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dictionnaire:quomodo4detailleb [2015/01/23 13:36]
bothua
dictionnaire:quomodo4detailleb [2015/01/23 14:09] (Version actuelle)
bothua
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 D’une façon générale, c’est la structure du diptyque inverse qui se trouve le plus profondément altérée en latin postclassique. La séquence corrélative //ita … quo(=)modo//, déjà très rare au Ier s. avant notre ère, finira par sortir complètement d’usage au profit de //sic … quo(=)modo.// Probablement sous l’influence de //sicut// soudé, ses deux constituants tendent à se rapprocher pour introduire conjointement le repère de comparaison :  \\ D’une façon générale, c’est la structure du diptyque inverse qui se trouve le plus profondément altérée en latin postclassique. La séquence corrélative //ita … quo(=)modo//, déjà très rare au Ier s. avant notre ère, finira par sortir complètement d’usage au profit de //sic … quo(=)modo.// Probablement sous l’influence de //sicut// soudé, ses deux constituants tendent à se rapprocher pour introduire conjointement le repère de comparaison :  \\
  
-   * Sen. //contr.// 10,3,13 : //Cestius hoc colore : contumaciter, inquit, rogauit, sic quomodo periit : non uultu demisso, …// \\ « Cestius employa la couleur suivante : ‘Elle m’implora avec cette arrogance qui l’a poussée à la mort, sans baisser les yeux, …’ » (H. Bornecque) \\+   * Sen. //contr.// 10,3,13 : \\ //Cestius hoc colore : contumaciter, inquit, rogauit, sic quomodo periit : non uultu demisso, …// \\ « Cestius employa la couleur suivante : ‘Elle m’implora avec cette arrogance qui l’a poussée à la mort, sans baisser les yeux, …’ » (H. Bornecque) \\
  
-   * Vel. //gramm.// VII 51,11:// non idem est z et sd, sic quo modo non idem est// σίγμα καὶ δ et z. « z et sd ne sont pas identiques ainsi que ne sont pas identiques σίγμα καὶ δ et z. » \\+   * Vel. //gramm.// VII 51,11: \\ // non idem est z et sd, sic quo modo non idem est// σίγμα καὶ δ et z. « z et sd ne sont pas identiques ainsi que ne sont pas identiques σίγμα καὶ δ et z. » \\
  
 Chez Sénèque le philosophe, //sic quomodo// est souvent utilisé, par brachylogie, pour introduire, en l’absence d’une P explicite, la seule subordonnée comparative : \\ Chez Sénèque le philosophe, //sic quomodo// est souvent utilisé, par brachylogie, pour introduire, en l’absence d’une P explicite, la seule subordonnée comparative : \\
  
-   * Sen. //epist.// 36,2 : //‘At bene aliquis illam fert.’ Sic, quomodo uinum.// \\ « ‘Tel pourtant porte bien sa félicité.’ Comme on porte bien le vin. » (H. Noblot) \\+   * Sen. //epist.// 36,2 : \\ //‘At bene aliquis illam fert.’ Sic, quomodo uinum.// \\ « ‘Tel pourtant porte bien sa félicité.’ Comme on porte bien le vin. » (H. Noblot) \\
  
-   * Sen.// nat.// 4b,11,5 : //et propius quidem est a sole mons quam campus aut uallis, sed sic quomodo est pilus pilo crassior.// \\ « Un sommet est sans doute plus proche du soleil qu´une plaine ou qu´une vallée, mais de la même manière qu´un poil est plus gros qu´un autre poil. » (P. Oltramare) \\+   * Sen.// nat.// 4b,11,5 : \\ //et propius quidem est a sole mons quam campus aut uallis, sed sic quomodo est pilus pilo crassior.// \\ « Un sommet est sans doute plus proche du soleil qu´une plaine ou qu´une vallée, mais de la même manière qu´un poil est plus gros qu´un autre poil. » (P. Oltramare) \\
  
 Ou bien //sic quomodo// ajoute à une proposition assertive une restriction négative, sous forme d’un complément adjoint ; pragmatiquement, ce complément fonctionne comme une relance rectificative : \\ Ou bien //sic quomodo// ajoute à une proposition assertive une restriction négative, sous forme d’un complément adjoint ; pragmatiquement, ce complément fonctionne comme une relance rectificative : \\
  
-   * Sen. //epist.// 34,3 : //In hoc plurimum est, non sic quomodo principia totius operis dimidium occupare dicuntur.// \\ « Le point principal est là, mais non pas <simplement> dans le sens où l’on dit que commencer, c’est expédier une moitié de la tâche entière. » (H. Noblot) \\+   * Sen. //epist.// 34,3 : \\ //In hoc plurimum est, non sic quomodo principia totius operis dimidium occupare dicuntur.// \\ « Le point principal est là, mais non pas <simplement> dans le sens où l’on dit que commencer, c’est expédier une moitié de la tâche entière. » (H. Noblot) \\
  
 On comprend que, accompagné de //sic// qui joue clairement le rôle d’un adverbe de manière, //quo(=)modo// ait pu progressivement se délester de son statut catégoriel d’adverbe et de son contenu sémantique de « manière » pour devenir, sur le modèle du « que » français, un simple connecteur introduisant par ex., à la place de //ut//, une complétive : \\ On comprend que, accompagné de //sic// qui joue clairement le rôle d’un adverbe de manière, //quo(=)modo// ait pu progressivement se délester de son statut catégoriel d’adverbe et de son contenu sémantique de « manière » pour devenir, sur le modèle du « que » français, un simple connecteur introduisant par ex., à la place de //ut//, une complétive : \\
  
-   * Sen. //epist//. 88,9 : //fac potius quomodo animus secum meus consonet nec consilia mea discrepent.// \\ « Ah ! plutôt fais en sorte que l’harmonie règne dans mon âme, qu’il n’y ait pas dissonance dans mes volontés. » (H. Noblot) \\+   * Sen. //epist//. 88,9 : \\ //fac potius quomodo animus secum meus consonet nec consilia mea discrepent.// \\ « Ah ! plutôt fais en sorte que l’harmonie règne dans mon âme, qu’il n’y ait pas dissonance dans mes volontés. » (H. Noblot) \\
  
