prĕcor, -ārī

(verbe)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Le sens de « prier, supplier » semble être le plus archaïque, même si l’on trouve déjà des occurrences du sens de « souhaiter » dans les comédies de Plaute, au sein du syntagme figé male precor. Quoi qu’il en soit, precor est bien un verbe de parole à l’origine. Puis il acquiert parallèlement le sens de « souhaiter » dès l’époque classique, lorsqu’il est construit avec un complément à l’accusatif, objet du souhait.

A l’époque augustéenne, dans le sens de « prier », il acquiert aussi un emploi absolu, notamment lorsqu’il est à la première personne sg. ind. présent (emploi performatif).

La racine du verbe precor (également présente dans les verbes latins posco et postulo « demander ») (voir ci-dessous § 6.2.) est attestée dans d’autres langues indo-européennes avec une spécialisation dans le vocabulaire juridique. Mais cette spécialisation juridique, en latin, est assumée par la famille de quaero « demander » (cf. les valeurs sémantiques de quaestor, quaestio).

6.2. Etymologie et origine

Precor , ancien, usuel et panroman, est un verbe dénominatif (fournissant plusieurs préverbés : com-, -) clairement bâti sur le nom-racine prec-ēs f. pl. « prières » (Mignot, 1969 : 377).

La racine indo-européenne est de forme *preḱ- « interroger, demander ».

Les trois degrés vocaliques sont attestés en latin, ce qui est exceptionnel, mais ils ont abouti à la constitution de trois familles distinctes : c’est le type même de l’éclatement apophonique (Garnier, 2010 : 28).

C’est ainsi qu’à côté du morphème lexical prec- « prier », on relève le vieux nom d’agent procus, -i m. « prétendant », qui reflète un oxyton *proḱ-ó-, dont il existe un dénominatif procāre « demander » en sus d’un très énigmatique supin prŏcitum (?) valant petītum « demander » (Mignot, 1969 : 28).

Le deuxième groupe est formé par l’infectum poscō (< *porsk-e/o-), qui reflète un étymon i.-e. *pṛḱ-sḱ-é/ó- (cf. véd. pṛcch-á-ti« il demande »).

Ce thème de présent fournissait un substantif déverbal en *-eh2 de forme *pṛḱ-sḱ-éh2 f. « question ». Cette forme se prolonge dans sk. pṛcchāf. « question » ainsi que dans arm. harcc« question » (qui est devenu secondairement un thème en -i-, sans doute en raison de son caractère monosyllabique, qui lui confère un statut de nom-racine en synchronie). Le tertiumcomparationispourrait être représenté par lat. *poscaf. « requête », qui pouvait fournir une locution *poscam ferre(cf. sk. pṛcchām BHṚ-), reflétée par un composé verbal *posci-tul-āre(du même type que opi-tul-ārīvs opem ferre), réduit (par syncope du ibref en syllabe intérieure ouverte) à pos-tul-āre« demander, souhaiter » (Garnier, 2010 : 186).


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