Différences

Cette page vous donne les différences entre la révision choisie et la version actuelle de la page.

dictionnaire:pax4detaille [2014/12/17 18:46]
desiderio
dictionnaire:pax4detaille [2016/03/31 20:06] (Version actuelle)
brachet
Ligne 1: Ligne 1:
-<html><p class="lestitres">pāx, pācis f.</p></html><html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>  +<html><p class="lestitres">pāx, pācis f.</p></html><html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>   
-\\+ 
 ---- ----
  
Ligne 6: Ligne 7:
 ====== 4. Description des emplois et de leur évolution ====== ====== 4. Description des emplois et de leur évolution ======
  
-[[:dictionnaire:pax4|Revenir au plan du § 4]] \\ \\ [[:dictionnaire:pax4résumé|Lire l'exposé résumé]] \\+ 
 +[[:dictionnaire:pax4|Revenir au plan du § 4]] \\  \\  [[:dictionnaire:pax4resume|Lire l'exposé résumé]] 
  
  
 ===== 4.2. Exposé détaillé ===== ===== 4.2. Exposé détaillé =====
- 
  
  
 La traduction très habituelle de //pax// par paix ne doit pas masquer la polysémie assez importante du mot et  la grande diversité de ses applications référentielles, qui le font  entrer dans un réseau de parasynonymes. La traduction très habituelle de //pax// par paix ne doit pas masquer la polysémie assez importante du mot et  la grande diversité de ses applications référentielles, qui le font  entrer dans un réseau de parasynonymes.
- 
- 
 ==== A. « Accord » ==== ==== A. « Accord » ====
- 
  
  
Ligne 23: Ligne 21:
  
  
-   *Ter. //Haut.// 998 : […] //facillume patris pacem in leges conficiet suas.// \\ « […] très facilement il fera la paix avec son père selon ses propres conditions. »+    * Ter. //Haut.//  998 : […] //facillume patris pacem in leges conficiet suas.// \\  « […] très facilement il fera la paix avec son père selon ses propres conditions. »
  
  
Ligne 29: Ligne 27:
  
  
-   *Cic. //Mur.// 32 : […] //quem (= Mithridatem) L. Sulla cum pace dimisit// […]. \\ « […] Mithridate, que L. Sulla renvoya avec un accord […] ».+    * Cic. //Mur.//  32 : […] //quem (= Mithridatem) L. Sulla cum pace dimisit//  […]. \\  « […] Mithridate, que L. Sulla renvoya avec un accord […] ».
  
  
Ligne 35: Ligne 33:
  
  
-   *Pl. //Pers.// 753 et 756 : \\ //Hostibus uictis, ciuibus saluis, re placida, pacibus perfectis// […], \\ //eas uobis habeo gratis// […]. \\ «  L’ennemi étant vaincu, les citoyens sauvés, la paix rétablie, le traité  dûment signé […], je vous exprime ma reconnaissance […] » (traduction  P. Grimal, 1991, Gallimard).+    * Pl. //Pers.//  753 et 756 : \\  //Hostibus uictis, ciuibus saluis, re placida, pacibus perfectis//  […], \\  //eas uobis habeo gratis//  […]. \\  «  L’ennemi étant vaincu, les citoyens sauvés, la paix rétablie, le traité  dûment signé […], je vous exprime ma reconnaissance […] » (traduction  P. Grimal, 1991, Gallimard).
  
  
Ligne 44: Ligne 42:
  
  
-   *Ter. //Eun.// 466-467 : \\ //Quaeso hercle ut liceat, pace quod fiat tua,// \\ //dare huic quae uolumus, conuenire et conloqui.// \\ «  Je demande, par Hercule, avec ta permission, la faveur de remettre à  celle-ci ce que nous désirons, de l’aborder et de l’entretenir »  (traduction J. Marouzeau, 1967, CUF).+    * Ter. //Eun.//  466-467 : \\  //Quaeso hercle ut liceat, pace quod fiat tua,// \\  //dare huic quae uolumus, conuenire et conloqui.// \\  «  Je demande, par Hercule, avec ta permission, la faveur de remettre à  celle-ci ce que nous désirons, de l’aborder et de l’entretenir »  (traduction J. Marouzeau, 1967, CUF).
  
