mandūcāre

(verbe)



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4.1. Résumé

A. « Mâcher »

Mandūcāre dénotait au départ l’activité des mâchoires : le verbe signifiait « jouer des mâchoires », « mâcher » des aliments ou des médicaments. Il était associé en synchronie par Varron à mandere « jouer des mâchoires, mâcher » et à son dérivé agentif mandūcus, -ī M. « celui qui joue des mâchoires », « le goinfre », ce terme étant le nom de l’ogre dans la comédie atellane, dans la pompa circensis. Cet ogre avait d’énormes mâchoires et faisait claquer ses dents (cf. P. Fest. 115 L.). Le verbe signifie alors « bâfrer » pour un être humain ou pour un ogre, et dénote le procès de manger en grande quantité et de manière anormale.

  • Varr. R. 3, 7, 9 : Qui solent saginare pullos columbinos, quo pluris vendant, secludunt eos … Deinde manducato candido farciunt pane […].
    « Ceux qui pratiquent l’engraissement des pigeonneaux pour les vendre plus cher les enferment … ; puis ils les engraissent avec du pain blanc qui a été réduit en bouillie. »
  • Varr. L. 7, 5, 95 : Apud Matium :
    Corpora Graiorum maerebat mandier igni.
    Dictum mandier a mandendo, unde manducari, a quo et in Atellanis Dossenum uocant Manducum.

    « In Matius : Grief he felt that the bodies of Greeks were chewed by the fire. Mandierto be chewed’ is said from mandereto chew’, whence manducarito chew’ from which also in the Atellan Farces they call Dossennus ‘Humpback’ by the name Manducus ‘Chewer’. » (traduction Roland G. Kent, Coll. Loeb 1967) (cf. § 3.0.1)
    « Chez Matius, on trouve : Il éprouva du chagrin de ce que les corps des Grecs étaient réduits par le feu. Mandier (‘être mâché’) vient de mandere (‘mâcher’), d’où manducari (‘mâcher’), à partir duquel aussi dans les atellanes on appelle Dossenus : Manducus (le ‘Goinfre Mâcheur’). »

B. « Manger »

Plus tard, le terme dans la langue parlée perd ses sèmes spécifiques (grande quantité et connotation dépréciative) et prend le sens générique de « manger ». Il devient un quasi-synonyme, puis un synonyme de l’orthonyme plus ancien, comēsse / comedere « manger ». L’activité concerne les hommes (B.1.) et les animaux (B.2.).

  • Suet. Aug. 76, 4 : ‘Ne Iudaeus quidem, mi Tiberi, tam diligenter sabbatis ieiunium seruat quam ego hodie seruaui, qui in balineo demum post horam primam noctis duas buccas manducaui prius quam ungui inciperem.’ \\ « Pas même un Juif, mon cher Tibère, n’observe mieux le jeûne du sabbat que je ne l’ai fait aujourd’hui, moi qui, seulement au bain, après la première heure de la nuit, ai mangé deux bouchées, avant que l’on commence à me frictionner. »

Dans la Vulgate, mandūcāre n’est pas synonyme de comēsse. Comēsse y renvoie au procès habituel de « se nourrir » – au sens de « manger en général » tel aliment – sans référence temporelle. Au contraire, mandūcāre, en référence à son sens premier de « mâcher », sert à décrire l’action même de « manger en particulier » tel aliment, lors d’un repas précis (B.1.1.) :

  • Vulg. Marc. 7, 1-2 et 5 : Et conueniunt ad eum Pharisaei et quidam de scribis uenientes ab Hierosolymis et cum uidissent quosdam ex discipulis eius communibus manibus id est non lotis manducare panes uituperauerunt […]. Interrogant eum Pharisaei et scribae : ‘quare discipuli tui non ambulant iuxta traditionem seniorum sed communibus manibus manducant panem’.
    « Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent auprès de lui, et voyant quelques-uns de ses disciples manger des pains avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées, ils leur en firent reproche […]. Les Pharisiens et les scribes lui demandent : ‘Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais mangent-ils leur pain avec des mains impures ?’ » (traduction M.-A. Julia)

Dans le vocabulaire spécifiquement chrétien et dans les traductions bibliques, le lexème connut également une spécialisation sémantique : l’emploi métaphorique et allégorique permit de désigner l’activité de « manger le corps du Christ » (B.1.2.).

  • Vulg. Joh. 6, 53-55 et 59 : ‘amen amen dico uobis, nisi manducaueritis carnem Filii hominis et biberitis eius sanguinem, non habetis uitam in uobis. Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem habet uitam aeternam… Hic est panis qui de caelo descendit, non sicut manducauerunt patres uestri manna et mortui sunt, qui manducat hunc panem uiuet in aeternum’.
    « ‘En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (…). Voici le pain venu du ciel ; ce n’est pas comme la manne qu’ont mangée vos pères : eux sont morts ; qui mange ce pain vivra éternellement’. » (traduction M.-A. Julia)

Enfin, en latin tardif, le lexème connut trois autres emplois métaphoriques (B.3.) : « prendre comme nourriture » (B.3.1.), « consommer en vue d’une perte » (B.3.2.) et « déchirer par de mauvais propos » (B.3.3).


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