 Mais même à l’état libre, avec ses deux constituants disjoints, la séquence //sic… quomodo// a considérablement gagné du terrain depuis Cicéron : chez Sénèque, elle représente 30 (= 38  %) des 78 emplois de //quo(=)modo// en corrélation, chez Quintilien, même 9 sur 18, c.-à-d. la moitié. La raison de cette progression est au moins double. Même séparé, le tour, accompagné d’une négation, s’est spécialisé dans la réfutation rectificative d’un rapport d’analogie : \\ Mais même à l’état libre, avec ses deux constituants disjoints, la séquence //sic… quomodo// a considérablement gagné du terrain depuis Cicéron : chez Sénèque, elle représente 30 (= 38  %) des 78 emplois de //quo(=)modo// en corrélation, chez Quintilien, même 9 sur 18, c.-à-d. la moitié. La raison de cette progression est au moins double. Même séparé, le tour, accompagné d’une négation, s’est spécialisé dans la réfutation rectificative d’un rapport d’analogie : \\
  
-   * Sen. //epist.// 82,15 : non enim sic mors indifferens est, quomodo utrum capillos pares an impares habeas : mors inter illa est, quae mala quidem non sunt, tamen habent mali speciem : …// \\ « La mort n’est pas indifférente dans le sens où l’on dit qu’il est indifférent de savoir si nos cheveux sont en nombre pair ou impair. La mort est du nombre de ces objets qui, sans être des maux, en ont pourtant l’apparence : …» (H. Noblot) \\+   * Sen. //epist.// 82,15 : \\ //non enim sic mors indifferens est, quomodo utrum capillos pares an impares habeas : mors inter illa est, quae mala quidem non sunt, tamen habent mali speciem : …// \\ « La mort n’est pas indifférente dans le sens où l’on dit qu’il est indifférent de savoir si nos cheveux sont en nombre pair ou impair. La mort est du nombre de ces objets qui, sans être des maux, en ont pourtant l’apparence : …» (H. Noblot) \\
  
-   * Ps. Quint. //decl.// 8,13 : //quod pariter languerunt, non sic accidit quomodo fratribus, sed quomodo duobus. // \\ « Quant à leur état de langueur simultané, cela leur est arrivé non comme à des frères, mais comme à un doublet. » \\+   * Ps. Quint. //decl.// 8,13 : \\ //quod pariter languerunt, non sic accidit quomodo fratribus, sed quomodo duobus. // \\ « Quant à leur état de langueur simultané, cela leur est arrivé non comme à des frères, mais comme à un doublet. » \\
  
 Puis, sans négation, la séquence n’a plus la même force affective que chez Cicéron ; à preuve, un exemple, parmi d’autres, où //sic…quo(=)modo// est dénué de toute expressivité particulière : \\ Puis, sans négation, la séquence n’a plus la même force affective que chez Cicéron ; à preuve, un exemple, parmi d’autres, où //sic…quo(=)modo// est dénué de toute expressivité particulière : \\
  
-   * Quint. //inst. 9,4,138 : Denique, ut semel finiam, sic fere componendum, quo modo pronuntiandum erit.// \\ « Enfin, pour conclure d’un mot, l’agencement doit être en général adapté à la manière dont on devra parler. » (J. Cousin) \\+   * Quint. //inst. 9,4,138 : \\ Denique, ut semel finiam, sic fere componendum, quo modo pronuntiandum erit.// \\ « Enfin, pour conclure d’un mot, l’agencement doit être en général adapté à la manière dont on devra parler. » (J. Cousin) \\
    
 Moins marqué, l’emploi du diptyque inverse a gagné en fréquence ce qu’il a perdu en expressivité. \\ Moins marqué, l’emploi du diptyque inverse a gagné en fréquence ce qu’il a perdu en expressivité. \\
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 Quoique, comparés avec les diptyques normaux, les diptyques inverses aient, en général, une structure plus concise avec moins de symétries syntaxiques et sémantiques dans les deux propositions, une étape de condensation décisive semble être franchie dans le seul énoncé comportant //sic … quomodo// chez Pétrone((Nous situons ici Pétrone dans la prose du +1er s., mais il est possible que le texte ait été rédigé un peu plus tard, comme cela fut proposé récemment par R. MARTIN et P. FLOBERT.)) : \\ Quoique, comparés avec les diptyques normaux, les diptyques inverses aient, en général, une structure plus concise avec moins de symétries syntaxiques et sémantiques dans les deux propositions, une étape de condensation décisive semble être franchie dans le seul énoncé comportant //sic … quomodo// chez Pétrone((Nous situons ici Pétrone dans la prose du +1er s., mais il est possible que le texte ait été rédigé un peu plus tard, comme cela fut proposé récemment par R. MARTIN et P. FLOBERT.)) : \\
  
-   * Petron. 38,15 : //Solebat sic cenare quomodo rex.//  « D´ordinaire, il dînait comme un roi. » \\+   * Petron. 38,15 : //Solebat sic cenare quomodo rex.// \\ « D´ordinaire, il dînait comme un roi. » \\
  
 Selon H. Petersmann, on y a affaire au premier emploi de //quomodo// dans une comparative abrégée (//scil. quomodo rex solet cenare//) : l’adverbe comparatif de manière y étant suivi, en l’absence d’un verbe, du seul nom sujet, le repère de comparaison, non déterminé du point de vue modal et temporel, semble y perdre son statut propositionnel. L’incidence apparente de //quo(=)modo// au seul nom a pu favoriser son évolution vers le statut prépositionnel qu’on admet parfois en français, en l’absence de critères flexionnels, par ex. pour « comme » qualificatif  et «  énumératif » ou « comme » d’approximation. \\ Selon H. Petersmann, on y a affaire au premier emploi de //quomodo// dans une comparative abrégée (//scil. quomodo rex solet cenare//) : l’adverbe comparatif de manière y étant suivi, en l’absence d’un verbe, du seul nom sujet, le repère de comparaison, non déterminé du point de vue modal et temporel, semble y perdre son statut propositionnel. L’incidence apparente de //quo(=)modo// au seul nom a pu favoriser son évolution vers le statut prépositionnel qu’on admet parfois en français, en l’absence de critères flexionnels, par ex. pour « comme » qualificatif  et «  énumératif » ou « comme » d’approximation. \\
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 Pareille condensation a évidemment largement contribué à la perte d’expressivité de la structure : \\ Pareille condensation a évidemment largement contribué à la perte d’expressivité de la structure : \\
  