  
Ligne 50: Ligne 48:
  
  
-   *Cic. //Mil.// 103 : //Vtinam di  immortales fecissent – pace tua, patria, dixerim ; metuo enim ne  scelerate dicam in te quod pro Milone dicam pie –, utinam P. Clodius non  modo uiueret, sed etiam praetor, consul, dictator esset potius quam hoc  spectaculum uiderem !// \\ « Plût aux dieux immortels, ô ma patrie, –  je le dirais avec ta permission car je crains d’avoir des paroles  criminelles envers toi  en parlant par devoir d’amitié pour Milon –,  plût aux dieux que Clodius fût encore vivant, bien plus qu’il fût  préteur, consul, dictateur, plutôt que je voie un tel spectacle ! »+    * Cic. //Mil.//  103 : //Vtinam di  immortales fecissent – pace tua, patria, dixerim ; metuo enim ne  scelerate dicam in te quod pro Milone dicam pie –, utinam P. Clodius non  modo uiueret, sed etiam praetor, consul, dictator esset potius quam hoc  spectaculum uiderem !// \\  « Plût aux dieux immortels, ô ma patrie, –  je le dirais avec ta permission car je crains d’avoir des paroles  criminelles envers toi  en parlant par devoir d’amitié pour Milon –,  plût aux dieux que Clodius fût encore vivant, bien plus qu’il fût  préteur, consul, dictateur, plutôt que je voie un tel spectacle ! »
  
  
Ligne 56: Ligne 54:
  
  
- +Si la notion est familière, il reste à expliquer l’emploi du seul terme //pax//, à l’exclusion de //concordia//  et d’autres.
-Si la notion est familière, il reste à expliquer l’emploi du seul terme //pax//, à l’exclusion de //concordia// et d’autres.+
  
  
Ligne 63: Ligne 60:
  
  
-   *Pl. //Ru.// 697-699 : \\ //Illos scelestos, qui tuum fecerunt fanum parui,// \\ //fac ut  ulciscare, nosque ut hanc tua pace aram obsidere// \\ //patiare. Lautae ambae sumus opera Neptuni noctu.// \\ «  Poursuis de ta vengeance les criminels qui n’ont pas respecté ton  temple ; souffre que nous prenions place sur cet autel, sans t’en  offenser (tua pace). Neptune a pris soin de nous laver toutes deux cette  nuit » (traduction A. Ernout, 1962, CUF).+    * Pl. //Ru.//  697-699 : \\  //Illos scelestos, qui tuum fecerunt fanum parui,// \\  //fac ut  ulciscare, nosque ut hanc tua pace aram obsidere// \\  //patiare. Lautae ambae sumus opera Neptuni noctu.// \\  «  Poursuis de ta vengeance les criminels qui n’ont pas respecté ton  temple ; souffre que nous prenions place sur cet autel, sans t’en  offenser (tua pace). Neptune a pris soin de nous laver toutes deux cette  nuit » (traduction A. Ernout, 1962, CUF).
  
  
Ligne 69: Ligne 66:
  
  
-   *Liv. 3, 5, 14 : […] //portentaque alia aut  obseruata oculis aut uanas exterritis […] species. His auertendis  terroribus in triduum feriae indictae, per quas omnia delubra pacem deum  exposcentium uirorum mulierumque turba implebantur.// \\ « […] Il y  eut d’autres prodiges, les uns réellement observés, les autres, pures  illusions, créées par la terreur. Pour détourner ces présages  effrayants, on fit un triduum, pendant lequel, remplissant en foule tous  les temples, hommes et femmes imploraient la bienveillance des dieux »  (traduction G. Baillet, 1962, CUF).+    * Liv. 3, 5, 14 : […] //portentaque alia aut  obseruata oculis aut uanas exterritis […] species. His auertendis  terroribus in triduum feriae indictae, per quas omnia delubra pacem deum  exposcentium uirorum mulierumque turba implebantur.// \\  « […] Il y  eut d’autres prodiges, les uns réellement observés, les autres, pures  illusions, créées par la terreur. Pour détourner ces présages  effrayants, on fit un triduum, pendant lequel, remplissant en foule tous  les temples, hommes et femmes imploraient la bienveillance des dieux »  (traduction G. Baillet, 1962, CUF).
  
  
Ligne 75: Ligne 72:
  
  
-C’est cette signification ‘active’ d’« accord » qui  expliquerait l’emploi de //pax// pour désigner la « paix des dieux » ; cette  valeur dynamique est fort bien explicitée par J. Champeaux : « La  ‘bienveillance des dieux’ est plus et mieux que la simple ‘paix’ qui  suit un conflit avec les hommes, quand les armes se sont tues. Elle est  restauration pleine et positive de leur faveur, rétablissement de la  protection qu’ils étendent au-dessus des humains »((J. CHAMPEAUX (1998, 16).)).+C’est cette signification ‘active’ d’« accord » qui  expliquerait l’emploi de //pax//  pour désigner la « paix des dieux » ; cette  valeur dynamique est fort bien explicitée par J. Champeaux : « La  ‘bienveillance des dieux’ est plus et mieux que la simple ‘paix’ qui  suit un conflit avec les hommes, quand les armes se sont tues. Elle est  restauration pleine et positive de leur faveur, rétablissement de la  protection qu’ils étendent au-dessus des humains »<sup>((1))</sup>.
  
