quaero, is, ĕre

(verbe)



4.2. Description des emplois et de leur évolution: exposé détaillé

A. Valeur générique non résultative

Quaerere est un verbe polysémique, mais ses différents sens trouvent leur unité et leur origine dans sa valeur de base, caractérisée par un aspect lexical non résultatif.

A.1. « Essayer », « chercher à atteindre »

Cette valeur de base « essayer », « chercher à atteindre » s’observe dès l’époque archaïque et est attestée pendant toute la latinité :

  • Pl. Cas. 828 :
    […] id
    Quaerunt , id uolunt, haec ut infecta faciant .
    « Et c’est précisément ce qu’elles cherchent, ce qu’elles veulent: c’est tout faire échouer. » (traduction A. Ernout, 1933, CUF)
  • Virg. En. 11, 129 :
    […] Quaerat sibi foedera Turnus.
    « Que Turnus se cherche des alliances. » (traduction J. Perret, 1980, CUF)

Dans cette première acception, quaerere se combine, en règle générale, avec des noms abstraits et avec des propositions subordonnées ou des substantifs qui expriment de manière implicite un résultat :

  • Cic. Clu. 27 : Oppianicus, qui pecuniam Sassiae concupiuisset, domo sibi quaerendum remedium existimauit ad eam moram quae nuptiis adferebatur .
    « Oppiniacus, qui s’était mis à convoiter la fortune de Sassia, crut devoir chercher dans sa maison de quoi parer à l’obstacle qu’on opposait à son mariage. » (traduction P. Boyancé, 1953, CUF)
  • Liv. 27, 41, 5 : id modo Romanum quaerere apparebat ne abire hostem pateretur .
    « Néron paraissait n’avoir d’autre but que d’empêcher l’ennemi de s’échapper. » (traduction A.A.J. Liez, 2005, Paleo)
  • Cic. Phil. 5, 42 : fugam quaerebamus omnes, quae ipsa exitum non habebat.
    « Nous songions tous à la fuite, mais la fuite même était sans issue. » (traduction P. Wuilleumier, 1960, CUF)

Avec cette valeur, quaerere sert à former des périphrases à valeur conative1), comme les héritiers modernes de circare – verbe qui a remplacé partiellement quaerere dans son sens de « chercher » (cf. § 7.1.2) –, qui entrent dans la formation d’expressions périphrastiques conatives en français (chercher à) et en italien (cercare di), par une certaine forme de grammaticalisation :

  • Lucr. 4, 1118-1119 :
    cum sibi quid cupiant ipsi contingere quaerunt,
    nec reperire malum id possunt quae machina uincat.
    « c’est qu’ils cherchent eux-mêmes à atteindre ce qu’ils désirent, et ne peuvent trouver le remède qui triomphera de leur mal. » (traduction A. Ernout modifiée, 1964, CUF)
  • Arnob. Nat. 3, 42 : omnis enim qui quaerit alicuius numinis impetrare responsum debet necessario scire cui supplicet […].
    « En effet, quiconque cherche à obtenir une réponse d’une divinité doit nécessairement savoir qui supplier […]. » (traduction J. Champeaux, 2007, CUF)

Dans ce sens générique de « chercher à atteindre », c’est-à-dire en tant qu’il dénote une action orientée vers la réalisation d’un objectif, quaerere peut être identifié à la valeur de base du verbe petere2) , avec lequel il coïncide non seulement dans le sens de « chercher », mais aussi, dans une certaine mesure, dans celui de « demander » (cf. infra § 5.4), même si quaerere ne développera jamais nettement ce dernier sens. Dans ces deux lexèmes, il est possible de reconnaître un classème de « volonté » qui, dans le cas de quaerere, est confirmé par la similarité de son fonctionnement avec le lexème dénotant la volonté3) par excellence, le verbe uolō, uelle « vouloir », comme on peut l’observer dans les exemples suivants (cf. en outre : Pl. Cas. 828 , cité supra):

  • Ter. Haut. 256 : sed uideo eccos quos uolebam […].
    « Mais voici ceux que je voulais. » (traduction J. Marouzeau, 1947, CUF, revue par J. Gérard, 1990)
  • Pl. Curc. 610 :
    saluos sum ; eccum quem quaerebam […].
    « Je suis sauvé ; voici celui que je cherchais. » (traduction P. Lecaudé)