-   * Plin. //paneg//. 74,4 : //Pro nobis ipsis quidem haec fuit summa uotorum, ut nos sic amarent di quomodo tu.// \\ « Les vœux que nous formions pour nous-mêmes se résumaient en ceci : être aimés des dieux comme tu nous aimes toi-même. » (M. Durry) \\+   * Plin. //paneg//. 74,4 : \\ //Pro nobis ipsis quidem haec fuit summa uotorum, ut nos sic amarent di quomodo tu.// \\ « Les vœux que nous formions pour nous-mêmes se résumaient en ceci : être aimés des dieux comme tu nous aimes toi-même. » (M. Durry) \\ 
 + 
 +=== d. Les structures non corrélatives : tendances particulières d’emplois ===
  
-== d. Les structures non corrélatives : tendances particulières d’emplois == 
  
 Pour ce qui est enfin des comparatives en //quomodo// sans corrélatif, leur emploi sous forme d’incidentes parenthétiques continue en latin postclassique, mais sans jouir de la même préséance que chez Cicéron. Un auteur qui exploite beaucoup ce mode de structuration de la phrase pour créer un effet d’oralité familière est Pétrone ; la comparative peut comme chez Cicéron être incidente à l’énoncé ou à l’énonciation : \\ Pour ce qui est enfin des comparatives en //quomodo// sans corrélatif, leur emploi sous forme d’incidentes parenthétiques continue en latin postclassique, mais sans jouir de la même préséance que chez Cicéron. Un auteur qui exploite beaucoup ce mode de structuration de la phrase pour créer un effet d’oralité familière est Pétrone ; la comparative peut comme chez Cicéron être incidente à l’énoncé ou à l’énonciation : \\
  
-   * Petron. 61,6 : //ibi, **quomodo** dii uolunt, amare coepi uxorem Terentii coponis.// \\ « Là, avec la volonté des dieux, je tombai amoureux de la femme de Térence le cabaretier. » (A. Ernout) \\+   * Petron. 61,6 : \\ //ibi, **quomodo** dii uolunt, amare coepi uxorem Terentii coponis.// \\ « Là, avec la volonté des dieux, je tombai amoureux de la femme de Térence le cabaretier. » (A. Ernout) \\
  
-   * Petron. 38,8 : //sed **quomodo** dicunt – ego nihil scio, sed audiui – cum Incuboni pilleum rapuissset, [et] thesaurum inuenit.//  \\ « Mais, à ce qu’on raconte – moi je n’en sais rien, mais on me l’a dit – il a réussi à attraper le bonnet d’un Incube, et il a trouvé ainsi un trésor. » (A. Ernout) \\+   * Petron. 38,8 : \\ //sed **quomodo** dicunt – ego nihil scio, sed audiui – cum Incuboni pilleum rapuissset, [et] thesaurum inuenit.//  \\ « Mais, à ce qu’on raconte – moi je n’en sais rien, mais on me l’a dit – il a réussi à attraper le bonnet d’un Incube, et il a trouvé ainsi un trésor. » (A. Ernout) \\
  
 En revanche, le type quasi formulaire à valeur restrictive qui portait, surtout dans la correspondance de Cicéron, sous forme de parenthèse référence à l’actualité n’est plus attesté. \\ En revanche, le type quasi formulaire à valeur restrictive qui portait, surtout dans la correspondance de Cicéron, sous forme de parenthèse référence à l’actualité n’est plus attesté. \\
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 Un emploi prégnant de //quo(=)modo// relatif-comparatif est celui où il fait écho à un //quo(=)modo// interrogatif qui précède : \\ Un emploi prégnant de //quo(=)modo// relatif-comparatif est celui où il fait écho à un //quo(=)modo// interrogatif qui précède : \\
  
-   * Sen. //contr.// 1,1,8 : //Alui. **Quomodo**, quaeritis ? **Quomodo** istum.// \\ « Je lui ai fait l’aumône. Comment ? demandez-vous. Comme à celui-là. » (H. Bornecque) \\+   * Sen. //contr.// 1,1,8 : \\ //Alui. **Quomodo**, quaeritis ? **Quomodo** istum.// \\ « Je lui ai fait l’aumône. Comment ? demandez-vous. Comme à celui-là. » (H. Bornecque) \\
  
 ou encore celui où il introduit, sous forme de proposition isolée, une sentence de valeur générique, comme c’est le cas de l’énoncé liminaire d’une lettre à Lucilius : \\ ou encore celui où il introduit, sous forme de proposition isolée, une sentence de valeur générique, comme c’est le cas de l’énoncé liminaire d’une lettre à Lucilius : \\
  
-   * Sen. //epist. //51,1 : //**Quomodo** quisque potest, mi Lucili.// \\ « On fait comme on peut, mon cher Lucilius. » (H. Noblot) \\+   * Sen. //epist. //51,1 : \\ //**Quomodo** quisque potest, mi Lucili.// \\ « On fait comme on peut, mon cher Lucilius. » (H. Noblot) \\
  
 Les deux fois, //quo(=)modo// y garde sa valeur modale forte d’adverbe de manière et fonctionne, contrairement aux apparences, en relation intraprédicative à l’intérieur d’une proposition qui fonctionnerait elle-même comme complément prédicatif du verbe principal sous-entendu. \\ Les deux fois, //quo(=)modo// y garde sa valeur modale forte d’adverbe de manière et fonctionne, contrairement aux apparences, en relation intraprédicative à l’intérieur d’une proposition qui fonctionnerait elle-même comme complément prédicatif du verbe principal sous-entendu. \\
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 Dans le même ordre d’idées, une différence importante par rapport à l’usage classique est que //quo(=)modo// p, peu développé, intervient beaucoup plus souvent en relation intraprédicative à titre d’actant : \\ Dans le même ordre d’idées, une différence importante par rapport à l’usage classique est que //quo(=)modo// p, peu développé, intervient beaucoup plus souvent en relation intraprédicative à titre d’actant : \\
  
