prūrīre

(verbe)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Le thème d’infectum du verbe prūrī-re , qui relève de la 4econjugaison (du type aud ī-re ), se termine par …ī- avec abrègement de cette voyelle en hiatus à la 1èrepers. sg. de l’indicatif présent : prūrĭō . Ce … ī- est probablement employé ici pour former à l’origine un verbe dénominatif. Mais la formation du verbe prūrīre, en synchronie, est démotivée et ce terme ne peut plus être associé à un substantif latin dont il serait dérivé. Voir § 6.2.

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

Les grammairiens latins dans leurs explications étymologiques mettent en général la notion de ‘démangeaison’ exprimée par les mots de la famille de prūrīre en relation avec la notion de ‘brûlure’, exprimée par (per)-ūrere « brûler, enflammer », ardēre « être en flammes, brûler » et le nom grec du feu

πῦρ(πυρός) nt.. Isidore de Séville et Paul Diacre (P.-Festus) rapprochent le substantif prŭīna « gelée blanche » de la notion de ‘

brûlure’, ce qui laisse penser que le rapprochement synchonique était possible, pour la communauté linguistique en général, entre pruīna et prūrī-re :

  • Isid. Orig. 4, 8, 7 : prurigo uocata est a perurendo et ardendo.
    « La démangeaison (prurigo) a reçu son nom de perurere ‘enflammer’ et ardere ‘brûler’. »
  • P.-Festus 253, 19 L (= 226 M.) : Pruina dicta, quod fruges ac uirgulta perurat.
    « La gelée blanche (pruina) est appelée ainsi parce qu’elle brûle (perurat) les fruits et les jeunes pousses. »
  • Isid. Orig. 13, 10, 8 : inde pruina nomen accepit quia sicut ignis urit ; πῦρ enim ignis.
    « La gelée blanche (pruina) reçoit son nom du fait qu’elle brûle (urit) comme le feu ; car le feu se dit gr. πῦρ. »

5.3. « Famille » synchronique du terme

Les dérivés du verbe prūrī-re, dont le thème est prūrī-, sont surtout des termes techniques :

- prūrī-tus, -tūs (m.) « le prurit, la démangeaison » : attesté seulement chez Pline l’Ancien (35 occurrences) entre la période archaïque et la période post-classique, il est employé également au sens figuré de « désir vif » à l’époque tardive.

- prūrī-gō, -gĭn-is (f.) dénote également la démangeaison et est employé par des auteurs techniques comme Celse, Columelle, Pline l’Ancien, Scribonius Largus ; il prend aussi le sens de « désir sexuel » chez Juvénal et Martial.

Ce substantif a pour dérivé l’adjectif prūrīgĭn-ōsus, -a, -um « qui a des démangeaisons » attesté seulement trois fois et à date tardive (Dig.).

- l’adjectif prūrī-tīuus, -a, -um « qui cause des démangeaisons » offre seulement une occurrence (chez Pline l’Ancien).

- l’adjectif prūri-ōsus, -a, -um est attesté dans le corpus priapique (avec un sens obscène) et chez Caelius Aurélianus au sens de « qui cause des démangeaisons, prurigineux ».

Prūrī-re fut rapproché en synchronie par certains grammairiens latins (P.-F., Isid. : cf. § 5.2.) de pruīna, -ae, (f.) « gelée blanche » parce que cette dernière « brûle » les plantes.

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Au sens de « démanger », prūrīre a pour équivalent formīcāre, attesté chez Pline l’Ancien, verbe dénominatif sur formīca « fourmi » au sens étymologique de « fourmiller » :

  • Plin. Nat. 30, 120 : […] cantharides []donec formicet cutis, tolerandae sunt.
    « […] il faut supporter les cantharides, jusqu’à ce que la peau ressente des fourmillements. » (traduction J.-F. Thomas)

Au sens de « désirer ardemment », prūrīre offre des particularités par rapport à cupere, cupiditāte ou dēsīderiō ardēre, flagrāre. En effet, ces derniers ont pour sujet grammatical seulement un animé humain, tandis que, si prūrīre connaît cette construction, il a aussi celle où le sujet est un nom référant à une partie du corps, dont les démangeaisons sont l’image du désir ressenti par la personne. La lexicalisation du désir à partir des sensations a un équivalent avec le verbe gestīre :

  • Pl. Amph. 323-324 :
    ME. […] Gestiunt pugni mihi.
    SO. Si in me exercituru’s, quaeso in parietem ut primum domes.
    « Mercure : Les poings me démangent. — Sosie : Si c’est sur moi que tu veux les exercer, je t’en prie, calme-les d’abord contre le mur. » (traduction A. Ernout, 1959, CUF).



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