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quōmŏdŏ

(adverbe interrogatif et subordonnant)


B. Emplois relatifs-comparatifs

B.1. En poésie

Un premier exemple, audacieux, semble à première vue être attesté, dès le IIIe siècle av. J.-C., chez Naevius, dans sa description de la gigantomachie sculptée sur le temple d’Agrigente :

  • Naeu. bell. Pun. 1, frg.12 :
    inerant signa expressa, quo modo Titani, /
    bicorpores Gigantes magnique Atlantes, /
    Runcus atque Purpureus, filii Terras …

Si l’on suppose, sur le modèle de la Teubner, une ponctuation forte après Titani, on ne peut que donner à quo modo le sens de « comme, par exemple » ; or ce sens – on le verra – ne lui est associé qu’à partir de l’époque classique. Pour cette raison, il paraît préférable d’opter avec S. Mariotti pour la virgule après Titani et les points de suspension à la fin de l’extrait : quo modo peut alors introduire une subordonnée interrogative tronquée, dont le noyau verbal s’est perdu : « Y était représenté comment les Titans, des Géants à deux corps et d’énormes Atlas, Runcus et Purpureus, fils de la Terre …. »

C’est Plaute qui, par la suite, offre le premier exemple sûr d’un quo(=)modo relatif :

  • Plaut. Cist. 46 :
    Necessest quo tu me modo uoles esse, ita esse, mater.
    « Il faut bien, ma mère, que je sois selon ta volonté. » (traduction A. Ernout, CUF)

Quo et modo y sont encore disjoints. On y remarque la structure corrélative ; selon la terminologie de A. Minard (1936), on y a affaire à un diptyque « normal », c.-à-d. à un diptyque 11) avec la proposition en qu- antéposée, qui représente la forme de base de la phrase complexe en védique. J. Haudry fait dériver cet emploi en structure corrélative d’un emploi indéfini des thèmes en *kw- avec reprise par un anaphorique. D’après P. Le Goffic, on y a affaire à un exemple de subordination intégrative qui pivote autour d’une variable indéfinie, ici un adverbe de manière, qui, avec ou sans anaphorique, cheville deux prédications.

Dans le cas du diptyque corrélatif, qui, d’après J. Haudry, se situe à mi-chemin entre la parataxe et la subordination, on assiste par rapport à l’emploi autonome indéfini de qu- à un début de grammaticalisation : quo modo, en dehors de son emploi comme adverbe de manière à l’intérieur de p, assume comme terme d’appel par rapport à itala fonction d’un opérateur abstrait liant deux propositions dont il hiérarchise les contenus en les amenant à coïncidence. Un indice de l’affaiblissement du sens concret de quo modo dans Plaut. Cist. 46 est la substitution à l’anaphorique eo modo attendu de ita;quo modo se trouve ainsi orienté vers leut synthétique.

Une avancée dans la grammaticalisation s’observe ensuite chez Térence, qui offre un exemple particulier de quo modo relatif conjoint suivi du subjonctif : employé sans corrélatif, quomodo y a, en sus de sa valeur anaphorique, une force subordonnante, équivalant à ut final + eo modo :

  • Ter. Phorm. 756-757 :
    Composito factumst, quo modo hanc amans habere posset / Sine dote.
    « C’est un arrangement qu’on a fait afin que (de cette façon) son amoureux pût l’avoir sans dot. »

Que le sens de manière soit en voie de se perdre est prouvé par la possibilité de traduire ce quo modo + subjonctif par « afin que » sans adjonction d’adverbe modal.

Par rapport à Plaute et à Térence, les poètes du Ier s. avant et du Ier s. apr. J.-C. ne font que faiblement avancer la grammaticalisation de quo modo.

On trouve chez Labérius un exemple de quo modo conjoint qui, à moins qu’on ne le considère comme introduisant une subordonnée interrogative à l’indicatif, représente un modum quo fortement désynthétisé dont l’antécédent a été attiré dans la relative et s’accorde mécaniquement avec quo :

  • Laber. 19-20 : I(1)
    —ego mirabar quo modo mammae mihi /
    Descendiderant.

    « moi, je m´étonnais de voir la façon dont (de quelle façon ?) la poitrine me pendait. »

Nulle part avant Martial, quo modo relatif-comparatif introduisant la 1ère ou 2e proposition du diptyque ne fait l’objet d’une agglutination ; il est normalement employé sans corrélatif ; les trois seuls cas où il y a, chez Horace, Ovide et Sénèque, une annonce cataphorique ou reprise anaphorique, elle ne se fait pas par sic ou ita synthétiques – comme c’était déjà le cas chez Plaute – mais par les adjectifs isto ou hoc à l’ablatif, ce qui montre que quo et modo gardent leur autonomie et qu’on a affaire à des relatives avec ce qu’on appelle traditionnellement un « antécédent » de nature adjectivale :

  • Hor. sat 1,9,48-49 :
    non isto uiuimus illic /
    quo tu rere modo.