-   * Sen. //dial.// 9,2,6 (//de tranquillitate animi) : …, et uiuont **non quomodo** uolunt, **sed quomodo** coeperunt. //  \\ « …, et qui ne vivent pas comme ils ont envie de vivre, mais comme ils ont toujours vécu. » (H. Noblot) \\+   * Sen. //dial.// 9,2,6 (//de tranquillitate animi) : \\ …, et uiuont **non quomodo** uolunt, **sed quomodo** coeperunt. //  \\ « …, et qui ne vivent pas comme ils ont envie de vivre, mais comme ils ont toujours vécu. » (H. Noblot) \\
  
-   * Sen. //epist.// 84,8 : …, //similem esse te uolo **quomodo** filium, **non quomodo** imaginem : imago res mortua est.// \\ « …, je veux que tu me ressembles à la façon d’un fils, non d’un portrait : un portrait est chose morte. » \\+   * Sen. //epist.// 84,8 : \\ …, //similem esse te uolo **quomodo** filium, **non quomodo** imaginem : imago res mortua est.// \\ « …, je veux que tu me ressembles à la façon d’un fils, non d’un portrait : un portrait est chose morte. » \\
  
    * Quint. //inst.// 2,13,14 : \\ //propter quae mihi semper moris fuit quam minime alligare me ad   praecepta, quae __καθολικά__ uocitant, id est, ut dicamus **quo modo** possumus, uniuersalia uel perpetualia.// \\ « Pour ces raisons, j’ai toujours pris pour habitude de m’assujettir le moins possible aux préceptes qu’on appelle en grec //καθολικά// (catholiques), c’est-à-dire, pour les appeler comme nous pouvons, ‘universels’ ou ‘permanents’. »  \\    * Quint. //inst.// 2,13,14 : \\ //propter quae mihi semper moris fuit quam minime alligare me ad   praecepta, quae __καθολικά__ uocitant, id est, ut dicamus **quo modo** possumus, uniuersalia uel perpetualia.// \\ « Pour ces raisons, j’ai toujours pris pour habitude de m’assujettir le moins possible aux préceptes qu’on appelle en grec //καθολικά// (catholiques), c’est-à-dire, pour les appeler comme nous pouvons, ‘universels’ ou ‘permanents’. »  \\
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 Un énoncé comme celui-ci est ambigu dans la mesure où //quo(=)modo// après une ponctuation forte peut être interprété comme introduisant non plus une subordonnée relative-comparative mais une indépendante assertive au sens de « ainsi ». Une telle lecture rapprocherait alors cet exemple de : \\ Un énoncé comme celui-ci est ambigu dans la mesure où //quo(=)modo// après une ponctuation forte peut être interprété comme introduisant non plus une subordonnée relative-comparative mais une indépendante assertive au sens de « ainsi ». Une telle lecture rapprocherait alors cet exemple de : \\
  
-   * Val. Max. 6,9,7 : //gessit etiam se integerrime atque splendidissime. **Quo** quidem **modo** demonstrauit pristinum quaestum suum fortunae, praesens uero dignitatis incrementum moribus ipsius imputari debere. // \\ « Et il (//scil.// Titus Aufidius) a même exercé ses fonctions avec beaucoup d´intégrité et de  brio, **comportement par lequel /. De cette façon** justement il a prouvé que le métier qu´il avait exercé autrefois devait être considéré comme une attribution du sort, mais le niveau élevé de son rang social, comme le résultat de sa conduite. »  \\+   * Val. Max. 6,9,7 : \\ //gessit etiam se integerrime atque splendidissime. **Quo** quidem **modo** demonstrauit pristinum quaestum suum fortunae, praesens uero dignitatis incrementum moribus ipsius imputari debere. // \\ « Et il (//scil.// Titus Aufidius) a même exercé ses fonctions avec beaucoup d´intégrité et de  brio, **comportement par lequel /. De cette façon** justement il a prouvé que le métier qu´il avait exercé autrefois devait être considéré comme une attribution du sort, mais le niveau élevé de son rang social, comme le résultat de sa conduite. »  \\
    
 où //quo modo// disjoint employé dans un contexte ambigu semble déjà admettre, un peu plus tôt chez Valère Maxime, une double interprétation soit comme relatif traditionnel subordonnant soit comme relatif dit de liaison introduisant une assertive indépendante. \\ où //quo modo// disjoint employé dans un contexte ambigu semble déjà admettre, un peu plus tôt chez Valère Maxime, une double interprétation soit comme relatif traditionnel subordonnant soit comme relatif dit de liaison introduisant une assertive indépendante. \\
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    * Quint. //inst.// 7,2,5 : \\ //nam et substantia eius sub oculos uenit, ut non possit quaeri, an sit,    **quomodo** an ultra Oceanum, nec quid sit nec quale sit, sed quis sit.//  \\ « Car l’existence effective de cet individu se trouve sous les yeux, si bien que l’on ne peut se demander s’il existe, **comme par exemple** on se demande s’il existe quelque chose au-delà de l’Océan, ni ce qu’il est, ni de quelle nature il est, mais qui il est. »  \\    * Quint. //inst.// 7,2,5 : \\ //nam et substantia eius sub oculos uenit, ut non possit quaeri, an sit,    **quomodo** an ultra Oceanum, nec quid sit nec quale sit, sed quis sit.//  \\ « Car l’existence effective de cet individu se trouve sous les yeux, si bien que l’on ne peut se demander s’il existe, **comme par exemple** on se demande s’il existe quelque chose au-delà de l’Océan, ni ce qu’il est, ni de quelle nature il est, mais qui il est. »  \\
  