  
Ligne 81: Ligne 78:
  
  
-   *Liv. 6, 41, 9 : //Nunc nos, tamquam iam nihil pace deorum opus sit, omnes caerimonias polluimus.// \\ «  Aujourd’hui, comme si nous n’avions plus besoin d’être en paix avec les  dieux, nous portons atteinte à la pureté de toutes les pratiques  religieuses » (traduction J. Bayet, 1966, CUF)((De même Pl. Poen. 253 ; Liv. 24, 11, 1.)).+    * Liv. 6, 41, 9 : //Nunc nos, tamquam iam nihil pace deorum opus sit, omnes caerimonias polluimus.// \\  «  Aujourd’hui, comme si nous n’avions plus besoin d’être en paix avec les  dieux, nous portons atteinte à la pureté de toutes les pratiques  religieuses » (traduction J. Bayet, 1966, CUF)((De même Pl. Poen. 253 ; Liv. 24, 11, 1.)).
  
  
 ==== D. « L’état de paix entre belligérants » ==== ==== D. « L’état de paix entre belligérants » ====
- 
  
  
Ligne 91: Ligne 87:
  
  
-   *Curt. 4, 4, 21 : //Tyrus […] nunc tandem longa pace cuncta refouente sub tutela romanae mansuetudinis adquiescit.// \\ « Tyr […], maintenant qu’une longue paix ranime le monde, connaît le repos sous la tutelle bienveillante de Rome »((D’où la fréquence des syntagmes diuturna pax et équivalents : de même Caes. G. 7, 66, 4 ; Liv. 4, 45, 4 ; 42, 11, 6 ; Virg., En. 12, 504 ; Vell. 2, 110, 2 ; Tac. An. 13, 35, 1, etc.)).+    * Curt. 4, 4, 21 : //Tyrus […] nunc tandem longa pace cuncta refouente sub tutela romanae mansuetudinis adquiescit.// \\  « Tyr […], maintenant qu’une longue paix ranime le monde, connaît le repos sous la tutelle bienveillante de Rome »((D’où la fréquence des syntagmes diuturna pax et équivalents : de même Caes. G. 7, 66, 4 ; Liv. 4, 45, 4 ; 42, 11, 6 ; Virg., En. 12, 504 ; Vell. 2, 110, 2 ; Tac. An. 13, 35, 1, etc.)).
  
  
-Elle  repose sur des valeurs qui sont évidemment celles des vainqueurs, mais  l’analyse lexicologique met en évidence un élément non négligeable. Si  le français parle d’une paix équitable, d’une paix juste, le latin ne  connaît pratiquement pas les syntagmes //pax aequa//, //pax iusta//. Dans la  formulation des traités, l’adjectif qui détermine //pax// est //pia// :+Elle  repose sur des valeurs qui sont évidemment celles des vainqueurs, mais  l’analyse lexicologique met en évidence un élément non négligeable. Si  le français parle d’une paix équitable, d’une paix juste, le latin ne  connaît pratiquement pas les syntagmes //pax aequa//, //pax iusta//. Dans la  formulation des traités, l’adjectif qui détermine //pax//  est //pia//  :
  
  
-   *Cic. //Balb.// 35 : //Nihil est enim aliud in foedere, nisi ut PIA ET AETERNA PAX sit.// \\ « Le texte du traité porte seulement que ‘la paix sera juste et éternelle’. » (traduction J. Cousin, 1997, CUF),+    * Cic. //Balb.//  35 : //Nihil est enim aliud in foedere, nisi ut PIA ET AETERNA PAX sit.// \\  « Le texte du traité porte seulement que ‘la paix sera juste et éternelle’. » (traduction J. Cousin, 1997, CUF),
  
  
-et  le terme //pia//, bien loin de référer à la valeur morale du traité,  s’applique au respect des rites religieux, tout comme le //bellum pium// est  déclaré selon l’usage de fétiaux((Voir H. FUGIER (1963, 373-374).)). La //pax// est en somme la paix en tant  qu’elle est un cadre juridique formalisé des relations entre peuples ;  cela est cohérent avec l’emploi premier du mot pour désigner le fait  d’établir l’accord.+et  le terme //pia//, bien loin de référer à la valeur morale du traité,  s’applique au respect des rites religieux, tout comme le //bellum pium//  est  déclaré selon l’usage de fétiaux<sup>((4)))</sup>. La //pax//  est en somme la paix en tant  qu’elle est un cadre juridique formalisé des relations entre peuples ;  cela est cohérent avec l’emploi premier du mot pour désigner le fait  d’établir l’accord.
  