    « Nous ne vivons point là de la façon que tu crois. » (F. Villeneuve)
  • Ov. Ib. 55-56 :
    Nunc quo Battiades inimicum deuouet Ibin, /
    Hoc ego deuoueo teque tuosque modo.

    « Aujourd´hui, comme le fils de Battos dévoue son ennemi Ibis, moi, je te dévoue, toi et les tiens, … » (J. André)
  • Sen. Tro. 386-390 :
    Quo bis sena uolant sidera turbine, /
    quo cursu properat uoluere saecula /
    astrorum dominus, quo properat modo /
    obliquis Hecate currere flexibus : /
    hoc omnes petimus fata …

    « Pris dans le même tourbillon que celui où s´envolent les douze signes célestes, emportés dans la même course que celle où le roi des astres précipite la révolution des années, dans le même mouvement que celui d´Hécate se hâtant de parcourir son orbe oblique, nous gagnons avec la même rapidité le trépas … » (L. Herrmann)

Dans l’exemple de Sénèque, le hoc reprend aussi bien le quo de quo … turbine et de quo … cursu que de quo … modo, le dernier ne formant pas plus un synthème insécable que les deux premiers.

Ovide présente toutefois un quo modo disjoint par l’enclitique –que avec subjonctif ; comme dans Ter. Phorm. 756-757, cité plus haut, il introduit une subordonnée susceptible d’une interprétation consécutive-finale :

  • Ov. fast. 1,368-369 :
    Proteus tua damna leuabit, /
    quoque modo repares quae periere dabit.

    « Protée réparera tes dommages et te donnera le moyen de recouvrer ce qui a péri. » (H. Le Bonniec) 

Enfin, dans un seul exemple de Martial, quo et modo sont agglutinés :

  • Mart. 10,17,8 :
    quidquid habent omnes, accipe, quomodo das.
    « toutes les richesses du monde entier, reçois-les – de la façon que tu donnes. » (H. J. Izaac)

D’une façon significative, le diptyque normal y est remplacé par le diptyque inverse, ce qui indique une meilleure intégration de la proposition de quomodo dans la charpente phrastique et donc une subordination plus nette. L’univerbation, qui représente l’aboutissement du processus d’agglutination, va donc ici de pair avec une grammaticalisation croissante de la nouvelle unité formelle.

B.2. En prose

B.2.1. Dans la prose préclassique 

En prose, l’emploi de quo(=)modo relatif-comparatif est plus fréquent et varié parce que non contraint métriquement.
Caton, le premier représentant de la prose à Rome, offre au maximum 5 occurrences de quo(=)modo susceptibles d’une interprétation relative. Pour les trois emplois inclus dans :

  • Cato agr. 142 :
    Vilici officia quae sunt.
    Quae domino praeceps : ea omnia, quae in fundo fieri oportet quaeque emi pararique oportet, quo modo quae cibaria, uestimenta familiae dari oportet, eadem uti curet faciatque moneo dominoque dicto audiens sit. Hoc amplius, quo modo uilicam uti oportet et quo modo eae imperari oportet, uti aduentu domini quae opus sunt parentur curenturque diligenter.

    « Ce que sont les devoirs du fermier : ce que, pour le maître de sa propre initiative <…>, tous les travaux qui doivent être faits dans la propriété et ce que l’on doit acheter et se procurer et la façon dont nourriture et vêtements doivent être fournis aux esclaves, je lui rappelle qu’il doit s’occuper de tout cela, le faire et obéir aux ordres du maître ; en outre ceci : la façon dont il doit traiter la fermière et la façon dont il faut lui donner des ordres pour qu’à l’arrivée du maître on prépare ce dont il est besoin et l’on s’en occupe avec soin. » (R Goujard)

on peut encore hésiter entre l’interprétation interrogative et l’emploi relatif désynthétisé avec attraction de l’antécédent dans la relative.

Dans un autre exemple, à savoir :

  • Cato orat., frg. 19 :
    Iure, lege, libertate, re publica communiter uti oportet¸ gloria atque honore, quomodo sibi quisque struxit.
    « Du droit, des lois, de la liberté, de l´Etat, il faut en user en commun, de la gloire et de l´honneur, chacun dans la mesure où il s´en est procuré. »

quo(=)modo, plutôt que d’introduire une comparaison analogique, exprime avec quisque ce que G. Fontana Elboj appelle un rapport de proportionnalité : on y est encore très proche du sens indéfini de quo(=)modo. Le seul exemple de Caton dans lequel on observe une innovation réelle par rapport aux emplois relatif et indéfini antérieurs de quo(=)modo est :

  • Cato agr. 94 :
    Fici uti grossos teneant, facito omnia quo modo oleae, et hoc amplius : cum uer appetet, terram adaggerato bene.
    « Pour que les figues ne tombent pas prématurément, procédez en tout comme pour les oliviers, et, en outre, à l’approche du printemps, buttez bien. » (R. Goujard)

La non-séparation de quo(=)modo par des éléments intercalaires, l’absence de corrélatif, l’économie du verbe dans la comparative, la postposition de cette même proposition indiquent par rapport à Plaut. Cist. 46 une grammaticalisation avancée : quo(=)modo y fonctionne à lui seul, sans l’appui d’un corrélatif, comme ligateur subordonnant, mais tout en jouant le rôle d’un adverbe prédicatif (par rapport à facis sous-entendu) à l’intérieur de P2, qui joue elle-même le rôle d’adverbe prédicatif par rapport à facito de P1.