-   * Quint. //inst.// 2,16,4-5 : //et his adiciunt exempla Graecorum Romanorumque et enumerant, qui perniciosa non singulis tantum, sed rebus etiam publicis usi eloquentia turbauerint ciuitatium status uel euerterint, eoque et Lacedaemoniorum ciuitate expulsam, et Athenis quoque, ubi actor mouere adfectus uetabatur, uelut recisam orandi potestatem. **Quo** quidem **modo** nec duces erunt utiles nec magistratus nec medicina nec denique ipsa sapientia.//  \\  « À ces exemples, on en ajoute d’autres, tirés de l’histoire des Grecs et des Romains, et l’on énumère les hommes dont l’éloquence pernicieuse, dans des affaires privées, et même publiques, a troublé ou bouleversé la stabilité des cités ; aussi, à Lacédémone a-t-elle été bannie de la république, et, à Athènes aussi, où l’orateur se voyait interdire d’émouvoir les passions, on amputa, pour ainsi dire, le pouvoir de la parole. **Dans de telles conditions**, à vrai dire, on estimera inutiles les généraux, les magistrats, la médecine et, au bout du compte, la sagesse elle-même : » (J. Cousin)+   * Quint. //inst.// 2,16,4-5 : \\ //et his adiciunt exempla Graecorum Romanorumque et enumerant, qui perniciosa non singulis tantum, sed rebus etiam publicis usi eloquentia turbauerint ciuitatium status uel euerterint, eoque et Lacedaemoniorum ciuitate expulsam, et Athenis quoque, ubi actor mouere adfectus uetabatur, uelut recisam orandi potestatem. **Quo** quidem **modo** nec duces erunt utiles nec magistratus nec medicina nec denique ipsa sapientia.//  \\  « À ces exemples, on en ajoute d’autres, tirés de l’histoire des Grecs et des Romains, et l’on énumère les hommes dont l’éloquence pernicieuse, dans des affaires privées, et même publiques, a troublé ou bouleversé la stabilité des cités ; aussi, à Lacédémone a-t-elle été bannie de la république, et, à Athènes aussi, où l’orateur se voyait interdire d’émouvoir les passions, on amputa, pour ainsi dire, le pouvoir de la parole. **Dans de telles conditions**, à vrai dire, on estimera inutiles les généraux, les magistrats, la médecine et, au bout du compte, la sagesse elle-même : » (J. Cousin)
  
-== e. Persistance des emplois relatifs ==+=== e. Persistance des emplois relatifs ==
 + 
  
 Pour terminer, il est important de signaler qu’à côté des agencements syntaxiques et effets de sens nouveaux apparus après Tite-Live, perdurent les emplois traditionnels de la subordination relative dans lesquels //quo modo//, souvent disjoint, garde intact le sens de ses éléments constitutifs. À preuve : \\ Pour terminer, il est important de signaler qu’à côté des agencements syntaxiques et effets de sens nouveaux apparus après Tite-Live, perdurent les emplois traditionnels de la subordination relative dans lesquels //quo modo//, souvent disjoint, garde intact le sens de ses éléments constitutifs. À preuve : \\
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    * Quint.// inst.// 8,5,5 : \\ //sunt etiam qui decem genera fecerint, sed eo modo, quo fieri uel plura possunt.// \\ « il y a aussi des auteurs qui distinguent dix types (scil. de sententiae), mais d’une manière qui leur permettrait d’en distinguer bien plus. » \\    * Quint.// inst.// 8,5,5 : \\ //sunt etiam qui decem genera fecerint, sed eo modo, quo fieri uel plura possunt.// \\ « il y a aussi des auteurs qui distinguent dix types (scil. de sententiae), mais d’une manière qui leur permettrait d’en distinguer bien plus. » \\
  
