prĕcor, -ārī

(verbe)


7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

A part la forme de l’it. ancien precare (attestée par exemple chez Dante), qui conserve en position intervocalique la consonne gutturale sourde du latin [k], les autres formes attestées montrent un affaiblissement de cette consonne, qui se sonorise : precari > it. pregare. Ce passage phonétique de -[k]- à -[g]- en position intervocalique est difficile à expliquer du point de vue phonétique. En effet, les dialectes toscans – et, par conséquent, la langue littéraire qui a ces dialectes comme base – conservent les consonnes gutturales sourdes en position intervocalique : lat. amicus > it. amico. Cependant, plusieurs mots, en italien et dans les dialectes toscans, présentent la sonorisation de la consonne gutturale sourde à l’intervocalique : lat. lacus > it. lago. Selon l’hypothèse généralement admise aujourd’hui, les formes où la consonne est sonorisée seraient des emprunts effectués par les dialectes toscans (et la langue littéraire) à des dialectes gallo-italiens, dans lesquels l’affaiblissement des consonnes en position intervocalique est un phénomène régulier, comme le montrent aussi les autres langues romanes occidentales (le français par exemple).

L’affaiblissement de la consonne à l’intervocalique est enregistré également dans les descendants de precari dans les dialectes du centre et du sud de l’Italie, qui, en général, conservent les consonnes latines à l’intervocalique, comme les dialectes toscans : dans l’ancien dialecte de l’Ombrie, on trouve les formes prigo ‘je prie’, priga ‘il prie’ ; dans certains textes romains (de Cola di Rienzo, par exemple), on trouve la forme preare ‘prier’ à côté de formes qui montrent le même phénomène de disparition de la consonne /g/ de la langue littéraire : paraone (par rapport à it. paragone ‘comparaison’) et fiura (par rapport à it. figura ‘figure’). La chute de la consonne -g- (< -/k/-) en position intervocalique est fréquente aussi dans les dialectes méridionaux de l’Italie, comme le montrent les formes priari ‘prier’ dans les dialectes de la Calabre et preo ‘je prie’ dans le dialecte de Naples.

L’allomorphie priègo ‘je prie’ / pregare ‘prier’ que l’on enregistre dans les documents plus anciens et dans l’italien littéraire a été normalisée avec le remplacement de priègo par prègo.

7.1.2. Sémantique

It. pregare a la valeur de « supplier quelqu’un, en lui demandant avec humilité qu’il fasse quelque chose, sans qu’il soit obligé de faire ce qu’on lui demande ». Le verbe est construit avec un objet direct, qui dénote celui qu’on prie, et une proposition en che « que » ou un infinitif en di « de », qui dénotent ce qu’on demande.

Pregare peut avoir comme complément d’objet direct le nom de Dieu, comme dans l’exemple suivant :

  • Dante, Inf. 91-93 :
    Se fosse amico il re de l’universo,
    noi pregheremmo lui de la tua pace,
    poi ch’hai pietà del nostro mal perverso
    .
    « si nous était ami le roi de l’univers / nous le prierions, lui, pour ta paix / puisque tu as pitié de notre mal pervers ».

Le verbe pregare peut être employé aussi de façon absolue ; il dénote alors l’acte de prière que l’on adresse à Dieu.

La forme de la première personne du singulier de l’indicatif présent pregoest employée comme expression de courtoisie pour répondre à quelqu’un qui remercie ou qui s’excuse, mais aussi pour inviter quelqu’un à entrer, à accepter un cadeau, etc. En français aussi, on trouve l’expression je vous en prie, qui garde cependant, par rapport à l’italien, une certaine articulation syntaxique : outre le sujet, le verbe est accompagné de deux pronoms qui se réfèrent à ses deux arguments.

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

L’italien a deux noms pour désigner l’acte de prier : preghièra et prèce « prière ». La première forme est empruntée au provençal pregueira, dont on peut reconstruire l’étymon latin *precaria (féminin de l’adjectif precarius ‘obtenu grâce au prières’). De la même forme sont dérivés le nom français prière, l’espagnol plegaria et le catalan pregaria. Ce nom vient donc de la substantivation de l’adjectif.

A côté du dérivé par la voie phonétique, l’italien possède aussi la forme savante prèce (< lat. precem), qui se réfère seulement aux prières religieuses (pl. prèci). C’est une forme littéraire, qui est employée également dans la langue de la liturgie ecclésiastique. Les textes de l’italien ancien présentent aussi une forme de pluriel prèce : : « tutte nostre prece » ‘toutes nos prières’, dit Dante (Purg. XX 100).

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