mallĕus, -ī (m.)

(substantif)



4.2. Description des emplois et de leur évolution: exposé détaillé

A. « Maillet, marteau »

Le mot signifie « maillet, marteau » et désigne un objet qui a, emmanchée à son extrêmité, une masse dure permettant de porter des coups précis :

  • Pl. Mén. 403 (à propos d’un bateau) :
    saepe tritam, saepe fixam, saepe excussam malleo.
    « […] un bateau qui a reçu bien des chocs, qui a souvent été recloué, souvent frappé à coup de maillet. » (traduction J.-F. Thomas).

La force inhérente à l’objet en fait un symbole expressif de matérialité à travers la fabrication des statues, par opposition à la spiritualité du vrai dieu :

  • Minuc. 24, 7, 22 : […] et deus aureus uel argenteus de immundo uasculo, saepius ut factum in Aegypto regi, conflatur, tunditur malleis et incudibus figuratur.
    « Un dieu de bronze ou d’argent provient bien souvent, comme cela fut le cas pour un roi d’Égypte, d’un immonde petit récipient qui est fondu, battu à coup de maillet et façonné sur l’enclume » (traduction J. Beaujeu, 1964, CUF)
  • Ruf. Orig. Psalm. 2, 6, 36 : […] uox mallei et securis non est audita in domo Dei.
    « […] la voix du marteau et de la hache n’est pas entendue dans la maison de Dieu. » (traduction J.-F. Thomas)

B. Diversité des formes

Les contextes font apparaître une certaine variété dans la force de frappe de l’objet et donc dans sa forme plus ou moins lourde, plus ou moins massive. Sont ainsi désignés du même mot les objets nécessitant des coups dont l’intensité est très variable. Ils servent pour :

enfoncer des plantations dans la terre :

  • Cat. Agr. 46, 1-2 : In sesquipedem quoquouorsum taleam demittito opprimetoque pede ; si parum deprimere poteris, malleo aut matiola adigito.
    « Enfoncez les boutures à un pied et demi d’intervalle en tous sens et appuyez dessus avec le pied ; si vous ne pouvez pas les faire pénétrer suffisamment, enfoncez-les avec un maillet ou une massette. » (traduction R. Goujard, 1975, CUF)

battre le papyrus afin de l’égaliser :

  • Plin. H.Nat. 13, 81 : Rebellat saepe umor incuriose datus primo, malleoque deprehenditur aut etiam odore, cum fuit indiligentior.
    « L’humidité ressort souvent lorsque le mouillage au début a été conduit avec négligence, et l’on s’en aperçoit au battage par le maillet ou même à l’odorat quand le travail a été trop mal surveillé. » (traduction A. Ernout, 1956, CUF)

broyer des graines :

  • Plin. H.Nat. 16, 248 (à propos des baies d’où est tirée la glu) : [] inde in profluente, rursus malleo tusi, amissis corticibus interiore carne lentescunt.
    « […] ensuite, pilées à nouveau avec un maillet dans l’eau courante, elles perdent leur peau, et leur chair intérieure devient visqueuse » (traduction J. André, 1962, CUF)

tuer des animaux ou des hommes :

  • Liv. 27, 49, 1 (à propos des cornacs des éléphants) : Fabrile scalprum cum malleo habebant ; id, ubi saeuire beluae ac ruere in suos coeperant, magister inter aures positum ipsa in compage qua iungitur capiti ceruix, quanto maximo poterat ictu adigebat.
    « Ceux-ci avaient un ciseau de charpentier avec un marteau : quand les bêtes commençaient à s’emporter et à se ruer sur les leurs, leurs maîtres enfonçaient ce ciseau, en frappant de toutes leurs forces, l’appliquant à l’endroit précis où, entre les oreilles, l’articulation joint la tête à la nuque. » (traduction P. Jal).
  • Suet., Cal. 32, 6 : […] elato alte malleo cultrarium mactauit.
    « […] ayant levé bien haut sa masse, il tua le victimaire. » (traduction J.-F. Thomas)

broyer des substances dures ou très dures :

  • Plin. H.Nat. 33, 72 (à propos d’une terre compacte) : Cuneis eam ferreis adgrediuntur et isdem malleis nihilque durius putant, nisi quod inter omnia auri fames durissima est.
    « On l’attaque avec des coins de fer et avec les mêmes masses, et on considère qu’il n’y a rien de plus dur, sinon que la soif de l’or est ce qu’il y a de plus dur au monde. » (traduction H. Zehnacker, 1983, CUF)
  • Plin. H.Nat. 37, 59 (à propos du diamant) : [] praeterquam eximias incudes malleosque ferreos frangens []
    « […] brisant tout sauf les plus solides des enclumes et les marteaux en fer […] » (traduction J.-F. Thomas).

De l’objet pour lisser le papyrus à celui qui casse les mottes de terre très dures, le poids n’est pas identique et un même terme dénote ce que le français lexicalise par deux termes maillet et marteau. D’une langue à l’autre, la catégorisation, y compris dans les domaines techniques, n’est pas analogue.

C. Emploi proverbial

Le mot entre dans un proverbe :

  • Pl. Epid. 522-525 :
    Atque me minoris facio prae illo qui omnium
    legum atque iurum fictor, conductor cluet.
    Is etiam sese sapere memorat : malleum
    sapientiorem uidi excusso manubrio.
    « Et moi, ce n’est rien en comparaison de celui qui se fait appeler le créateur, le fondateur des lois et des droits. Il se targue encore de sa sagesse ! Je me suis rendu compte qu’un marteau dont le manche a été enlevé est plus sage. » (traduction J.-F. Thomas)

Le marteau sans manche est pris comme exemple d’une totale absence de sagesse, puisque, ainsi dépourvu, il est vraiment inutilisable.



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