-   * Cels. //méd.// 4,12,3 : \\ …, //ut quo modo se quisque aeger refecerit, eo sanus utatur.// \\  « … que chacun adopte en bonne santé le régime qui l’a guéri lorsqu’il était malade.»+   * Cels. //méd.// 4,12,3 : \\ …, //ut quo modo se quisque aeger refecerit, eo sanus utatur.// \\  « … que chacun adopte en bonne santé le régime qui l’a guéri lorsqu’il était malade.»  
 + 
 +==== B.2.6. Dans la prose de l’époque tardive ==== 
 + 
 +=== B.2.6.1. Chez Lucifer de Cagliari === 
 + 
 + 
 +== a. L’emploi relatif == 
 +  
 + 
 +Ce qui vient d’être dit de la persistance de l’emploi relatif de //quo modo// avec maintien intact du sens de chacun de ses constituants en latin postclassique semble aussi se confirmer en latin tardif, puisqu’au IVe siècle chez Lucifer de Cagliari un emploi relatif désynthétisé avec inversion du diptyque est encore repérable, par ex. sous forme de l’expression de manière //eo modo quo : // \\ 
 + 
 +   * Lucif. //Athan.// 2,18 l.25-26 : //Cum non, inquam, rem egeris **eo modo quo** iusserit te agere dominus, fuisti ausus ...// \\ « Alors que, dis-je, tu n’as pas réglé l’affaire de la façon dont t’a ordonné de la régler le Seigneur, tu as osé … » 
 + 
 +Ce même emploi semble être à l’origine du composé adverbial dans : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //Athan.// 1,41 l.40-42 : …, //crede quia et ante aduentum eius qui uicerunt diabolum **non aliter** crediderunt **quam quomodo** hodie credimus.//  \\« …, sois convaincu que même avant sa venue ceux qui triomphèrent du diable ne crurent pas autrement que nous ne croyons aujourd’hui. » \\ 
 + 
 +//Quomodo//, qui apparaît ici après //non aliter quam// comme pléonastique, peut procéder d’un //(eo) modo quo// qui fonctionne comme complément de manière à côté de credimus tout comme //non aliter// le fait à côté de //crediderunt.// 
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 +== b. L’emploi comparatif en structure corrélative == 
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 +Si l’emploi de //quomodo// comparatif agglutiné est chez Lucifer plus fréquent et plus varié qu’il ne l’était en latin préclassique, il est en revanche nettement moins souple et diversifié que chez Cicéron ou des auteurs postclassiques tels Quintilien, Sénèque ou Pétrone. \\ 
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 +La seule structure représentée chez Plaute, à savoir le diptyque normal avec reprise anaphorique de //quo(=)modo//, est d’un emploi rare chez Lucifer ; on relève deux occurrences,  l’une avec //ita//, l’autre avec //sic// : les deux sont suivis de //et// , qui, au contact d’un nom ou d’un pronom, garde sa valeur propre de « aussi » : \\ 
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 +   * Lucif. //reg. apost.// 9 l.45-46 : \\ //Quomodo, inquis, decipere ? **Quomodo et te** iam deceperit, **ita et nos** uult decipi.// \\ « Comment nous tromper ? demandes-tu. Comme il t’a déjà trompé toi, ainsi il veut que nous soyons trompés nous aussi. » \\ 
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 +   * Lucif. //Athan.// 1,7 l.1-2 : \\ //Sed dicis : ‘Isto in loco deo deuotissimus Moyses **quomodo** sacerdot**um** fecit mentionem, **sic et** iudic**is**.’//  \\ « Mais tu dis : ‘En ce lieu, Moyse parfaitement soumis à Dieu, tout comme il a fait mention de prêtres, a aussi fait mention de juge.’ » \\ 
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 +À la différence de ce qu’on a constaté chez Cicéron, où le diptyque normal l’emportait encore nettement sur le diptyque inverse (10 occurrences sur 13), Lucifer offre, en cas de corrélation, une majorité écrasante de diptyques inverses (28 occurrences sur 30) ; la tendance à l’inversion non expressive du diptyque s’était annoncée dès le latin postclassique. \\ 
 + 
 +//Ita … quomodo//, déjà rare au Ier siècle av. J.-C. et entièrement sorti d’usage en latin postclassique, est réutilisé modérément, à trois occasions, chez Lucifer dans des structures non elliptiques, normalement bien charpentées avec des balancements contrastifs : \\ 
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 +   * Lucif. //non parc.// 31 l.32-35 : \\ // inueniris excogitare fidem mutare, hoc est ut __non__ **ita** __credamus__, **quomodo** patriarchae, prophetae, apostoli ac martyres __crediderint__, __sed__ institueris sic credendum, quomodo conperditus tuus Arrius. // \\ « Il se trouve que tu envisages de nous faire changer de foi, c’est-à-dire que nous ne devons plus croire comme ont cru les patriarches, les prophètes, les apôtres et les martyrs mais tu as établi qu’il faut croire comme ton dépravé d’Arius. » 
 + 
 +//Quomodo// y joue le rôle d’un adverbe prédicatif par rapport au verbe de la proposition subordonnée (p), laquelle joue à son tour, de conserve avec ita, le rôle d’adverbe prédicatif par rapport au verbe de P. \\ 
 + 
 +Un exemple qui fait au contraire bien ressortir le caractère actanciel et, partant, la présence indispensable de //ita…quomodo// p par rapport au verbe de la proposition-hôte (//teneas//) est : \\ 
 + 
 + 
 +   * Lucif. //non conu.// 14 l.29-31 : \\ //Constat itaque te, qui **ita __non teneas__, quomodo tradiderit apostolis dominus et apostoli episcopis**, te non habere deum…  (Constat itaque te, qui non teneas, te  non habere deum) // \\ « Voilà pourquoi c’est un fait établi que toi qui ne t’en tiens pas aux préceptes que le Seigneur a transmis aux apôtres ni à ceux que les apôtres ont transmis aux évêques, tu ne possèdes pas dieu … » \\ 
 + 
 +Avec 25 occurrences, les emplois de //sic…quomodo// ne sont pas seulement plus fréquents mais aussi plus variés. Si //sic… quomodo// concurrence occasionnellement //ita… quomodo// dans des agencements non abrégés avec des symétries appuyées : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //Athan.// 1,41, l.7-9 : \\ //Interea sic uos Arriani superiores poteritis Athanasio inueniri nunc apud deum, **quomodo** et illi tunc inuenti sunt qui Iob exprobrant.// \\ « Cependant vous, Ariens, vous pourrez à présent être jugés devant Dieu supérieurs à Athanase, comme l’ont été autrefois aussi les détracteurs de Job. » \\ 
 + 
 +il intervient de préférence dans des structures elliptiques. L’abréviation peut consister dans la suppression du seul verbe avec maintien des actants :   \\ 
 + 
 +   * Lucif. //Athan.// 1,19 l.3-5 : \\ //**Sic** uos filii perditionis Arriani interficere temptatis Athanasium, **quomodo** Nabutheum Iezabel, ... // \\ « Vous, Ariens, fils de la perdition, vous tâchez de tuer Athanase comme Jézabel <l’a fait pour> Naboth. » \\ 
