prūrīre

(verbe)



4. Description des emplois et de leur évolution

4.1. Résumé

A. « Une partie du corps démange »

A. 1. « Démanger » dans la description médicale

  • Celse 2, 7, 8 : []si frons prurit, lippitudinis metus est.
    « […] un prurit au front fait craindre l’ophtalmie. » (traduction G. Serbat, 1995, CUF)
  • Aug. Magis. 14 (à propos de l’erreur dont il faut essayer de sortir) : Nam uerbis de uerbis agere tam implicatum est, quam digitos digitis inserere et confricare, ubi uix dignoscitur nisi ab eo ipso qui id agit, qui digiti pruriant et qui auxilientur prurientibus.
    « Car il y a autant de complication à traiter les paroles avec des paroles que de croiser et frotter les doigts dans les doigts, où l’on reconnaît à peine – sauf celui qui fait cette action – quels doigts ont des démangeaisons et quels doigts soulagent ceux qui démangent. » (traduction F. J. Thonnard, 1952, Desclée de Brouwer).

A.2. « Une partie du corps démange sous l’effet d’un sentiment »

  • Pl. Amph. 295-296 :
    […] Perii, dentes pruriunt ;
    certe aduenientem hic me hospitio pugneo accepturus est.
    « Je suis perdu. Les dents me démangent. Certainement, il va, pour mon arrivée, me régaler d’une réception pugilistique. » (traduction A. Ernout, 1959, CUF)

B. « La personne est animée d’un désir irrésistible »

  • Catul. 88, 1-2 :
    Quid facitis, Gelli, qui cum matre atque sorore
    prurit[…] ?
    « Que fait, Gellius, celui qui s’anime de désir avec sa mère et sa sœur […] ? » (traduction J.-F. Thomas)
  • Mart. 9, 90, 7-8 :
    Sic uni tibi sit puer cinaedus
    et castissima pruriat puella.
    « so for you alone may there be a slave-pansy-boy, and a mistress most pure itch for you » (trad. Walter C. A. Ker, London, 1968, Loeb Classical Library)
    « qu’une maîtresse très pure brûle d’amour pour toi »

C. « Quelque chose stimule le corps »

  • Juv. 11, 161-162 : Forsitan expectes ut Gaditana canoro
    incipiant prurire choro[]
    « Peut-être t’attends-tu à ce que des chansons de Gadès dans un chœur lascif commencent à stimuler les envies […] » (traduction J.-F. Thomas)

Pruriens fonctionne en latin tardif comme adjectif, qualifiant un désir « avide » :

  • Aug., Nupt. 2, 15, 30 : […] ut conceptus proueniret sine lubidine pruriente et partus sine dolore cruciant.
    « […] en sorte que la conception se serait déroulée sans leprurit de la passion, et l’enfantement sans cruelle douleur. »(traduction F. J. Thonnard, 1974, Desclée de Brouwer)1).

D. De la démangeaison au désir illusoire

Dans le latin des auteurs chrétiens se retrouve la construction attestée chez Plaute où prurire a pour sujet le nom désignant la partie du corps irritée par les démangeaisons A.1, mais celles-ci sont l’indice d’un désir qui, s’il ne concerne pas l’amour, reste irrésistible parce qu’il veut s’affranchir des limites du bien et du vrai :

  • Hier. Ep. 52, 14 : Caue quoque ne aut linguam aut aures habeas prurientes, id est, ne aut ipse aliis detrahas aut alios audias detrahentes.
    « Attention ! pas de démangeaisons à la langue ou aux oreilles ! Je veux dire, ne critique pas autrui, n’écoute pas autrui quand ils critiquent. » (traduction J. Labourt, 1952, CUF)

Le verbe en vient à être construit comme les verbes de volonté, avec une complétive objet :

  • Ambrosiast. Comm. de P. epist ad Tin. II, 4, 4 : Pruriunt enim aures eorum ut audiant fabulas uanitatum compositas sub nomine doctrinae quibus delectentur.
    « Ils sont avides d’entendre des récits illusoires composés avec l’apparence d’un savoir, et qu’ils aiment. » (traduction J.-F. Thomas).

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1) De même Aug. Iul. 2, 10 ; Grat. Chr. 2, 36, 41.