  
Ligne 106: Ligne 102:
  
  
-   *Liv. 9, 4, 3 : […] //alias condiciones pacis aequas uictis ac uictoribus fore// […]. \\ « […] les autres conditions de la paix seraient égales pour les vaincus et les vainqueurs […] ».+    * Liv. 9, 4, 3 : […] //alias condiciones pacis aequas uictis ac uictoribus fore//  […]. \\  « […] les autres conditions de la paix seraient égales pour les vaincus et les vainqueurs […] ».
  
  
-La  //pax// entre les peuples vient conclure une guerre et cette prégnance de  l’emploi fait que, appliqué aux relations entre les personnes, le mot se  dit d’une paix établie dans le tumulte. C’est le cas dans le passage  suivant :+La  //pax//  entre les peuples vient conclure une guerre et cette prégnance de  l’emploi fait que, appliqué aux relations entre les personnes, le mot se  dit d’une paix établie dans le tumulte. C’est le cas dans le passage  suivant :
  
  
-   *Pl. //Per.// 188-189 : \\ TO. //Egon dem pignus tecum ?// \\ PAE.     //Audacter, si lubido est perdere.// \\ TO. //Bona pax sit potius.// \\ «  TO. Que je parie avec toi ? PAE. Vas-y carrément, si tu as envie de  perdre. TO. Qu’il y ait plutôt une bonne entente. » (trad. J.-F. Thomas)+    * Pl. //Per.//  188-189 : \\  TO. //Egon dem pignus tecum ?// \\  PAE.     //Audacter, si lubido est perdere.// \\  TO. //Bona pax sit potius.// \\  «  TO. Que je parie avec toi ? PAE. Vas-y carrément, si tu as envie de  perdre. TO. Qu’il y ait plutôt une bonne entente. » (trad. J.-F. Thomas)
  
  
-La //militia amoris// fait du poète élégiaque un être qui  souffre dans son amour sans pouvoir compter sur des périodes de paix,  //pax// :+La //militia amoris//  fait du poète élégiaque un être qui  souffre dans son amour sans pouvoir compter sur des périodes de paix,  //pax//  :
  
  
-   *Prop. 3, 8, 33-34 : \\ //Aut tecum aut pro te mihi cum riualibus arma// \\ //semper erunt : in te pax mihi nulla placet// \\ «  Ou contre toi, ou pour toi, contre mes rivaux, je serai toujours en  armes ; avec toi, la paix ne me plaît pas » (traduction S. Viarre, 2005,  CUF)((De même Prop. 2, 13, 15 ; 4, 5, 32 ; Ov. A. A. 2, 413 ; 460 ; Am. 1, 2, 21.)).+    * Prop. 3, 8, 33-34 : \\  //Aut tecum aut pro te mihi cum riualibus arma// \\  //semper erunt : in te pax mihi nulla placet// \\  «  Ou contre toi, ou pour toi, contre mes rivaux, je serai toujours en  armes ; avec toi, la paix ne me plaît pas » (traduction S. Viarre, 2005,  CUF)((De même Prop. 2, 13, 15 ; 4, 5, 32 ; Ov. A. A. 2, 413 ; 460 ; Am. 1, 2, 21.)).
  
  
-Il a été observé depuis longtemps que //pax// a peu  d’occurrences pour désigner la paix venant après les conflits de la  guerre civile((Voir P. JAL (1961, 216).)), mais il est à noter que son usage dans ce domaine est  marqué, en raison justement de sa moindre fréquence. Utiliser pour les  affaires intérieures, le terme //pax//, appliqué d’ordinaire à la paix avec  l’étranger, revient à rapprocher la guerre civile de la guerre entre  peuples afin d’en souligner la dureté :+Il a été observé depuis longtemps que //pax//  a peu  d’occurrences pour désigner la paix venant après les conflits de la  guerre civile<sup>((6)))</sup>, mais il est à noter que son usage dans ce domaine est  marqué, en raison justement de sa moindre fréquence. Utilisé pour les  affaires intérieures, le terme //pax//, appliqué d’ordinaire à la paix avec  l’étranger, revient à rapprocher la guerre civile de la guerre entre  peuples afin d’en souligner la dureté :
  
