Différences

Cette page vous donne les différences entre la révision choisie et la version actuelle de la page.

dictionnaire:porcus4.1 [2015/03/24 17:22] (Version actuelle)
bothua créée
Ligne 1: Ligne 1:
 +<html><p class="lestitres"> porcus, -ī  (m.) « cochon, porc » </p></html> <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>
 +\\
 +-----
 +
 +\\
 +
 +
 +====== 4.1. Résumé ======
 +
 +
 +Les significations B, C et D sont issues de A à la suite de procédés métaphoriques et métonymiques bien connus dans d’autres domaines du lexique. 
 +
 +Il n’y a pas de raison pour séparer les significations A et B de C, en les attribuant à des ‘signifiants’ différents, comme le fait le dictionnaire étymologique de [[Walde-Hofman ]] ; celui-ci distingue deux lemmes : //porcus// 1 (pour les significations A et B) et //porcus// 2 (pour la signification C).
 +
 +Le problème posé par les significations A.1. (« cochon mâle ») et A.2. (« cochon femelle ») concerne la relation de //porcus// avec le nom féminin //porca// « truie ». Dans deux passages, l’un de Caton, l’autre de Cicéron, //porca// se trouve à côté de //porcus femina// « porc femelle » :
 +
 +    * Cat. //Agr.// 134, 1 : \\ //Prius quam messim facies, **porcam** praecidaneam hoc modo fieri oportet: Cereri **porca** praecidanea **porco femina**, prius quam hasce fruges condantur : far, triticum, hordeum, fabam, semen rapicium. Thure, uino Iano, Ioui, Iunoni praefato, prius quam **porcum feminam** immolabis.// \\ « Avant de faire la moisson, il faut que l’on fasse le sacrifice de la truie précidanée de cette façon : à Cérès, le sacrifice de la truie précidanée se fait avec une femelle de porc, avant la récolte des produits que voici : blé amidonnier, //triticum//, orge, fèves, graine de chourave. Avec de l’encens et du vin, invoquez d’abord Janus, Jupiter, Junon, avant d’immoler la femelle de porc. »
 +
 +
 +    * Cic. //De leg.// II, 57 : \\ //Itaque in eo qui in naue necatus, deinde in mari proiectus esset, decreuit P. Mucius familiam puram, quod os supra terram non extaret; **porcam** heredi esse contractam, et habendas triduum ferias, et **porco femina** piaculum *pati ; si in mari mortuus esset, eadem praeter piaculum et ferias.// \\ « In the case of a man who died on shipboard and whose body was thrown into the sea, PubliusMucius declared the family free from defilement, because none of the bones lay above the earth ; yet the **sow** was required of his heir ; a holiday of three days had to be kept, and expiation made by sacrificing the **sow** ; if he had met death in the sea, the same rule would have held with the exception of the expiatory offering and the holidays. » (traduction Clinton Walker Keyes, 1970, Loeb Classical Library)
 +
 +Les deux passages montrent de manière convergente que //porcus femina// est employé dans un contexte religieux, où il se réfère à l’animal en tant que victime dans l’offrande sacrificielle à une divinité ; il se distingue alors de //porca//, qui désigne l’animal adapté à la reproduction.
 +
 +La signification A.3. « viande de porc, plat de porc » relève d’une métonymie usuelle ou plutôt d’une synecdoque pour dénoter la partie à partir du tout.
 +
 +Les significations B, C, et D n’appartiennent pas à la langue commune, mais à des langues spécialisées (idiolectes) liées à certains domaines professionnels. 
 +
 +Pour la signification B, Varron nous apprend qu’elle est propre à la langue des femmes et, plus exactement, au milieu des nourrices, ce qui représente un indice de l’emploi diaphasique du terme dans la signification concernée :
 +
 +    * Varr. //R//. II, 4, 10 : \\ //Nam et nostrae mulieres, maxime nutrices, naturam qua feminae sunt in uirginibus appellant **porcum**, et Graecae choeron, significantes esse dignum insigne nuptiarum.// \\ « Car les femmes de chez nous, principalement les nourrices, appellent ‘**porc**’ chez les filles nubiles les parties naturelles propres à leur sexe, et les Grecques les appellent //choeros//, voulant désigner par là le signe de l’aptitude au mariage. » (Traduction Ch. Guiraud, 1985, Paris, Belles Lettres, CUF)
 +
 +Cet emploi du terme parmi les éléments du vocabulaire sexuel latin issus de noms d’animaux trouve un parallèle dans le mot grec sémantiquement correspondant : //χοῖρος// (cf. Adams 1991, 82). Il convient aussi de signaler le sacrifice d’un cochon (//porcus//) à l’occasion des cérémonies de mariage chez les Étrusques, où le sacrifice est explicitement mis en relation avec la jeune fille devenant épouse :
 +
 +    * Varr. //R.// II, 4, 9 : \\  //**porcus** occiditur et quod nuptiarum initio antiqui reges ac sublimi uiri in Etruria in coniunctione nuptiali noua nupta et nouus maritus primum **porcum** immolant.// \\ « c’est un **porc** que l’on tue ; on en trouve des vestiges aussi dans le fait qu’au début des rites nuptiaux les anciens rois et les grands personnages d’Étrurie, pour consacrer l’union nuptiale, commencent, en tant que nouvelle épouse et nouveau mari, par sacrifier un **porc**. » (Traduction Ch. Guiraud, 1985, Paris, Belles Lettres, CUF)
 +
 +La signification (C) pour deux sortes de poissons selon Pline l’Ancien (//HN.// XXXII 19 ; 56 ; 150) appartient au vocabulaire de la zoologie, et en particulier de l’ichtyonymie (vocabulaire des noms de poissons). Dans la nomenclature de plusieurs langues, de nombreux noms de poissons sont issus de noms d’animaux terrestres (le loup, le chien, le bœuf, le chat, la grenouille, le serpent). C’est pourquoi il n’est pas surprenant d’y trouver aussi une dénomination issue du terme commun pour le cochon. Un nom de poisson fut aussi tiré du mot //[[sus]]//).
 +
 +Enfin, la signification (D), qui ne figure que dans les syntagmes //caput porci// « tête de porc » (chez Ammien) et //porcinum caput// (même sens, chez Végèce) et s’applique à des formations de combat, appartient à la langue de la technique militaire.
 +
 +\\
 +[[:dictionnaire:porcus4.2|Lire l’exposé détaillé]]
 +
 +\\
 +[[:dictionnaire:porcus3|Aller au §3]] ou [[:dictionnaire:porcus|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:porcus5|Aller au §5]]