B.2.2. Dans la prose classique avant Cicéron

Chez Salluste, le caractère prégnant du tour se perd à nouveau pour céder la place à une structuration plus explicite et analytique :

  • Sall. Catil. 23,4 :
    …, sed sublato auctore de Catilinae coniuratione quae quoque modo audierat compluribus narrauit. \\«…, mais, sans nommer sa source, elle raconta à plusieurs personnes ce qu’elle savait de la conjuration de Catilina, dans les termes mêmes où elle l’avait appris. »

Quo modo est coordonné par l’enclitique –que, accolé à son premier constituant, à un autre relatif quae, le verbe commun aux deux relatifs étant audierat.

Par ailleurs, le seul ouvrage qui mérite d’être mentionné avant Cicéron est la Rhétorique à Hérennius. Cinq relatives-comparatives en quo(=)modo, toujours conjoint, y ont été repérées. Si l’on fait abstraction de l’emploi parenthétique suivant, où la relative-comparative fonctionne en épexégèse à un SN qui précède :

  • Rhet. Her. 3,7,13 : Sed exponere oportebit animi uirtutes aut uitia ; deinde commoda aut incommoda corporis aut rerum externarum, quomodo ab animo tractata sunt, demonstrare. « Mais il faudra les vertus ou les vices de l´esprit, puis montrer les forces ou les faiblesses physiques ou extérieures, la façon dont l´esprit s´en est accommodé. »

quo(=)modo apparaît toujours en corrélation : il est deux fois repris par item (4,23,32 ; 4,46,59), deux fois annoncé par ita (4,37,49) ou eo modo (2,7,11).

Deux faits sont plus particulièrement à signaler. D’abord dans :

  • Rhet. Her. 2,7,11 : Item plus oportere signis et argumentis credi quam testibus : haec enim eo modo exponi, quo modo re uera sint gesta ; testes corrumpi posse…   \\« l´on doit aussi accorder plus de crédit aux indices et aux preuves qu´aux témoins ; en effet indices et preuves se présentent tels qu´ils se sont réellement montrés, alors que les témoins peuvent être corrompus… » (G. Achard)

on constate, dans une comparative cataphorisée par eo modo et donc construite sur le modèle du diptyque inverse, l’emploi du subjonctif du style indirect, ce qui plaide pour une construction hypotactique de P2, ici employée de façon intraprédicative. Ensuite, dans les deux agencements formellement identiques en quomodo…, item, en incidence extraprédicative :

  • Rhet. Her. 4,46,59 :
    <et> quomodo quattuor de causis sumitur, item quattuor modis dicitur :…
    « Étant utilisée pour quatre motifs, elle (scil. la comparaison) s´exprime aussi de quatre façons : … » (G. Achard)
  • Rhet. Her. 4,23,32 :
    quomodo igitur, si crebro his generibus utemur, puerili uidemur elocutione delectari, item si raro interseremus has exornationes et in causa tota uarie dispergemus, commode luminibus distinctis inlustrabimus orationem.

    « Donc si nous employons trop fréquemment ces sortes de figures, nous semblerons nous complaire à des jeux de style puérils, mais si nous les insérons avec parcimonie et si nous les répandons en les variant dans toute la cause, nous illustrerons avantageusement notre discours d´éclatants ornements. » (G. Achard)

est exprimé une fois un parallélisme analogique, une fois une opposition contrastive. Dans le deuxième exemple, il s’agit d’un effet de sens contextuel qui, bien que non directement exprimé par l’agencement corrélatif quomodo … item, est compatible avec lui. L’emploi de relateurs dans de tels contextes particularisants peut, dans une optique diachronique, engendrer des spécialisations d’emploi, et teinter a posteriori ces termes eux-mêmes d’une nuance contrastive ou concessive.

B.2.3. Dans la prose classique chez Cicéron

Chez Cicéron ont été relevés 13 exemples avec double marquage : le diptyque normal prédomine avec 10 occurrences ; dans 9 cas, la reprise se fait par sic, dans un seul par ita. La proposition en quo(=)modo de portée extraprédicative sert de cadre thématique à l’intérieur duquel peut être validé le contenu de la seconde. Le second volet se situe toujours dans la trame argumentative du premier, qu’il procède, ici encore, par simple analogie (« aussi ») ou par contraste (« en revanche ») :

  • Cic. ac. 2,38 :
    nam quo modo non potest animal ullum non adpetere id quod adcommodatum ad naturam adpareat (…), sic non potest obiectam rem perspicuam non adprobare.
    « tout de même qu´un être ne peut pas ne pas désirer ce qui convient à sa nature (…), il ne peut pas ne pas adhérer à l´évidence quand elle s´offre à lui. » (C. Appuhn)
  • Cic. fin. 3,67 :
    Et quo modo hominum inter homines iuris esse uincula putant, sic homini nihil iuris esse cum bestiis.
    « Et à leur avis, s´il y a entre les hommes des liens de droit, il n´existe aucune relation de droit entre l´homme et les animaux. » (J. Martha)