  
-   *Luc. 6, 299-300 (à propos de César) : \\ […] //Totus mitti ciuilibus armis// \\ //usque uel in pacem potuit cruor// […]. \\ « […] Dans les combats des guerres civiles, tout son sang aurait pu couler jusqu’à la paix […] »((De même Cic. Att. 8, 11 D, 7 ; Fam. 2, 16, 3 ; Sall. C. 58, 15 ; Tac. An. 1, 19, 3.)).+    * Luc. 6, 299-300 (à propos de César) : \\  […] //Totus mitti ciuilibus armis// \\  //usque uel in pacem potuit cruor//  […]. \\  « […] Dans les combats des guerres civiles, tout son sang aurait pu couler jusqu’à la paix […] »((De même Cic. Att. 8, 11 D, 7 ; Fam. 2, 16, 3 ; Sall. C. 58, 15 ; Tac. An. 1, 19, 3.)).
  
  
-En  proportion, //pax// est plus représenté dans les Philippiques de Cicéron  avec près de 120 occurrences. Cette référence implicite récurrente aux  guerres extérieures à travers pax donne une amplification qui est en  fait à la mesure de l’enjeu, la liberté, alors que menace la servitude.  Si la guerre civile contre Antoine doit se conclure sur la victoire et  sur la //pax//, c’est qu’à l’image de la guerre entre tats pouvant conduire  les vaincus à devenir esclaves, la défaite qui en résulterait  déboucherait sur la servitude et la soumission à un tyran. L’orateur  oppose d’ailleurs les deux :+En  proportion, //pax//  est plus représenté dans les Philippiques de Cicéron  avec près de 120 occurrences. Cette référence implicite récurrente aux  guerres extérieures à travers pax donne une amplification qui est en  fait à la mesure de l’enjeu, la liberté, alors que menace la servitude.  Si la guerre civile contre Antoine doit se conclure sur la victoire et  sur la //pax//, c’est qu’à l’image de la guerre entre tats pouvant conduire  les vaincus à devenir esclaves, la défaite qui en résulterait  déboucherait sur la servitude et la soumission à un tyran. L’orateur  oppose d’ailleurs les deux :
  
  
-   *Cic. //Phil.// 2, 113 : //Et  nomen pacis dulce est et ipsa res salutaris, sed inter pacem et  seruitutem plurimum interest : pax est tranquilla libertas, seruitus  postremum malorum omnium, non modo bello, sed morte etiam repellendum.// \\ «  Le nom de paix est plein de charme, et la chose elle-même est  essentielle à la vie ; mais entre la paix et la servitude, grande est la  différence : la paix est la liberté dans la tranquillité, la servitude  le pire de tous les maux ; il faut, pour s’en délivrer, avoir recours  non seulement à la guerre, mais même à la mort » (traduction P.  Wuilleumier, 1972, CUF)((De même Cic. Phil. 1, 32 ; 7, 21 ; 8, 11 ; 12, 14 ; 13, 2 ; 13, 4 ; 13, 7. Cf. P. GRIMAL (1986, 391-392 ; 401-402).)).+    * Cic. //Phil.//  2, 113 : //Et  nomen pacis dulce est et ipsa res salutaris, sed inter pacem et  seruitutem plurimum interest : pax est tranquilla libertas, seruitus  postremum malorum omnium, non modo bello, sed morte etiam repellendum.// \\  «  Le nom de paix est plein de charme, et la chose elle-même est  essentielle à la vie ; mais entre la paix et la servitude, grande est la  différence : la paix est la liberté dans la tranquillité, la servitude  le pire de tous les maux ; il faut, pour s’en délivrer, avoir recours  non seulement à la guerre, mais même à la mort » (traduction P.  Wuilleumier, 1972, CUF)<sup>((8)))</sup>.
  
