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dictionnaire:recens6 [2015/03/03 16:27]
bothua créée
dictionnaire:recens6 [2015/03/06 10:48] (Version actuelle)
bothua
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 Cette base est bien représentée dans l’onomastique gauloise, surtout comme premier élément de composé : //Cintu-gnatos, Cintu-cnus, Cintugenus, Cintu-gnata, Cintu-gena, Cintu-genea// « premier/première né(e) », //Cintus, Centus, Cintullus, Cintusmus// (superlatif) « tout-premier », etc. (cf. Delamarre 2003 s.v. //cintus, cintux(os), cintusmos// « premier »). On posera un adjectif celtique //*kentu-//, thème en //-u-//. Cette base est bien représentée dans l’onomastique gauloise, surtout comme premier élément de composé : //Cintu-gnatos, Cintu-cnus, Cintugenus, Cintu-gnata, Cintu-gena, Cintu-genea// « premier/première né(e) », //Cintus, Centus, Cintullus, Cintusmus// (superlatif) « tout-premier », etc. (cf. Delamarre 2003 s.v. //cintus, cintux(os), cintusmos// « premier »). On posera un adjectif celtique //*kentu-//, thème en //-u-//.
  
-Sur une base //*ken-//, sans élargissement t, on a des formes en indo-iranien et en grec :+Sur une base //*ken-//, sans élargissement //t//, on a des formes en indo-iranien et en grec :
 gr. //καινός// « nouveau, récent » < //*k˚n-yo-//,  gr. //καινός// « nouveau, récent » < //*k˚n-yo-//, 
 sk. //kaná-// « jeune, juvénile»,// kanī́na-// « id. », fém. substantivé //kanā́// « jeune fille »,  sk. //kaná-// « jeune, juvénile»,// kanī́na-// « id. », fém. substantivé //kanā́// « jeune fille », 
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 got. //hindumists// « dernier », v.h.a. //hintana, hintar// « derrière » (all. mod. //hinter//), v.-angl. //hindema// « dernier », angl.-mod. //be-hind.// got. //hindumists// « dernier », v.h.a. //hintana, hintar// « derrière » (all. mod. //hinter//), v.-angl. //hindema// « dernier », angl.-mod. //be-hind.//
  
-Toutes ces formes peuvent reposer sur une base //*ken-t-//. C’était l’avis de Feist((Feist fait cette remarque paradoxale que les notions de « premier » et « dernier » s’échangent souvent. Tout dépend de quelle extrémité on considère la série.)) 1939, s.v. //hindumists.// Mais on trouve un point de vue différent dans Kluge-Seebold s.v. //hinter//, qui évoque un conglomérat de particules.+Toutes ces formes peuvent reposer sur une base //*ken-t-//. C’était l’avis de FEIST((FEIST fait cette remarque paradoxale que les notions de « premier » et « dernier » s’échangent souvent. Tout dépend de quelle extrémité on considère la série.)) 1939, s.v. //hindumists.// Mais on trouve un point de vue différent dans Kluge-Seebold s.v. //hinter//, qui évoque un conglomérat de particules.
  
 Sur la base du slave et du celtique, on peut poser une racine verbale //*ken-// « surgir, jaillir, commencer, venir à l’existence » présente : Sur la base du slave et du celtique, on peut poser une racine verbale //*ken-// « surgir, jaillir, commencer, venir à l’existence » présente :
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 La base verbale irlandaise //cin-//, rangée sans autre précision sous //*ken-o-// par Matasović 2009, serait, d’après le //LIV//, dénominative. La base verbale irlandaise //cin-//, rangée sans autre précision sous //*ken-o-// par Matasović 2009, serait, d’après le //LIV//, dénominative.
  
-Selon certains, le degré Ø de la racine apparaîtrait dans le suffixe patronymique gaulois très fréquent //-cno- < *kn-o- : Truticnos// « fils de Druti » (inscription de Todi), //Alle-cnus, Biti-cnos, Octo-cnus//, etc. Mais d’après Delamarre 2003 s.v. //geno//s, ce //-cno-// est plus probablement l’avatar de //*-gno-//, degré Ø de la racine i.-e. //*gen-h1-//, car il semble qu’un groupe // gn-// tende à passer à //-cn-// en gaulois.+Selon certains, le degré Ø de la racine apparaîtrait dans le suffixe patronymique gaulois très fréquent //-cno- < *kn-o- : Truticnos// « fils de Druti » (inscription de Todi), //Alle-cnus, Biti-cnos, Octo-cnus//, etc. Mais d’après Delamarre 2003 s.v. //geno//s, ce //-cno-// est plus probablement l’avatar de //*-gno-//, degré Ø de la racine i.-e. //*gen-h<sub>1</sub>-//, car il semble qu’un groupe // gn-// tende à passer à //-cn-// en gaulois.
  
-La difficulté est d’expliquer précisément lat. //recēns, gén. recentis//. La dentale //-t- //est suffixale. Elle se retrouve dans nombre de formes celtiques ou germaniques dérivées de //*ken-//.+La difficulté est d’expliquer précisément lat. //recēns//, gén. //recentis//. La dentale //-t- //est suffixale. Elle se retrouve dans nombre de formes celtiques ou germaniques dérivées de //*ken-//.
  
-C’est peut-être la même dentale -t- qu’on retrouve dans le type de véd. //deva-stú-t-// « qui loue les dieux », ou lat. //sacer-dō-t-// « qui accomplit les //sacra// ». +C’est peut-être la même dentale -//t//- qu’on retrouve dans le type de véd. //deva-stú-t-// « qui loue les dieux », ou lat. //sacer-dō-t-// « qui accomplit les //sacra// ». 
  
-Ainsi, lat. //recēns// signifiera-t-il « qui vient d’apparaître ». R. Garnier signale la proximité morphologique et sémantique de lat. //praegnās, -ātis //« enceinte », de //*preh2i-ǵṇh1-t-// « sur le point d’enfanter ». +Ainsi, lat. //recēns// signifiera-t-il « qui vient d’apparaître ». R. Garnier signale la proximité morphologique et sémantique de lat. //praegnās, -ātis //« enceinte », de //*preh<sub>2</sub>i-ǵṇh<sub>1</sub>-t-// « sur le point d’enfanter ». 
  
-Il est plus malaisé d’expliquer la présence du préfixe //re-//. Néanmoins, un prototype //*kent-// eût été difficilement viable en latin : un nominatif //*cens//, prononcé //*cēs,// eût été peu identifiable, peu intégrable aux cadres morphologiques latins. Quelle que pût en être la signification première, ce préfixe a ultérieurement servi à étoffer phoniquement la forme, et les locuteurs ne pouvaient plus, en synchronie, isoler un préfixe dans cet adjectif immotivé((Un moderne, Darmesteter, a proposé de faire de lat. //recēns// le participe d’un verbe non attesté et qui, probablement, n’a pas existé : //*recō, -ere.//)). +Il est plus malaisé d’expliquer la présence du préfixe //re-//. Néanmoins, un prototype //*kent-// eût été difficilement viable en latin : un nominatif //*cens//, prononcé //*cēs,// eût été peu identifiable, peu intégrable aux cadres morphologiques latins. Quelle que pût en être la signification première, ce préfixe a ultérieurement servi à étoffer phoniquement la forme, et les locuteurs ne pouvaient plus, en synchronie, isoler un préfixe dans cet adjectif immotivé((Un moderne, DARMESTETER, a proposé de faire de lat. //recēns// le participe d’un verbe non attesté et qui, probablement, n’a pas existé : //*recō, -ere.//)). 
  
  
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