Cette valeur de volonté constitue, précisément, le fondement à partir duquel s’expliquent les autres sens, qui s’actualisent selon des facteurs comme la nature de l’objectif qu’on prétend atteindre ou les caractéristiques de l’individu qui cherche à l’atteindre. De cette façon, la signification « chercher à atteindre » – archétype non-résultatif, tant par sa valeur « intentionnelle » que par son caractère générique – représente un noyau sémantique à partir duquel s’actualisent différentes valeurs plus concrètes : une quête (B.1), une recherche (B.2), une question (C), qui sont toutes des actions déployées pour atteindre un certain objectif.

A.2. Valeur itérative : « chercher à atteindre constamment, sans cesse »

D’un autre coté, la valeur générique de type non-résultatif se réalise, pour certains de ses usages, dans un sens qui, traditionnellement, fut considéré au contraire comme résultatif4), mais qui peut plus justement être interprété comme un sens itératif5) : « chercher à atteindre continuellement / chaque jour / sans cesse ». On peut reconnaître ce sens dans les expressions quaerere uictum (« se procurer le soutien, gagner sa vie »), quaerere rem (« s’enrichir ») ou dans un sens plus général :

  • Juv. 14, 181 : […] panem quaeramus aratro.
    « Demandons à la charrue le pain … » (traduction P. de Labriolle, 1921, CUF, revue par F. Villeneuve, 1971)
  • Sall. J. 3, 3 : neque aliud se fatigando nisi odium quaerere .
    « et pour le prix de ses fatigues ne récolter que la haine. » (traduction A. Ernout, 1941, CUF, revue par J. Hellegouarc’h, 1996)

Quelques contextes syntagmatiques peuvent fournir à cette valeur itérative une certaine impression de résultativité au sens de « gagner, faire un gain », ce qui rapproche quaerere de ses composés acquiro, conquiro et du suffixé quaestus (cf. § 5.3). Cela arrive tout particulièrement lorsque le verbe est au perfectum, mais c’est le cas aussi lorsqu’il est à un temps de l’infectum, comme on peut le voir dans les emplois qu’illustrent les vers suivants :

  • Pl. Truc. 155 :
    uos saltem si quid quaeritis , ecbibitis et comestis.
    « Vous du moins ce que vous gagnez, vous le buvez et le mangez. » (traduction A. Ernout, 1940, CUF)
  • Ter. Ad. 813-814 : Conserua, quaere , parce, fac quam plurimum Illis relinquas […].
    « Conserve, amasse, épargne, arrange-toi pour leur laisser le plus possible. » (traduction J. Marouzeau, 1949, CUF)

Par conséquent, quaerere s’oppose parfois à perdere, lorsque ce dernier a le sens « désinent »6)(« cesser de ») appliqué à la possession (« cesser de posséder, perdre ») :

  • CIL V, 6842 : dvm vixi, qvaesi ; cessavi perdere <n>vnqvam7).
    « Pendant que j’ai vécu, j’ai gagné ma vie ; mais je n’ai jamais cessé de perdre <ce que j’avais gagné>. »

Cet effet contextuel s’explique par le délai du procès et la valeur progressive qui lui est inhérente, qui implique que sa fin soit toujours repoussée ou répétée indéfiniment. En effet, la réitération lexicale, en elle-même, n’implique pas une fin, mais elle peut, néanmoins, être exprimée par un thème de perfectum ainsi que par quelques déterminations syntaxiques.

B. « Chercher à trouver », « chercher »

Le contenu générique « chercher à atteindre » est spécifié, en premier lieu, en fonction du contexte sensoriel que l’accomplissement de l’action implique en priorité : le visuel ou l’auditif. Si c’est le premier qui est souligné, comme dans l’exemple suivant :

  • Cic. Sest. 76 : […] uniuersique […] fratrem meum […] oculis quaerebant , uoce poscebant.
    « […] et les voilà tous […] qui cherchaient des yeux mon frère, qui hurlaient son nom… » (traduction J. Cousin, 1965, CUF)

c’est le contenu sémantique « chercher » qui est actualisé, cette action pouvant se matérialiser différemment, comme nous allons le voir.