En cas de structure corrélative, le mouvement est généralement ample. À preuve :

  • Cic. Tusc. 1,91 : Natura uero <si> se sic habet, ut, quo modo initium nobis rerum omnium ortus noster adferat, sic exitum mors, ut nihil pertinuit ad nos ante ortum, sic nihil post mortem pertinebit.
    « Quant à la nature, si sa constitution est telle que, tout comme la naissance amène pour nous le commencement de toutes choses, ainsi la mort en amène la fin, <alors> de même que rien n´a eu d´intérêt pour nous avant la naissance, ainsi rien n´en aura après la mort. »

où s’instaure un vaste rapport implicatif entre un premier système comparatif en quo(=)modo … sic et un second en ut … sic.

De façon sporadique, la comparaison ne porte pas sur des propositions mais sur des constituants d’une prédication unique. Quo(=)modo … sic semblent alors instaurer un rapport de coordination au sens de cum … tum ou d’un simple et … et ; la réduction de la portée allant ici de pair avec un affaiblissement du sens modal de comparaison de quo(=)modo et de sic, on peut parler d’un downgrading ou d’une « dégradation » indiquant qu’une étape de plus a été franchie dans le processus de grammaticalisation :

  • Cic.Tusc. 3,37 : prudentiae uero quid respondebis docenti uirtutem sese esse contentam, quo modo ad bene uiuendum, sic etiam ad beate ?
    « Mais que répondras-tu à la prudence, lorsqu´elle te montrera que la vertu se suffit à elle-même pour assurer ton bonheur aussi bien que ta dignité. » (J. Humbert)

Dans les rares cas où quomodo fait suite à un déictique antéposé, la séquence a très nettement une valeur expressive. Une tension contradictoire équivalant à la rupture de l’analogie et, partant, à la déception d’une attente est signifiée par l’introduction d’un élément négatif ou de portée minorante : c’est l’incomparabilité ou la quasi-incomparabilité suggérée par l’impossibilité ou la difficulté de trouver un repère de comparaison valable qui spécifie le caractère remarquable d’une manière de faire et emphatise fortement les déictiques :

  • Cic. fam. 8,4,4 : ego tamen sic nihil exspecto quo modo Paulum, consulem designatum, primum sententiam dicentem.
    « Mais il n´est rien que j´attende avec plus de curiosité que Paullus consul désigné, donnant le premier son avis : » (L.-A. Constans, J. Bayet)
  • Cic. leg. agr. 2,3 : neque me tantum modo consulem, quod est ipsum per sese amplissimum, sed ita fecistis, quo modo pauci nobiles in hac ciuitate consules facti sunt, nouus ante me nemo.
    « Mais vous ne vous êtes pas contentés de me faire consul, honneur déjà considérable à lui seul, vous l´avez fait dans de telles conditions qu´il est peu de nobles qui, chez nous, aient été élus de la sorte et personne avant moi, parmi les hommes nouveaux. » (A. Boulanger)

Mais même parmi les quelques 30 exemples sans corrélatif, la valeur modale de quo(=)modo peut être fortement soulignée par l’adjonction à quod’un qualificatif du type de unoou de l’enclitique –que pour le coordonner à un autre adverbial ou par la figure de l’anaphore lorsque quo(=)modo introduit une comparative servant de réponse à une question comportant elle-même un quo(=)modo interrogatif :

  • Cic. leg. Agr. 1,25 :
    …, praesertim cum mihi deliberatum et constitutum sit ita gerere consulatum, quo uno modo grauiter et libere potest, ut neque prouinciam neque honorem neque ornamentum aliquod aut commodum neque rem ullam, quae a tribuno plebis impediri possit, appetiturus sim.
    « …, surtout que moi, je suis résolu et décidé à exercer mon consulat – la seule manière dont je peux le faire d’une façon digne et indépendante – en ne recherchant ni province, ni honneur, ni avantage ni rien à quoi puisse s’opposer un tribun de la plèbe. »
  • Cic. off. 1,6 : sequimur igitur… potissimum Stoicos non ut interpretes sed ut solemus e fontibus eorum iudicio arbitrioque nostro quantum quoque modo uidebitur hauriemus.
    « Je suis donc … de préférence les stoïciens ; non pas que je me fasse leur porte-parole, mais, comme d’habitude, je puiserai à leurs sources, à mon gré et à loisir, autant et de la manière que je jugerai bon. » (M. Testard)
  • Cic. Verr. II 3,51 :
    Quomodo hoc doces ?’ – quomodo ex illa locatione columbarum docui istum esse praedatum.
    « Comment le prouves-tu ? – Comme j’ai prouvé qu’il s’est conduit en pillard dans le fameux contrat qu’il a passé pour la réparation des colonnes. »