  
-Quant à la paix d’Auguste, la  paix romaine  elle est exprimée avec //pax augusta//, //pax romana//. Comment  comprendre la généralisation de //pax// ? Elle tient d’abord, à un niveau  politique, à ce que le rétablissement de la paix civile ne peut être  séparé de la paix entre tous les peuples de l’empire (cf. RGDA 13),  selon une corrélation étroite observée sur l’//Ara pacis// d’Auguste((Voir la description qu’en donne J.-P. NERAUDAU (1996, 322-324).)) et  bien mise en évidence par un historien légèrement postérieur :+Quant à la paix d’Auguste, la  paix romaine  elle est exprimée avec //pax augusta//, //pax romana//. Comment  comprendre la généralisation de //pax//  ? Elle tient d’abord, à un niveau  politique, à ce que le rétablissement de la paix civile ne peut être  séparé de la paix entre tous les peuples de l’empire (cf. RGDA 13),  selon une corrélation étroite observée sur l’//Ara pacis//  d’Auguste<sup>((9)))</sup>et  bien mise en évidence par un historien légèrement postérieur :
  
  
-   *Vell.  2, 89, 2-3 : […] //nihil felicitate potest consummari quod non Augustus  post reditum in Vrbem rei publicae populoque Romano terrarumque orbi  repraesentauerit. Finita uicesimo anno bella ciuilia, sepulta externa,  reuocata pax, sopitus ubique armorum furor// […]. \\ « […] rien ne  peut être accompli avec un plein succès qu’Auguste, après son retour à  Rome, n’ait réalisé pour l’tat, le peuple romain et le monde entier.  Les guerres civiles furent terminées au bout de vingt ans, les guerres  extérieures s’éteignirent, la paix fut rétablie, la fureur des armes  partout s’apaisa […]. » (traduction J. Hellegouarc’h, modifiée, 1982,  CUF).+    * Vell.  2, 89, 2-3 : […] //nihil felicitate potest consummari quod non Augustus  post reditum in Vrbem rei publicae populoque Romano terrarumque orbi  repraesentauerit. Finita uicesimo anno bella ciuilia, sepulta externa,  reuocata pax, sopitus ubique armorum furor//  […]. \\  « […] rien ne  peut être accompli avec un plein succès qu’Auguste, après son retour à  Rome, n’ait réalisé pour l’tat, le peuple romain et le monde entier.  Les guerres civiles furent terminées au bout de vingt ans, les guerres  extérieures s’éteignirent, la paix fut rétablie, la fureur des armes  partout s’apaisa […]. » (traduction J. Hellegouarc’h, modifiée, 1982,  CUF).
  
  
-À un niveau symbolique, le mot //pax// place Auguste  dans la lignée de ceux qui ont fermé les portes du temple de Janus, et  le relie à Numa, selon une filiation bien établie par Tite-Live (1, 19,  3).+À un niveau symbolique, le mot //pax//  place Auguste  dans la lignée de ceux qui ont fermé les portes du temple de Janus, et  le relie à Numa, selon une filiation bien établie par Tite-Live (1, 19,  3).
  
  
Ligne 145: Ligne 141:
  
  
 +Aux époques  classique et post-classique, le syntagme //pax animi//  a fort peu  d’occurrences. Son usage faible leur confère parfois un emploi  stylistiquement marqué, par exemple, au terme d’un développement sur la  maîtrise des passions, pour définir l’état d’apaisement procuré par la  sagesse :
  
-Aux époques  classique et post-classique, le syntagme //pax animi// a fort peu  d’occurrences. Son usage faible leur confère parfois un emploi  stylistiquement marqué, par exemple, au terme d’un développement sur la  maîtrise des passions, pour définir l’état d’apaisement procuré par la  sagesse : 
  
 +    * Cic. //Tusc.//  5, 48 : […] //parumne cognitum est  superioribus nostris disputationibus  […] sapientem ab omni concitatione  animi, quam perturbationem  uoco semper uacare, semper in animo eius  esse placidissimam pacem ?// \\  « […]  n’est-il pas assez établi,  d’après nos précédents entretiens, […] que le sage est toujours exempt  de toutes les agitations de l’âme que j’appelle passions et qu’il y a  dans son âme la paix la plus paisible ? »
  
-   *Cic. //Tusc.// 5, 48 : […] //parumne cognitum est  superioribus nostris disputationibus  […] sapientem ab omni concitatione  animi, quam perturbationem  uoco semper uacare, semper in animo eius  esse placidissimam pacem ?// \\ « […]  n’est-il pas assez établi,  d’après nos précédents entretiens, […] que le sage est toujours exempt  de toutes les agitations de l’âme que j’appelle passions et qu’il y a  dans son âme la paix la plus paisible ? » 
  
 +    * Sen. //Ir.//  3, 41, 1 : //Pacem demus animo, quam dabit praeceptorum salutarium adsidua meditatio//  […]. \\  « Procurons à notre âme la paix que donnera la méditation continue de préceptes salutaires […]. »
  
