prūrīre

(verbe)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Le sens du verbe reste assez stable au cours de la latinité, avec essentiellement deux applications : un emploi, souvent technique, au sens de « démanger » et un emploi figuré au sens de « désirer vivement », voire « désirer sexuellement ».

6.2. Etymologie et origine

Lat. prūrīre repose sur une « racine » i.-e. *preus- « brûler » (voir KELLER, 205) ou bien est un verbe dénominatif de date latine sur la base d’un substantif *prūri- (EM, s. v.). Le verbe est rapproché de prūna « charbon ardent, braise » (Caton, Virg., Hor., Plin.) et pruīna « gelée blanche » (pour ce dernier terme, cf. aussi certains grammairiens latins : § 5.2.) ; prūrīre n’est pas traité dans le LIV, qui mentionne pruīna sous la « racine » *preus- « jaillir, asperger ».

De Vaan (494) pose un substantif *preus-i- « démangeaison due au froid et à l’humidité », sur lequel on aurait le verbe dénominatif *prouseye‑ « démanger », estimant que la signification « être mouillé » fut, par métaphore, également appliquée aux très hautes températures, d’où le sens « brûlant » pour prūna : « the meaning “to be wet” was metaphorically also applied to high temperatures, hence “burning” in prūna ». On rapprochera :

- got. frius « froid » ; avec le suffixe *‑to- : germ. *frusta : angl. frost.

- véd. pruṣ̣nute « arroser » ([r] est ambigu : *pru- ou *plu- « être dans l’eau courante » ?).

B. Forssman (2006) retient l’analyse comme dénominatif, mais voit, dans *prouri-, un nom de la puce, rapproché de véd. plúṣi « insecte nuisible » (RV I, 191,1, dans un hymne contre les bêtes venimeuses) ; la démangeaison se référerait à l’insecte piqueur (« Floh-Gefühl haben ») ; il cite le parallèle français avoir les jambes qui fourmillent (ou plutôt avoir des fourmis dans les jambes).

La principale objection vient de l’existence de pūlex « puce », où les phonèmes latins /p/, /u/ et /l/ sont en correspondance avec le nom grec ψύλλα « puce » (Aristophane). Pour B. Forsmann, pūlex serait une déformation phonétique volontaire (« spielerische Lautumstellung »), postérieure à la création du dénominatif ; ce qui est possible pour un mot de la langue familière, mais indémontrable. Une autre possibili té serait que *prouri- ait désigné un insecte piqueur, mais pas nécessairement la puce.

Il semble qu’on ait affaire à un réseau métaphorique, vivant dans la langue parlée, mais qui, dans la langue littéraire, n’est plus représenté que par quelques formes isolées.



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