recēns, -tis

(adjectif)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

Selon le [R.E.W., s.u.], lat. recens est à l’origine de plusieurs termes dans les langues romanes :

roum. rece « frais »,
anc.-fr. roisant,
esp. recién,
por. recente
it. recente.

Les dictionnaires [DEI, s.u.], [DELI, s.u] et [GDLI, s.u.] considèrent it. recente comme un mot savant, contrairement à [M.-L., s.u.]. Le mot est attesté avant 1292 selon le [DELI, s.u.], alors que le [GRADIT, s.u.] situe la première attestation avant 1313. Aucune raison phonétique n’empêche de considérer it. recente comme un descendant par la voie phonétique de lat. recens.

Différentes formes phonétiques de l’adjectif it. recente sont attestées dans les textes italiens anciens : le [GDLI, s.u.] cite racènte, rasènte, rescinte, ricènte, ce qui ferait penser que le mot est parvenu par la voie phonétique. Les dialectes italo-romans attestent peu de descendants par la voie phonétique : le [DEI, s.u.] cite la forme argèint du dialecte de l’Engadine (auquel [R.E.W., s.u.] attribue la forme nouv arschaint) et le frioulan rezìnt. Le [DES, s.u.] cite la forme du sarde central rekènte et du dialecte du Logudoro [re’ɣɛnte] ‘récent’, qui illustrent les traits phonétiques caractéristiques des dialectes sardes et ne peuvent pas être considérés comme empruntés à l’italien.

Fr. récent, attesté depuis le XVe siècle selon le [DELF, s.u.], est un emprunt savant au latin, selon le [DHLF, s.u] et le [DELF, s.u.]. Il a supplanté les formes anc.-fr. roisant et raisant « frais », attestées au début du XIIIe siècle, qui continuaient par la voie phonétique lat. recentem.

Lat. recens fut emprunté par le français dans fr. récent avec le sens de « frais, vif », en particulier pour une blessure ou une douleur. Dans cet emploi, on observe un lien étroit avec la valeur sémantique du verbe sarde (ar)reɣentiare1) « rendre plus vif, plus aigu » spécifiquement pour les blessures et les douleurs. La valeur initiale de fr. récent « frais, vif », qui caractérisait aussi bien une couleur que des êtres humains, est sortie de l’usage. Seule la signification « qui s’est produit depuis peu de temps » est conservée en français contemporain. Le sens ancien survit dans les dialectes du nord de la France, où l’on peut qualifier avec l’adjectif récent quelqu’un qui a repris ses sens après l’ivresse.

7.1.2. Sémantique

Selon le [DELI, s.u.], it. recente signifie « qui vient juste d’être fait » ou « qui s’est passé juste avant », comme fr. récent : il renvoie donc à un événement temporel. L’adjectif est attesté avant le 1292, dans l’œuvre de Bono Giamboni, comme le rappelle aussi bien le [DELI, s.u.] que le [GDLI, s.u.]. Selon le [DELI, s.u.], l’adjectif it. recente employé par Boccaccio dans certaines expressions comme l’erba ricente « l’herbe qui vient de naître » conserve le sens latin et n’offre pas celui que l’adjectif a acquis en italien, bien que, dans d’autres cas, par exemple questo ricente caso « cet événement récent », la valeur sémantique de l’adjectif soit celle de l’italien. La même signification se retrouve dans le passage suivant de l’Enfer de Dante :

  • Dante, Inf. XVI 10-11 :
    « Ahimè, che piaghe vidi ne’ lor membri, / ricenti e vecchie, da le fiamme incese ! »
    « Ah ! Quelles plaies vis-je à leurs membres, / récentes et anciennes, creusées par les flammes ».

Dans la langue littéraire, l’adjectif italien a aussi le sens de « frais » pour les produits alimentaires qui viennent d’être récoltés (légumes, fruits), ou bien pour la viande qui vient d’être coupée par le boucher, pour le pain, la viande ou le poisson qui viennent d’être cuits, pour les œufs frais, etc. Cette valeur n’existe plus dans la langue parlée.

Elle est cependant conservée dans les descendants phonétiques du verbe latin recentāri « se renouveler, se rafraîchir, rajeunir », qui se trouvent dans plusieurs variétés romanes, mais non en italien standard : sicilien arricintari, napolitain arrəcendarə, sarde (ar)reɣentiare, émilien arzinté, lombard / vénitien rezenta[r], frioulan rezentá, catalan rentar, vieil-espagnol recentar, ancien-français reincier, français moderne rincer.

Selon le [DELF, s.u.], fr. rincerest dérivé (par dissimilation) de anc.-fr. recincier, qui descend par la voie phonétique de lat. *recentiare, également continué par prov. retensar.

La forme du dialecte sarde (ar)reɣentiare remonte à lat. *recentiare plus probablement qu’à lat. recentāri. En sarde existe aussi le dérivé substantival [reɣen’tia] « rage, irritation », dont la signification dérive probablement du sens originel de « nouvelle irritation », selon le [DES, s.u.].

Le superlatif au féminin pluriel it. recentissime est employé comme substantif pour désigner les dernières nouvelles arrivées dans la rédaction d’un journal.

La locution adverbiale it. di recente est synonyme de l’adverbe it. recentemente, tiré de l’adjectif selon la dérivation usuelle adjectif ⇒ adverbe (cf. fr. récent adjectif ⇒ récemment adverbe).

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

It. recenziore « plus récent » est un emprunt à l’adjectif latin au comparatif recentiōrem. Selon le [DELI, s.u.], il est attesté pour la première fois en 1921-1922. Par métonymie, cet adjectif s’emploie aussi pour quelqu’un qui a vécu à une époque récente par rapport au locuteur. Il a également un emploi technique dans les éditions des textes anciens pour un manuscrit plus récent qu’un autre manuscrit ou qu’une famille de manuscrits.

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1) Le signe <ɣ> note une consonne fricative vélaire.