-   *Sen. //Ir.// 3, 41, 1 : //Pacem demus animo, quam dabit praeceptorum salutarium adsidua meditatio// […]. \\ « Procurons à notre âme la paix que donnera la méditation continue de préceptes salutaires […]. » 
  
 +//Pax//   est lié à la description de la tranquillité de l’âme comme combat  contre les passions et les coups du sort. Le mot retrouve donc sa valeur  première de « paix » après une guerre :
  
-//Pax//  est lié à la description de la tranquillité de l’âme comme combat  contre les passions et les coups du sort. Le mot retrouve donc sa valeur  première de « paix » après une guerre : 
  
 +    * Sen. //Ep.//  78, 16  : //Nos quoque euincamus omnia, quorum praemium non corona nec palma est  […] sed uirtus et firmitas animi et pax in ceterum parta, si semel in  aliquo certamine debellata fortuna est.// \\  « Nous aussi, ayons une  victoire totale, dont la récompense n’est pas une couronne ni une palme  […], mais la vertu, la fermeté d’âme, la paix pour toujours assurée, si  une fois, en quelque rencontre, nous avons mis la fortune hors de combat  »((De même Sen. Ep. 66, 46 ; 73, 6.)).
  
-   *Sen. //Ep.// 78, 16  : //Nos quoque euincamus omnia, quorum praemium non corona nec palma est  […] sed uirtus et firmitas animi et pax in ceterum parta, si semel in  aliquo certamine debellata fortuna est.// \\ « Nous aussi, ayons une  victoire totale, dont la récompense n’est pas une couronne ni une palme  […], mais la vertu, la fermeté d’âme, la paix pour toujours assurée, si  une fois, en quelque rencontre, nous avons mis la fortune hors de combat  »((De même Sen. Ep. 66, 46 ; 73, 6.)). 
  
 +Cette ampleur de l’expression se retrouve  ailleurs, chez les poètes, quand la //pax animi//  est rapportée à un ordre  supra humain, par exemple à la tranquillité des dieux qui ne se soucient  pas des hommes :
  
-Cette ampleur de l’expression se retrouve  ailleurs, chez les poètes, quand la //pax animi// est rapportée à un ordre  supra humain, par exemple à la tranquillité des dieux qui ne se soucient  pas des hommes : 
  
 +    * Lucr. 3, 23-24 : \\  //Omnia subpeditat porro natura neque ulla// \\  //res animi pacem delibat tempore in ullo// \\  « À tous leurs besoins pourvoit la nature, et rien ne vient jamais effleurer la paix de leurs âmes »((De même Lucr. 6, 73 et 78.)).
  
-   *Lucr. 3, 23-24 : \\ //Omnia subpeditat porro natura neque ulla// \\ //res animi pacem delibat tempore in ullo// \\ « À tous leurs besoins pourvoit la nature, et rien ne vient jamais effleurer la paix de leurs âmes »((De même Lucr. 6, 73 et 78.)). 
  
 +//Pax//  connaît une très grande fréquence lorsqu’il désigne la paix telle  qu’elle est conçue par la religion chrétienne, et dont témoigne la  pratique du baiser de paix. Qu’elle soit entre les hommes et Dieu ou  entre les hommes, qu’elle se fasse dans le Christ ou dans l’Eglise, la  paix est une force qui transcende les conflits et donc le mal. La  polysémie de //pax//  a été bien mise en évidence par Cl. Moussy<sup>((12)))</sup>. Elle est  le monde où Dieu reçoit l’homme par la purification du baptême :
  
-//Pax// connaît une très grande fréquence lorsqu’il désigne la paix telle  qu’elle est conçue par la religion chrétienne, et dont témoigne la  pratique du baiser de paix. Qu’elle soit entre les hommes et Dieu ou  entre les hommes, qu’elle se fasse dans le Christ ou dans l’Eglise, la  paix est une force qui transcende les conflits et donc le mal. La  polysémie de //pax// a été bien mise en évidence par Cl. Moussy((Cl. MOUSSY (2010, 274-276).)). Elle est  le monde où Dieu reçoit l’homme par la purification du baptême : 
  
