) est, précisément, attestée au vers précédent dans le substantif ussurae (à la place de l’orthographe habituelle ūsūrae).

1.2. Phonétique et phonologie

[‘ru:r.sus] et [‘ru:r.sum]

/‘ru:r.sus/ et /‘ru:r.sum/

Selon le témoignage des inscriptions archaïques pré-littéraires, la nasale finale (-m) était probablement affaiblie ou amuïe dans la prononciation.

Il devait en être de même aux périodes archaïque littéraire et classique dans les bas niveaux de langue, mais non dans les niveaux de langue élevés, où la nasale finale avait probablement été restaurée et maintenue, du moins dans certaines conditions syntagmatiques de saṃdhi externe et de manière plus ou moins nette.

Cette tendance à l’affaiblissement s’accentuant, la nasale -m finale n’était plus prononcée dans la langue courante en latin tardif. Au contraire, la sifflante finale (-s) était peut-être faiblement articulée ou même amuïe à l’époque archaïque pré-littéraire au témoignage des inscriptions, mais elle devait être prononcée plus nettement aux périodes classique, postclassique et tardive.

A l’époque archaïque pré-littéraire, les deux allomorphes rursus et rursum avaient donc probablement la même prononciation [‘ru:r.su]. A partir de l’époque classique, le fait que le -s final ait été plus solide que le -m final a peut-être favorisé l’emploi de rursus aux dépens de rursum.



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