B.1. Quelque chose qui n’est pas visible

Si l’on prend en considération la relation intrasubjective graduelle que quaero entretient avec les verbes signifiant « trouver », il est possible de déterminer le sens de « chercher », activité qui entraîne, en général, attention et mouvement :

quaero inuenio, reperio

  • Pl. Men. 238-239 :
    […] si acum, credo, quaereres ,
    Acum inuenisses , […] iam diu.
    « Si c’était une aiguille que tu cherchais, je crois que tu l’aurais trouvée […] depuis longtemps. » (traduction A. Ernout, 1952, CUF)

Dans cet exemple, le caractère caché de l’objet (occultum, latentem, abditum) est implicite, mais peut parfois être explicité :

  • Cic. Dom. 138 : quae sunt adhuc a me […] disputata non sunt quaesita ex occulto aliquo genere litterarum.
    « Ce que j’ai déclaré jusqu’ici à propos des dédicaces, je ne l’ai pas tiré de quelques archives secrètes … » (traduction P. Wuilleumier, 1952, CUF)

La primauté du composant perceptif visuel permet, en outre, le déplacement des verbes signifiant « voir » vers la relation intrasubjective qui vient d’être illustrée (« je cherche » → « je trouve »), selon les séquences suivantes8) :

quaerouideo

  • Ter. Ad. 541-542 :[…] dum illum quaero , a uilla mercennarium uidi […].
    « […] en le cherchant j’ai vu un ouvrier de la ferme. » (traduction J. Marouzeau, 1949, CUF)

circumspicioreperio

  • Cic. Fam. 5, 13, 3 : circumspice omnia membra rei publicae […] : nullum reperies profecto quod non fractum debilitatumue sit.
    « Fais le tour de tous les organes de la République […] : tu n’en trouveras pas un seul qui ne soit rompu ou atrophié. » (traduction J. Beaujeu, 1980, CUF)

B.2. Une information, une connaissance : « rechercher, enquêter sur »

La valeur générique « chercher à atteindre » de quaerere peut recevoir un deuxième type de spécification, dans les cas où la « quête » est orientée non plus vers la découverte de quelque chose qui ne serait pas visible, mais vers l’acquisition de connaissances. Il s’agit alors d’une « recherche », d’une « investigation intellectuelle » ; le verbe peut donc être glosé par fr. rechercher, investiguer, mettre en question. De la même façon que la « quête » dans son sens strict, la « recherche » oriente son développement vers l’obtention d’une trouvaille, d’une découverte ; mais, contrairement à cette dernière, elle possède une finalité secondaire, à savoir celle d’augmenter une connaissance. C’est ce qui permet sa spécialisation dans la langue philosophique (voir aussi § 5.3) :

  • Cic. Rep. 1, 15 : qui cum cetera tum haec caelestia uel studiosissime solet quaerere .
     « il [Panétius] s’occupe avec un intérêt passionné des questions scientifiques et, en particulier, de ces phénomènes célestes. » (traduction E. Bréguet, 1980, CUF)
  • Sen. Epist. 88, 35 : quamcumque partem rerum humanarum diuinarumque comprenderis, ingenti copia quaerendorum ac discendorum fatigaberis.
    « Quelque partie des choses humaines et divines que tu embrasses, tu seras accablé sous un énorme amas de problèmes à élucider, de faits à connaître. » (traduction H. Noblot, 1957, CUF)

En outre, cette activité requiert une certaine introspection qui peut trouver une expression lexicale :

  • Cic. Att. 9, 11ª, 1 : de ‘gratia’ et de ‘ope’ quid significares mecum ipse quaerebam .
    « mais je me demandais ce que tu voulais dire en parlant de mon ‘crédit’ et de mes ‘ressources’. » (traduction J. Bayet modifiée, 1964, CUF)

Dans la langue technique du droit, quaerere se spécialise dans le sens de « faire une enquête judiciaire, s’enquérir » :

  • Cic. S. Rosc. 85 : tamen facile me paterer uel illo ipso acerrimo iudice quaerente […].
    « je n’aurais aucune réticence à défendre la cause de Roscius même sous la présidence effective du plus rigoureux des juges… » (traduction F. Hinard, 2006, CUF)
  • Gai. Inst. 1, 74 : an ex senatus consulto causam probare possit, quaesitum est.
    « la question s’est posée de savoir si, sur la base du sénatus-consulte, il pouvait justifier de la cause de son erreur. » (traduction J. Reinach, 1950, CUF)

Parallèlement, les quaestores sont des magistrats exerçant la fonction de juge d’instruction chargés de la recherche criminelle et quaestio assume, dans cette langue spécialisée, le sens d’« interrogatoire », valeur liée au sens suivant de quaerere.

