quaero, is, ĕre

(verbe)



7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

Parmi les continuateurs romans de lat. quaerere, on trouve1) :

- roum. a cere ;

- it. chiedere, avec dissimilation r – r > d – r (cf. DELI, s.u.) ;

- anc.-fr. querre, fr. quérir

7.1.2. Sémantique

De la riche polysémie de l’étymon latin, les continuateurs romans de quaerere ne conservent qu’un ou, tout au plus, deux signifiés.

Le roumain (a cere) et l’italien (chiedere2)) ont développé le sens « demander », que le latin possédait seulement de manière marginale et avec un sujet inanimé (cf. 4.2.D)3).

Ce sens est exprimé aussi par anc.-fr. querre, qui, cependant, a le sens prépondérant de « chercher ».

Dans le territoire ibérique, le résultat (esp. et port. querer4) a subi un intéressant changement sémantique, puisqu’il s’est substitué aux héritiers du latin uelle5) dans le sens de « vouloir », alors que uelle a survécu dans le domaine central (fr. vouloir, cat. voler, it. vollere)6).

Le signifié « chercher » est pris en charge par les héritiers romans de circare (outre le fr. chercher, on trouve it. circare, log. kirkare, prov. cercar, cat. cercar) dans le centre, et par buscar en esp. et port., d’étymologie inconnue ; cependant, d’après un travail récent (J.M. ANGUITA, 2007), il semble que l’on puisse le mettre en relation avec le lat. poscere, dont le résultat roman pourrait être entré en collision homonymique avec boscare / buscare (« récolter du bois »), verbe dénominatif de busca, « bois », emprunté à une langue plus septentrionale et parvenu dans la région située au nord-est de la péninsule ibérique durant le XIesiècle.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

1) Cf. DÉRom : http://www.atilf.fr/DERom/ s. v.
2) Ce verbe peut signifier « demander » dans des constructions comme chiedere di qualcuno. Cependant, comme le roumain et l’espagnol, qui dissocient lexicalement les sens de « demander » et « interroger », chiedere est substitué dans la dernière valeur par domandare. Selon E. COSERIU (1977, 154), la polysémie du fr. demander et it. domandare (qui, en outre de « poser une question » peut aussi signifier « demander ») a été causée para l’influence du grec sur le latin vulgaire. Sur l’évolution de demandare (« donner ») jusqu’au champ sémantique de la « directivité » (« demander »), cf. L. UNCETA (2012).
3) Les analogies entre « demande » et « question » (cf. § 5.4) expliquent l’évolution sémasiologique « poser une question » > « demander », semblable, en plus, à celle de rogare en Latin (cf. L. UNCETA, 2005) et demandare dans son passage du Latin au roman (fr. demander, it. domandare).
4) Et aussi le logoudorien kerrere (H.W. KLEIN, 1961, 151).
5) J. COROMINAS (DCECH , s.u.) n’hésite pas à faire remonter le changement au latin tardif parlé de bas niveau de langue, bien qu’il reconnaisse que quaerere ne devait pas être employé alors comme synonyme de uelle. On peut constater la disparition de uelle même dans les formations adverbiales dans lesquelles il apparaît comme élément de composition (qualquier [a], doquiera, cuandoquiera, comoquiera, à l’exception de sivuelqual et sivuelquando, que l’on ne trouve que chez Berceo), dans l’adverbe siquiera et dans la conjonction quier, calque du lat. uel (DCECH , s.u.). En catalan, au contraire, bien qu’il soit documenté assez fréquemment comme renforcement combiné avec voler (« ta amistat que yo no vull ne quir », Amic e Melis, NCl. xlviii, 133,1), il semble déjà désuet vers le XVe siècle (DECLC , s.u.). Sur l’origine du signifié affectif de port. et esp. querer (« aimer »), fondé sur bene uelle, cf. H.-W. KLEIN (1961, 152-155) et E. COSERIU (1977, 161-163).
6) J.M. ANGUITA (2010) a récemment proposé l’idée que la disparition de uelle pourrait avoir eu son origine dans la zone galaïco-portugaise et serait une conséquence de la réduction de son volume phonique après la perte de -l- entre voyelles (phénomène caractéristique de ce domaine et limité à lui). Sa présence hors de cette zone géographique, dans les langues castillanes-léonaises, s’expliquerait comme un emprunt linguistique originaire de Galice.