prĕcor, -ārī

(verbe)



4.1 Description des emplois et de leur évolution : résumé et exemples

A. « Souhaiter »

A.1. En général

  • Pl. Rud. 640 :
    Bene equidem tibi dico qui te digna ut eueniant precor.
    « Assurément, je prononce des paroles de bon augure à ton endroit, en souhaitant que t’arrive ce que tu mérites. »
  • Cic. Pis. 20 : Haec ego semper de uobis expetiui, haec optaui, haec precatus sum […].
    « Voilà ce que, à votre sujet, j’ai toujours désiré, souhaité et appelé de mes vœux. »
  • Cic. Pis. 14 : Vtrum tandem bono uiro et sapienti optabilius putas sic exire e patria ut omnes sui ciues salutem, incolumitatem, reditum precentur, quod mihi accidit, an, quod tibi profisciscenti euenit, ut omnes exsecrarentur, male precarentur, unam tibi illam uiam et perpetuam esse uellent ?
    « Enfin, que penses-tu que doive prioritairement désirer un homme bon et sage : quitter sa patrie, pendant que ses concitoyens souhaitent son salut, son rétablissement, son retour – ce qui m’est arrivé – ou, ce qui t’arriva en partant, que tous te maudissent, te souhaitent du mal et qu’ils veuillent que ce voyage soit pour toi sans retour et sans fin ? »

Pour ce sens de « souhaiter », on peut proposer le sémème :

/demander / /que se réalise/ (+ COD : quelque chose) ou (+ complétive : que)

A.2. Les expressions lexicalisées « male / bene precari »

  • Pl. Merc. 235 :
    male mihi precatur, et facit conuicium.
    « Il m’accable de malédictions et d’injures. »
  • Cic. Pis. 19 : Neque uero ego, si umquam uobis mala precarer quod saepe feci, in quo di immortales meas preces audiuerunt, morbum aut mortem aut cruciatum precarer.
    « Mais moi, si jamais je vous souhaitais du mal, ce que j’ai souvent fait, ce en quoi les dieux ont entendu mes prières, je ne vous souhaiterais ni la maladie, ni la mort ni la souffrance. »
  • Liv. 39, 43, 4 : Inter pocula atque epulas, ubi libare diis dapes, ubi bene precari mos esset, ad spectaculum scorti procacis, in sinu consulis recubantis, mactatam humanam uictimam esse […].
    « Au milieu d’un festin bien arrosé, alors que l’usage était d’offrir des mets en libation aux dieux et d’adresser des vœux favorables, pour distraire une prostituée effrontée, allongée dans les bras d’un consul, une victime humaine a été immolée. »
  • Cic. Nat. 3, 84 : [Dicebat] esse enim stultitiam a quibus bona precaremur ab is porrigentibus et dantibus nolle sumere.
    « [Il disait] que c’était une folie de ne pas vouloir accepter de la part des dieux à qui nous demandons du bonheur, ce qu’ils nous présentent et nous donnent. »

Pour ces emplois lexicalisés du verbe, le sémème devient :

/demander / /que se réalise/ / (avec male) une chose malheureuse / ou / (avec bene ) une chose heureuse/

B. « Prier, supplier »

B.1. Avec un complément désignant le destinataire de la prière

Le sémème proposé en A se modifie de la manière suivante :

/adresser une demande/ /de manière suppliante/ /à quelqu’un/ /en position de pouvoir/

B.1.1. Le complément désigne un être humain

- au datif :

  • Pl. As. 477 :
    Pergin precari pessimo ?
    « Tu continues de supplier un être aussi méchant ? » (litt. « de faire des supplications à (l’adresse d’)un homme aussi scélérat »).

- avec ab + ablatif :

  • Cic. Am. 57 : Precari ab indigno , supplicare, tum acerbius in aliquem inuehi insectarique uehementius […].
    « Prier, supplier un homme indigne , accuser quelqu’un trop durement, l’attaquer avec trop de violence. »

- à l’accusatif :

  • Virg. En. 10, 290 :
    Aduertit subito proram sociosque precatur.
    « Il tourne subitement la proue dans ce sens et supplie ses compagnons. »

B.1.2. Le complément désigne une divinité

Il est alors toujours à l’accusatif.

  • Cic. Nat. I, 122 : Quod ni ita sit, quid ueneramur, quid precamur deos […] ?
    « S’il n’en était pas ainsi, pourquoi vénérons-nous, pourquoi prions-nous les dieux ? »
  • Cat. Agr. 141 :
    Mars pater te precor quaesoque uti sies uolens propitius mihi, domo, familiaeque nostrae.
    « Mars père, je te supplie et te demande de bien vouloir être propice pour moi, pour ma maison et pour mes gens. »

B.2. Sans complément désignant le destinataire

Le destinataire est alors sous-entendu et déductible du contexte. Il peut être :

- soit un être humain :

  • Virg. En. X, 597-598 :
    Per te, per qui te talem genuere parentes,
    uir Troiane, sine hanc animam et miserere precantis.
    « Par toi en personne, par les parents qui ont engendré un tel fils, ô héros troyen, laisse-moi la vie ; aie pitié de celui qui t’implore ».
  • Suet. Ner. 47 : Varie agitauit, Parthosne an Galbam supplex peteret, an atratus prodiret in publicum proque rostris quanta maxima posset miseratione ueniam praeteritorum precaretur […].
    « Alors, agitant divers projets, il songea soit à se rendre en suppliant chez les Parthes, ou auprès de Galba, soit à se présenter en public vêtu de noir, pour implorer du haut des rostres, aussi pitoyablement qu’il pourrait, le pardon du passé. » (traduction H. Ailloud)

