porcus, -ī (m.) « cochon, porc »

(substantif)



3. Distribution dans les textes au cours de la latinité

3.0. Généralités

Le substantif porcus, -i M. est connu essentiellement par les textes et par un très petit nombre d’inscriptions. Le témoignage épigraphique le plus ancien se trouve dans une tablette d’imprécation de l’époque républicaine (CIL I2 2520, 15).

3.0.1. Première occurrence dans les textes

Le terme porcus est attesté depuis Plaute.

3.0.2. Répartition et distribution des occurrences dans les textes au cours de la latinité

Porcus est relativement fréquent en comparaison des autres noms d’animaux, ce qui indique la position privilégiée de l’animal dans la communauté linguistique et la société. En outre, c’est le terme le plus fréquemment attesté dans les textes latins pour dénoter les suidés ou l’espèce porcine.

Sa distribution chez les auteurs est assez régulière. Il est attesté dans les différents genres littéraires, surtout en prose, mais aussi, beaucoup plus rarement, en poésie. Sa bonne fréquence dans les textes traitant des pratiques agricoles et de l’élevage montre que le mot appartient à la langue commune.

3.0.3. Fréquence comparée des formes flexionnelles

Toutes les formes de la flexion de porcus sont attestées. Les occurrences sont distribuées de manière homogène entre singulier et pluriel. On constate un flottement dans l’emploi au féminin puisque porcus est employé pour les deux genres, même s’il est généralement masculin, tandis que porca, -ae est toujours féminin (cf. infra ainsi que le lexème porca).

3.1. Distribution diachronique (périodes d’attestation)

Période Nombre d’occurrences
IIIe - IIe s. av. J.-C. 10
Ier s. av. J.-C. 45
Ier s. ap. J.-C. 38
IIe s. ap. J.-C. 20
IIIe s. ap. J.-C. 11
IVe s. ap. J.-C. 8
Ve s. ap. J.-C. 6
Total 138

3.2. Distribution diastratique (diaphasique)

Il est difficile de préciser la distribution socio-linguistique de ce terme, dont la valeur sémantique ne peut être mise en évidence que par opposition aux autres dénominations latines des suidés. Le lexème est fréquemment attesté dans les traités d’agriculture, dans les passages concernant l’élevage des animaux domestiques (par exemple les Res Rusticae de Varron), ainsi que chez Pétrone, dans les passages relatifs aux plats et aux gourmandises de la cuisine. Cela montre que ce terme était courant pour faire référence à la viande de porc et à la nourriture fournie par le corps de cet animal. Porcus fait donc partie du vocabulaire commun, tout en étant employé à divers niveaux de langue. Il n’est donc pas un terme spécialisé relevant seulement de la zoologie, de la technique de l’élevage, ou de la cuisine. Il remplace de très bonne heure le terme générique sus pour dénoter tous les suidés et devient aussi le terme employé au marché et dans la cuisine pour la nourriture fournie par les parties du corps de l’animal.

De ce fait, il est moins fréquent qu’en prose. Les attestations chez Horace reflètent la langue parlée, ce poète se servant du mot avec des nuances ironiques, comme par exemple dans l’expression suivante, par laquelle il se réfère à lui-même comme « un porc dans le troupeau d’Épicure » :

  • Hor. Epist. I 4, 15-16:
    Me pinguem et nitidum bene curata cute uises, /
    cum ridere uoles, Epicuri de grege porcus.

    “Viens me rendre visite, quand tu voudras rire, viens voir un homme gras, poli, la peau bien soignée, un porc du troupeau d’Épicure.” (Traduction F. Villeneuve, Paris, Belles Lettres, CUF, 1934)

Les significations (B), (C) et (D) (voir §4) sont propres à des idiolectes ou sociolectes particuliers. La signification (B) « désignation des parties sexuelles d’une fille nubile » relève de la langue des femmes et, plus exactement, des nourrices, comme en témoigne Varron (voir §4.1.). La signification (C) (porcus comme nom de poisson) appartient au vocabulaire spécialisé de la zoologie, plus exactement de l’ichtyonymie (noms de poissons), alors que la signification (D) relève de la langue militaire.