Chez Cicéron, une particularité notoire de ces comparatives en quomodo sans corrélatif est leur fonctionnement très fréquent (dans 2/3 des cas) sous forme parenthétique. Une première sous-classe a une force restrictive : sous une forme souvent stéréotypée, elles spécifient dans quelles circonstances, normalement d’actualité, l’assertion qui suit peut être validée :

  • Cic. nat. Deor. 3,41 :
    quo modo nunc quidem est, non uideo quo pacto ille, cui ‘in monte Oetaeo inlatae lampades’ fuerint ut ait Accius, ‘in domum aeternam patris’ ex illo ardore peruenerit.
    « Du train dont vont les choses, je ne vois pas comment Hercule, soumis sur le mont Oeta, comme le dit Accius, à l’action des torches, a pu parvenir à la demeure éternelle de son père au sortir des flammes. »
  • Cic. fam.14,14,1:
    Quo modo quidem nunc se res habet, modo ut haec nobis loca tenere liceat, bellissime uel mecum uel in nostris praediis esse poteritis.
    « Dans la situation actuelle, et pourvu que nous puissions tenir les régions que nous occupons, vous seriez tout ce qu’il y a de mieux soit avec moi soit dans nos domaines. » (J. Bayet)
  • Cic. Att. 8,15A,3 :
    Factum Caesaris de Corfinio totum te probaturum scio ; et, quo modo in eius modi re, commodius cadere non potuit quam ut res sine sanguine confieret.
    « Je sais que tu approuveras tout ce qu’a fait César dans l’affaire de Corfinium, et, de la sorte dont se présentait une affaire de cette sorte, elle n’aurait pu tourner mieux qu’en s’achevant, fort à propos, sans effusion de sang. » (J. Bayet)

D’après Hofmann-Szantyr, c’est cette référence comparative portée à la situation donnée qui a investi les relateurs de comparaison d’un sens causal. On peut donc y voir un prodrome de l’emploi conjonctionnel de quo(=)modo.

Plus rarement, la comparative restrictive est postposée comme une espèce d’afterthought :

  • Cic. Att. 9,7,3 :
    misi etiam Caesaris ad eos sana mente scriptas quo modo in tanta insania.
    « j’en joins une que César leur écrivait, lettre de bon sens, s’il en est en une aussi furieuse entreprise. » (J. Bayet)

Que ces subordonnées ne jouent pas le rôle de complément déterminatif du prédicat principal est indirectement prouvé par le fait que, si elles étaient accompagnées d’un corrélatif, celui-ci ferait, sur le modèle d’un sicut soudé, partie intégrante de la parenthèse.

Un autre cas de figure comparable est constitué par les incidentes comparatives appelées méta-énonciatives ou méta-discursives comportant un verbe de parole ou d’attitude propositionnelle, le dernier portant souvent au présent de l’indicatif référence au locuteur ; il s’agit d’un emploi exophrastique de quo(=)modo p, qui, à la façon d’un adverbe de phrase, porte de l’extérieur sur l’intégralité de la séquence qui suit :

  • Cic. har. Resp. 8 :
    etiam sua contio risit hominem, quo modo ipse gloriari solet, ducentis confixum senati consultis, …
    « sa propre assemblée a ri de voir un individu, frappé, comme il a coutume de s’en vanter lui-même, par des sénatus-consultes, … » (P. Wuilleumier, A.-M. Tupet)
  • Cic. fam. 9,18,4 :
    sed, quo modo uideo, si aestimationes tuas uendere non potes neque ollam denariorum implere, Romam tibi remig<r>andum est ;
    « pourtant, comme je le vois, si tu ne peux rien vendre au prix d’estimation ni emplir ta bourse, tu dois revenir à Rome. »
  • Cic. ad Brut. 2,4,4 :
    tantum enim abest ut Pansa de exercitu suo aut dilectu tibi aliquid tribuat ut etiam moleste ferat tam multos ad te ire uoluntarios, quo modo equidem credo, quod his rebus quae in Italia decernuntur nullas copias nimis magnas esse arbitretur, quo modo autem multi suspicantur, <quod> ne te quidem nimis firmum esse uelit ; quod ego non suspicor.
    « car, bien loin que Pansa t’attribue une partie quelconque de son armée ou des nouvelles recrues, il supporte déjà avec peine que tant de volontaires aillent te rejoindre ; à ce que je crois, il estime qu’il ne saurait y avoir de forces trop importantes pour les actions qui se décident actuellement en Italie ; mais, selon un soupçon très répandu, il ne voudrait pas que tu sois trop fort, même toi ! Pour ma part, je ne partage pas ce soupçon. » (J. Beaujeu)

Ces comparatives qu’on pourrait appeler pragmatiques fonctionnent à un niveau supérieur, le niveau interpersonnel du discours : elle relèvent de la modalité attitudinale ou évaluative dans la mesure oùquo(=)modoinstaure une « conformité à une circonstance évaluative externe à l’énoncé ».