 + 
 +   * Lucif. //non conu.// 4 l.36-40 : \\ … //quando **sic** inter nos et uos separatum esse uoluerit deus, **quomodo** inter lumen et tenebras, inter uitam et mortem, inter dulcem et amarum, **quomodo**  inter sanctos angelos dei… et inter illos apostatas, … ?// \\ « … puisque Dieu a voulu qu’il y ait entre vous et nous une telle séparation qu’entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort, entre le doux et l’amer, qu’entre les saints anges de Dieu … et ces apostats, … ? » \\ 
 + 
 +Sporadiquement, il y a omission du verbe subordonné et de ses compléments, le seul élément maintenu étant le sujet : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //non parc. 31 l.32-35 : \\ inueniris excogitare fidem mutare, hoc est ut… institueris sic credendum **quomodo** conperditus tuus Arrius. // \\ « il se trouve que tu envisages de nous faire changer de foi, c’est-à-dire que … tu as établi qu’il faut croire comme ton dépravé d’Arius. » \\ 
 + 
 +C’est dans le dernier exemple, construit sur le modèle de Petron. 38,15 qu’on a le plus nettement l’impression que la séquence introduite par //quomodo// perd son statut propositionnel pour devenir, à l’intérieur d’une phrase simple, un syntagme nominal. \\ 
 + 
 +À l’opposé d’une tendance qui a commencé à se manifester en latin postclassique et qui consiste à rapprocher, sur le modèle de //sicut//, aussi //sic// et //quomodo//, les deux éléments restent chez Lucifer constamment bien éloignés l’un de l’autre, sauf dans : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //Athan.// 2,5 l.16-18 : \\ //Fructibus ergo tuis quomodo non ouis fuisse lupus agnitus es, **sic et quomodo** sis, nisi tibi consulueris, arbor igni destinata, probant sacra euangelia. //  \\ « Les saints évangiles montrent que par les fruits que tu portes, tu t’es révélé loup et non pas brebis, tout comme, si tu ne prends pas soin de toi, tu seras un arbre destiné au feu. »  \\ 
 + 
 +où le rapprochement de //sic// et de //quomodo// comparatif, uniquement séparés par //et//, souligne le rôle parenthétique de la comparative (//sic et quomodo … destinata//).  
 + 
 +== c. L’emploi circonstanciel en structure non corrélative == 
 + 
 +On a relevé chez Lucifer 13 structures non corrélatives, où //quomodo// comparatif est employé seul sans //ita// ou //sic. Quomodo// p y est le plus souvent affecté à l’expression d’une comparaison parenthétique. \\ 
 + 
 +À côté d’emplois comparables à ceux des structures corrélatives, où //quomodo// p, sous forme complète ou abrégée, joue, en position initiale ou finale, le rôle d’un actant : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //reg. apost.// 2 l. 26-27 : \\ //Et tu inquis : ‘Ego nisi recte fuissem credens, nisi quomodo est deo placitum uiuerem, numquam profecto nunc usque imperarem’.// \\ « Et toi, tu dis : ‘Si je n’avais pas eu la bonne foi, si je ne vivais pas comme il plaît à Dieu, je n’aurais, à coup sûr, jamais continué à régner jusqu’à ce jour’. » \\ 
 + 
 +   * Lucif. //non parc.// 26 l. 60-62 : \\ … //tu contra cum militari manu sis pugnans contra nos quos cognoscis **credere, quomodo patriarchae, prophetae, apostoli ac martyres crediderint**, … // \\ « … alors que toi au contraire tu te bats avec une force armée contre nous qui croyons, tu le sais, comme ont cru les patriarches, les prophètes, les apôtres et les martyrs, … » \\ 
 + 
 +ainsi que de deux constructions elliptiques où //quomodo//, dans le premier cas, joue le rôle d’un //quasi// introduisant une hypothèse contrefactuelle, dans le second, introduit une comparative imbriquée dans une restrictive en //nisi// dont le noyau prédicatif est sous-entendu : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //reg. apost.// 1 l.14-15 (Iud. 6,16) : \\ //Ego ero tecum, et percuties Madiam **quomodo unum hominem**.//  \\ « Je serai avec toi, et tu battras Madiân comme [s’il n’était qu’]un seul homme. » \\ 
 + 
 +   * Lucif. //non parc.// 26 l.4-6 : \\ //Ille tradidit dominum Iudaeis, quia non fuerat credens **nisi quomodo sit nunc credens conscotinus tuus Sirmiensium**, qui dicebatur ac dicitur indigne Fotinus.// \\ « Il livra le Seigneur aux Juifs, parce qu’il n’avait pas été croyant, sinon comme est à présent croyant ton// conscotinus// de Sirmium, qui était appelé et est appelé indignement //Fotinus. //» \\ 
 + 
 +on trouve chez Lucifer toute une série d’exemples où //quomodo// p, sans corrélatif, a une portée large et est, à l’image de ce qu’on a vu chez Cicéron, incident à l’ensemble de la proposition. C’est le cas lorsqu’il se présente sous forme : \\ 
 + 
 +- de parenthèse méta-énonciative comportant par ex. un verbe de parole : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //reg. apost.// 3 l.1-2 : \\ //‘Si male, inquis, egissem, si, **quomodo dicit Lucifer**, essem haereticus, …//  \\  « ‘Si, dis-tu, je m’étais mal comporté, si, comme dit Lucifer, j’étais hérétique, …’ » \\ 
 +  
 +   * Lucif. //Athan.// 1,10 l.44-46 : //Credo dictum fuisset nobis : ‘Plus honorificastis Constantium quam me’, **quomodo illi dictum est quod plus honorificauerit filios quam deum**.//  « Je crois qu’on nous aurait dit : ‘Vous avez honoré Constance plus que moi’, comme on lui a dit qu’il avait honoré ses fils plus que Dieu. » \\ 
 + 
 +- de rallonge : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //moriend.// 3 l. 88-89 (I Ioh. 2,17) : \\ //qui autem fecerit uoluntatem dei, manet in aeternum, **quomodo et deus manet in aeternum**.//  \\ « Mais celui qui accomplit la volonté de Dieu demeure éternellement, comme Dieu aussi demeure éternellement. » \\ 
 + 
 +- ou d’incidente épexégétique au sein de P : \\ 
 + 
 +   * Lucif. //Athan.// 1,31 l. 47-48 : \\  //cognoscis tu quod tibimet conquiras mortem, tu qui nolueris in imagine dei, **quomodo es factus a deo**, manere,...// \\  « tu sais que tu te prépares la mort, puisque tu n’as pas voulu demeurer à l’image de Dieu, comme tu as été créé par Dieu, … » \\ 