3.3. Distribution diatopique (dialectale, régionale)

Le terme porcus est passé dans les langues romanes ; il a donc dû être usuel dans la plupart des aires linguistiques où le latin était parlé.

Sa diffusion en Italie et dans l’Europe occidentale fut favorisée par sa présence dans le vocabulaire des langues indo-européennes occidentales. En particulier, ce mot est commun aux langues italiques, celtiques et germaniques, avec les évolutions phonétiques caractérisant chaque groupe de ces langues.

Ainsi, la forme porcom (et sa variante avec sonorisation porgom) se retrouve dans deux inscriptions lusitaniennes d’époque romaine, où il est fait allusion à l’animal en tant qu’offrande votive aux divinités locales. La présence de ce substantif entraîna une remise en question de l’influence du latin sur la langue indigène de la Péninsule ibérique. En effet, dans l’une de ces inscriptions, il est fait allusion au sacrifice appelé suouetaurilia, terme (également attesté chez Caton, De agricultura) employé pour indiquer les victimes du sacrifice : à côté de taurus « taureau » et de oila- (= ouis « brebis »), on trouve le correspondant de porcus et non de sus.

Dans les textes lusitaniens, l’ordre dans la succession des sacrifices d’animaux ne respecte pas celui des suouetaurilia romains. Par exemple, dans l’inscription de Cabeço das Fraguas, qui contient une liste d’offrandes à diverses divinités comprenant ces mêmes espèces d’animaux, la brebis précède le porc ; en outre, l’offrande répétée d’une autre brebis (peut-être à une divinité distincte) précède celle d’un taureau :

  • oilamTrebopala indi porcom Labbocomaiam iccona loiminna oilam usseam Trebarune indi taurom ifadem […] reve.
    « une brebis à X et ensuite un cochon à Y ; une brebis à Z et ensuite un taureau à (?) ».

La priorité des ovins par rapport aux suidés devait refléter leur fréquence dans la nourriture quotidienne ; elle se retrouve dans une autre inscription de la même région (Lamas de Moledo), si l’on interprète le mot angom comme un correspondant de lat. agnus « agneau » :

  • Rufinus et Tiro scripserunt Veamnicori doenti angom lamaticom crougeai magareaigoi petravioi tadom porcom ioveai caeilobrigoi.

Ce texte offre la séquence suivante : « un agneau (offert) à X, un cochon offert à Y ».

Même si l’on suppose dans le nom de ces animaux une influence du latin (porcus, agnus, taurus), l’ordre hiérarchique de leur présentation relève d’une tradition indigène, et non romaine.

3.4. Distribution par auteur, par œuvre

• Période I. Plaute : des origines à la mort d’Ennius

Nombre d’occurrences
Plaute 3

• Période II. Térence : de Caton à l’époque de Sulla

Nombre d’occurrences
Pomponius Atell. 1
Caton 6

• Période III. Cicéron : la fin de la République (80-43)

Nombre d’occurrences
Cicéron 4
Varron 23
Catulle 1

• Période IV. Virgile : le siècle d’Auguste (43 av. JC-14 ap. JC)

Nombre d’occurrences
Horace 4
Ovide 23
Tite-Live 8
Properce 2
Tibulle 1

• Période V. Sénèque : la dynastie julio-claudienne

Nombre d’occurrences
Sénèque 22
Columelle 4
Pétrone 11

• Période VI. Tacite : des Flaviens à Trajan (69-117 ap. J.-C)

Nombre d’occurrences
Quintilien 3
Juvénal 7
Martial 9

• Période VII. Apulée : Hadrien et les Antonins (117-192)

Nombre d’occurrences
Apulée 3
Suétone 4
Aulu-Gelle 2

• Période VIII. Tertullien et l’Histoire auguste : des Sévères à Constantin (193-337)

Nombre d’occurrences
Palladius 12
Végetius 4
Histoire Auguste 5

• Période IX : du milieu du IVe s. au début du Ve, l’Empire après Constantin jusqu’à Honorius (337-423)

Nombre d’occurrences
Ammien Marcelin 2
Macrobe 2
Donat 4

• Période X : du milieu du Ve à la fin du VIe

Nombre d’occurrences
Priscien 3


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