Les exemples dans lesquels la proposition en quomodo non relayé par un corrélatif joue un rôle intraprédicatif sont très rares chez Cicéron :

  • Cic. dom.127 :
    an tu haec ita confundis et perturbas ut, quicumque uelit, quod uelit, quo modo uelit, possit dedicare ?
    « Mais est-ce que tu vas confondre et brouiller tout, au point que n’importe qui peut dédier n’importe quoi n’importe comment ? »

Quo(=)modo p y assume comme relative indéfinie de manière, par rapport à dedicare, une fonction aussi essentielle que le sujet quicumque uelit et le COD quod uelit.

À partir de Cicéron se manifeste enfin une plus grande malléabilité syntaxique de la comparative en quo(=)modo qui se manifeste par son insertion comme complément propositionnel de manière dans une autre subordonnée, par ex. une interrogation indirecte ou une comparative en quam:

  • Cic. fam. 7,16,3 :
    id utrum Romano more locutus sit, bene nummatum te futurum, an quo modo Stoici dicunt omnis esse diuites qui caelo et terra frui possint, postea uidebo.
    « M’a-t-il dit cela au sens romain, voulant signifier que ta bourse sera bien garnie, ou bien au sens où l’entendent les Stoïciens, pour qui sont riches tous ceux qui peuvent jouir du ciel et de la terre, c’est ce que la suite me montrera. » (L.-A. Constans)
  • Cic. de orat. 3,16 :
    quod si quis erit, qui… aut Antonium ieiuniorem aut Crassum pleniorem fuisse putet, quam quomodo a nobis inductus est, …
    « S’il se trouve quelqu’un … pour croire qu’Antoine était plus sec et Crassus plus abondant que je ne les présente ici l’un et l’autre, … » (E. Courbaud, H. Bornecque)

Dans le premier exemple, quo(=)modo, médiatisant le passage de la manière de dire au dit ou contenu du dire exprimé par l’A.c.I., est presque l’équivalent d’un quod actanciel ; dans le second, quo(=)modo pourrait commuter avec l’adjectif qualificatif qualis : il y occupe donc une position syntaxique, celle de l’attribut, qui est le plus souvent dévolue à la catégorie de l’adjectif.

Ailleurs, dans :

  • Q. Cic. pet.45 :
    nam cum id petitur quod honeste aut sine detrimento nostro promittere non possumus, quo modo si qui roget ut contra amicum aliquem causam recipiamus, belle negandum est, …
    « Lorsqu’on nous demande ce que nous ne pouvons promettre sans trahir l’honneur ou notre intérêt, si par exemple quelqu’un nous prie de prendre en mains sa cause contre un de nos amis, il faut refuser courtoisement, … » (L.-A. Constans)

où il faut sous-entendre, à droite de quo(=)modo, une apodose elliptique, au sens de « comme cela se produirait (si) », on voit apparaître un effet de sens « exemplatif », l’ensemble quo modo si p illustrant, par l’exemple, la supposition plus générale qui précède.

On relève en plus une occurrence de quo(=)modo qui + superlatif à la place de ut qui ou ut cum, déjà attestés sans verbe en latin ancien, chez Térence et Caton :

  • Cic. Verr. II 4,35 :
    iussit Timarchidem aestimare argentum, quomodo qui umquam tenuissime in donationem histrionum aestimauit.
    « Il a ordonné à Timarchide d’évaluer l’argenterie comme on n’évalua jamais meilleur marché cadeaux pour comédiens ». (G. Rabaud)

B.2.4. Chez Tite-Live (fin du –Ier et début du +1er s.)

Chez les premiers prosateurs impériaux, on constate d’abord, par rapport à Cicéron, une nette récession de l’emploi relatif-comparatif de quo(=)modo. Tite-Live n’en offre, de façon sûre, que six exemples.

Dans trois cas, on a affaire à une relative avec attraction dans la subordonnée de l’antécédent, à savoir modo, qui reste séparé de quo :

  • Liv. 5,13,9 :
    namque eodem quo antea modo circa munimenta … pugnatum est.
    « car la lutte avait lieu comme précédemment autour des retranchements ; … » (G. Baillet)

Avec un sens indéfini, quo(=)modo p constitue le complément modal indispensable de facere dans un extrait qui vise à imiter le style des anciens textes de lois :

  • Liv. 22,10,4 :
    qui faciet, quando uolet, quaque lege uolet, facito ; quo modo faxit, probe factum esto.
    « Celui qui le fera, qu’il le fasse quand il le voudra et suivant la règle qu’il voudra ; comme il l’aura fait, que ce soit bien fait. » (E. Lasserre)

Du fait de son antéposition et de sa non-reprise par un anaphorique, quo(=)modo p y apparaît comme faiblement intégré dans la phrase.