- soit une divinité :

  • Pl. Ru. 259-262 :
    Qui sunt qui a patrona preces mea expetessunt ?
    Nam uox me precantum huc foras excitauit.
    Bonam atque obsequentem deam atque haud grauatam
    patronam exsequontur benignamque multum
    .
    « Qui donc vient adresser des prières à ma protectrice ? Car c’est la voix de suppliants qui m’a attirée au dehors. C’est une déesse bonne, complaisante, une protectrice bienveillante qu’ils cherchent et très généreuse. » (traduction S. Dorothée)
  • Cic. Nat. II, 72 : Nam qui totos dies precabantur et immolabant, ut sibi sui liberi superstites essent, superstitiosi sunt appellati […].
    « Ceux qui, des jours entiers, adressaient des prières et immolaient des victimes pour que leurs enfants leur survécussent ont été appelés ‘superstitieux’. »

D’où les sémèmes suivants :

- pour un être humain : /adresser une demande/ /de manière suppliante/ /à une personne en position de pouvoir/

- pour une divinité : /adresser une demande/ /avec des paroles de prière/ /de manière suppliante/ /à une divinité/

B.3. Precor en incise à la 1ère pers. sg. ind. présent avec une valeur illocutoire

- soit à l’appui d’une interrogation directe :

  • Hor. Epo. V, 7-10 :
    Per hoc inane purpurae decus precor,
    per inprobaturum haec Iouem,
    quid ut nouerca me intueris aut uti
    petita ferro belua
    ?
    « Par ce vain honneur de la pourpre, je t’en supplie, par Jupiter qui n’approuvera pas ces choses, pourquoi me regardes-tu comme le ferait une marâtre ou une bête féroce blessée par le fer ? »
  • Sén. Herc. O. 1961 :
    Quid timuere tui manes, precor ?
    « Qu’est-ce que, je t’en supplie, les mânes ont eu à craindre de toi ? »

- soit à l’appui d’un ordre :

  • Virg. En. 12, 776 :
    ‘Faune, precor, miserere’ (…)
    « Faunus, je t’en prie, aie pitié ! »
  • Ov. Am. 3, 2, 71 :
    Tende, precor, ualida lora sinistra manu !
    « Je t’en prie, tends de ta main vigoureuse la rêne gauche! »

Sémème : /adresser une demande/ /de réponse/ /de manière suppliante/ /à une personne en position de pouvoir/

B.4. Emploi poétique : où « precari » n’est plus un verbe de parole

  • Virg. En. 12, 930-937 :
    Ille humilis supplexque oculos, dextramque precantem
    protendens, ‘Equidem merui nec deprecor,’ inquit :
    ‘utere sorte tua. Miseri te siqua parentis
    tangere cura potest, oro fuit et tibi talis
    Anchises genitor, Dauni miserere senectae
    .
    « Lui, humble et suppliant, portant vers Enée ses yeux et sa main implorante : ‘En vérité, je l’ai mérité et ne cherche pas à l’éviter’, dit-il ; ‘jouis de ton sort. Et si tu peux être touché par quelque souci que j’ai de mon père – et ton père Anchise fut un souci pour toi, je t’en prie, aie pitié du vieux Daunus’. »

Le sémème ne s’en trouve pas modifié.

En conclusion, les différences de sens du verbe sont corrélées avec ses variations de construction : selon la nature du complément – animé ou inanimé, humain ou divin, COD ou construction qui indique un destinataire –, son sens se modifie.

C. Synthèse des constructions syntaxiques de precari

C.1. En emploi absolu

C.1.1. « Adresser des prières », sans spécification du destinataire ni du contenu

C.1.2. Avec adverbe qualifiant l’orientation, positive ou négative, de la prière

C.1.3. En incise, à la 1ère personne du présent de l’indicatif

C.2. Introduisant un discours direct

C.3. Introduisant une complétive

C.3.1. Paratactique au subjonctif

C.3.2. Ut / ne + subjonctif

C.3.3. « (non precor) quominus » + subjonctif

C.3.4. Pronom cataphorique … (ut / ne +) subjonctif

C.3.5. Infinitif

C.4. + SN désignant ce qui est demandé par la prière

C.4.1. SN accusatif [inanimé] désignant ce qui est désiré

C.4.2. SN accusatif d’objet interne : « bonas preces » (chez Caton)

C.4.3. Adjectif substantivé

C.5. + SN désignant le destinataire de la prière

C.5.1. SN accusatif [animé] destinataire, divin ou humain

C.5.2. Ab + SN ablatif [animé], destinataire dont l’aide est sollicitée par une prière

C.5.3. SN datif [animé]

C.6. + SN [animé] désignant le bénéficiaire de la prière

C.6.1. SN datif

C.6.2. Pro + SN ablatif

C.7. SN ablatif [inanimé] désignant le vecteur de la prière


Synthèse:

Contenu de la prière Destinataire de la prière Bénéficiaire de la prière Vecteur de la prière
precor 1. discours direct
2. (ut) + subj.
3. aliquid
4. bonas preces
5. bona / mala
1. aliquem
2. ab aliquo



1. alicui
2. pro aliquo



aliqua re





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