C. « Demander, poser une question »

En contexte sensoriel auditif, quaerere désigne le fait de demander verbalement une information et a le sens de « se renseigner », « poser une question ». L’action ainsi dénotée peut aboutir, si l’information est obtenue, à une perception intellectuelle ou à un savoir (« Je pose une question » → « Tu réponds » → « Je sais »)9). C’est pourquoi, dans ce sens, quaerere doit en fait être compris comme renvoyant à une attitude intellectuelle, la recherche d’une connaissance, de quelque chose qu’on ne connaît pas, mais dont on pense qu’un autre peut le connaître. Quaerere fonctionne alors comme un synonyme de rogare, dans la mesure où il apparaît au sein d’une relation intersubjective avec le terme complémentaire spécifique de cette notion, respondere, ou bien l’archilexème qui le subsume, dicere. C’est ainsi qu’il se trouve inclus dans l’ensemble des verbes dénotant des « actes de parole » :

rogo .- dicis, respondis

  • Cic. Nat. 1, 57 : roges me qualem naturam deorum esse dicam : nihil fortasse respondeam ; quaeras putemne talem esse qualis modo a te sit exposita : nihil dicam mihi uidere minus10).
    « Demande-moide te dire quelle est la nature des dieux, je n’aurai peut-être rien à répondre; veux-tu savoir si je pense qu’elle est telle que tu viens de la décrire, je dirai que rien ne me semble moins vraisemblable. » (traduction C. Auvray-Assayas, 2002, Belles Lettres)

Étant donné le caractère proportionnel de ces deux procès, les verbes signifiant « trouver » fonctionnent, en latin, comme terme complémentaire tant de la « recherche » proprement dite que de l’« enquête verbale » (cf. F. Domínguez, 1995-a, 101) :

quaero, rogoinuenio, reperio

  • Caes. G. 6, 35, 7 : quibus in locis sit Caesar ex captiuis quaerunt ; profectum longius reperiunt omnemque exercitum discessisse cognoscunt .
    « Ils demandent à leurs prisonniers où est César : ceux-ci répondent qu’il est parti, que toute l’armée s’en est allée. » (traduction L.-A. Constans, 1926, CUF)

Ce sens est celui dans lequel quaerere présente la plus grande variété de configurations syntaxiques. Le destinataire de la question prend la forme d’un syntagme prépositionnel d’origine : ex (cf. le dernier exemple) ou ab aliquo, ce qui souligne le fait que l’individu est le siège d’où émane l’information que l’on cherche :

  • Cic. S. Rosc. 73, 9 : Non quaero abs te qua re patrem Sex. Roscius occiderit, quaero quo modo occiderit.
    « Je ne te demande plus pourquoi Sex. Roscius a tué son père, je te demande comment il l’a tué. » (traduction F. Hinard, 2006, CUF)

Quant à l’objet de l’enquête, bien qu’il puisse être exprimé à l’accusatif :

  • Pl. Pers. 636 :
    […] DOR. At ego illam quaero quae fuit.
    « Mais c’est ton pays d’autrefois que je veux savoir. » (traduction A. Ernout, 1938, CUF)

Il apparaît fréquemment sous la forme d’un syntagme prépositionnel :

  • Pl. Mer. 899 :
  • CHAR. non curo istunc, de illa quaero.
    EUT. De illa ergo ego dico tibi.
    « Charinus : Je me soucie bien de ton personnage ; c’est d’elle que je veux avoir des nouvelles. Eutychus : C’est d’elle aussi que je parle. » (traduction A. Ernout, 1952, CUF)

ou, surtout, sous la forme d’une proposition subordonnée interrogative indirecte, introduite par une grande varieté de lexèmes11) : num, utruman, an, -ne, si, ubi, quomodo, quem ad modum… + subj., etc. :

