plēnus, -a, -um

(adjectif)



4.1. Résumé

A. Sens premier : « plein »

Plēnus signifie « plein », c’est-à-dire « qui contient en abondance » s’agissant d’un référent inanimé ou « qui possède en abondance » s’agissant d’un référent animé.

L’adjectif peut se construire avec un complément à l’ablatif (plus latin selon Quintilien 9, 3, 1) ou au génitif

indiquant les éléments entassés pour emplir.

Les deux constructions sont parfois en concurrence dans la même œuvre du même auteur, par exemple dans les Verrines de Cicéron :

  • Cic. Verr. 2, 35 : Plena domus caelati argenti multaeque stragulae uestis pretiosorumque mancipiorum.
    « La maison était pleine d’une excellente argenterie bien ciselée, de nombreux tapis, d’esclaves d’un grand prix. » (traduction H. de la Ville de Mirmont, 1936, CUF)
  • Cic.Verr. 4, 126 : Verres ornamentis fanorum atque oppidorum habeat plenam domum, uillas refertas ?
    « Verrès peut-il garder son palais plein, ses maisons de campagne bourrées des ornements des sanctuaires et des villes ? (traduction G. Rabaud, 1927, CUF)

Employé absolument (et plus rarement avec un complément), p lēnus varie selon les degrés de comparaison des adjectifs qualificatifs : comparatif pl ē nior , superlatif pl ē nissimus.

B. Effets de sens selon le nom régent

À partir de son sens de base « qui contient ou possède en abondance », plēnus connaît des acceptions variant, comme tous les adjectifs, selon ses noms régents.

B.1. « Enceinte »

  • Pl. Amp. 681 : Et quom (te) grauidam et quom te pulchre plenam aspicio gaudeo.
    « Et que j’ai de joie à te voir porter si heureusement ta grossesse ! » (traduction A. Ernout, 1932, CUF)

B.2. « Rassasié »

  • Hor. Ep. I, 20, 7-8 :
    […] Et scis
    in breue te cogi, cum plenus languet amator.
    « Et tu es, tu le sais, relégué dans un espace étroit quand le dégoût de la satiété prend celui qui était épris de toi. »
  • Cic. Prou. 19 : quis plenior inimicorum fuit ?
    « Qui eut plus d’ennemis? »

B.3. « Entier », « parfait »

  • Caes. B.G. 4, 29 : Eadem nocte accidit ut esset luna plena .
    « Le sort voulut que cette même nuit, ce fût pleine lune. » (traduction L.-A. Constans, 1926, CUF)

B.4. « Gros »

  • Hor. Ep. I, 7, 29-34 :
    Forte per angustam tenuis uolpecula rimam
    repserat in cumeram frumenti, pastaque rursus
    ire foras pleno tendebat corpore frustra .
    « Un renardeau effilé s’était glissé d’aventure, par une fente étroite, dans une corbeille de grain, et, bien repu, il faisait, la panse pleine, de vains efforts pour s’en retirer. » (traduction F. Villeneuve, 1934, CUF)
  • Ov. A.A. II, 661 :
    Dic habilem, quaecumque breuis, quae turgida, plenam,
    Et lateat uitium proximitate boni.
    « Appelons agiles les petites, et bien en chair les énormes. Bref, déguisons le défaut sous la qualité qui en est la plus voisine. » (traduction H. Bornecque, 1924, CUF : modifiée)

B.5. « Epais »

  • Cels. 1, 6 : Numquam uinum salsum bibere expedit, ne tenue quidem aut dulce, sed austerum et plenius, neque id ipsum peruetus.
    « Il lui est indiqué de ne jamais boire de vin salé ni même de vin léger ou doux, mais un vin âpre et qui ait plus de corps, et encore pas trop vieux. » (trad. G. Serbat, 1995, CUF)

B.6. « (Lourdement) chargé de »

  • Virg. Georg. IV, 181 :
    At fessae multa referunt se nocte minores,
    crura thymo plenae […].
    « Quant aux jeunes, elles rentrent fatiguées, en pleine nuit, les pattes chargées de thym ». (traduction E. de Saint-Denis, 1957, CUF)

B.7. Au sens abstrait

  • Cic. Att. 7, 4, 1 : Quem quidem cognoui quom doctum, quod mihi iam ante erat notum, tum sanctum, plenum officii, studiosum etiam meae laudis, frugi hominem ac, ne libertinum laudare uidear, plane uirum bonum.
    « Sans parler de sa science, qui m’était connue, j’ai trouvé en lui pure vertu, pleine obligeance, zèle même pour ma gloire, discrétion, et, pour ne pas avoir l’air de louer en lui un affranchi, les mérites d’un honnête homme. » (traduction J. Bayet, 1964, CUF)

B.8. Un emploi technique dans la langue de la rhétorique

  • Virg. Georg., I, 388 : Tum cornix plena pluuiam uocat improba uoce
    « Alors la corneille importune appelle la pluie à plein gosier. »
  • Cic. Brut. 289 : Quare si anguste et exiliter dicere est Atticorum, sint sane Attici ; []subsellia grandiorem et pleniorem uocem desiderant.
    « S’il est vrai que parler un langage pauvre et sec est le propre des Attiques, j’y consens ; […] devant les bancs des tribunaux, c’est une éloquence plus montée de ton et plus pleine qu’il faut. ».

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