- +    * Tert.  //Bapt.//  8, 4 : //Quemadmodum post aquas diluuii quibus iniquitas antiqua  purgata est,  post baptismum ut ita dixerim mundi, pacem caelestis irae  praeco columba terris adnuntiauit dimissa ex arca et cum olea reuersa –  quod signum etiam ad nationes pacis praetenditur –, eadem dispositione  spiritalis effectus terrae, id est carni nostrae, […] columba sancti  spiritus aduolat pacem dei adferens//  […]. \\  « Après que les eaux du  déluge eurent purifié l’antique souillure, après le baptême du monde,  si j’ose dire, c’est la colombe lâchée de l’arche et revenant avec un  rameau d’olivier – symbole de paix même pour les païens – qui vint en  messagère annoncer à la terre l’apaisement de la colère du ciel. Ainsi  selon une disposition semblable, mais dont l’effet est tout spirituel,  la colombe qui est l’Esprit – Saint vole vers la terre, c’est-à-dire  notre chair […] : elle apporte la paix de Dieu […] » (traduction M.  Drouzy, 1952, Du Cerf, 1952).
-   *Tert.  //Bapt.// 8, 4 : //Quemadmodum post aquas diluuii quibus iniquitas antiqua  purgata est,  post baptismum ut ita dixerim mundi, pacem caelestis irae  praeco columba terris adnuntiauit dimissa ex arca et cum olea reuersa –  quod signum etiam ad nationes pacis praetenditur –, eadem dispositione  spiritalis effectus terrae, id est carni nostrae, […] columba sancti  spiritus aduolat pacem dei adferens// […]. \\ « Après que les eaux du  déluge eurent purifié l’antique souillure, après le baptême du monde,  si j’ose dire, c’est la colombe lâchée de l’arche et revenant avec un  rameau d’olivier – symbole de paix même pour les païens – qui vint en  messagère annoncer à la terre l’apaisement de la colère du ciel. Ainsi  selon une disposition semblable, mais dont l’effet est tout spirituel,  la colombe qui est l’Esprit – Saint vole vers la terre, c’est-à-dire  notre chair […] : elle apporte la paix de Dieu […] » (traduction M.  Drouzy, 1952, Du Cerf, 1952).+
  
  
Ligne 176: Ligne 171:
  
  
-    *Aug.  //Contin.// 7, 17 : //Pax enim perfecta tunc erit nobis, quando natura nostra  Creatori suo inseparabiliter cohaerente nihil nobis repugnabit ex  nobis.// \\ « Nous aurons alors en effet la paix parfaite quand,  notre nature étant en pleine adhésion inébranlable avec son créateur,  nous ne trouverons plus en nous-mêmes aucun sujet de lutte. »+    * Aug.  //Contin.//  7, 17 : //Pax enim perfecta tunc erit nobis, quando natura nostra  Creatori suo inseparabiliter cohaerente nihil nobis repugnabit ex  nobis.// \\  « Nous aurons alors en effet la paix parfaite quand,  notre nature étant en pleine adhésion inébranlable avec son créateur,  nous ne trouverons plus en nous-mêmes aucun sujet de lutte. »
  
  
Ligne 182: Ligne 177:
  
  
-   *Vet. //Lat. Eph.// 2, 14 – 16 : //Ipse Christus […] est pax  nostra […] ; ut duos condat in semet ipsum in unum nouum hominem faciens  pacem et  reconciliet ambos in uno corpore Deo per crucem interficiens  inimicitiam in semet ipso// […]. \\ « C’est le Christ en effet qui est  notre paix : […] il a voulu ainsi, à partir des deux (le Juif et le  païen), créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et  les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la  croix : là il a tué la haine. »+    * Vet. //Lat. Eph.//  2, 14 – 16 : //Ipse Christus […] est pax  nostra […] ; ut duos condat in semet ipsum in unum nouum hominem faciens  pacem et  reconciliet ambos in uno corpore Deo per crucem interficiens  inimicitiam in semet ipso//  […]. \\  « C’est le Christ en effet qui est  notre paix : […] il a voulu ainsi, à partir des deux (le Juif et le  païen), créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et  les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la  croix : là il a tué la haine. »
  
  
 Les trois exemples,  parmi tant d’autres, montrent que cette paix est un accord retrouvé dépassant les conflits : se retrouve ici l’emploi fondamental de //pax//. Les trois exemples,  parmi tant d’autres, montrent que cette paix est un accord retrouvé dépassant les conflits : se retrouve ici l’emploi fondamental de //pax//.
  
-[[:dictionnaire:pax4résumé|Voir les exemples uniquement]]+ 
 +[[:dictionnaire:pax4resume|Voir les exemples uniquement]]  
  
 \\  \\  [[:dictionnaire:pax3|Aller au § 3]] ou [[:dictionnaire:pax|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:pax5|Aller au § 5]] \\  \\  [[:dictionnaire:pax3|Aller au § 3]] ou [[:dictionnaire:pax|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:pax5|Aller au § 5]]
 +