pāx, pācis f.

(substantif)


7. Descendance du lexème

7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique

7.1.1. Phonétique et phonologie

Lat. pax a donné, par la voie phonétique :

  • esp. paz (< lat. pacem)
  • fr. paix : la graphie étymologique paix a évincé l’ancienne forme pais ou pes (TLFi, paix, s.u. ).
  • it. pace (< lat. pacem), attesté avant 1294 selon le DELI, avec les sens de “repos, calme, tranquillité” (DEI) et “condition d’un peuple ou d’un état qui n’est pas en guerre contre d’autres peuples ou à l’intérieur de lui-même” (De Mauro).
    Formes dialectales:
    - calabrais : paci (Rohlfs)
    - dialecte des Abruzzes et du Molise: pacə, pàcïa (Giammarco).
    - napolitain: pàce (Rotondo).
  • port. paz.

Les autres lexèmes de la famille latine de pax ont donné eux aussi des lexèmes par la voie phonétique dans les langues romanes :

  • le participe lat. pactum aboutit à esp. pecho « tribut », duquel est dérivé le verbe pechar « être soumis à l’impôt » ;
  • le verbe lat. pacare aboutit à esp. pagar « payer » et fr. payer.

7.1.2. Sémantique

Esp. pecho et pechar

Selon le Diccionario de la Real Academia Española, esp. pecho est attesté pour la première fois en 1130, avec les définitions suivantes : « tribut versé au roi par les vilains » et « tribut versé à un autre sujet que le roi » :

  • Anonyme, Fuero de Viguera Y Val de Funes : Qui crebantare ojo vno a otro. Otrossi, si algun omne crebantare a otro ojo, peche XXV ss. al dueynno de la plaga complidor, si non fuere con quereylla; e si fuere con quereylla, vaya todo el pecho al palacio del sennor. Si vno a otro crebare el braço, peche XXV ss. al plagado, si non fuere con quereylla; et si fuere con quereylla, vaya al palacio. Otrossi, si vna muger feriere a otra en conceyllo, peche XV ss.; et si la fiere de fuera, peche X ss.; et si’l dixiere palaura mala, no ha pecho ninguno.

D’esp. pecho est dérivé le verbe pechar, qui, selon le DRAE, aurait eu le sens ancien de « payer », comme esp. pagar (< lat. pacare). Mais dans ses premières attestations recensées par les dictionnaires DRAE (première attestation en 1129) et DCELC (première attestation en 1044, d’après Ramón Menéndez Pidal), il a déjà le sens d’« être soumis à l’impôt » :

  • Anonyme, Fueros de Medinaceli 1129 : Qui casa alena forzare echenli la suas en tierra; et si no oviere casas el forzador peche el duplo, que valian las casas al rencuroso; et si non oviere de que pechar, prendalo al rencuroso, et metat lo en su prision, et sia ata tres nuf dias, et non pechare el pecho, non coma, nin beba ata que muera.

Esp. pagar et fr. payer

Selon le TLFi, le sens de lat. pacare «faire la paix, pacifier» a dû être transposé à la période tardive au domaine moral, avec le sens de «satisfaire, apaiser», d’où le sens développé dans les langues romanes de «satisfaire, apaiser avec de l’argent» (cf. REW3, no 6132). Il est possible que fr. payer, dans ce sens, se soit répandu du Sud vers le Nord de la France, dans la mesure où le provençal pagar était attesté antérieurement ; il aurait alors évincé l’anc.-fr. et moy.-fr. soudre, attesté du XIIe au XIVe s., issu de lat. soluere «délier» d’où «payer, acquitter».

7.2. Les emprunts faits au latin par les langues anciennes et modernes

A côté d’esp. pecho, résultat phonétique de lat. pactum, l’espagnol a la forme savante pacto « pacte, accord », empruntée au même participe lat. pactum ; de même, le verbe pactar « approuver, parvenir à un accord » est formé sur lat. pacto.



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