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 +Avec l’élargissement de son incidence, //quomodo// voit son sens premier de « manière » se diluer au profit d’une idée d’analogie vague (« de même que ») entre deux situations mises en parallèle. Que pareille relation de similitude donne lieu, en contexte favorable, à différents effets de sens, causal, temporel, contrastif ou concessif, //quomodo// passant alors pour une simple conjonction de subordination circonstancielle sans fonction adverbiale dans p ressort d’une série d’autres énoncés répertoriés encore au IVe siècle dans la Vulgate. Ce phénomène de transcatégorisation a dû se produire parallèlement à celui déclenché par //quomodo// interrogatif qui lui aussi, suite à un ternissement de son sens modal et une abdication de son statut adverbial dans la subordonnée, est devenu une simple conjonction introduisant une proposition complétive au sens de « que ». 
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 +=== B.2.6.2. Dans le Nouveau Testament de la Vulgate === 
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 +== a. L’emploi comparatif == 
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 +Sur le modèle des textes classiques, la Vulgate continue, certes, à présenter des systèmes comparatifs sous forme de diptyque normal, avec reprise anaphorique de //quomodo// par //ita//, qui, suivi de //et// au sens de « aussi », instaure une comparaison entre deux actes semblables émanant de deux agents différents ou, sous une forme hautement elliptique de la proposition comparée, entre deux situations analogues se produisant à deux moments différents : \\ 
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 +   * //Vulg. Rom. 6,4 : \\ consepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem ut **quomodo** surrexit **Christus** a mortuis per gloriam Patris **ita et nos** in nouitate uitae ambulemus // \\ « Nous avons en effet été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, pour que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous évoluions nous aussi dans une vie nouvelle. » \\ //ὥσπερ ... Χριστὸς ..., οὕτως καὶ ἡμεῖς ...// \\ 
 + 
 +   * //Vulg. Gal. 4,29 : \\ sed **quomodo tunc** qui secundum carnem natus fuerat persequebatur eum qui secundum spiritum **ita et nunc** // \\ « Mais comme alors l’enfant de la chair persécutait celui de l’esprit, ainsi il en est encore maintenant. » //ὥσπερ τότε..., οὕτως καὶ νῦν... //  \\ 
 + 
 +Sans corrélatif, on peut citer : \\ 
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 +   * //Vulg. Ioh. 14,27 : \\  pacem relinquo uobis pacem meam do uobis **non quomodo mundus** dat **ego** do uobis//  \\ « je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. » // οὐ καθὼς ὁ κόσμος ... ἐγὼ...// \\ 
 + 
 +On a ici affaire à une tension contradictoire dans la mesure où non prend en charge l’expression de l’incomparabilité du //modus// p (manière de faire ou manière d’être) de la comparée avec le //modus// p de la comparante. 
 + 
 +== b. D’autres emplois circonstanciels ? == 
 + 
 +D’autres emplois semblent, dans un contexte ambigu, susceptibles de plusieurs lectures. Ainsi, dans : \\ 
 + 
 +   * //Vulg. I Cor. 7,15 : \\ et uiscera eius abundantius in uos sunt reminiscentis omnium uestrum oboedientiam **quomodo** cum timore et tremore excepistis eum // \\ « Et son affection pour vous augmente quand il se rappelle votre obéissance à vous tous, **comment / que / puisque** vous l’avez accueilli avec crainte et tremblement » \\ 
 + 
 +on peut d’abord hésiter entre //quomodo// interrogatif introduisant au sens de « comment » une interrogation indirecte à l’indicatif et //quomodo// introduisant au sens de « que » une complétive conjonctive assertive : dans les deux cas, la subordonnée sert d’explicitant sémantique à //omnium uestrum oboedientiam//, sa forme étant au-delà du SN conditionnée par le noyau prédicatif //reminiscentis// ; finalement, on pourrait y voir un //quomodo// conjonctif introduisant une circonstancielle au sens de « puisque » : //quomodo// p livre alors la cause de la proposition principale : « pourquoi son affection redouble-t-elle …? puisque vous l’avez accueilli… ». Cette dernière interprétation évite de recourir à l’explication de la complétive par apposition et coréférence au moins partielle à un SN. Pareil agencement de la phrase est surtout fréquent lorsque le SN est constitué d’un substantif accompagné d’un endophorique qui rend la présence d’une détermination indispensable ; il l’est beaucoup moins lorsque la complétive représente, comme ici, une appositive explicative, sémantiquement omissible. \\ 
 + 
 +La même explication causale semble encore être de mise dans : \\ 
 + 
 +   * //Vulg. II Petr. 1,2-3 : \\ gratia uobis et pax adimpleatur in cognitione Domini nostri 3 **quomodo** omnia nobis diuinae uirtutis suae quae ad uitam et pietatem donata est per cognitionem eius qui uocauit nos propria gloria et uirtute //  \\  « à vous grâce et paix en abondance, par la connaissance de notre Seigneur ! 3 **Car** sa divine puissance nous a donné tout ce qui concerne la vie et la piété : elle nous a fait connaître Celui qui nous a appelés par sa propre gloire et vertu. » \\ 
 + 
 +Si //quomodo// introduit ici une subordonnée, il est donc l’équivalent de //quod / quoniam// classique. \\ 
 + 
 +Notons d’ailleurs que, dans les deux derniers exemples cités, le correspondant grec de quomodo est //ὡς//. \\ 
 + 
 +Une lecture finale semble enfin possible après des verbes qui peuvent être interprétés soit comme monovalents soit comme bivalents. C’est le cas de : \\ 
 + 
 +   * //Vulg. Matth. 12,14 : \\ exeuntes  autem Pharisaei **consilium faciebant** aduersus eum **quomodo** eum perderent //  \\  « Étant sortis, les Pharisiens tenaient conseil contre lui se demandant comment ils pouvaient le perdre / en vue de le perdre » \\ 
 + 
 +Si //consilium faciebant// est employé transitivement, //quomodo// p a une fonction actancielle, et joue le rôle d’une complétive interrogative ; si //consilium faciebant// est employé intransitivement, sens qui peut être suggéré par l’adjonction //aduersus eum, quomodo// p joue le rôle d’une circonstancielle périphérique à sens final. Selon J. Pirson, cet emploi final de //quomodo// procéderait de son équivalence avec //quod// après un verbe exprimant la volonté ou le désir. \\ 
 + 
 +Cet effet de sens n’a rien de choquant puisque déjà chez Térence (//Phorm.// 756-757) on a trouvé un exemple de //quo modo// relatif + subjonctif exprimant une nuance de but. \\ 
 + 
 +Dans les exemples de la Vulgate, une telle interprétation est surtout envisageable dans un contexte de délibération, la visée finale exprimant alors l’issue souhaitée de la délibération. 
 + 
 +[[:dictionnaire:quomodo4|Aller au § 4.0]] ou [[:dictionnaire:quomodo|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:quomodo5|Aller au § 5]]  
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