Un emploi carrément parenthétique est attesté dans :

  • Liv. 9,4,9 :
    quod si, ut illis decurrere ex Capitolio armatis in hostem licuit, quo saepe modo obsessi in obsidentes eruperunt, ita nobis aequo aut iniquo loco dimicandi tantummodo cum hoste copia esset, non mihi paterni animi indoles in consilio dando deesset.
    « Si, de même qu’ils pouvaient, en armes, du haut du Capitole, courir sus à l’ennemi (comme souvent des assiégés sortent contre leurs assiégeants), de même, nous, que le terrain fût favorable ou défavorable, nous avions seulement un moyen de lutter contre l’ennemi, le caractère que j’ai hérité de mon père ne me ferait pas défaut pour vous conseiller. » (E. Lasserre)

Quo modo, disjoint, y introduit une épexégèse dans un autre système comparatif marqué par ut … ita.

Il ressort de ces exemples que le figement lexical de quo(=)modo relatif-comparatif est peu avancé et que son rôle d’intégrateur phrastique dans les systèmes comparatifs est plutôt faible.

Le seul exemple intéressant dans une perspective évolutive est :

  • Liv. 32,34,9-10 :
    nam quod ad Nicephorium Venerisque templi restitutionem attinet, quid restitui ea postulantibus respondeam, nisi quo uno modo siluae lucique caesi restitui possunt, curam impensamque sationis me praestaturum …
    « Quant à ce qui touche à la restitution du Nicéphorion et du temple de Vénus, que répondre à ceux qui en réclament la restitution, si ce n´est que je me chargerai de l´organisation et des frais de semailles, seul moyen de restituer les forêts et les bois lorsqu´ils ont été coupés, … » (B. Mineo)
     

où la relation motivante particulière que quo modo gnomique entretient avec le reste de l’énoncé semble propice au passage de la valeur de manière de quo modo à une valeur causale.

B.2.5. Dans la prose du +1er siècle 

Dès Sénèque le rhéteur (-1er - +1er siècles), un retour à la tradition cicéronienne se fait jour. Les exemples de quo(=)modorelatif-comparatif se multiplient : les principaux types rencontrés chez Cicéron perdurent chez les prosateurs des Ier et IIe siècles après J.-C., mais en présentant différents glissements de sens et de structuration.

a. Le diptyque normal corrélé : effets de sens et style

Le diptyque corrélatif normal en quo(=)modo … sic ou quo(=)modo … ita, même s’il l’emporte moins sur la corrélation inverse que chez Cicéron, reste largement en usage à l’époque postclassique. Chez les deux champions de l’emploi de quo(=)modo à cette époque, à savoir Sénèque le philosophe, qui offre en tout une centaine d’occurrences de quo(=)modo comparatif, et Quintilien, qui en présente une cinquantaine, la structure avec rappel anaphorique se trouve attestée respectivement 48 et 9 fois. Les deux auteurs tirent largement parti de la dimension primitivement indéfinie de quo(=)modo pour l’associer, en tête de phrase, à d’autres marques de valeur générique et en constituer le cadre gnomique duquel se déduira, par analogie, une vérité scientifique ou morale énoncée dans P :

  • Sen. epist. 102,8 :
    Nam quomodo fama non est unius sermo nec infamia unius mala existimatio, sic nec claritas uni bono placuisse.
    « Comme, en effet, la bonne renommée ne vient pas d’une bouche unique, ni la mauvaise de la mésestime d’un seul, de même l’illustration ne consiste pas dans l’approbation d’un seul homme de bien. » (H. Noblot)

Dans ce cadre, dénotant un procès ponctuel est beaucoup plus rare :

  • Sen. epist. 102,1 :
    quomodo molestus est iucundum somnium uidenti qui excitat, … : sic epistula tua mihi fecit iniuriam.
    « de même que déplaît à un dormeur qui fait un songe agréable celui qui l’y arrache, … : de même ta lettre m’a importuné. »

Chez Sénèque, ces mouvements sont particulièrement amples dans les traités philosophiques : ils donnent parfois lieu à des cascades de comparatives avec des cas de variatio qui illustrent la concurrence de quo(=)modo avec quem(=)ad(=)modum :

  • Sen. dial. 2,3,5 (De constantia sapientis) :
    quomodo quorundam lapidum inexpugnabilis ferro duritia est nec secari adamas aut caedi uel deteri potest sed incurrentia ultro retundit, quemadmodum quaedam non possunt igne consumi sed flamma circumfusa rigorem suum habitumque conseruant, quemadmodum proiecti quidam in altum scopuli mare frangunt nec ipsi ulla saeuitiae uestigia tot uerberati saeculis ostentant : ita sapientis animus solidus est et id roboris collegit, ut tam tutus sit ab iniuria quam illa quae rettuli.
    « De même qu’il y a certaines pierres dont la dureté est à l’épreuve du fer et que l’acier, qu’on ne peut ni fendre ni tailler ni limer, émousse tous les outils, de même qu’il y a des corps incombustibles qui gardent au milieu des flammes leur consistance et leur forme, de même qu’il y a des rochers qui s’avancent en pleine mer et qui brisent les flots, sans porter eux-mêmes la moindre trace des chocs furieux qu’ils subissent depuis tant de siècles, de même l’âme du sage résiste bien et possède de telles réserves d’énergie que l’outrage n’a pas plus de prise sur elle que sur les objets que je viens de citer. » (d’après R. Waltz)

Chez Tacite, les mouvements, pour être moins amples, sont finement élaborés d’un point de vue stylistique ; dans :

  • Tac. hist. 3,77,4 :
    quippe L. Vitellio quamuis infami inerat industria, nec uirtutibus, ut boni, sed quo modo pessimus quisque, uitiis ualebat.
    « En effet L. Vitellius, si infâme qu’il fût, n’était pas dépourvu de talent, et s’il ne puisait pas, comme les gens de bien, sa force dans ses vertus, il la trouvait du moins, comme les pervers, dans ses vices. » (H.  Goelzer)

sont alliées les figures du chiasme et de la uariatio (ut – quomodo) pour renforcer l’opposition déjà signifiée par nec … séd.

