mandūcāre

(verbe)



6. Histoire du lexème

6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois

Avec les verbes « manger », on assiste à un phénomène lexical évolutif bien attesté pour d’autres domaines. La signification d’un verbe de sens concret intensif perd des sèmes spécifiques et ce verbe se substitue au terme générique du procès dénoté – surtout si le terme générique a une flexion irrégulière.

Aussi le supplétisme effectué aux dépens de (com)ēsse par mandūcāre « mâcher » puis « manger » s’explique-t-il aisément.

6.2. Etymologie et origine

Mandūcāre est un terme de date latine, mais il contient un radical synchronique issu d’une « racine » indo-européenne (cf. de Vaan pour la discussion des racines).

WH (II : 24), IEW (732f) et LIV (438) relient mandĕre à la racine indo-européenne *meth2- « arracher » (avec un infixe nasal en latin) : sk. math- « voler, arracher », tokh. mänt- « blesser, séparer ».

G. Meiser (1998, 213) justifie la différence sémantique en supposant l’évolution sémantique suivante :

  • « arracher », d’où « prendre » (du butin), d’où « déchiqueter », d’où « manger goulûment », d’où « mâcher »,

à partir d’attestations anciennes où mandĕre aurait le sens de « déchiqueter ».

M. de Vaan (361) refuse cette signification et maintient le sens de « mâcher » dans toutes les plus anciennes attestations du lexème. Pour ce dernier, mandĕre repose plutôt sur une racine indo-européenne *menth2- « remuer, tourner », qui, au présent, prend la forme *mt-n(é)-h2- :

  • sk. mánthanti [3ème p. pl. act.], aor. ámanthiṣ-, pr. ps. mathyá- « tourner, frotter, secouer », mathitá- « effacé », manthá- [m.] « boisson secouée » ; oss. yzmæntyn / (æ)zmæntun « tourner, secouer » ; lit. mę̃sti, meñčia [3ème p. sg.] « mélanger » ; v.-sl. męsti, mętǫ [1ère p. sg.], rus. mjastí (obs.) « troubler, perturber ».

Selon de Vaan, mandere présenterait le même développement phonétique que le latin pandere, issu de *pt-n(é)-h2- (avec un vocalisme radical a acquis secondairement en latin, selon l’hypothèse de P. Schrijver (1991, 222)).

Une troisième solution fut récemment proposée par P.A. Kerkhof (2011) : il serait préférable de partir du grec μασάομαι et de la glose μάθυιαι. Ces deux formes ne pourraient pas être rattachées à la racine *me(n)th2-, parce que le changement phonétique *-th2- > gr. -θ- ne serait pas possible. Elles viendraient d’une racine indo-européenne *m(e)ndh- « mordre ». Le latin mandere pourrait, de même, être rapporté à cette racine si l’on accepte une forme pré-italique *mndn-. Le grec et le latin conserveraient donc le sens originel de la racine. Le rapprochement peut être élargi au v.-h.-all. mindil « mors de bride » (cf. v.-angl. mīdl/mīðl) < *mendhtlo (le terme du v.-h.-all. sert de glose au latin lupati, -orum M. pl. « sorte de mors garni de pointes »).


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