  • Pl. Amph. 130 :
    haud quisquam quaeret qui siem aut quid uenerim.
    « Aucun d’eux ne s’avisera de me demander qui je suis, ni ce que je suis venu faire. » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)
  • Cic. Sulla 36 : quaesiuerunt essentne eadem uoluntate.
    « …ils ont demandé s’ ils étaient dans les mêmes dispositions. » (traduction A. Boulanger, 1943, CUF)
  • Cic. Vat. 15 : Primum quaero,num tu senatui causam tuam permittas, quod facit Caesar.
    « Je te demande d’abord si tu t’en remets pour ta cause au Sénat, comme César. » (traduction J. Cousin, CUF, 1965)
  • Cic. Verr. 5, 107 : quaerebatur ubi esset Cleomenes.
    « on se demandait où était Cléomène. » (traduction G. Rabaud, 1929, CUF)
  • Sen. Epist. 9, 6 : quaeris ,quomodo amicum cito facturus sit ? Dicam.
    « Tu demandes comment il se fera promptement un ami ? Je le dirai. » (traduction H. Noblot modifiée, 1945, CUF, revue en 1969)

D’autre part, dans ce sens, quaerere est à l’origine d’une phraséologie expressive qui facilite l’échange communicatif. Ainsi, l’expression figée si quaeris (-imus, -itis), ou si uerum quaeris (que F. Gaffiot traduit par « si tu veux le savoir », c.-à-d., « pour tout dire », « pour dire la vérité ») pourrait se voir appliquer la définition que donne le DPDE de l’expression espagnole a decir verdad: « Destaca un miembro del discurso como verdadero frente a algo distinto que se podría haber pensado o dicho. Se refuerza así el compromiso del hablante con la verdad de lo expresado »12) :

  • Lucil. 515-6 M (= XV, 17) :
    paenula, si quaeris, cantherius, seruus, segestre
    utilior mihi quam sapiens.
    « Si tu veux savoir, un manteau, un cheval, un esclave, une natte de paille me sont plus utiles qu’un philosophe. » (traduction F. Charpin, 1979, CUF)
  • Cic. de Orat. 2, 254 : et si quaeritis, is qui appellatur dicax hoc genere maxime excellet.
    « C’est là, si l’on y réfléchit, qu’excellent surtout ceux que l’on appelle diseurs de bons mots. » (traduction E. Courbaud, 1927, CUF)

De la même façon, Quid quaeris ?, qui introduit une note explicative, pourrait être traduit par « Qu’est-ce que tu veux que je dise ? » (litt. « Qu’est-ce que tu veux savoir ? ») et suppose à nouveau la sincérité des paroles de celui qui parle :

  • Cic. Q. fr. 2, 5, 2 : multum […] is mecum sermonem habuit […]. Quid quaeris? Nihil festiuus.
    « il m’a parlé longuement et avec beaucoup de cœur […]. Enfin que te dirai-je? Il est la grâce même. » (traduction L.-A. Constans, 1950, CUF)

D. À propos d’êtres inanimés : « requérir, être nécessaire »

Conformément à l’étroite analogie qui existe de manière générale entre les notions de « demande (de faire quelque chose) » et de « question (à propos de quelque chose) »13), certains environnements syntaxiques favorisent l’apparition d’un effet de sens contextuel, la valeur inquisitive (« poser une question »), présente tant dans quaero que dans la majorité de ses préverbés (exquiro, inquiro, requiro…), se rapprochant alors de la notion de « demande ».

À côté de son dérivé quaeso, caractérisé par son fonctionnement particulier dans ce champ lexical (cf. § 5.3 ; voir aussi des exemples comme Pl. Aul. 91-94, cité infra), quaero peut exprimer une nuance de la modalité déontique. Cette valeur s’avère particulièrement claire dans une construction spécifique relevant de la sphère « coactive » du champ lexical verbal de la demande, lorsque le référent du sujet grammatical appartient à la classe des inanimés et « réclame » intrinsèquement quelque chose, qui est imposé par sa nature propre14), métaphore qui on maintient dans les langues romanes. Dans ce cas, la réduction du schème des arguments, impliquée par une telle conception des êtres inanimés comme « agents » d’une réclamation (« quelque chose exige / requiert / nécessite quelque chose », sans qu’on ait besoin d’expliciter le destinataire de cette requête), permet d’exprimer, de manière métaphorique, le caractère indispensable de certains faits15) :