Avec l’élargissement de son incidence, quomodo, comme adverbe de phrase, voit son sens premier de « manière » se diluer au profit d’une idée d’analogie vague (« de même que … de même ») entre deux situations mises en parallèle, avec, parfois, une nuance de contraste :

  • Tac. dial. 36,8 :
    …, et quo modo disertum haberi pulchrum et gloriosum, sic contra mutum et elinguem uideri deforme habebatur.
    « … ; passer pour disert était comme un honneur et une gloire, au contraire passer pour muet et incapable de parler comme une flétrissure. » (H. Bornecque)

b. Le diptyque normal corrélé ou non corrélé : émergence d’emplois conjonctionnels et continuation de l’emploi coordinatif

En cas d’antéposition de quomodo p, avec ou sans reprise anaphorique, continuent à se développer certaines valeurs induites de la portée extraprédicative de la subordonnée ; peut ainsi être perçue, en contexte favorable, une nuance de cause :

  • Sen. epist. 95,29 :
    Quomodo ista perplexa sunt, sic ex istis non singulares morbi nascuntur, sed inexplicabiles, diuersi, multiformes, …
    « À une telle confusion de substances correspondent des états pathologiques mal caractérisés, déroutants, hétéroclites, multiformes, … » (H. Noblot)
  • Quint. decl. 335,14 :
    In latrones incideramus ; ego te interrogaui quis uulnerasset ! Non, fili, maligne, sed, quomodo excidunt multa iis qui expauerunt, perculsus ego metu ignoraui quid facerem.
    « Nous étions tombés sur des brigands : je t’ai demandé qui t’avait blessé ! Non pas, mon fils, méchamment, mais, comme beaucoup de détails échappent à ceux qui ont eu un choc, je n’ai pas su, sous le coup de la frayeur, ce que je faisais. »

ou de concession si l’interprétation d’inférence s’accouple à l’attente d’un effet contraire à celui dénoté dans P :

  • Sen. contr. 9, praef. 1 :
    …, et uelimus uos subinde aliqua nomina mihi offerre, quibus <e>uocetur memoria mea ; quae quomodo senilis per se marcet, admonita et aliquando lacessita facile se colliget.

    « …, et je serais heureux que, de temps en temps, vous me fournissiez quelques noms qui excitent ma mémoire, car si, déjà vieille, elle est naturellement engourdie, pourtant, quand on la réveille et qu’on l’aiguillonne un peu, elle retrouve facilement son ancienne vigueur. » (H. Bornecque)

Perçu progressivement comme une simple conjonction sans fonction adverbiale dans la subordonnée qu’il génère, quo(=)modo finit par introduire des propositions circonstancielles :

  • Quint. decl. 260,20 :
    Ille liberalius uixit et, quomodo crimen istud hoc tempore est, aliquid fortasse donauit.
    « Un troisième a vécu trop libéralement et, puisque cela est un chef d’accusation de nos jours, il a peut-être fait don de quelque chose. »

Est toutefois aussi continuée la séquence quo(=)modo … sic, d’incidence restreinte, qui produit l’effet d’une structuration coordinative entre deux constituants d’un seul et même noyau prédicatif, sans qu’il soit nécessaire d’y postuler une ellipse :

  • Sen. epist. 77,20 :
    quomodo fabula, sic uita non quam diu, sed quam bene acta sit, refert.

    « Tout comme pour une pièce de théâtre, il n´importe pas pour une vie de savoir quelle a été sa durée mais quelle a été sa qualité. »
  • Tac. ann. 16,32,3 :
    quae postquam pecunia reclusa sunt, dedit exemplum praecauendi, quo modo fraudibus inuolutos aut flagitiis commaculatos, sic specie bonarum artium falsos et amicitiae fallaces.

    « Quand l’or eut mis à nu ces vices, il montra par son exemple qu’il faut se tenir sur ses gardes non seulement contre des gens enveloppés de fraude et souillés de crimes, mais aussi contre ceux qui cachent sous une apparence vertueuse leur fausseté et sous l’amitié leurs tromperies. » (d’après H. Goelzer)
1) A. MINARD parlait de diptyque normal en védique parce que c’était là le diptyque usuel, très largement majoritaire. En latin il est préférable de parler, de manière neutre, de diptyque 1 pour l’ordre subordonnée +principale et de diptyque 2 pour l’ordre inverse (selon la terminologie de FRUYT 2005).