potentia, -ae (f.)

(substantif)


7. Descendance du lexème dans les langues romanes

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

Aucun idiome roman médiéval ou moderne ne possède de lexème remontant au corrélat oral de potentia par la voie phonétique.

Le signifié « puissance, pouvoir » est assumé, dans les langues romanes, soit par les descendants de */potes’tate/ s.f. (type it. podestà), soit par une translation ou un dérivé secondaire de l’issue de *po’tere v.tr. « avoir la possibilité, pouvoir » (cf. fr. pouvoir et puissance).

7.2. Emprunts au latin écrit

Lat. potentia a été emprunté, par la voie écrite et savante, par plusieurs idiomes romans.

Roum. putinţă s.f. « force, puissance » (dp. XVIIe s.) s’interprète soit comme un emprunt savant à lat. potentia, soit comme un calque morphologique de ce dernier, dérivé de a putea v.tr. « pouvoir » (= posse) au moyen du suffixe -inţă (= -entia).

It. potenza s.f. « force, puissance » est attesté depuis le début du XIIIesiècle. La forme du lexème ne permet pas d’affirmer qu’il s’agit d’un emprunt, mais ses différents champs sémantiques dans la langue médiévale (« puissance politique » 1200/1243, « faculté de produire un effet » 1304/1308) montrent l’origine savante du vocable, calqué sur le latin juridique et philosophique.

Fr. potence s.f. « puissance » est attesté dans l’ancienne langue, entre 1120 et 1525 (encore courant chez Lemaire des Belges).

Le mot potence apparaît secondairement au sens de « béquille » vers 1170 (Béroul) et il est encore enregistré (comme un archaïsme) par le Larousse de 1949 : ce sens provient sans doute de la langue médicale médiévale, une béquille étant conçue comme un surcroît de force pour l’invalide. Du sens « béquille » dérivent les acceptions « armature du hennin » (ca 1400), « pièce de fer servant de soutien ou d’appui » (1386-1546), « assemblage servant de support à un balcon, à une lanterne etc. » (dp. 1547).

Le sens « instrument de supplice servant à la pendaison, gibet », plus récent, est attesté dp. 1474 : deux explications en ont été proposées, l’une consistant à y voir une spécialisation du signifié « support » (« support d’une corde »), l’autre supposant un emprunt au latin juridique potentia « pouvoir seigneurial, pouvoir de justice », d’où « instrument du pouvoir de justice ».

L’ancien occitan a eu un lexème potencia s.f. « résistance » (attesté en 1345).

Cat. potència s.f. « force, puissance » est attesté depuis ca 1250 (Lulle).

Esp. potencia s.f. « id. » est attesté depuis ca 1250 (Berceo).

Le galicien et le portugais ont potência s.f. « id. » depuis 1481.

En dehors du domaine roman, nous trouvons : all. Potenz s.f. « puissance d’un nombre » et « puissance physique », dan. norv. suéd. potens s.f. « puissance d’un nombre » ; polon. pot ę ga s.f., slovène potenciranje s.f. « id. » ; espéranto potenco subst. « id ».



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