  • Varr. R. 1, 23, 4-5 : idoneus locus eligendus, ubi facias salictum et harundinetum sic alia quae umidum locum quaerunt .
    « Il faut choisir l’endroit convenable où planter des saules et des roseaux, et autres végétaux qui demandent l’humidité. » (traduction J. Heurgon, 1978, CUF)
  • Cic. Verr. II, 1, 29 : nego esse quicquam a testibus dictum quod […] cuiusquam oratoris eloquentia quaereret .
    « Je déclare que, dans tout ce qui a été dit par les témoins, il n’y a rien eu qui […] demandât l’éloquence de quelque orateur. » (traduction H. de la Ville de Mirmont, 1922, CUF)


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1) Fonction dans laquelle il est en concurrence avec d’autres auxiliaires : adorior, conor et nitor, ou avec les suffixes itératifs -to (-so), -ito. Sur l’expression du degré conatif, voir B. GARCÍA-HERNÁNDEZ (1980, 91-92). On peut voir, dans le même sens, Hor. Carm. 3, 27, 55-56.
3) Priscien (Gramm. III, 274, 7 ss) associe explicitement ces deux idées : desideratiua uel inquisitiua accusatiuo sociantur: ‘quaero te’, similiter […] ‘expecto, desidero, opperior’ […]– sed magis, quando datiuo coniungitur, adquisitiuum est .
4) Cf. W.H. KIRK (1926, 78) et les principaux dictionnaires.
5) Selon B. García-Hernández (communication privée).
6) Si le néologisme désinent (créé à partir du latin desino « cesser de ») n’est pas acceptable en français, l’on peut avoir recours, comme l’a proposé B. García-Hernández, à l’adjectif décessif. Cf. B. GARCÍA-HERNÁNDEZ, DHELL 4èmepartie, Système classématique des relations inter- et intrasubjectives, [n. 29].
7) Cf. P. VEYNE (2001, xxvi avec n. 93), qui insiste sur le caractère proverbial potentiel de l’expression.
8) Voir B. GARCÍA-HERNÁNDEZ (1976, 117-118 et n. 1), d’où sont tirés les exemples, et F. DOMÍNGUEZ (1995-a, 60). Cf. en outre, la polysémie de angl. to look (for).
9) Cf. F. DOMÍNGUEZ (1995-a, 100), et l’exemple de Caes. G. 6, 35, 7 cité infra ; voir aussi DHELL , 1ère partie , cognoscere, § 4.2.A.1
10) De plus, l’exemple met en évidence l’équation qui s’établit en latin entre « poser une question » et « demander qu’on dise » ; cf.infra § 5.4
12) « Elle souligne un membre du discours comme vrai, par contraste avec ce qui pourrait être pensé ou dit. De cette façon elle renforce le compromis du locuteur avec la vérité de ce qu’il a exprimé. »
14) Sur ces concepts et leur répercussion dans le champ verbal de la demande, où cette métaphore est très productive et permet de reconnaître l’appartenance d’un élément quelconque à la sphère « coactive », c.-à-d., à l’entourage des « exigences » – puisque le terme « coactive » implique des situations d’énonciation où le locuteur occupe une position dominante par rapport au destinataire de la demande et a l’autorité sur ce dernier – , cf. L. UNCETA (2009-a, 57-58).
15) Cet emploi permettra sa totale identification avec la valeur « pétitoire », tout au moins dans un latin artificiel, comme on le voit dans la strophe suivante : porta querit, chartula querit, bulla querit, / Papa querit, etiam cardinalis querit, / omnes querunt, et si des – si quid uni deerit, / totum mare salsum est, tota causa perit (Carmina Burana, 42, 14). Et il facilitera même son apparition dans des prières médiévales : rogamus et quaerimus a bonitate tua (Mon. lit. Aeth., c. 941) ; quaerimus et petimus (ibid. c. 941), cités par A. BLAISE (s.u. quaero). Cf. en outre, le terme italien continuant le verbe latin : chiedere (infra, § 7.1.2).